Le mardi 21 juin 2011

PolitiqueQuébec

La question de la légitimité du Parti Québécois est désormais posée

Soit le PQ revient à ses racines, soit il devient un parti comme les autres

L'indépendance du Québec ]

Par Richard Le Hir

Dans une situation aussi volatile, où les enjeux sont considérables, il faut savoir éviter les paroles et les gestes de nature à cristalliser les oppositions, à les rendre définitivement irréconciliables. Il est encore temps de récupérer la situation, même si les premières indications ne semblent guère encourageantes.

Ceux qui ont connu les belles années du PQ, celles de la ferveur et de l’espoir, ne peuvent s’empêcher de ressentir une infinie tristesse devant le marasme qui semble l’avoir gagné.

Au fil des années, le PQ a connu plus que sa part de déconvenues et de crises. Il est aujourd’hui confronté à la plus grave de son histoire, non pas que les autres ne l’aient pas été, mais aujourd’hui, c’est sa légitimité même qui est en jeu.

Or d’où vient qu’il soit en train de perdre sa légitimité ? Ce parti-là n’est pas à l’origine un parti ordinaire qui n’aspire qu’à en remplacer un autre à la tête du gouvernement. Il n’a pas été créé pour simplement proposer « une autre façon de gouverner » à l’intérieur du même système, même si c’est justement sur ce thème qu’il s’est fait élire la première fois.

Le PQ été créé pour changer le système, en s’appuyant sur deux pôles, l’indépendance et la social-démocratie. Ce parti a donc une vocation révolutionnaire (au sens tranquille du terme), même si le mot et l’idée peuvent faire peur. Or, soit qu’ils doutent désormais de la volonté des Québécois de faire cette révolution et/ou qu’ils ont désormais d’autres buts qu’ils ne sont pas prêts à avouer, le PQ et son chef actuel entretiennent « un flou artistique » sur leurs intentions, comme on a coutume de qualifier ce genre d’attitude pour ironiser sur son caractère manipulateur.

Si certains membres du PQ et les députés qui restent semblent s’y retrouver et font confiance à Pauline Marois, un bon nombre de ses sympathisants, cinq de ses députés et la population en général ne semblent pas pour leur part prêts à lui accorder un blanc-seing, selon les derniers événements et les nombreux sondages depuis l’automne dernier.

Et les sondages actuels ne tiennent pas compte du réalignement qui va se produire inévitablement lorsque de nombreux indépendantistes vont prendre conscience que le PQ et son chef ont décidé qu’ils n’ont plus besoin d’eux et qu’ils peuvent parfaitement prendre le pouvoir sans eux. Sans vouloir me faire prophète, j’ai l’impression qu’ils se préparent des lendemains qui déchantent.

Dans une situation aussi volatile, où les enjeux sont considérables, il faut savoir éviter les paroles et les gestes de nature à cristalliser les oppositions, à les rendre définitivement irréconciliables. Il est encore temps de récupérer la situation, même si les premières indications ne semblent guère encourageantes.

Ce n’est certainement pas en minimisant la portée de la démission de quatre députés influents que Pauline Marois fait preuve de leadership. Ne lui en déplaise, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, et l’optimisme qu’elle affiche ne trompe personne sauf peut-être elle-même et ceux de ses députés qui sont incapables de la moindre analyse critique et qui voit dans celle-ci une menace plutôt que l’occasion d’une salutaire remise en question.

Il ne faut pas oublier non plus les effets du syndrome de la bulle. La vie de député s’apparente étrangement à celle des pensionnaires des collèges classiques d’autrefois, avec ses chapelles (le salon bleu et le salon rouge), ses salles de classe, ses rituels (la période de question, les votes, le discours inaugural, le discours du budget), ses figures de pouvoir (le premier ministre, le chef de l’opposition), ses préfets de discipline (les whips) et surtout un climat général de déresponsabilisation individuelle au profit des exigences de la fonction et de la discipline de parti. Il s’ensuit une déconnection progressive avec le reste du monde jusqu’à la défaite ou la retraite, et l’isolement dans une bulle complaisante, ronronnante et rassurante dont certains s’accommodent si bien qu’ils y développent une dépendance.

Tout ce contexte institutionnel pousse dans le sens de la conformité, et une manifestation de résistance comme une démission est automatiquement perçue comme une incongruité et le comble du manque de savoir-vivre et de respect envers le groupe auquel on appartient. Certaines réactions de députés péquistes entendues ces derniers jours illustrent à merveille mon propos.

