Le mardi 20 mai 2008

QuébecPolitique

La question de la souveraineté dans les sondages

L'indépendance du Québec ]

Par AmériQuébec

S’il y a une question qu’on pose régulièrement aux Québécois dans les sondages, c’est bien sur la souveraineté du Québec! Depuis des années, l’opinion publique en faveur de la souveraineté fluctue au gré des événements, des scandales, des refus du fédéral ou des bonbons offerts par Ottawa. Cependant, s’il existe un facteur d’une grande importance qui nous glisse entre les doigts, c’est bien celui de la question posée aux citoyens sondés…

Tout le monde le sait, au fil des années, les sondages sont devenus de puissants outils de propagande pour les médias traditionnels et les organisations partisanes. Souvent, l’ordre des questions est biaisé, parfois ce sont les questions elles-même qui le sont.. Et si le problème n’est pas dans les questions, il se situe parfois dans les possibilités de réponses offertes…

Je ne crois pas avoir besoin de mentionner qu’on peut faire dire ce que l’on veut avec un sondage. Je l’avais démontré l’an dernier dans un article qui dénonçait un sondage qui évaluait le racisme chez les Québécois. Ce sondage avait fait la une durant un certain moment, les médias de Quebecor ne ratant pas une occasion en or de faire du millage. Or, ce genre de sondage n’apporte absolument rien au débat public…

S’il y a une question qu’on pose régulièrement aux Québécois dans les sondages, c’est bien sur la souveraineté du Québec! Depuis des années, l’opinion publique en faveur de la souveraineté fluctue au gré des événements, des scandales, des refus du fédéral ou des bonbons offerts par Ottawa. Ainsi, chaque fois que l’appui pour le OUI chute en delà de la barre psychologique des 40%, les éditorialistes fédéralistes s’efforcent de nous faire croire que le mouvement souverainiste agonise.

Alors, comme je mentionnais précédemment, une foule de facteur font fluctuer l’appui pour la souveraineté dans les sondages. Cependant, s’il existe un facteur d’une grande importance qui nous glisse entre les doigts, c’est bien celui de la question posée aux citoyens… À ce titre, une étude étoffée publiée par François Yale démontre que les fluctuations s’expliquent beaucoup par le type de question posée. Ainsi, l’appui à la souveraineté du Québec varie de quelques points si la question posée parle de séparation plutôt que d’indépendance, ou d’indépendance au lieu de souveraineté, ou de souveraineté au lieu de souveraineté-association.1 Pourtant, on s’entend pour dire qu’outre la souveraineté-association, les mots souveraineté, indépendance et séparation réfèrent au même projet, mais que certains mots sont utilisés péjorativement.

Ainsi, François Yale conclue:

Les résultats montrent qu’il est effectivement futile de parler de manière générale de l’appui à la souveraineté du Québec. Le choix des mots dans la présentation du projet politique par les sondeurs influence l’appui qui lui est accordé.

Ainsi donc, depuis des années, on fait référence à des sondages dont la méthodologie est douteuse afin de fixer un appui à la souveraineté. Ce qui me fait venir à l’intention principale de mon article. Dans la dernière année, on a souvent indiqué que l’appui à la souveraineté chutait. Ce qu’on a oublié de nous dire, c’est que depuis un an, la question posée par les sondeurs est différente d’auparavant! On ne parle plus de souveraineté-partenariat, mais de souveraineté simplement. Cela a eu pour conséquence du jour au lendemain une impression de chute de l’appui populaire à ce projet.

Ce passage d’un article du Devoir résume assez bien la situation actuelle:

À 42%2 , la souveraineté se retrouve exactement au même niveau qu’en avril 2007, alors que Léger Marketing avait posé pour la dernière fois la même question qu’au référendum d’octobre 1995 sur la souveraineté assortie d’une offre de partenariat avec le Canada. Le mois suivant, avec la nouvelle question portant sur la souveraineté tout court, le OUI avait baissé à 36 %, soit un recul de 6 %.

La question que l’on pose aujourd’hui dans les sondages est donc celle-ci: « Si un référendum sur la souveraineté du Québec avait lieu aujourd’hui, voteriez-vous pour ou contre la souveraineté? » Vous ne trouvez pas que cela change un peu les perspectives de savoir que la souveraineté obtient 42% d’appui et ce, sans mention de partenariat?

