Le samedi 28 avril 2012

QuébecSociété

Conflit étudiant: une solution possible et plausible

Gel des droits de scolarité universitaires et hausse substantielle des droits de scolarité de la dernière année d'une technique au collégial

Par Sylvain

Pour améliorer le financement des études post-secondaires, je crois qu’il serait juste d’augmenter les droits de scolarité pour la dernière année d’une technique au niveau collégial, et ce, dès cet automne. En échange, le gouvernement devrait accepter de geler les droits de scolarité afin de discuter d’une refonte de l’AFE afin d’atteindre une réelle et pragmatique accessibilité pour toutes et tous.

Il y a impasse en ce moment. Le gouvernement Charest a fait une offre “globale” vendredi midi qui ne sera certainement pas acceptée par la majorité des étudiants, et ce, pour des raisons évidentes. Non seulement on ne se rapproche pas du gel des droits de scolarité souhaité par la FECQ et la FEUQ, mais en plus on est loin de la gratuité scolaire désirée par la CLASSE. La hausse est rehaussée.

Il faut savoir que depuis les cinq dernières années les frais ont augmenté de 100$ par année. Du côté de l’Aide financière aux études (AFE), il y a bien eu quelques améliorations, mais on est loin d’un système qui permette réellement l’accessibilité dans la réalité et d’un point de vue pragmatique.

Premièrement, il est vrai que les étudiants qui ont des parents vraiment pauvres ont droit à de belles bourses et des prêts. Là où il y a un problème d’accessibilité il se trouve carrément au niveau de la classe moyenne. Le gouvernement le sait puisque qu’il a fait de pirouettes afin de “patcher” l’AFE.

Imaginez un étudiant de la classe moyenne qui fait ses deux années collégiales et qui ne peut pas demeurer chez ses parents. Appelons le ou la Dominique. Puisque les droits de scolarité au collégial sont beaucoup (énormément) moindre qu’à l’université, Dominique peut choisir de travailler autant que possible durant l’été avant de débuter ses études collégiales et travailler durant ses études quelques heures par semaine. Il est selon moi plus aisé de travailler durant ses études pré-universitaires que durant son baccalauréat. Ainsi, Dominique peut réussir à faire ses deux années collégiales sans devoir faire appel à l’AFE.

Maintenant, Dominique termine ses deux années de cégep et est maintenant inscrit à l’université. Il ne peut pas vivre chez ses parents, mais il est toujours à la charge de ceux-ci. Dominique aurait gagné 10000$ durant l’année afin de payer son logement, ses déplacements, sa nourritures, ses vêtements, ses quelques frais de scolarité et livres au Cégep, etc. Le but de Dominique a été de ne pas s’endetter pour le pré-universitaire (qui est pour d’autres provinces du Canada au niveau “secondaire”, tout comme dans la plupart des pays européens.)

Ainsi, Dominique fait sa demande d’aide financière et se rend compte qu’il a un peu trop gagné pour avoir le droit à l’entièreté du prêt (pas de bourse, papa et maman sont “trop” riches”.) On pourrait dire “mais il n’avait qu’à l’économiser le montant qui n’est pas protégé”. Oui, on peut être d’accord sur ce point, sauf que pourquoi punir cet étudiant qui a travaillé davantage? Pourquoi le montant protégé ne serait pas plus élevé? Déjà, cet étudiant ne voulait pas s’endetter pour le collégial, alors on ne peut pas lui en vouloir d’être paresseux. Plutôt que de le féliciter d’avoir fait son cégep sans s’endetter et d’avoir pris de l’expérience de travail, la première chose qu’on lui dit avant d’entrer à l’université est que si tu n’as pas économisé ton plus ou moins 2000$ non protégé, c’est bien de valeur, mais tu vas être pris pour le travailler durant ton premier trimestre d’université. Et par la suite, c’est le cercle vicieux qui débute, car tout au long des études de Dominique, L’AFE va le “gosser” parce qu’il a “trop” travaillé et on va lui couper sa bourse.

Car tout le monde sait que le premier trimestre à l’université est très difficile. C’est un nouveau monde, on demande davantage d’efforts, c’est plus d’études, de recherches, etc. Mais bon, on lui dit “pas grave, travaille! Ici, ce n’est pas la fin du monde, j’en conviens. Sauf que regardons maintenant du côté de la contribution des parents.

Dans le meilleur des mondes, les parents ont tous sauvé de l’argent dans un compte bancaire pour leurs enfants. C’est bien connu, avec l’AFE actuelle, il faudrait que tous les parents aient 20 000$ de côté dans un compte épargne pour chacun de leurs enfants, un pour “Adam” et un pour “Ève”. Sauf que vous savez toutes et tous que ce n’est pas le cas. La réalité est souvent que les parents doivent payer l’hypothèque, les comptes de cartes de crédit, les paiements de la ou les deux voitures, etc. Même si c'est plus avantageux d'entreprendre un rachat de crédit, c'est tout de même des sommes à ne pas négliger. Quand l'AFE fait le calcul pour la contribution des parents, on ne prend pas en compte le niveau d'endettement et la réelle capacité de payer des parents.

