Le mercredi 22 juin 2011

PolitiqueQuébec

Dégelée du Bloc, crise du PQ: Vive l’indépendance!

Il commençait à être temps que pète la duperie consistant à faire élire des souverainistes dépourvus de politique souverainiste

L'indépendance du Québec ]

Par Parti Indépendantiste

Sous la démission des Curzi, Lapointe, Beaudoin, Aussant, il y a le fait que le Parti québécois n’est plus le véhicule de l’indépendance, comme l’ont conclut ouvertement certains. Au contraire, le PQ encombre la route de l’indépendance de son souverainisme de comédie.

Si la démission de Pierre Curzi, Lisette Lapointe, Louise Beaudoin et Jean-Martin Aussant secoue tant le Parti québécois, c’est certes parce que les quatre démissionnaires étaient haut placés. Mais c’est surtout parce que ces démissions surviennent dans un parti déjà fragile, faiblard et incohérent dans sa direction et son orientation. Du point de vue du leadership et des priorités de la nation (indépendance, français, intégration des immigrants, énergies stratégiques, etc.), le PQ de Pauline Marois est très en dessous des réquisits du moment.

S’agissant de l’indépendance en particulier, son insignifiance est parfaite : ce parti ne sert plus de toute évidence qu’à faire attendre à rien. Désespérer des « conditions gagnantes », voilà ce que Pauline Marois et ses amis promeuvent avec conviction. C’est cet attentisme débilitant qu’ils veulent faire passer sous le clinquant label de « gouvernance souverainiste ». Désaimanter la question nationale de son aboutissement naturel, l’indépendance, ne peut pas donner autre chose que ce parasitage, cette duperie, ce niaisage. Sous la démission des Curzi, Lapointe, Beaudoin, Aussant, il y a le fait que le Parti québécois n’est plus le véhicule de l’indépendance, comme l’ont conclut ouvertement certains. Au contraire, le PQ encombre la route de l’indépendance de son souverainisme de comédie.

Idem pour la dégelée subie par le Bloc québécois au fédéral. Il commençait à être temps que pète la duperie consistant à faire élire des souverainistes dépourvus de politique souverainiste. Rappelez-vous la déclaration de Gilles Duceppe le soir d’une élection très favorable à son parti il y a quelques années (bien sûr, ça se passait au « fédéral », mais c’est la même chose au « provincial » avec le PQ) : « les gens ont élu des souverainistes, déclarait-il, ils n’ont pas voté pour la souveraineté ».

Dites donc, quand est-ce qu’on va élire des indépendantistes d’équerre avec leur option! Le chef souverainiste ne se rendait même pas compte qu’il résumait ainsi avec brio des décennies de contorsionnisme péquisto-bloquistes. Bien sûr, Duceppe voulait plutôt sur le coup, devant les journalistes qui l’interrogeaient, désénerver les Canada lovers. Mais justement, c’est là toute l’affaire de ces deux partis. Ah, le soin qu’ils mettent à bobo-béquer les fédéralistes ! Les partisans les plus innocents ou les plus perfides, au choix, appellent ce dorlotage une stratégie pour l’indépendance (ne pas réveiller le lion qui dort). Faites-nous rire. Une stratégie, ça suppose un combat. Or, au PQ de Pauline Marois, il est où le combat pour l’indépendance ? Il y a bien un étiquetage (« gouvernance souverainiste ») et quelques invocations (le « pays »), mais d’action pour l’indépendance, de politique indépendantiste, niet.

La crise au PQ n’est pas étrangère à la dernière dégelée électorale du Bloc à Ottawa. Le Bloc constituait un rouage majeur de la stratégie référendaire péquiste (référendum au Québec, défense de nos choix à Ottawa). Or Marois, sans évacuer à jamais le référendum, l’a quand même reporté indéfiniment, rendant boiteuse la justification du Bloc à Ottawa. À l’inverse, la dégelée du Bloc ébranle un PQ toujours néanmoins associé à la stratégie référendaire. Juste avant l’élection fédérale, Pauline Marois et Jacques Parizeau exhortèrent les Québécois à voter Bloc. Ils présentaient le coup quasiment comme un devoir national. Aujourd’hui, ils ont l’air fou, mais au lieu de prendre acte du rejet de la soi-disant stratégie référendaire par l’électorat, ils se chicanent sur ses modalités. Tous les deux sont de la sorte en retard sur les attentes de la nation qui, ayant tiré, elle, les leçons du vol référendaire de 1995, ne veut pas, et pour cause, d’un troisième référendum.

Ainsi, les lignes de fracture qui menacent actuellement le Parti québécois ne sont pas nécessairement les bonnes. Le débat sépare deux camps référendistes alors que c’est le référendum lui-même qui fait problème, comme passage prétendument obligé. Il y a d’un côté, ceux qui veulent un référendum préparé, y compris déjà quand on est dans l’opposition. C’est le sens du discours de Parizeau livré la semaine dernière à l’assemblée des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO). De l’autre, ceux qui veulent peut-être un référendum, mais indéfini et indéfiniment reporté — reporté précisément à un moment où on n’aurait pas besoin de le préparer puisque les conditions seraient d’elles-mêmes gagnantes ! On reconnaît là Marois et ses fidèles. Référendisme actif d’un bord, référendisme passif de l’autre, mais toujours le référendisme avec sa dévaluation du mandat de représentation des élus indépendantistes.