Dans le même sondage, on a demandé aux sondés s’ils souhaitaient un jour voir le Québec indépendant, et la réponse fût même de 43%… Signe que les temps changent, et que les termes sont de moins en moins démonisés…

  1. Voir l’appendice D dans L’évolution de l’appui à la souveraineté du Québec: effets de la formulation de la question et effets de contexte. []
  2. On réfère ici à un sondage de Léger Marketing commandé par Le Devoir pendant le mois d’avril 2008 []

5 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 JP Le 10 octobre 2008 à 18h40

    Ça, les péquistes, vous l’avez très bien compris. D’où la question particulièrement malhonnête de 1995. En réalité, votre projet politique n’a rien à voir avec quelque partenariat avec le Canada. Si vous saviez que vous pouviez gagner avec une question claire, c’est-à-dire sur l’indépendance du Québec, ça fait longtemps qu’on ne tournerait plus autour du pot. L’inclusion de cette offre de partenariat n’a pour but que de faire passer la pillule auprès des Québécois, réaliser votre projet politique en dépit des très fortes réticences du peuple. Pensez-y un peu: c’est quand même assez pathétique de prétendre que l’option paraît faible seulement lorsqu’on pose la vraie question aux Québécois!!

  2. 2 Dave Le 10 octobre 2008 à 18h49

    Franchement JP, il faut être complètement idiot pour ne pas avoir compris la question du référendum de 1995… Tout le monde savait ce qu’impliquait le OUI et le NON.

    C’est quoi, tu penses que les gens ont pas catché c’était pourquoi le Love-in à Montréal? J’imagine que si on était pas pour se séparer pour vrai, les gens venus au Love-In sont juste venu nous dire qu’on était donc fin pour aucune raison?

    Et justement, si l’option est à plus de 40% et qu’on ne mentionne pas de partenariat, je ne crois pas qu’on puisse dire que l’option paraît faible.

    En passant, moi aussi je n’aimais pas l’obligation de partenariat. Bien content que ce soit évacué. Quand on est réellement indépendant, les partenariat on les fais avec qui on veut, quand on veut. On ne devrait pas en faire une condition comme en 1995 (ou encore pire comme en 1980).

  3. 3 JP Le 10 octobre 2008 à 19h02

    Dave, es-tu en train de dire que les 50% de gens ayant voté oui qui pensaient conserver un passeport canadien, et que les 25% de ceux qui ont voté oui en pensant que le Québec continuerait d’envoyer des députés à Ottawa, sont des idiots? (Sondage Léger et Léger, Octobre 1995, juste avant le référendum). Écoute, c’est pas moi qui l’a dit. N’empêche que si, pour la majorité des électeurs, on comprenait le projet constitutionnel du gouvernement, vous avez fait l’impossible pour que la question ne dise pas clairement ce dont il était question: l’indépendance du Québec. La question était “Acceptez-vous que le Québec devienne souverain blah blah..”. Les libéraux ont proposé à l’Assemblée nationale l’amendement suivant: “Acceptez-vous que le Québec devienne UN PAYS souverain…”. Peux-tu m’expliquer pourquoi les péquistes ont voté contre ça?? La réalité était que tous les moyens étaient bons pour avoir votre foutu 50%+1, notamment compter sur quelques “idiots”, comme tu dis, qui ne comprenaient pas clairement qu’on allait se séparer, justement parce que tout était fait pour ne pas le dire clairement. Si vous étiez capables d’avoir votre majorité en posant la vraie question, vous le feriez, y a aucun doute possible là-dessus!

  4. 4 Dave Le 10 octobre 2008 à 19h25

    J-P, t’es tu en train de me dire qu’on aurait perdu notre passeport canadien de fait? Qu’est-ce qui arrive actuellement si un canadien ou un québécois déménage aux États-Unis, en France ou ailleurs? Perdra-t-il son passeport canadien? Non.

    Alors, si on admet l’éventualité d’un Québec indépendant. Admettons qu’un canadien de l’Ontario déménage au Québec 5 ans après son indépendance. Perdra-t-il son passeport canadien automatiquement? Non. Il conservera sa nationalité canadienne et pourrait obtenir la québécoise et ainsi avoir deux nationalités.

