Le mardi 9 mars 2010

QuébecEnvironnement

Le combustible LVRF améliorerait vraiment la sécurité des centrales nucléaires CANDU

Selon la Commission canadienne de sûreté nucléaire

Canada ]

Par Gilles Provost

Selon le rapport secret d’août 2009 de la CCSN, le combustible LVRF n’améliore pas seulement la sécurité. Il pourrait aussi augmenter la puissance des centrales, car le dysprosium réduirait le surplus de neutron qui provoque une surchauffe dans le centre des réacteurs.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) se dit convaincue que l’usage d’un nouveau combustible LVRF (Low Void Reactivity Fuel) serait un excellent moyen d’améliorer la sécurité des centrales nucléaires CANDU.

Cette solution aurait d’excellentes chances de succès et “serait suffisante à elle seule pour régler les inquiétudes que suscitent l’importance du coefficient positif de réactivité du vide et le sursaut de puissance qui en découlerait lors d’un gros LOCA.”, affirme le rapport secret que nous avons obtenu (p.68).

Selon le même document, cette solution prendra toutefois “beaucoup de temps” à se mettre en place. Au moins quelques années, semble-t-il. C’est pourquoi la Commission demande que les propriétaires de centrales lui soumettent leurs échéanciers d’introduction avant le premier avril 2010: cela permettrait d’entamer le processus sans délai.

Comme le document que nous avons en main énumère surtout les avantages des grappes LVRF, j’ai demandé à la CCSN pourquoi il semble si difficile d’alimenter rapidement toutes nos centrales avec ce combustible à base d’uranium enrichi.

Le 4 février, après trois semaines d’attente, son porte-parole m’a simplement promis des réponses “un peu plus tard”. Je les attend toujours!

Le LVRF a fait ses preuves

Ce qu’on sait, c’est qu’en 2006, l’entreprise ontarienne Bruce Power a testé avec succès quelques grappes LVRF dans un de ses réacteurs, dans l’espoir de pouvoir à nouveau le faire fonctionner à pleine puissance. Depuis quinze ans en effet, la CCSN juge que les huit réacteurs de la centrale de Bruce sont trop dangereux pour qu’elle les laisse tourner à plein régime. Ils ne doivent jamais dépasser 93% de leur puissance officielle.

On sait aussi que le crayon central d’une grappe LVRF contient un peu de dysprosium, une terre rare qui sert “d’éponge à neutrons”. En cas de perte massive du liquide réfrigérant, ce dysprosium absorberait le surplus de neutrons qui apparaît au centre des grappes. Il préviendrait ainsi l’emballement du réacteur.

Comme ce dysprosium capte aussi une partie des neutrons nécessaires au fonctionnement normal du réacteur, celui-ci ne peut plus se mettre en marche avec de l’uranium naturel qui contient à peine 0,7% de matière fissile (U 235). Il faut de l’uranium enrichi .

Lors des tests de de Bruce en 2006, on utilisait de l’uranium avec 1% de matière fissile. Énergie Atomique du Canada a aussi fait des essais avec des grappes LVRF enrichies à 3%.

Le combustible LVRF

Le combustible LVRF ressemble aux grappes habituelles remplies d’uranium naturel mais il est fait d’uranium légèrement enrichi: 1% d’U235.

Le “crayon” central contient un peu de dysprosium, une terre rare qui capte les neutrons. On voit enfin que les crayons des 2 cercles extérieurs sont plus fins que ceux du centre. Cela améliore leur refroidissement.

Le LVRF augmente aussi la puissance des réacteurs

Selon le rapport secret d’août 2009 de la CCSN, ce combustible n’améliore pas seulement la sécurité. Il pourrait aussi augmenter la puissance des centrales, car le dysprosium réduirait le surplus de neutron qui provoque une surchauffe dans le centre des réacteurs. Quand tous les canaux de combustible fonctionnent à la même température, les entreprises d’électricité peuvent en tirer plus d’énergie.

Mieux encore, la grappe de combustible LVRF permet des échanges de chaleur plus efficaces, car la plupart de ses 43 crayons sont plus fins que ceux des grappes actuelles. Encore un gain d’efficacité sans rien changer au réacteur lui-même.

Enfin, ces grappes plus riches en matière fissile pourraient demeurer plus longtemps dans le réacteur, ce qui réduit leur coût relatif et la quantité de combustible radioactif à stocker par la suite.

D’où vient l’opposition de l’industrie?

Alors, pourquoi la Centrale de Bruce a-t-elle finalement décidé de conserver son combustible traditionnel? Pourquoi Hydro-Québec nous déclarait-elle, au printemps dernier, qu’elle n’a aucune intention de changer de combustible à l’occasion de la remise à neuf de Gentilly-2, l’an prochain? Pourquoi les experts des entreprises d’électricité disent-ils que le nouveau combustible coûte trop cher, d’après le document secret de la Commission?

Est-ce parce que le Canada devrait investir des centaines de millions de dollars pour construire une usine d’enrichissement d’uranium au moment même où les Grandes Puissances mettent tout en oeuvre pour empêcher l’Iran d’enrichir son propre uranium?

Est-ce parce qu’il est difficile d’acheter régulièrement des centaines de tonnes d’uranium enrichi à l’étranger et de l’importer de manière sécuritaire?

Est-ce parce que l’on devrait reprendre les études d’homologation du combustible pour chaque type de réacteur CANDU ou pour les sites de stockage de combustible usé, compte tenu que le LVRF serait plus chaud et plus radioactif que le combustible actuel?

Ou est-ce tout simplement parce qu’on veut éviter le débat public sur la sûreté de nos centrales nucléaires?

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Profil: J'ai d'abord été journaliste au quotidien Le Devoir pendant quinze ans, de 1969 à 1984. J'ai ensuite poursuivi ma carrière pendant 25 ans à l'émission scientifique télévisée Découverte de Radio-Canada, de…

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