Le dimanche 15 mars 2009

ÉconomieSociétéQuébec

Crise artificielle de la médecine

Par Jean-Pierre Plourde

Pourquoi la moitié des dépenses de construction des deux méga-hôpitaux iront à la seule institution anglophone alors qu’elle exportera une grande partie de ses diplômés subventionnés par nos impôts? C’est suicidaire, somme-nous si riche que cela?

J’ai trouvé ce texte de Joseph Facal dans le journal de Québec du 9 mars 2009, p. 16. Je le trouve très à propos.

Si l’on pouvait rapatrier tous nos impôts et les placer dans les bras de levier qui favorisent notre développement, on ne serait pas en manque de médecin.

Pourquoi financer de nos impôts des médecins qui vont pratiquer hors Québec?

Pourquoi la moitié des dépenses de construction des deux méga-hôpitaux iront à la seule institution anglophone alors qu’elle exportera une grande partie de ses diplômés subventionnés par nos impôts? C’est suicidaire, somme-nous si riche que cela?

On vient nous dire ensuite que les Québécois sont racistes et non accueillants, ce n’est rien d’autre que de la propagande et de la désinformation qui cache une toute autre vérité…

Qu’est-ce qu’on attend!

Voici donc le texte de M. Facal.


Une baignoire sans bouchon

Par Joseph Facal

Ma chronique du 2 mars dernier m’a valu un courriel si abondant et si plein d’émotions que je dois y revenir.

Au Québec, il est souvent difficile d’avoir accès à un médecin, et ce, pour plusieurs raisons. L’une est que les jeunes médecins, souvent des femmes, travaillent moins d’heures que la génération précédente parce qu’ils veulent une vie plus équilibrée. Bravo!

Une autre raison est que, chaque année, plus de médecin quittent le Québec qu’il en arrive de l’extérieur. En proportion de leur nombre, l’exode des médecins est deux fois plus élevé au Québec qu’en Ontario.

Fausses Raisons

On explique souvent ces départs en disant que le Québec n’offre pas aux médecins des conditions de travail et des des revenus suffisants pour les retenir. C’est vrai qu’ils gagnent moins ici qu’ailleurs au Canada.

Mais, si l’argent était le nœud du problème, les départs se feraient grosso modo dans les mêmes proportions pour les diplômés des quatre facultés de médecine du Québec. Or, les chiffres montrent que les départs sont astronomiquement plus élevés chez les médecins passés par McGill.

Un médecin peut partir à deux moments : il peut quitter aussitôt son doctorat en médecine obtenu, s’il décide de ne pas se spécialiser ou de se spécialiser ailleurs, ou il peut quitter une fois sa spécialisation terminée, lorsqu’il doit décider de son lieu de pratique professionnelle.

Dans le premier cas, les chiffres de la Canadian Medical Education Statistics pour la période de 1996-2004 montrent un exode annuel moyen de 47,6% pour McGill comparativement à 1.0% à Laval, 1,3% à Sherbrooke et 2.1% à l’UQAM..

L’explication ne peut être que les étudiants de McGill sont des étrangers rentrant chez eux puisque la proportion d’étrangers dans les facultés de médecine est faible. Ce sont donc des Québécois qui partent.

Dans le deuxième cas, une fois l’exode de ceux formés à McGill avoisine les 50%, alors qu’il oscille de 5 à 15 % pour les facultés francophones, selon les chiffres du Canadian Post-MD-Education-Registry (www.caper.ca).

Entre 1995 et 2004, 550 médecins diplômés de McGill ont quitté le Québec, ce qui représente les deux tiers de l’exode total de médecins affligeant le Québec. Si le taux d’exode de McGill était ramené à celui des facultés francophones, cela suffirait pour annuler toutes les pertes subies par le Québec au profit des autres provinces canadiennes et des États-Unis.

Vraies questions

Avec un nombre de places allouées d’à peine 1,5 fois supérieur à celui de McGill, l’université de Montréal forme quatre fois plus de médecins pratiquant au Québec. Pour dire la même chose autrement, seulement 11.1% des médecins pratiquant au Québec viennent de McGill. Bref, si la baignoire se remplit si lentement, c’est parce qu’elle n’a pas de bouchon.

Est-il raisonnable d’allouer environ le quart des places dans les facultés québécoises de médecine et la moitié des quatre milliards que coûteront les deux méga-hôpitaux à une institution qui exporte ensuite ses diplômés dans des proportions si ahurissantes?

Sommes-nous, au Québec, riches au point de nous permettre de subventionner les soins de santé que ces expatriés donneront aux Ontariens ou aux Américains?

Deux questions comme ça.

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  1. 1 Jean-Pierre Plourde Le 29 avril 2009 à 4h44

    Une partie de mon commentaire à été repris par le site appelé carnetbleu dont voici l’adresse.

    http://uncarnetbleu.blogspot.com

    Le rapport de force décrivant l’appartheid culturel en cours y est très bien exprimé, en voici un extrait:

    “La disproportion entre les deux langues et leur population, en relation avec la taille des mégas hôpitaux proposés, démontre toujours un état de colonialisme et d’apartheid défavorable à la majorité de langue française du Québec.

    Pour 11 % des médecins et 8% de population de langue anglo-américain, l’on propose un hôpital unilingue anglophone au cout 2,2 milliards. Soit un investissement de 5,167 $ par personne.

    Pour 89% des médecins et 82% de population de langue française, l’on propose un hôpital francophone au cout de 2,5 milliards. Soit un investissement de 1,073 $ par personne.

    Les Québécois francophones sont donc défavorisés de l’ordre 4,8 fois. Ou, autominorisés par cette taille, si vous voulez.

    Si l’on redistribue les investissements selon le nombre de médecins par langue, le CHUM francophone devrait accaparer 4,2 milliards. Le CUSM unilingue anglo-américain devrait accaparer 517 millions.

    Si l’on redistribue les investissements selon la population par langue, le CHUM francophone devrait recueillir 3,9 milliards. Le CUSM unilingue anglo-américain devrait recueillir 376 millions.

    C’est donc dire que le méga CUSM pour la minorité anglo-canadienne est surévalué de 1,7 milliard selon la proportion de médecins. Et surévalué de 1,8 milliard selon la proportion de la population.

    Autre preuve que l’état de peuple colonisé des québécois francophones et soumis à un régime politique de l’apartheid anglo-canadien, n’est pas encore une chose du passé.

    Libellés : Politique-Sante, Sante-couts

    De… sp et al… le… 28.4.09, 0 commentaires”

    Voir l’adresse ci-haut pour plus d’information.

    Jean-Pierre Plourde,
    saglac@gmail.com

    PS. Je suis très surpris de constater le peu de réactions des lecteurs, cette disproportion est pourtant criante et significative…

    Seul les citoyens peuvent changer les choses…

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Cet article de 638 a été rédigé par Jean-Pierre Plourde il y a 11 ans et 6 mois, le dimanche 15 mars 2009.

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