Le vendredi 23 juin 2006

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Le Québec: plus comme l’Irlande ou la Catalogne?

Catalogne ]

Par AmériQuébec

Je viens tout juste de tomber sur un article génial du Devoir traitant une fois de plus de la Catalogne et de l’Irlande. Mais ici, il s’agit d’un parallèle intéressant: est-ce que nous ressemblons plus aux catalans ou aux irlandais? Laissons Michel Venne nous dire ce qu’il en pense ! Irlandais ou Catalans? Les habitants […]

Je viens tout juste de tomber sur un article génial du Devoir traitant une fois de plus de la Catalogne et de l’Irlande. Mais ici, il s’agit d’un parallèle intéressant: est-ce que nous ressemblons plus aux catalans ou aux irlandais?

Laissons Michel Venne nous dire ce qu’il en pense !

Irlandais ou Catalans? Logo de reproduction des droits d'auteur

Les habitants d’une région de l’Espagne, la Catalogne, votaient hier sur un nouveau statut politique qui leur est accordé par Madrid à la suite de longues négociations. Les Catalans seront reconnus comme formant une nation à l’intérieur de l’État espagnol. Les pouvoirs du gouvernement catalan seront légèrement accrus, et la part des impôts perçus par cette région autonome sera augmentée. La langue catalane sera mieux protégée.

Les Québécois, pour leur part, célébreront, cette semaine, leur «Fête nationale», celle du Québec, et ce, même si ni la Constitution ni l’État canadiens ne reconnaissent le Québec comme une nation. Les pouvoirs provinciaux du Québec sont plus étendus que ceux de la Catalogne en Espagne. Le modèle d’aménagement linguistique dont rêvent les Catalans est notre «loi 101».

Il est tentant de comparer la Catalogne avec le Québec, comme d’ailleurs l’on compare souvent le Québec à d’autres nations sans État comme l’Écosse. Ces comparaisons sont utiles, mais elles sont insuffisantes lorsque l’on cherche à étudier l’ensemble de nos options.

En 1999, j’avais piloté une série d’articles parue dans Le Devoir sur le thème : Penser la nation québécoise. Une douzaine de nos meilleurs intellectuels avaient participé à l’exercice. À cette occasion, j’avais reçu un courrier abondant. Certaines lettres avaient attiré mon attention plus que d’autres. L’une d’elles, signée par James Leavy, qui m’écrivait de Paris, avait piqué ma curiosité et je l’ai conservée. Selon lui, la question nationale québécoise se posait ainsi : Les Québécois, demandait-il, sont-ils Irlandais ou Catalans ?

L’Irlande est un petit pays comparable au Québec par sa population, qui a obtenu l’indépendance (la Grande-Bretagne lui accordait le statut de dominion) en 1922, à la suite d’un conflit armé, et est devenue une république à part entière en 1949. Au départ, la majorité irlandaise n’était pas indépendantiste. Il a fallu le soulèvement de Pâques 1916, organisé par une minorité républicaine et séparatiste, et la répression brutale de cette insurrection, pour faire basculer l’opinion du côté de l’indépendance.

À la différence des Irlandais, convertis au séparatisme, les Catalans ont essayé, tout au long du XXe siècle, de poursuivre un projet autonomiste sans se séparer de l’ensemble espagnol. La Catalogne est aujourd’hui une région autonome au sein de l’Espagne. Le projet catalan avait pourtant lui aussi été durement réprimé, sans toutefois que cela suscite de ferveur séparatiste comme en Irlande. La langue catalane a été interdite sous Franco.

Le projet irlandais était un projet républicain, alimenté par diverses sources : l’autonomisme des colons anglo-irlandais qui voulaient s’affranchir de la tutelle de Londres, le romantisme centré sur la renaissance gaélique, le mouvement d’émancipation des catholiques traités comme des citoyens de seconde zone.

À l’opposé, le nationalisme catalan est centré sur un objectif culturel et linguistique, mais n’est pas doublé de l’aspiration à l’autonomie politique complète. Le mouvement indépendantiste catalan recueillerait moins de 10 % d’appui dans la région.

En l’absence d’un État catalan souverain, l’appartenance à ce peuple est purement volontaire et sans conséquences juridiques. L’importante minorité non catalane vivant en Catalogne, issue de l’immigration notamment du sud de l’Espagne, ne se sent guère concernée par le projet catalan, observe James Leavy. Elle apprend la langue catalane sans grand enthousiasme, tout en insistant sur le droit d’utiliser la langue espagnole dans la vie publique. Il n’existe pas de citoyenneté catalane à laquelle pourraient adhérer l’ensemble des habitants de ce territoire.

En revanche, à cause de l’existence d’un État souverain en république d’Irlande, l’appartenance au peuple irlandais est automatique pour tous ceux qui ont ou qui acquièrent la citoyenneté irlandaise parce que celle-ci entraîne des conséquences juridiques immédiates. C’est la citoyenneté qui confère des droits politiques, protège les droits fondamentaux et crée l’identité politique par la démocratie.

Dans leur quête nationale, les Québécois sont-ils plus catalans qu’irlandais ? Voulons-nous seulement sauver une langue ? Ou souhaitons-nous créer, dans ce coin d’Amérique, une citoyenneté nouvelle ? Sauver une langue ou être maîtres chez nous ?

Le combat linguistique québécois est déjà largement gagné. Si le nationalisme québécois était uniquement culturel et linguistique, la question nationale serait réglée. Nous avons déjà plus de pouvoirs au Canada que les Catalans en auront en Espagne.

Alors pourquoi la moitié des Québécois veut-elle faire du Québec un pays ? Et pourquoi un autre groupe de 20 % de la population souhaite-t-il voir le Québec obtenir une plus grande autonomie au sein de la fédération ?

En 1991, après le refus par le Canada anglais de reconnaître le Québec comme une société distincte en rejetant l’Accord du lac Meech, Robert Bourassa avait créé la commission Bélanger-Campeau, formée de personnalités provenant d’horizons politiques divers et qui, après des mois d’audiences publiques, s’était brisée sur des divergences quant aux solutions, mais s’était entendue sur un diagnostic : «Les attentes de la population sont élevées : elle veut voir le Québec récupérer des compétences dans tous les secteurs, qu’ils soient du domaine économique, social ou culturel.»

Au fond, nous sommes un peu catalans et beaucoup irlandais. Comme les Catalans, nous voulons sauver notre langue et notre culture. Surtout, nous sommes capables de patience. Mais nous voulons aussi, comme les Irlandais, être maîtres chez nous.

Notre conscience nationale reste forte parce que nous avons, collectivement, et dans un contexte de pluralisme des origines, suffisamment débattu et réfléchi sur nous-mêmes pour acquérir la conscience de former une communauté politique enracinée dans une histoire et une culture.

Cette conscience nous aide à faire face avec une certaine sérénité à la mondialisation. En cette veille de Fête nationale, c’est l’acquis que je nous souhaite de célébrer.

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  1. 1 Bernhard Le 30 août 2006 à 12h19

    Contrairement à tout les arguments économiques que les péquistes essaient de mettre à la mode ce texte est fasicant ;il synthétise tout ce qu’il y a dire sur la souveraineté sans divaguer dans des inepties , des détails ,des préliminaires ou des conditions gagnantes.Grâce à cetexte je comprend un peu mieux les souverainistes “purs et durs”.

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