Donc, Dominique sait déjà qu'il devra travailler plus qu'il ne l'aurait voulu. Maintenant, comme ses parents ont un revenu familial de 75 000\$ dollars (sans autres enfants à charge) ils devront débourser environ 8000\$ pour la première année d'université de Dominique s'il doit vivre en appartement. Ainsi, Dominique doit s'asseoir avec papa et maman et leur montrer sa grille de calcul de l'AFE. "Papa, maman, regardez, vous devez me donner 8000\$ cette année pour ma première année d'université". Alors, la question qui tue: croyez-vous que TOUS les parents vont payer la contribution à leurs enfants ? La réponse est non. Donc, Dominique doitse croiser les doigts. Peut-être que ses parents vont lui donner la contribution entière, peut-être qu'ils vont dire "t'as juste à travailler 30 heures par semaines" ou pire, parce qu'il y a des parents qui ne comprennent pas le système, vont dire "t'avais juste à travailler plus pendant ton Cégep".

Bref,  je suis convaincu que des centaines d’étudiants pourraient venir commenter cet article et raconter leurs cas vécus.  Si notre Dominique doit travailler davantage car ses parents n’ont pas les moyens de payer toute la contribution, croyez-vous que l’on parle d’une réelle et pragmatique accessibilité aux études pour toutes et tous? La réponse et non, et il est là, à mon avis, le problème.

Selon moi, la population ne l’a pas assez entendu ce que je viens de décrire. Évidemment, quel étudiant voudrait aller sur la place publique et se plaindre en faisant passer ses parents pour des pauvres ou des sans coeur qui n’ont pas ramasser d’argent pour ses études universitaires ou parce qu’ils ont plutôt choisi d’aller dans le sud les derniers hivers. Ah, parce que vous croyez que ce sont seulement les étudiants qui vont dans le sud l’hiver? Parce que vous croyez que ça n’existe pas des parents qui vont préférer acheter des motoneiges plutôt que d’économiser pour les études de leurs enfants?

Non seulement il y a une impasse au Québec, mais il y a énormément d’hypocrisie. Plusieurs médias, des gosses de riches ou même probablement des parents vraiment pas futés qui au moment où vous lisez ces lignes sont prêts à reporter Charest au pouvoir parce qu’ils trouvent que vous, les étudiants dans la rue, vous êtes des “enfants-roi” et des “bébés-lala”.

Des solutions ?

J’ai comparé le système québécois avec celui de la Suède. L’équivalent de l’AFE en Suède est comparable, mais il y a une énorme différence qui est qu’aucun étudiant n’est à la charge des parents, donc aucune contribution des parents n’est exigée. Et cette énorme différence fait qu’il existe une réelle accessibilité aux études. Et pour ceux qui vont dire que l’on paie plus d’impôt en Suède qu’au Québec je pourrai vous démontrer le contraire.

Une autre différence est que le montant protégé des revenus de l’étudiant est environ 40% plus élevé dans le système suédois et on ne fait pas le calcul du salaire gagné à partir du 1er janvier, mais plutôt du 1er juillet. Ainsi, vous comprenez que Dominique n’aurait pas besoin d’affronter ses parents et ne serait pas obligé de commencer ses études universitaires dans le stress car il devait peut-être devoir travailler beaucoup au Burger King au salaire minimum.

En Suède, il y a la gratuité scolaire. Évidemment, ça fait du sens, car de toute façon, l’aide financière aux études provient aussi du gouvernement, donc ce serait stupide d’augmenter les bourses et les prêts dans le but de payer des droits de scolarité qui reviennent en bout de ligne dans les coffres du gouvernement afin de financer les universités.

Si j’étais dans la rue avec les étudiants, je ne demanderais pas au gouvernement la gratuité scolaire cette semaine. On ne change pas un système en criant bateau. Sauf que les étudiants font bien de faire la grève car le gouvernement tente de leur monter un gros bateau.

