Le mercredi 25 mars 2009

QuébecInternational

Que la Francophonie retrouve sa pleine voix

Après le détournement du Sommet de la Francophonie en octobre

L'état de la langue française ]

Par Parti Québécois

En octobre dernier, l’Organisation internationale de la Francophonie tenait un sommet à Québec dans le cadre des festivités soulignant le 400e anniversaire de la ville. Louise Beaudoin estimait alors que la rencontre internationale n’a pas reçu toute l’attention qu’elle méritait. La députée de Rosemont et porte-parole de l’opposition officielle en matière de Relations internationales et de Francophonie a détaillé son opinion dans l’édition du samedi 21 et dimanche 22 mars du quotidien Le Devoir.

Par Louise Beaudoin, Députée de Rosemont,
Porte-parole de l’opposition officielle en matière de Relations internationales et de Francophonie

Il faut se féliciter de ce que les pays de la Francophonie ont naguère eu l’idée de se donner une journée, le 20 mars, pour célébrer leur solidarité. Car ce sont bien les préparatifs de cette journée pour 2009 ainsi que la présence au Conseil de relations internationales de Montréal (CORIM) le 25 mars du secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie qui, enfin, permettent de discuter, cinq mois après l’événement, du bilan du Sommet de Québec.

En octobre dernier, toutes sortes de manœuvres ont eu pour effet de pousser dans une sorte de no man’s land médiatique les travaux d’un sommet qui aurait dû être le point culminant des célébrations du 400ème anniversaire de Québec. À commencer par cette décision incompréhensible d’interdire aux 300 représentants des médias d’accéder aux débats et de s’approcher des chefs d’État et de délégation. Comment expliquer, par ailleurs, que les premiers ministres Charest et Harper n’aient convoqué aucun point de presse pendant le sommet. Ils auraient voulu que celui-ci soit médiatiquement ignoré qu’ils n’auraient pas procédé autrement.

Puis, il y eut cette autre incongruité de faire coïncider, la même journée, la visite officielle au Québec du président Sarkozy et la première séance du sommet. La signature de l’entente France-Québec sur la mobilité professionnelle, qui faisait suite aux pittoresques propos de Nicolas Sarkozy sur les souverainistes québécois, ne pouvait faire autrement que de rejeter dans l’ombre le décorum autrement plus paisible de l’ouverture du sommet.

En outre, la grande première qu’aurait dû être le débat tant attendu entre les chefs d’État et de gouvernement sur la place de la langue française dans le monde fut marquée par l’absence du président de la République française. Le gouvernement du Québec aura, à son tour, contribué encore plus lourdement au caractère discret des délibérations sur l’état du français en s’abstenant d’en prévoir la télédiffusion en direct. De telle sorte que les citoyens, sceptiques quant à l’utilité de la Francophonie, n’ont pu constater par eux-mêmes sa réelle pertinence.

Un grand thème

En dernière analyse, il est de la responsabilité conjointe des gouvernements du Canada et du Québec que la langue française se soit vu accorder au sommet, non la première, mais la dernière place. En effet, c’est aux deux gouvernements hôtes qu’il revenait de proposer à leurs vis-à-vis l’ordre du jour du sommet. Or le Canada et le Québec ont délibérément rompu avec la pratique des sommets précédents qui, une fois la part faite aux dossiers politiques de l’heure, orientaient leurs travaux vers un seul grand thème, qui devenait ainsi le centre de l’attention politique et médiatique. À l’automne, Québec et Ottawa se sont plutôt entendus pour subdiviser ce thème unique en trois sous-thèmes.

La déclaration finale du sommet témoigne éloquemment des équilibres convenus au départ entre les deux gouvernements. La langue française y fait l’objet de 10 articles sur les 73 que compte la déclaration. Les analystes auront raison de décoder dans cette statistique la précautionneuse habileté des pouvoirs en place à Québec et à Ottawa, qui savaient bien n’avoir pas d’autre choix que de rendre à la langue française un certain tribut puisqu’elle est au cœur de l’identité québécoise. Mais, en même temps, les deux capitales dosaient aussi savamment que prudemment tous les risques, du moins à leurs yeux, d’une vision trop généreuse des choses.

Le Sommet de Québec aura été bien loin de l’esprit visionnaire si intelligemment stratégique que le Libanais Ghassam Salamé aura su, lui, inspirer à celui de Beyrouth en 2002, en faisant de la culture le grand thème de ce sommet. N’hésitons pas à le dire, c’est le Liban qui aura ainsi donné à la Francophonie l’occasion d’être, à la face même du monde, la première organisation internationale gouvernementale affirmant la nécessité d’une convention internationale contraignante en matière de diversité culturelle.

L’administrateur de la Francophonie, Clément Duhaime, a raison d’évoquer dans Le Devoir des 14 et 15 mars une certaine parenté spirituelle entre le président américain Barack Obama et le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf, qui sont des « fils de l’Afrique ». Je souhaiterais ajouter aux raisons d’une première rencontre entre eux la grande question de la ratification par les États-Unis de cette convention qui, autrement, ne pourra jamais prendre, à l’échelle mondiale, toute sa force de loi fondamentale en matière de culture.

Le Sommet de Québec n’a pas donné à la Francophonie cette charte fondatrice que nous aurions espérée sur l’avenir de la langue française, alors que se joue dans le monde une bataille décisive qui concerne toutes les grandes langues à portée internationale. Au moment où les Chinois, les hispanophones et même les Russes, sans parler, bien sûr, des Américains, ont mis ou mettent en place des politiques linguistiques énergiques pour faire triompher leur propre langue, la Francophonie avance sur ce front, je le reconnais, mais les mesures prises, notamment la création d’un « Observatoire démographique et linguistique de l’Espace francophone », sont loin d’être à la hauteur des défis qui nous attendent.

D’autant que, contrairement à ce qu’affirme le ministre des Relations internationales, Pierre Arcand, il ne s’agit pas de « s’assurer qu’il y ait un portrait de la situation après chaque sommet et, par le fait même, de s’assurer d’un suivi », mais de fournir avant les sommets un portrait d’ensemble qui permettra aux chefs d’État d’y prendre des décisions stratégiques susceptibles d’infléchir le cours des choses.

En conclusion, les Québécois méritaient que le Sommet de Québec prenne une dimension historique en devenant pour la langue française ce que Beyrouth aura été pour la culture. Malheureusement, à cause des frileuses et médiocres combinaisons qui ont présidé aux décisions entre Québec et Ottawa dans la préparation des événements officiels d’octobre dernier, il n’en aura rien été.

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