Le jeudi 5 juin 2008

PolitiqueQuébec

Sommes-nous prêts pour l’indépendance?

L'indépendance du Québec ]

Par RRQ

Pour parvenir à faire un pays français au cœur de l’Amérique anglo-saxonne, il faudra que le peuple québécois, et ses élites surtout, acceptent d’y travailler très sérieusement. Tant qu’on ne proposera aux Québécois qu’un plan bancal administré par des amateurs, on devra les comprendre de refuser d’avancer résolument vers l’indépendance.

Dans le quotidien Le Soleil d’hier, on retrouve un texte signé par Paul Warren, ex-professeur de cinéma de l’Université Laval, et intitulé « Nous ne sommes pas faits pour l’indépendance de notre pays ». Dans ce texte, ce dernier déplore – comme le titre de son texte l’indique – que le peuple québécois ne veuille pas l’indépendance. D’après lui, cette situation ne serait en rien attribuable aux fédéralistes, la cause serait plutôt que les Québécois seraient allergiques à la liberté. Je ne puis bien sûr que m’inscrire en faux contre l’analyse de M. Warren.

Comme tant d’autres, Paul Warren n’a pas compris ce qui est pourtant une évidence. Que le peuple québécois, pas plus fou qu’il est que les autres peuples de la terre, souhaite bien évidemment l’indépendance, mais pas à n’importe quel prix, et surtout pas en s’en remettant à des gens qui ne sont pas prêts à mener bataille.

Les sondages qui testent depuis peu la question dure démontrent que l’option indépendantiste se porte plutôt bien chez les Québécois. 40-45% dans un contexte qui ne peut pas se comparer au goulag (dixit René Lévesque) c’est pas mal du tout, après tout! Mais en même temps, il est vrai qu’une portion importante de la population est frileuse face au projet. Pas parce que ces Québécois sont allergiques à la liberté, mais tout simplement parce qu’ils sont plus particulièrement inquiets que le Parti Québécois ne se soit jamais investi autrement dans la révolution qu’en dilettante et par temps perdus. Les gens ont bien évidemment compris que le PQ n’était, de ce fait, pas prêt pour faire l’indépendance du Québec qui n’est rien d’autre – après tout – qu’une révolution. On peut donc les comprendre d’être hésitants lorsque vient le temps de confier à ce parti le mandat de briser les chaînes qui asservissent le Québec.

Les peuples qui ont accepté de faire la révolution s’y sont préparés de longue haleine. Le PQ devrait prendre exemple sur eux. Auparavant, j’ai déjà parlé des patriotes qui ont mis au monde l’État d’Israël. Cette fois, je pointerai donc dans une autre direction : le Vietnam.

Ce petit pays à l’économie agricole a su faire plier les genoux des plus grands empires. Les Français, les Chinois, les Américains n’ont su le briser pour ainsi mieux transformer son peuple en une marée d’esclaves. Comment un si modeste pays a pu parvenir à vaincre les Etats-Unis, la nation la plus avancée du monde technologiquement parlant? En s’y préparant d’arrache-pied!

Quelques années avant l’invasion américaine, les Vietnamiens ont compris que la partie qui les opposerait à l’oncle Sam serait rude. Ils ont donc commencé à décentraliser leur pays. De façon à ce que chaque maillon soit le plus autarcique possible. Ainsi, si le cœur du système devait tomber, les maillons auraient toujours pu fonctionner. Parmi les services qui ont été décentralisés les plus sérieusement, il y a la Santé. Les Vietnamiens savaient que la population serait réconfortée de savoir qu’il y avait des médecins dans chaque petit village du Vietnam et qu’une structure leur permettrait d’accomplir le plus efficacement possible leur travail. C’est ainsi que les Américains eurent beau bombarder les hôpitaux – même s’ils ont toujours nié la chose- pour briser le moral du peuple vietnamien, ils n’y parvinrent jamais. Il était trop tard. Le médecin s’était déjà fondu dans la population. Même sans hôpitaux, il était toujours là et il pouvait se porter au secours de la population.

Les Vietnamiens ont aussi investi maintes énergies afin de s’assurer que les enfants du pays puissent aller à l’école, malgré la guerre. Ils y sont parvenus, encore une fois, en décentralisant le système et en l’adaptant aux conditions difficiles d’alors. Entre autres, des tranchées furent aménagées, dans les écoles, entre les pupitres. Quand des avions américains se décidaient à bombarder le village, les écoliers pouvaient s’y réfugier. Les autorités concoctèrent aussi des chapeaux de paille dont les mailles étaient si serrées qu’ils pouvaient offrir une certaine protection aux écoliers contre les bombes américaines à billes. Si les Vietnamiens ne fermèrent tout simplement pas les écoles à cause de la guerre, c’est parce qu’ils étaient pleinement conscients qu’un peuple qui décide de lutter c’est un peuple qui comprend le pourquoi de la guerre. Les Vietnamiens ont toujours su que l’école était le meilleur moyen de préparer les écoliers à la défense de l’indépendance nationale. Voilà pourquoi l’école était si importante à leurs yeux!

