Le samedi 6 mars 2010

QuébecÉconomie

Caisse de dépôt: tripotage politique et démembrement

« On ne veut pas intervenir politiquement dans les affaires de la Caisse. Ce serait une grave erreur. » -Jean Charest

Par Jean-Claude Pomerleau

Celui qui contrôle notre État a ouvert la porte à de puissants réseaux d’intérêts qui le squattent systématiquement pour leurs profits et au détriment du bien public. Jean Charest a transformé notre l’État en une Marie-couche-toi-là pour les amis du régime.

En 2008, la Caisse a perdu 40 milliards, si elle avait eu un rendement comparable aux autres fonds de cette catégorie elle aurait perdu 30 milliards; d’où une sous-performance de 10 milliards. En 2009 la sous-performance est de 5 milliards. Cette débarque historique de 15 milliards est directement attribuable au tripotage politique de Jean Charest.

Premier tripotage politique de la Caisse

Jean Charest prend le pouvoir en 2003 et change la loi de la gouvernance de la Caisse en 2004 (Loi 78).

Le bureau du Premier ministre se donne le pouvoir de nomination de la direction de la Caisse. « Jamais le Premier ministre n’a eu autant de pouvoir sur la Caisse » (Jacques Parizeau). Cela mènera à un chambardement sans précédent à la direction de la Caisse durant la pire crise de son histoire : quatre présidents en un an; ce chambardement aura une incidence sur le rendement de 2008 et 2009. Mais c’était là le prix à payer pour placer les bons pions aux bons postes pour la suite des choses.

Autre mesure de ce changement de la loi gouvernant la Caisse qui aura un effet désastreux. La limite d’acquisition des produits dérivés par la Caisse est levée; ce qui rendra notre bas de laine collectif vulnérable à ces produits toxiques. Entre autre, au papier commercial (PCAA non-bancaire) qui a fini par composer près de 10% de l’actif ! Ces 13 milliards de PCAA gelés ont entraîné une crise de liquidité, laquelle a entraîné une vente de feu dans une période de capitulation boursière :« […] la crise du PCAA. Elle a immobilisé les liquidités de la Caisse en pleine crise financière, au moment où elle en avait cruellement besoin. C’est ce qui a contraint les gestionnaires de la Caisse à liquider le tiers de leurs actions – le tiers ! – à l’automne 2008. »

La vente de feu

Cette vente de feu a transformé des pertes sur papier en pertes « réalisées ». À ce sujet, M. Pierre Goyette1 est un des rares à avoir le courage de poser la question qui tue : « Pourquoi la Caisse a-t-elle vendu des milliards d’actions alors que le marché des actions, à l’automne 2008, s’effondre? Pas un mot d’explication crédible. Qu’est-ce qui forçait la Caisse à faire des gestes aussi insensés conduisant à perdre 23 milliards de dollars de l’argent de ses déposants ? Aucune explication. »

Autre explication sur les motifs de cette vente de feu : La Caisse “électorale” de dépôt.

Deuxième tripotage politique de la Caisse

Lors de la dernière élection (2008), des signes inquiétants parvenaient de la Caisse au sujet de pertes records, ce qui pouvait faire dérailler la réélection des libéraux. Les dirigeants de la Caisse sont venus à la rescousse de Charest pour dire, lors d une conférence de presse, qu’il n’y avait pas de problème de “liquidité” :

La Caisse a cherché à se faire rassurante sur l’ampleur des liquidités dont elle dispose et sur la façon dont elle sera affectée par la crise financière actuelle. Les hauts dirigeants actuels, Pierre Brunet et Fernand Perreault, ont affirmé qu’il n’existait actuellement pas de problème de liquidités, dont le niveau est de 20 milliards de dollars, ont-ils dit.2

Cette sortie des dirigeants de la Caisse en pleine campagne électorale était une commande politique qui n’avait pour but que de sauver la campagne de Jean Charest et assurer la réélection des libéraux. Sait-on ce que nous a coûté cette opération de transformation de la Caisse, en Caisse “électorale” de dépôt ?

À l’automne 2008, la Caisse avait réduit du tiers (de 36,3% à 22,4%) sa pondération en actions. À l’époque, le président par intérim Fernand Perreault avait justifié la braderie en pleine débandade boursière afin « de protéger le capital des déposants ».