Car il faut au contraire et précisément prendre au sérieux la démocratie représentative. C’est par son moyen que va se faire l’indépendance. Elle ne va pas se faire par référendum, ni par la rue. À qui revient-il en effet de faire l’indépendance ? Aux représentants du peuple à l’Assemblée nationale, qui la déclarerons par une loi dûment votée. C’est tellement vrai que même un oui référendaire resterait sans effet si les élus ne votaient pas eux-mêmes l’indépendance. La question nationale relève donc entièrement de la démocratie représentative. Le fiasco péquisto-bloquiste vient du refus historique d’assumer comme il se devait ce mandat de représentation et d’avoir prétendu qu’il fallait plutôt procéder par référendum.

Pas par référendum, ni par la rue, dis-je. En effet, le danger qui guette par ailleurs la renaissance du mouvement populaire pour l’indépendance à laquelle nous assistons — pensons à « Cap sur l’indépendance » par exemple — réside dans la même minimisation du pouvoir représentatif comme moyen indispensable pour faire l’indépendance. Un mouvement populaire c’est bien et il faut saluer la nouvelle effervescence qui règne ces temps-ci, mais c’est insuffisant. Surtout, le mouvement risque de conduire au découragement s’il n’est relayé politiquement au niveau de la plus haute instance démocratique du peuple québécois. Il faut une formation politique capable de traduire le mouvement en décision à l’Assemblée nationale. Dans la conjoncture, Cap sur l’indépendance est sans doute nécessaire pour faire débloquer la situation. Mais il mène dans un cul-de-sac en prétendant que l’indépendance va se faire en dehors de la lutte des partis. Il est faux de dire, comme le fait son porte-parole Gilbert Paquette, que la question nationale n’est pas une question partisane. L’indépendance, au contraire, a des ennemis politiques et c’est essentiellement la lutte des partis qui la tranche. Elle relève tout à fait de la démocratie représentative qui est lutte de partis. Qu’on reprenne la bataille pour l’indépendance en dehors du PQ, c’est très bien, vu la déchéance de ce parti, mais on s’en va tout droit vers l’échec en faisant croire que l’indépendance va se faire en dehors de la lutte partisane en général. Décoller sans prévoir atterrir conduit à l’écrasement. Or l’atterrissage en cette matière, c’est à l’Assemblée nationale qu’il se fait, pas dans la rue.

Et pourquoi s’en remettrait-on pour cela à un Parti québécois délaissé par les forces vives de l’indépendance et qui détourne le mouvement national de son aboutissement naturel ? En revanche, la formation politique la plus conséquente et la plus claire sous ce rapport est à coup sûr le Parti indépendantiste (P.I.). Que la rue s’active pour l’indépendance, bravo, mais plus que la rue, c’est le pouvoir que doivent prendre les indépendantistes ; et l’utiliser pour déclarer l’indépendance. Le seul parti dûment constitué qui propose cela et dont l’orientation et le programme reposent sans défaillance là-dessus, c’est le P.I.

On a trop tendance — atavisme péquiste aidant — à tenir l’indépendance pour une affaire très compliquée, exigeant une mobilisation monstre de la nation, une pédagogie hors du commun dans tous les foyers sans exception, des consultations à n’en plus finir, des appuis internationaux quasi miraculeux, un alignement des astres exceptionnel, mettez-en. Là contre, citons Nic Payne :

Toujours cette manie [chez les « souverainistes »] de présenter la chose qu’on ose à peine nommer [l’indépendance] comme une entreprise titanesque qui consiste à se fabriquer un pays de bout en bout, en soumettant sa conception aux lubies et désirs des uns et des autres, et en s’enferrant dans toutes sortes de processus dilatoires. Du projet de pays [PQ] au pays de projets [QS], on est encore et toujours dans la grande quincaillerie des projets éthérés plutôt que sur la vraie question : l’indépendance politique, ou le maintien de la domination canadian. À cette heure, les indépendantistes sont donc toujours plus ou moins laissés pour compte. La propension intrinsèque des Québécois à l’émancipation nationale, même si elle est parfois latente ou inconsciente, gît toujours là, plus forte que toutes les gauches, les droites et les centres qu’on nous propose, prête à être aiguillée et menée à son plus noble aboutissement.1

De toutes les formations indépendantistes, seul le P.I. n’a pas l’esprit gâté par cette exagération, qui n’est d’ailleurs que défaitisme déguisé. Le P.I. a beau être de taille modeste, il existe bel et bien et il a l’avantage sur les « gros » partis d’être, lui, à la hauteur des réquisits de la lutte nationale. Il n’est pas vrai que les Québécois soient orphelins d’un véritable parti indépendantiste. Le P.I. est là, dûment constitué, et la crise du PQ devrait lui être profitable, pour le plus grand bien de la cause indépendantiste elle-même. L’option référendiste, même active (Parizeau), et l’option sans-partiste (Paquette), bien que rafraichissantes en regard de l’insignifiance péquiste actuelle, sont insuffisantes et surtout trompeuses.

  1. Vigile, 7 juin 2011 []

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Richard Gervais

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Profil: Le principal engagement du Parti indépendantiste est de réaliser l'indépendance du Québec. En ce sens, le Parti souhaite réaliser l'indépendance dès qu'il serait élu au gouvernement.

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Cet article de 1,532 a été rédigé par Parti Indépendantiste il y a 8 ans et 0 mois, le mercredi 22 juin 2011.

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