Le jeudi 2 octobre 2008

PolitiqueQuébec

Débat des chefs: un débat soporifique!

Un débat sans saveur

CanadaCampagne électorale fédérale 2008 ]

Par RRQ

J’attendais fébrilement le débat d’hier soir. Ô combien j’ai été déçu! Aucune passion! Ce ne fut qu’une joute superficielle et soporifique. On aurait dit un rassemblement d’anciens camarades de la petite école qui devaient échanger sur un sujet qui n’a jamais fait consensus parmi eux, mais qui ne les a jamais empêché de dormir non plus.

En tant que passionné de politique, je ne manque jamais un débat des chefs, comme je ne manque jamais une soirée électorale non plus. De ce fait, j’attendais fébrilement le débat d’hier soir. Ô combien j’ai été déçu! Ce ne fut qu’une joute superficielle et soporifique.

Tout d’abord, la formule m’a exaspéré. On aurait dit un rassemblement d’anciens camarades de la petite école qui devaient échanger sur un sujet qui n’a jamais fait consensus parmi eux, mais qui ne les a jamais empêché de dormir non plus. Aucune passion, donc. Pourtant, ce qui se passe actuellement au Canada et au Québec aurait dû susciter les plus vives réactions chez les chefs de parti.

Le Québec est en train de se faire embrigader dans un Canada qui lui ressemble de moins en moins. Tous les consensus québécois sont battus en brèche de l’autre côté de la rivière des Outaouais, et le vote des Québécois ne semble rien pouvoir y changer. Cela aurait dû être suffisant pour que Gilles Duceppe, ou même les autres chefs de l’opposition, en particulier Stéphane Dion-qui-se-dit-désormais-nationaliste-québécois, déchirent leur chemise en soulevant cet aspect du problème, cet accroc aux principes démocratiques mêmes. Mais non, les sourires de circonstances ont hier occupé toute la place et nul n’a ainsi semblé s’offusquer vraiment que les idées merdiques de Bush soient imposées au Québec par son disciple Stephen Harper.

Le fait que la question nationale ne soit en rien réglée aurait dû aussi animer de fort belle façon le débat d’hier. Ces derniers mois, bien des signaux nous ont été envoyés à l’effet que le français se porte très mal au Canada et qu’il rencontre certaines difficultés au Québec même. Le fait que le pernicieux Harper se propose de sabrer dans le financement de la culture et que son ouverture aux aspirations du Québec n’est rien d’autre qu’une poignée de poudre aux yeux aurait dû choquer certains chefs, Gilles Duceppe au premier titre. Mais non, tous ces beaux messieurs, de même que la dame baragouineuse, ont versé dans la complaisance et la politesse de circonstances. Rien de bien intéressant.

Même quand la porte fut toute grande ouverte à Gilles Duceppe dans le dossier de la reconnaissance de carton des conservateurs de la nation québécoise, celui-ci n’en a pratiquement pas profité. Il s’est contenté de dire que s’il avait attendu 48 heures avant de donner son appui à ladite motion, c’était parce que la gang à Harper – et voilà la théorie du complot qui se profile à l’horizon- ne lui avait pas donné la bonne version du texte! Franchement! Tout le monde sait pertinemment que Duceppe, comme chacun au Québec et au Canada, savait pertinemment et dès le départ de quoi il en retournait avec cette horripilante motion stipulant clairement que le Québec ne peut être une nation que dans un Canada uni.

Au lieu de s’enfarger les pieds dans les fleurs du tapis en disant avoir été froissé de ne pas avoir reçu le texte de la motion en même temps que les autres, Duceppe aurait dû dire que s’il avait hésité à appuyer la manœuvre des conservateurs c’était tout simplement parce que, pour lui, les Québécois forment une nation pas seulement dans un Canada uni, mais dans un Québec libre et sur la scène internationale également. Point à la ligne. Mais peut-être Gilles Duceppe voulait-il éviter que la question nationale n’occupe trop de terrain durant ce débat. Si tel est le cas, qu’est-ce qu’il croit que le Bloc fait à Ottawa? Ce parti est là pour utiliser le système afin de préparer la sortie du Québec du Canada, et rien d’autre. Enfin telle devrait être sa principale mission.

Et tant qu’à verser dans le « too much », aussi bien y aller gaiement. C’est ainsi que les organisateurs du débat ont cru intelligent de laisser n’importe qui poser n’importe quelle question. Et la pire d’entre toutes fut très certainement celle où il fut demandé aux politiciens de dire une belle chose bien gentillette sur leur voisin de gauche! Ô combien ce moment du débat fut téteux.

Adoptant tous un ton mielleux, les chefs se sont évertués à dénicher des qualités chez leurs adversaires. Même Dion a dû dire du bien de Duceppe. Or, on sait pertinemment que ce politicien que le caricaturiste Chapleau a dépeint sous les traits d’un dégoûtant rongeur a toujours été un ennemi acharné des indépendantistes québécois. Lors du référendum de 1995, il était « l’expert » retenu par Radio-Canada pour défendre à l’antenne les positions du camp du Non, il a mis au monde les thèses partionnistes dans la foulée du vol référendaire de 1995 et il a imposé l’adoption de la loi sur la clarté référendaire. Que l’on demande ensuite à ce triste individu collabo de dire du bien de l’un des chefs souverainistes dépasse l’entendement et suinte l’hypocrisie la plus crasse. Rien de bien édifiant, donc!

Je suis bien prêt à accepter que les débats des chefs ne se transforment pas en arène où les protagonistes tentent, par tous les moyens, de terrasser leurs adversaires. Mais il ne faudrait quand même pas, ce faisant, qu’on verse dans l’extrême inverse. Les chefs de parti ne devraient pas donner l’impression, afin de ménager les susceptibilités de ceux qui sont allergiques à la chicane, qu’ils iront tous prendre une bière ensemble après le débat. Ce n’est pas de la lutte professionnelle qu’ils font, activité « fake » s’il en est une, mais bien de la politique.

Et au Canada et au Québec, cette activité se pratique avec une lutte de libération nationale en filigrane. Les adversaires sont ici bien davantage des ennemis que des collègues, enfin cela devrait être plus particulièrement vrai lorsqu’il est question des représentants du mouvement indépendantistes et les porte-parole fédéralistes.

Tant qu’on tentera de dissimuler cette caractéristique fondamentale de la politique au Québec et au Canada, on se retrouvera avec des débats aussi soporifiques que celui d’hier, et on érigera conséquemment et progressivement l’hypocrisie en tant que valeur suprême de la politique telle qu’elle se pratique ici. En toute urgence, il faut donner un coup de barre, et donner une autre orientation à notre vie politique car de la façon dont elle s’est pratiquée hier soir, lors du débat, on ne fera qu’alimenter le cynisme populaire envers les politiciens.

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Patrick Bourgeois

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