Ce chamboulement rapide du portefeuille avait coûté 2 milliards en 2008.

En 2009, la sous-pondération en actions aura privé la Caisse d’un point de pourcentage en rendement, selon Bernard Morency, responsable à la Caisse des relations avec les déposants et des initiatives stratégiques. Sur un portefeuille de 120 milliards au 31 décembre 2008, la braderie aura encore coûté 1,2 milliard en manque à gagner l’an dernier.3

Ces pertes « réalisées » auraient été évitées si le gouvernement avait répondu à l’invitation de l’opposition qui était prête à collaborer à ce que l’État vienne à la rescousse de la Caisse pour éviter la vente de feu : « …si c’est vrai que la caisse a des problèmes importants de liquidités, est-ce qu’il y a lieu d’aider la caisse au niveau des liquidités ? Il va falloir voir. Mais, d’abord, on veut savoir.4 »

Mais Mme Jérôme-la Sacoche-Forget a préféré continuer à cacher la situation plutôt que de répondre à l’invitation de l’opposition pour ne pas que la gravité de la situation à la Caisse soit connue du public, ce qui eut été désastreux en pleine campagne électorale. Combien nous a vraiment coûté cette manœuvre bassement politique, au MINIMUM 3,2 milliards; seule une enquête publique pourrait nous révéler les coûts véritables de ce tripotage politique.

On sait maintenant que cette vente de feu a eu des incidences, non seulement sur les résultats de 2008 mais aussi sur ceux de 2009 :

La sous-pondération des marchés boursiers au début de 2009 a fait rater à la Caisse une partie de la relance des Bourses. C’est d’ailleurs dans le premier semestre que la Caisse a souffert de la comparaison avec l’indice de référence de ce secteur. L’institution avait alors enregistré un rendement légèrement négatif (-0,3%), pendant que l’indice était à 4,7%. Dans le deuxième semestre, la Caisse a fait mieux, avec un rendement de 10,4%, contre 9% pour l’indice.5

Conclusion: si la Caisse n’avait pas été victime de ce tripotage politique qui l’a rendue vulnérable aux produits dérivés et au chambardement de sa direction durant la pire crise financière de son histoire, elle aurait évité une sous-performance de 15 milliards en 2 ans. Et qui sait, elle aurait peut-être profité de cette crise pour faire un malheur plutôt que de le subir.

Le démembrement continue?

Il faut craindre que le tripotage ne soit pas fini. Profitant de la crise, Charest a placé ses pions, avec instructions de vider la Caisse de son expertise pour les remplacer par des gens de l’extérieur. C’est dans ce contexte général de prise en main de notre Caisse par des étrangers que cette nouvelle soulève des inquiétudes :

Le groupe immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec est à la recherche de partenaires financiers, au Canada et à l’étranger, qui pourraient investir dans ses portefeuilles ou même acquérir des participations à l’actionnariat dans ses filiales. […] La Caisse possède l’un des dix plus importants portefeuilles immobiliers au monde.6

De quoi susciter la convoitise des grands « réseaux d’argent ». Comptons sur M. Roland Lescure, (responsable de la stratégie de placement, de la répartition de l’actif du portefeuille global et de la recherche concernant les activités d’investissements) pour « donner son avis en ce qui concerne les placements privés et immobiliers ». En fait à quel réseau appartient ce monsieur, quels intérêts sert-il ?

Ne comptez pas sur Gesca La Presse pour nous indiquer les véritables raisons qui ont conduit à la sous-performance de 15 milliards de la Caisse en 2 ans. Dans sa chronique du 27 février, M. Michel Girard (Cyberpresse) est plutôt en mission pour brouiller les pistes et détourner le débat vers les “gérants d’estrades de la Caisse“, dont Mme Marois, leur reprochant de pratiquer l’art de prévoir le passé au sujet de la sous-pondération en action, cause de la sous-performance en 2009. Ce persiflage vise à détourner et manipuler le débat, la spécialité de Gesca.

M’étant autoproclamé “gérant d’estrade de la Caisse” moi-même, je me sens interpellé par cette plume à gage de Gesca-La Presse. Permettez que je prenne ce torchon de propagande du jour pour frottez le nez de ce monsieur. J’aimerais répondre à ce ton hautain et méprisant de cet économiste de cubicule, au service des intérêts de Paul Desmarais, qui ne sont pas les nôtres en passant.

