Le mardi 13 septembre 2011

SociétéQuébec

Un moratoire de vingt ans sur l’immigration

L'intérêt du Québec et la destruction de l'environnement terrestre rendent essentielle l'instauration d'un moratoire de vingt ans sur l'immigration

Par Jean-Jacques Nantel

La capacité limitée, voire insignifiante, d’assimilation du peuple québécois, les énormes coûts d’intégration que cela implique et le déséquilibre artificiel que crée l’immigration massive entre Montréal et les régions sont d’autres motifs sérieux pour appliquer cette mesure au plus vite.

Un moratoire sur l’immigration est nécessaire et urgent pour plusieurs raisons morales, économiques, sociales et culturelles. Au point de vue moral, on peut citer le fait qu’au Québec, les immigrants sont utilisés par le Canada anglais pour affaiblir et détruire une entité nationale parfaitement fonctionnelle et viable. La capacité limitée, voire insignifiante, d’assimilation du peuple québécois, les énormes coûts d’intégration que cela implique et le déséquilibre artificiel que crée l’immigration massive entre Montréal et les régions sont d’autres motifs sérieux pour appliquer cette mesure au plus vite. Si tout cela est véridique, il existe une autre raison beaucoup plus fondamentale pour mettre un terme à un transfert aussi massif de population; c’est le fait que la folle croissance des activités humaines est en train de tuer la planète.

Même si les spécialistes affirment que le dommage causé à l’environnement terrestre est désormais irréparable et qu’une extinction massive d’espèces est en cours, nos contemporains exigent quand même qu’on continue à faire croître leurs populations, leurs économies et leur consommation. Le problème est extrêmement sérieux puisque notre croissance, qui est exponentielle et sans limite, détruit les systèmes vivants de nature stable et cyclique dont dépend notre survie. Un court exemple mathématique fera comprendre au lecteur la réelle ampleur du problème.

Si on demandait à un homme de plier une feuille de papier en deux, puis en quatre, en huit, en seize et en trente-deux, il ne lui faudrait que quelques secondes pour accomplir ces cinq pliages. Si on lui demandait ensuite de continuer jusqu’à cinquante plis, notre quidam s’attendrait probablement à pouvoir accomplir cette tâche en quelques minutes. Or, il en serait à jamais incapable parce que, même avec une feuille d’une extrême minceur, l’épaisseur totale de papier alors produite correspondrait à plusieurs fois la distance Terre-Lune. C’est stupéfiant, mais c’est comme ça! C’est un exemple de ce que les mathématiciens appellent une croissance exponentielle. Or, de nos jours, la croissance exponentielle de notre industrie rencontre la décroissance également exponentielle de la capacité d’absorption de notre environnement planétaire. Les deux courbes divergent à une vitesse folle.

Les spécialistes n’en finissent plus de répertorier nos problèmes: les orbites basses sont pleines de déchets; l’atmosphère se pollue et se réchauffe; les poissons disparaissent des océans; les pôles fondent; les terres, les rivières et l’eau souterraine sont partout empoisonnées par des engrais, des pesticides et par des industries comme celle des gaz de schistes; les forêts brûlent; les déserts avancent; les armes nucléaires prolifèrent; etc.

Notre planète était déjà gravement malade quand elle comptait un seul milliard de riches. Or, voilà que six milliards de pauvres (bientôt huit) ont entrepris de décupler leur richesse pour rattraper le niveau de vie américain. S’ils devaient y parvenir, l’environnement terrestre aurait à supporter l’équivalent de cinquante à cent milliards d’êtres humains. A elle seule, la Chine, le plus grand pollueur du monde, s’apprête à doubler la taille de son économie et de sa pollution en sept ans, à la quadrupler en quatorze ans et à l’octupler en vingt-et-un.

De multiples autres signes montrent que nos vieux systèmes internationaux s’apprêtent à voler en éclats: les Etats-Unis ont un déficit budgétaire annuel d’un million et demi de millions de dollars; la plupart des pays périphériques de l’Europe sont en difficulté (Islande, Irlande, Portugal, Grèce); les Ethiopiens, qui crevaient déjà de faim quand ils étaient trente millions, sont maintenant quatre-vingt-cinq millions et produisent six enfants par femme; la consommation de pétrole croît sans cesse alors que la production stagne ou décline; l’ONU prévoit que le prix des aliments va grimper d’au moins 40% dans le monde au cours de la prochaine décennie; etc.

Tout cela montre sans qu’il soit permis d’en douter que notre croissance va devoir s’arrêter, voire s’inverser d’ici quelques années; c’est-à-dire, pour la plupart d’entre nous, de notre vivant.

La croissance et l’accélération de l’histoire

Si, malgré l’évidence, nos contemporains répugnent à croire que l’échéance soit aussi rapprochée, c’est essentiellement parce qu’ils ont du mal à admettre qu’un phénomène comme l’accélération de l’histoire puisse stopper, ici et maintenant, des évolutions qui durent depuis des dizaines de millénaires. Car les processus de développement, de croissance et de destruction environnementale dont nous parlons sont extrêmement anciens, du moins à l’échelle humaine.