    Alors, lors de l’indépendance, perdrons-nous automatiquement tous notre passeport canadien? Toi, renierais-tu la notion de double-nationalité? Dans les faits, ça existe déjà! Certains se considèrent seulement québécois, d’autre se considèrent tout simplement canadiens, et d’autres comme Stéphane Dion se réclament des deux “nationalités”.

    Donc, est-ce que les 50% de gens du sondage qui ont voté oui et qui pensaient conserver leur passeport étaient des idiots? En réalité, non. En fait, plusieurs y auraient renoncé, tout naturellement. D’autres auraient préféré le garder, peut-être que ce seront ceux qui se considèrent canadien vivant au Québec, tout simplement. À savoir, c’était quoi la question du sondage en question, d’ailleurs?

    De plus, j’ajouterais que plusieurs québécois ne sont pas passionnés de politique outre mesure, et que des questions sur le système politique ça peut les dépasser. On leur pose des questions sur des députés, mais eux y votent pas, y savent pas ce que veut dire le mot député, ou ils votent pour un parti, mais comprennent pas tout ce que ça implique.

    Mais est-ce que le manque d’intérêt et de connaissances pour la chose politique ou l’ignorance enlève le droit à ces personnes de vouloir avoir un Québec comme pays, et ce même s’ils ne comprennent pas ce qu’implique envoyer des députés à Ottawa? Je ne crois pas. Tout comme l’ignorance n’enlève pas le droit à une personne ne comprenant rien à la politique de se penser canadien au fond.

    Crime, j’avais 10 ans pis je comprenais que le Oui impliquait que le Québec se séparait! On peut tu arrêter de prendre le monde pour des idiots avec l’histoire de la question?

  5. 5 JP Le 11 octobre 2008 à 9h19

    Dave, s’il y a une chose de certaine, c’est que l’indépendance aura pour effet de nous faire perdre la citoyenneté canadienne. Il y aura des exceptions pour certaines situations particulières, par exemple des Québécois vivant dans le ROC ou à l’étranger, ou qui choisiront de renoncer à la citoyenneté québécoise. Le Québec ne permettra jamais que tous ses citoyens soient également citoyens d’un autre pays. Ce serait ingérable d’une part et, d’autre part, ça affecterait à jamais la crédibilité internationale du Québec (la citoyenneté canadienne se transmet notamment par le sang, ce qui voudrait dire que les générations futures de Québécois seraient potentiellement également des citoyens Canadiens). T’imgines la crédibilité du Canada si tous ses citoyens étaient également Américains? Non, franchement, ce serait impensable. D’autant plus que les Canadiens-Anglais n’accepteraient pas que nous bénéficiions des avantages de la citoyenneté canadienne (droits constitutionnels, droits au chapitre du travail au Canada, protection consulaire…) sans payer aucun impôt au Canada.

    La situation que tu évoques (un ressortissant Canadien s’installe aux USA ou ailleurs à l’étranger et obtient la double citoyenneté) est différente. Il faut une attache au deuxième pays pour avoir la double citoyenneté: par les parents, la résidence, le mariage… Dans tous les cas, les naturalisations se font suivant une appréciation individuelle de la situation de la personne qui la réclâme. Mais reconnaître la citoyenneté d’un pays collectivement à ceux d’un autre est tout simplement impensable.

    Je ne dis pas que les 50% de OUIstes qui pensaient conserver leur passeport canadien étaient des idiots. S’ils avaient faussement en tête qu’ils demeureraient Canadiens, c’était parce que tout a été mis en oeuvre par le gouvernement péquiste pour édulcorer sont projet de séparation, pour donner l’impression aux frileux que ce n’était pas vraiment une séparation, qu’on garderait des liens forts avec le Canada.

    En fait, les péquistes sont incapables d’expliquer ce qui les embête avec une question claire (“Acceptez-vous que le Québec devienne un pays souverain?”). La réalité est qu’ils n’auraient aucun problème avec une question claire s’ils pensaient qu’ils pouvaient gagner un référendum avec une question claire. Et ça c’est franchement pathétique. C’est eux qui nous ont pris pour des idiots avec la question. Ou, devrais-je dire, pour des homards!

    Dieu merci, la prochaine fois, une certaine loi sur la clarté protégera ces Québécois pas trop passionnés de politique, comme tu les décris. Ils ne se feront pas emberlificoter encore une fois.

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