Sauf que si j’étais étudiant au Québec aujourd’hui même, je me battrais non seulement pour le gel des droits de scolarité, mais aussi pour une refonte de l’AFE pour une réelle accessibilité aux études, donc quise rapprocherait du système de l’aide financière aux études de la Suède. Il est injuste pour ces étudiants de les abandonner à leur sort parce que papa et maman font de la motoneige ou vont dans le sud l’hiver plutôt que de payer la contribution exigée par l’AFE. Enfin, il s’agit certainement d’une minorité, mais ils existent. Les autres, même s’ils ont un revenu de 75 000$ par année, l’AFE ne prend pas en considération la réelle capacité de payer. Je souhaiterais ces étudiants, mais aussi à ces parents, qui ont fait face à une situation semblable à celle de Dominique, de venir s’exprimer dans la section commentaires. Il y a aussi des familles de la classe moyenne qui en temps normal pourraient aider leurs enfants, mais si la père a un cancer et n’a tout bonnement plus d’emploi ou bien qu’avant les début des études universitaires l’un des parents avaient été sans emploi et que les économies pour les enfants sont passées dans l’épicerie et le compte d’électricité, voulez-vous vraiment laisser Dominique dans la merde? Voulez-vous que Dominique, pour qu’il touche la contribution des parents, qu’il poursuive en justice son père qui a eu un cancer ou sa mère qui avait été sans emploi durant 2 ans, et qui avait été dans l’obligation d’utiliser les économies des études pour payer l’hypothèque afin de ne pas perdre la maison?

Comment régler rapidement le conflit actuel?

Si j’étais à la tête de la CLASSE, je commencerais par leur présenter mon petit argumentaire ci-haut. De un, j’expliquerais qu’il est impossible d’avoir l’instauration de la gratuité scolaire demain matin, autrement le conflit actuel ne se réglera jamais. Pire, le gouvernement Charest risque bien d’aller en élections sur votre dos.

Si j’étais à la tête de la FEUQ ou de la FECQ, j’expliquerais la même chose, mais je leur suggérerais de continuer à se battre pour le gel des droits de scolarité. Premièrement, et je crois qu’ils sont bien tous au courant, la hausse va empirer la situation des milliers de Dominique, donc plusieurs autres étudiants, qui normalement n’auraient peut-être pas eu de problème, en auront avec la hausse.

Donc, si j’avais à faire une offre au gouvernement, ce serait de geler les droits de scolarité sur le champs et de comparer le système d’aide financière aux études du Québec avec celui de la Suède, un peu comme je l’ai fait, afin de se rendre compte qu’il n’y a déjà pas de réelle accessibilité aux études pour toutes et tous au Québec. Effectivement, le problème à la base du conflit est la question de l’accessibilité aux études. L’offre globale du gouvernement Charest ne vient rien régler. Tous les étudiants provenant de familles de la classe moyenne ne sont pas égaux car ça dépend du taux d’endettement des parents, de l’importance que les parents accordent aux études et autres critères, comme la maladie ou autres pépins.

Où aller chercher de l’argent?

De un, les différentes associations étudiantes ont fait des propositions intéressantes pour une meilleure gestion de l’État afin de faire des économies et d’investir celles-ci en éducation. Ce n’est peut-être pas suffisant. J’ai une suggestion qui ne fera peut-être pas l’affaire de tous, mais qui est selon moi très équitable pour tous les partis. On a souvent entendu dire que des étudiants qui font une technique au cégep, ou même des études professionnelles, vont gagner autant ou même plus que certains étudiants de niveau universitaire. Pourtant, les droits de scolarité au cégep sont vraiment plus bas que ceux universitaires. Ne voyez-vous pas une injustice?

Donc, pour améliorer le financement des études post-secondaires, je crois qu’il serait juste d’augmenter les droits de scolarité pour la dernière année d’une technique au niveau collégial, et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas payer les même droits de scolarité à l’université (ceux de 2011-2012) que pour n’importe quel programme technique au cégep.

Les professeurs de cégep détiennent pour la plupart une maîtrise. À l’université, beaucoup de chargés de cours ont aussi une maîtrise. Enfin, il y a certainement plus de chargés de cours avec une maîtrise que de chargés de cours avec un doctorat en main. Ainsi, il est juste d’affirmer que la dernière année d’une technique au collégial coûte aussi cher qu’une première année à l’université pour le gouvernement. Donc, il est juste et équitable de demander aux étudiants de niveau technique de payer leur juste part, surtout qu’ils vont aussi gagner un excellent salaire.

Pour conclure, je n’ai pas les ressources pour faire le calcul des revenus que cela apporterait au gouvernement, soit d’hausser les droits de scolarité pour la dernière année d’une technique, mais il est fort possible que ça couvrirait entièrement la hausse prévue de 1778$ dans le budget Bachand.

J’ai conscience que les étudiants au niveau technique vont être réticent à ma proposition, mais je crois que s’il y a une juste part à payer, dans le contexte actuel, elle devrait provenir des étudiants en technique. Bonne chance pour régler le conflit!

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Cet article de 2,227 a été rédigé par Sylvain il y a 7 ans et 7 mois, le samedi 28 avril 2012.

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