Si le gouvernement Charest avait accepté la main tendu de M. Legault, lors de la crise des liquidités à l’automne 2008, la Caisse aurait sauvé au MINIMUM 3,2 milliards. Ce dernier à plutôt préféré servir ses intérêts bassement partisans plutôt que de prendre la décision qui allait dans le sens des intérêts supérieurs du Québec, mais qui risquait de lui faire perdre le pouvoir; à lui, et à ces puissants réseaux d’intérêts qu’il sert servilement. Pour eux, le pouvoir n’a pas de prix!

Pour comprendre ce qui se passe, mon lucide à moi, c’est Aristote, lequel ramène tout à l’essentiel: Qui contrôle l’État, au profit de qui. Et celui qui contrôle notre État a ouvert la porte à de puissants réseaux d’intérêts qui le squattent systématiquement pour leurs profits et au détriment du bien public. La Caisse de dépôt et l’Hydro Québec sont devenus leurs choses. Pour eux, Jean Charest a transformé notre l’État en une Marie-couche-toi-là pour les amis du régime.

  1. Pierre Goyette – Ancien sous-ministre des Finances, ancien membre du conseil d’administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec et ex-président et chef de la direction de la Banque Laurentienne du Canada. []
  2. 21 novembre 2008, Cyberpresse Affaires []
  3. Voir Nous n’avons pu profiter pleinement du regain boursier sur La Presse Affaires []
  4. M. Legault, 4 novembre 2008 []
  5. Voir Rendement de 10% pour la Caisse, toujours en queue de peloton sur La Presse Affaires []
  6. Voir Immobilier: La caisse cherche des partenaires étrangers sur Argent []

5 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Jean-Pierre Plourde Le 6 mars 2010 à 9h37

    Bonjour M. Pommerleau.

    Vous tirez dans la bonne direction.

    C’est le vrai scénario caché aux citoyens. Toutes les arnaques nous sont cachées, tous se négocie dans l’ombre et contre nos intérêts.

    Charest va bientôt demander aux élus de sa majorité d’approuver sans lire les traités et résultats des magouilles qui vont entraîner notre disparition.

    De plus en plus de citoyens allument sur l’arnaque en cours contre nous.

    Le problème que vous et moi rencontrons c’est de sortir nos textes au grand jour dans les médias de masse.

    Ce gouvernement contrôle les médias de masse et il interdit la publication d’informations qui dévoileraient ses intentions et la vérité.

    Il faut continuer, il y aura bien un déblocage éventuellement.

    Ce pays fait la guerre au Québec et les citoyens n’en sont pas conscient.

    Je vous donne la cote 5 pour votre implication.

    Merci d’être là.

    Jean-Pierre Plourde.

  2. 2 Jean Paul Tellier Le 8 mars 2010 à 11h18
  3. 3 danny lacasse Le 20 janvier 2011 à 8h09

    il n est pas perdu cette argent ces des spéculation elle a été détourner simplement de fausse représentations si on fouillerais on serait ce quel est devenu mais il vont empeché par toutes les moyens de nous le cachés merci cest qui cette merde de modifier nos commentaire ayoye

  4. 4 Gaston.Audette.Siminski, francophone de source Le 15 avril 2012 à 16h12

    Me Charest, fait de l’usurpation d’identité pour berner nous les québécois: son vrai nom est Me John James Charest, premier ministre du Québec: article 5 du Code civile du Québec nous oblige de s’identifier sous le vrai nom nous avons été baptisé: c’est la loi:
    N.B: Depuis que Me John James Charest, est le premier ministre du Québec, plus de 100 milliards $ a disparus de la CDPQ, Investissemens Québec, SGF etc.

    Les articles 119,120,132 et 137 du Code criminel il est passible de 14 ans de 0rison pour chauqe acte criminel qu’il pose; Merci de m’avoir lu.

  5. 5 Lisa1000 » Archives du Blog » Pourquoi il ne faut pas voter Libéral Le 18 juillet 2012 à 13h37

    […] Ameriquebec […]

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Cet article de 1575 a été rédigé par Jean-Claude Pomerleau il y a 7 ans et 3 mois, le samedi 6 mars 2010.

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