Tout a commencé il y a des millions d’années quand nos ancêtres ont inventé la culture et les premiers outils. En perfectionnant la massue, le pieu et le jet de pierres, ces derniers se sont donnés le moyen de quitter de façon sécuritaire les arbres au sommet desquels ils avaient jusque-là vécu. A cette époque lointaine, les progrès humains s’étendaient sur un nombre si impressionnant de générations qu’ils dépendaient surtout d’une évolution physique. Au niveau cérébral, le fait de quitter un monde arboricole à trois dimensions pour celui à deux dimensions de la savane dut libérer un immense ¨espace-mémoire¨ et donner à nos ancêtres un énorme avantage sur leurs concurrents animaux.

Cette évolution physique, fort lente, allait être relayée par une évolution ultrarapide de nature culturelle quand des révolutions technologiques comme celles du feu, de l’agriculture et des premières villes eurent fait accélérer l’histoire. Etant sorti de la barbarie en quelques millénaires à peine, l’être humain allaient devoir affronter les événements météores qui suivraient avec des facultés adaptées aux interminables évolutions de l’âge de la pierre.

Au début, cela ne prêta guère à conséquence car les changements environnementaux étaient imperceptibles. En fait, les hommes croyaient alors que le monde n’avait pas varié depuis sa création. Même si la révolution agricole devait provoquer la destruction d’innombrables écosystèmes naturels, le processus resta si lent que le spectacle du laboureur à sa charrue et du troupeau au pâturage donnait à nos ancêtres agriculteurs un sentiment de stabilité, voire d’éternité.

Si l’apparition de l’histoire écrite montrent que les puissants de la révolution urbaine avaient perçu que les choses changeaient, il aura quand même fallu attendre la Renaissance européenne et la révolution industrielle pour que l’ensemble des humains prennent conscience que le monde était en pleine métamorphose. De nos jours, les quantités d’énergie libérées par notre activité sont si immenses et provoquent une accélération de l’histoire si intense que personne n’ose plus nier la réalité de la crise. Un consensus est même en train de s’établir à l’effet que celle-ci est entrée dans sa phase critique et catastrophique.

Si notre intelligence admet le fait, notre sentiment s’y refuse. Plutôt que de réagir avec vigueur, les gouvernants du monde entier essaient présentement de gagner du temps alors que, justement, le temps est la ressource qui nous manque le plus. Notre planète étant politiquement désorganisée, chacun se contente de rejeter la faute sur d’autres et rien n’est fait. Le même attentisme s’observe au niveau des individus puisque, par exemple, la plupart de nos concitoyens croient que le pays va être en mesure de leur payer la longue et paisible retraite dorée dont ils rêvent.

Notre incapacité à nous servir de notre savoir et de notre intelligence pour affronter le problème assure que ce ne seront pas les lois de l’économie, de la politique ou de la sociologie qui vont déterminer notre avenir, mais celles de la biologie. Or, celle-ci nous apprend qu’une espèce qui détruit son environnement est condamnée à subir un brutal effondrement démographique. C’est donc inévitable, la nature va bientôt opérer quelques petites retouches assez drastiques à nos habitudes de vie.

Par la famine, les épidémies, l’empoisonnement ou les guerres, notre nombre, notre savoir et notre puissance vont être dramatiquement réduits et nous allons entrer dans une ère de décroissance, de désindustrialisation et de ralentissement de l’histoire. Même si elles sont mal documentées, de semblables régressions démographiques et culturelles se sont souvent produites dans le passé; par exemple à Angkor au Cambodge, au Yucatan maya ou sur l’île de Pâques, tous des pays dont les populations et les civilisations se sont écroulées à la suite de bouleversements écologiques causés par les populations locales.

Que faire?

Puisque nos contemporains vont refuser le plus longtemps possible de modifier leurs mentalités et leurs modes de vie, la seule chose que puissent faire les scientifiques est de réfléchir à des solutions en attendant le jour où le reste de la population, appauvrie et désemparée, acceptera enfin de passer à l’action.

Malheureusement pour nous, la science, dont l’efficacité fut grande quand il s’agisssait de tout détruire, montre de nos jours des signes d’essoufflement. Aucun des rêves technologiques des années soixante ne s’est en effet réalisé: nos voitures ne volent toujours pas, les robots ne sont pas omniprésents, les hommes n’habitent pas la Lune, etc.

Bien adaptée à notre cerveau qui fonctionne sur un mode linéaire et binaire (oui-non, vrai-faux, noir-blanc, etc), la méthode scientifique est efficace pour étudier un problème uniquement quand on peut en faire varier un seul paramètre à la fois. Or, cette caractéristique de la science a déjà été exploitée à fond. Elle est responsable du cloisonnement de ses disciplines qui amène parfois nos experts à faire des prédictions n’ayant aucun rapport avec le monde réel. Ainsi, même s’il est démontré que la planète est de moins en moins capable de supporter notre surpopulation, les démographes continuent quand même à affirmer doctement que 50% des enfants nés au 21ème siècle vont vivre centenaires!

