Le mercredi 22 septembre 2010

PolitiqueQuébec

101, 104, 103… Les lois qui tirent la langue

Au Québec, la proportion de francophones est passée sous la barre du 80% en 2006 pour la première fois dans l’histoire

L'état de la langue française ]

Par Mouvement Québec Renouveau

Avec la mondialisation, le français sera appelé à côtoyer de plus en plus l’anglais dans les échanges commerciaux. Mais il est urgent de questionner le soin qu’on lui accorde. Entendons-nous bien: la langue anglaise n’est pas l’ennemie. Elle possède sa beauté, ses couleurs, son efficacité. Mais elle n’est pas la nôtre!

Un long fleuve, majestueux, dont on veut profiter. Chaque année apporte sa saison de fertilité et des riches dépôts de sédiments permettent la culture de champs inondables pour nourrir toute la population riveraine. Il fait bon vivre sur les berges, les besoins essentiels y sont comblés… Peu à peu se dressent des villages sur chaque rive, de plus en plus nombreux. On érige des barrages en amont pour satisfaire les besoins grandissants. La rumeur est lancée, le danger se manifeste. Sa source risque maintenant d’être tarie.

On influence les saisons, on multiplie les constructions, on augmente l’utilisation de la source de vie. Les berges s’assèchent, le débit devient rachitique. La pauvreté gagne le delta et les premiers habitants commencent à y mourir, faute de cette richesse épuisée dont on a trop vanté les mérites. On ne cultive plus, on cherche à boire, on s’éteint jusqu’à néant… Ce n’est pas fiction, ces fleuves atrophiés existent.

Ce fleuve, c’est la langue, la nôtre, celle inscrite dans notre charte, celle de nos ancêtres et de notre descendance. L’eau douce est comme elle, renouvelable, jusqu’à un certain point. Elle coule encore, belle et vigoureuse, bien qu’elle perde lentement sa fraîcheur et son abondance dans l’influence anglophone qui estompe ses frontières. Entendons-nous bien: la langue anglaise n’est pas l’ennemie. Elle possède sa beauté, ses couleurs, son efficacité. Mais elle n’est pas la nôtre!

La loi 101 a permis la protection et la promotion de la langue française selon divers critères, dont l’accès à l’école publique francophone – donc subventionnée par l’État – pour les enfants de familles francophones. Or, le parent avait le loisir d’inscrire un enfant pendant un an à l’école privée anglophone pour ensuite être admis au réseau public anglophone, acquérant par le fait même le droit pour ses frères, ses sœurs et tous ses descendants. Entre 1997 et 2002, 5000 élèves ont profité de cette imprécision de la loi pour utiliser ces écoles dites « passerelles » et bénéficier de l’instruction gratuite en anglais. La loi 104 a freiné ce phénomène, mais elle a été invalidée en 2009 par la Cour Suprême du Canada, la plus haute instance du pays actuel qui utilise l’argument de la liberté de choix pour affaiblir nos outils.

Entendons-nous, ce n’est pas une question quantitative. Sur un million d’élèves québécois, environ 4000 sont inscrits à l’école privée anglaise et, sur ce nombre, environ 1000 s’en serviraient comme école passerelle. Mille sur un million, ce n’est pas énorme. Mais au niveau du principe, c’est alarmant.

Au Québec, la proportion de francophones est passée sous la barre du 80% en 2006 pour la première fois dans l’histoire. Les habitudes unilingues françaises sont en dessous de 50% des foyers de l’Ile de Montréal. Les trois quarts des projections, de l’assistance et des recettes du cinéma sont générés par les films américains. 46% des francophones jugent l’avenir du français « pas vraiment » ou « pas du tout » assuré; seulement 15% le jugent parfaitement assuré1 .

On tente de colmater la brèche dans la loi 101 avec l’actuel projet de loi 103. Le passage par l’école privée devra maintenant durer trois ans, soit un coût entre 15 000 et 30 000$. Un système de pointage un peu laborieux permettra d’évaluer l’éligibilité d’un élève selon ses antécédents familiaux et ses fréquentations… Bref, ça coûtera un peu plus cher, ça sera un peu plus compliqué, mais on va quand même vous permettre de faire le passage. On va faire de vous, francophones du Québec, des jeunes qui commenceront à penser, au frais de l’État, en anglais. Et vous vous prévaudrez encore une fois de ce droit pour votre famille présente et future.

Ce qui m’inquiète surtout, c’est l’absence d’une quelconque évaluation du niveau de français dans toutes ces données. On se plaint depuis des années de la piètre qualité du français écrit et parlé au Québec, on le constate lors des examens du Ministère dont on a assoupli les critères pour que politiquement le taux de réussite soit plus reluisant, on le vérifie un peu partout sur internet et dans les conversations… De temps en temps, on s’inquiète, on milite un peu, on soulève quelques aberrations, mais on ne s’attaque pas au réel problème : la motivation pour apprendre notre belle langue.

Défendre notre langue et notre culture représente aussi la défense de toutes les langues et cultures du monde. Ce n’est pas être xénophobe ou raciste que de maîtriser d’abord le français, c’est au contraire se procurer un coffre à outils solide qui nous permettra de mieux explorer les autres langues par la suite, c’est être fiers de ce que nous sommes et de nos origines. C’est articuler d’abord notre pensée avec précision et cohérence pour mieux entrer en contact avec le reste du monde.

Que faudrait-il faire ? Des pistes de solution… Obliger un niveau de français assez avancé pour pouvoir assister à un cours d’anglais de l’école public. Passer à un niveau encore supérieur pour basculer vers l’école anglaise (pas une question de budget réservé à l’élite, une question de compétence en français). Exiger ce niveau pour l’obtention d’un permis de conduire. Promouvoir et protéger notre culture de façon beaucoup plus importante pour éviter l’américanisation omniprésente. Etc, etc…

Avec la mondialisation, le français sera appelé à côtoyer de plus en plus l’anglais dans les échanges commerciaux. Mais il est urgent de questionner le soin qu’on lui accorde et d’en faire une vaste campagne promotionnelle par tous les moyens dont nous disposons. L’actuel projet de loi ne fait qu’augmenter le clivage entre les deux langues en tentant de démontrer que l’anglais peut s’acheter, le privilège des nantis, ce qui rappelle tristement une situation qu’on a longtemps cherché à combattre en voulant être Maîtres chez nous.

Si l’eau est la vie, la langue est ma pensée, et je tiens autant à l’un qu’à l’autre, car le bonheur ne peut être que le résultat de leur combinaison harmonieuse. L’un me permet de me lever, l’autre de me tenir droit.

Le Mouvement Québec Renouveau rejette le projet de Loi 103, car la langue ne s’achète pas!

  1. Association d’études canadiennes, 2003 []

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Serge Bonin

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