Comme on a pu le constater sur Vigile, le syndrome de la bulle s’est propagé à certains membres du parti pour qui toute critique est vécue comme un impardonnable manque de loyauté et de solidarité, alors qu’elle en constitue peut-être justement le summum. Ne doit-on pas le fond de sa pensée aux gens que l’on respecte ? Alors on dira que tout est dans la façon, en faisant semblant d’ignorer que la critique dérange toujours ceux à qui elle s’adresse et qu’ils auraient de beaucoup préféré ne pas la recevoir.

Pour le PQ et son chef, les événements de la semaine, tout désagréables soient-ils, ne démontrent pas qu’il est trop tard. Ils démontrent qu’il est minuit moins cinq. Soit ils choisissent d’en tenir compte et de revenir aux racines du parti qui font sa légitimité, soit ils le détournent de sa mission pour en faire un parti comme les autres.

S’ils choisissent la première avenue, tous les espoirs sont permis. S’ils choisissent la deuxième, ils s’en vont droit dans le mur et ne peuvent surtout pas compter sur la loyauté et la solidarité de ceux qu’ils se trouveront ainsi à trahir.

3 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Boisvert Pierre JJ Le 22 juin 2011 à 11h35

    Quoi qu’il en soit, je pense que les maroissiens ont trop consommé de politique, du moins avec Pauline ( la pas fine ), laquelle déclare a`qui veut l’entendre ne « pas vouloir se laisser distraire » ; ben Nous qui voulons se pays, on attendra pas un autre quarante ans pour y arriver ; et avec le PQ, le fédéral se ferme comme une huître ; ses dirigeants comme son intelligenstia non pas de crocs ; plus carriéristes soumis à la ligne du parti finalement.
    Hier soir Pierre Curz a annoncé dans sa circonscription de Borduas son désir de ne pas créer un nouveau parti politique, de rester en place comme indépendant; et enfin il songe se présenter comme « indépendant » aux prochaines E.Générale. Bingo,cé ce qu’il faut, des « indépendants sûrs, et pour défendre une bannière qui pourrait être à la fois patriotique et indépendantiste, se commettre à travers « un mouvement populaire…pour un acte patriotique afin d’accélérer la R.o.i ( la révolution organisée intelligemment. Les charesteriens,mroissiens, adéquisteriens, solidarites et vertites n’auront bien qu’à se tenir aux prochaines élections générales, s’il fallait que le Peuple décide de faire élire « les indépendants majoritairement »…à suivre et vive le rêve d’un québec libre et toujours meilleur advienne au néo-coeur patriotique des québécois!

  2. 2 Jean Rousseau Le 22 juin 2011 à 15h48

    REPARTIR SUR DE NOUVELLES FONDATIONS

    D’abord il y a les belles-mères qui sont tellement à côté de la “track” (1) qu’elles semblent rémunérées par des sources occultes liées aux fédéralistes. Ensuite, la chef actuelle ne parvient pas à se remettre suffisamment en question pour se rendre compte que l’option phare ne tient pas la route.

    Imaginez un homme de science qui serait tellement emporté par son idéal pour ne pas apercevoir les dangers potentiels de ses découvertes (Jurassic Parc).

    (1) Leur proposition de tenir un référendum dans les quelques mois qui suivraient la prise du pouvoir témoigne d’un aveuglement sans nom ou d’un vouloir inconscient ou autre, de piéger leur formation. Tout stratège digne de ce nom partagera mes vues.

  3. 3 Jean Rousseau Le 22 juin 2011 à 16h02

    REPARTIR SUR DE NOUVELLES FONDATIONS

    D’abord il y a les belles-mères qui sont tellement à côté de la “track” (1) qu’elles semblent rémunérées par des sources occultes liées aux fédéralistes. Ensuite, la chef actuelle ne parvient pas à se remettre suffisamment en question pour se rendre compte que l’option phare ne tient pas la route.

    Imaginez un homme de science qui serait tellement emporté par son idéal pour ne pas apercevoir les dangers potentiels liés à ses découvertes (Jurassic Parc).

    (1) Leur proposition de tenir un référendum dans les quelques mois qui suivraient la prise du pouvoir témoigne d’un aveuglement sans nom ou d’un vouloir inconscient (ou autre) de piéger leur formation. Tout stratège digne de ce nom partagera mes vues.

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Article original: Vigile.net - Richard Le Hir

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Profil: Avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95)

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Cet article de 842 a été rédigé par Richard Le Hir il y a 9 ans et 4 mois, le mardi 21 juin 2011.

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