A l’incapacité de la science à analyser des phénomènes où de multiples facteurs varient en même temps s’ajoute le fait que nous ne connaissons que quelques centaines de variables de l’équation du monde; une équation qui a peut-être des kilomètres de long.

Pour trouver des solutions efficaces dans un monde où les problèmes vont surgir de partout à la fois, nos futurs leaders devront certes consulter les scientifiques, mais ils devront aussi se fier à leur intuition, cette faculté qui permet à certains individus de ¨voir le paysage à partir de seulement quelques morceaux du casse-tête¨. Il devront aussi être capables de prévoir les problèmes en résonnant à la manière du hockeyeur Wayne Gretzky qui disait: ¨Je ne vais pas là où est la rondelle, mais là où elle sera¨.

Puisque la crise qui s’annonce (et qui ne s’arrêtera plus) ne sera pas homogène partout sur la planète, le meilleur endroit où ces leaders d’un type nouveau pourront intervenir utilement sera à l’échelon national; c’est-à-dire là où se concentre encore aujourd’hui le pouvoir véritable.

Faire l’inverse de ce que font les Québécois

Alors que des régions détruites et abandonnées à leur sort comme le Sahel vont être presque complètement dépeuplées et que d’autres, notamment en Asie orientale, vont subir un incontrôlable effondrement, certaines régions de marge plus favorisées (ex: la Scandinavie) vont se débattre avec des problèmes presque insurmontables de réorganisation.

Partout, les peuples qui seront encore en état de réagir vont chercher à réduire leur production et leur pollution jusqu’à un niveau qui sera compatible avec la lente restauration de leur environnement naturel. Non seulement leur croissance s’arrêtera, mais la plupart vont devoir s’engager dans un processus plus ou moins volontaire de décroissance. Dans un contexte où la crise sera partout profonde, les transferts de populations sur de grandes distances vont d’ailleurs s’arrêter, exactement comme cela s’est produit pendant la courte crise de 1929-1945.

Pour ne pas dilapider des ressources rares, ces peuples feront de l’ingénierie planétaire à petite échelle en organisant leur territoire selon des règles économiques strictes. Pour réduire au minimum les gaspillages, ils taxeront la surconsommation et décourageront l’inactivité, la paresse et le parasitisme; ils chercheront à réduire les frictions sociales en favorisant l’homogénéité culturelle de leur population et ils confieront la gestion de leur pays à un seul et unique gouvernement. En un mot, ils feront l’inverse de ce que font présentement les Québécois.

Si le Québec moderne est mal organisé pour faire face aux défis de l’époque de décroissance qui commence, c’est d’abord parce qu’il s’est développé au cours des ¨trente glorieuses¨, ces trois décennies de richesse et de facilité qui ont suivi la Deuxième guerre mondiale. Il est assez facile de montrer que les valeurs défendues par ses dirigeants actuels, qui sont presque tous des baby-boomers, sont de simples adaptations à un monde de paix et de surabondance. La dénonciation des guerres, l’idée d’abolir les frontières, la critique de la notion de profit, le rejet des religions, la sexualité libre, le culte de la jeunesse et plusieurs autres de leurs idées-cultes étaient toutes bien adaptées à une époque où la surconsommation était encouragée tant par l’industrie que par les gouvernements.

Habitués à confondre le changement avec le progrès et à regarder la croissance comme toujours bénéfique, nos leaders sont psychologiquement incapables de réagir adéquatement aux problèmes du monde actuel. Ne sachant pas penser à long terme ou ¨pédaler en envers¨, ces inadaptés réagissent à tout nouveau problème en appliquant leurs vieilles recettes; c’est-à-dire en accroissant ce qui, souvent, a été une des principales causes du problème.

L’immigration massive est un exemple tout à fait typique de ce dont on parle puisque, même si tout le monde sait qu’elle est en train de dénaturer notre peuplement, de sursaturer le Québec et de le rendre ingouvernable, nos chefs refusent quand même de faire leur travail et d’y mettre un terme par peur de ternir leurs auréoles multiculturalistes. Par pure lâcheté, ils nous créent sciemment un gigantesque problème à long terme et ce, au moment où nous allons entrer dans une ère de décroissance sans précédent.

Puisqu’il n’existe nulle part de droit à l’immigration ou de droit au partage des richesses du Québec, du Japon ou du Koweit, où serait le crime de décréter un moratoire d’au moins vingt ans sur l’immigration?

Remarquons que nos chefs s’y connaissent en moratoires puisqu’ils nous en ont imposé un d’une vingtaine d’années sur les référendums…

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Cet article de 2,232 a été rédigé par Jean-Jacques Nantel il y a 7 ans et 10 mois, le mardi 13 septembre 2011.

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