Évidemment, on me répondra que le Vietnam était en guerre, ce que le Québec n’est pas. Ce n’est qu’en partie vrai. Ici, les gens ne se tirent peut-être pas dessus, mais il n’en demeure pas moins que les États québécois et canadien sont en guerre l’un contre l’autre, et ce, depuis au moins 40 ans. En guise de solution à la guerre, le PQ propose avec raison la rupture du « pacte » de 1867. Il est ici question d’une révolution, ni plus ni moins. Pour parvenir à faire un pays français au cœur de l’Amérique anglo-saxonne, il faudra que le peuple québécois, et ses élites surtout, acceptent d’y travailler très sérieusement. Au lieu d’aménager des tranchées entre les pupitres, il nous aurait fallu enrichir les programmes d’histoire par exemple. Au lieu de se fier sur Gesca pour relayer nos messages, il nous aurait fallu prendre le contrôle de nos communications. Pour vaincre l’ennemi, il aurait aussi été nécessaire qu’on développe une structure de financement adéquate. Rien de cela n’a été sérieusement fait. Il n’est pas trop tard pour corriger la situation, mais il est minuit moins une…

C’est pourtant cette non-préparation – n’en déplaise à M. Warren – qui pousse le Québec vers la défaite et non pas l’allergie congénitale des Québécois à l’indépendance. Si nous voulons un pays, nous devrons proposer une stratégie digne de ce nom aux Québécois, et nous devrons leur garantir que ceux qui la mèneront à terme s’y seront préparés très sérieusement et auront développé les outils dont ils auront besoin pour ce faire. Tant qu’on ne proposera aux Québécois qu’un plan bancal administré par des amateurs, on devra les comprendre de refuser d’avancer résolument vers l’indépendance. C’est aussi simple que ça! Et ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre où est le problème!

Patrick Bourgeois

2 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Sebastien Roy Le 6 juin 2008 à 8h01

    Je comprends votre propos, monsieur Bourgeois. Par-contre, au delà du fait que nous soyons dans une sorte de guerre avec le Canada depuis 40 ans ne fait pas de votre comparaison avec le Vietnam une meilleure analogie. En fait, une aussi grosse abberation montre un côté plus démagogue de votre part qu’un côté fin stratège.

    Vous le mentionniez vous même, ces peuples, comme le Vietnam, la Boznie, le Montenegro, la Georgie, sont des pays réellement en guerre. Sachez que nos petits échanges très peu musclés avec Ottawa n’attirent pas la sympathie du reste du monde. Une agression armée comme au Vietnam ou en Tchétchénie apporte le soutien de l’ONU ou du moins une réaction de la communauté internationale. De croire que le Vietnam s’est sortie lui même de cette agression est une déformation honteuse de l’histoire.

    Peut-être avez vous raison sur une chose. Peut-être qu’une vraie révolution Québécoise permettrait de faire connaître notre point de vue au reste du monde. Car il ne faut pas se leurer: malgré cette règle immuable qu’est le droit à un peuple de s’émmanciper, nul ne peut ignorer le poid politique des autres pays dans n’importe lequel mouvement d’indépendance d’une région, si noble soit-elle. Alors, il ne suffit pas seulement de se réveiller mais il faut immanquablement utiliser l’opinion publique mondiale en notre faveur pour pouvoir espérer être vraiement souverain. Remarquez le nombre de petit pays qui se sont séparés mais qui ont dû le payer de leur sang pour y parvenir. Les Québécois ne peuvent pas concevoir cette avenue.

  2. 2 Claude Gélinas Le 22 août 2008 à 2h37

    C’est drôle mais je sens que l’indépendance, à la sauce-PQ, donne des impressions de gouvernement encore plus lourd sans espoir d’un réel renouveau.

    À mon sens, les Québécois aspireraient à former un pays si celui-ci allait dans le sens d’une meilleur protection de leurs libertés individuelles.

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Cet article de 1,031 a été rédigé par Réseau de Résistance du Québécois il y a 11 ans et 6 mois, le jeudi 5 juin 2008.

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