Le samedi 20 février 2010

QuébecPolitique

Le vrai visage de Lucien Bouchard ou celui de Paul Desmarais?

Lucien Bouchard, Henri-Paul Rousseau, Jean Charest et Paul Desmarais, même combat!

L'indépendance du Québec ]

Par Pierre Cloutier

Serait-il grossier d’affirmer sans se tromper que Lucien Bouchard a choisi son camp qui n’est pas celui des intérêts supérieurs du Québec mais celui de Paul Desmarais et des puissants réseaux d’intérêts privés qui squattent le semi-État cul de jatte que nous avons?

La vraie question qu’il faut se poser concernant Lucien Bouchard est simple: quels intérêts servait-il quand il était premier ministre de la “province” de Québec et quels intérêts sert-il maintenant?

Ancien avocat des communautés religieuses au Saguenay, Lucien Bouchard a toujours été un “privilégié”, pour ne pas dire un carriériste et un opportuniste. Libéral en 1970, il obtient plusieurs mandats du gouvernement du Québec (libéral et péquiste) entre 1970 et 1985:

  • Président des tribunaux d’arbitrage dans le secteur de l’éducation (1970-1976);
  • Procureur principal de la commission Cliche d’enquête dans l’industrie de la construction (1974-1975);
  • Co-Président de la commission d’études sur les secteurs public et para-public (Commission Martin-Bouchard) (1975);
  • Coordonnateur et membre de plusieurs équipes spéciales de négociations du gouvernement du Québec avec les syndicats du secteur public.

En 1985, il est nommé ambassadeur du Canada en France par son ami Brian Mulroney, puis secrétaire d’État et ministre de l’Environnement dans le gouvernement Mulroney..

De fédéraliste, il devient prétendument “souverainiste”, ponctue ses discours de citations choisies de René Lévesque et fonde le Bloc québécois après l’échec des accords du Lac Meech. Dans son livre intitulé “Jacques Parizeau, tome 3 : Le Régent“, 1985-1995, le journaliste Pierre Deschênes raconte avec moult détails tous les coups bas et les crocs en jambe que Lucien Bouchard donne à Jacques Parizeau pour l’empêcher de réaliser son plan de match menant à l’indépendance, à un point tel qu’il est impossible aujourd’hui de faire assoir à la même table les 2 hommes.1

Après la démission de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard devient premier ministre de la “province” de Québec. Jugeant que les “conditions gagnantes” pour un nouveau référendum ne sont pas au rendez-vous, il adopte une politique d’austérité provinciale pour le Québec, avec des coupes importantes dans la santé et l’éducation et la fusion des municipalités. En 2003, le résultat s’en fera sentir et le Parti Québécois perdra le pouvoir.

En décembre 2000, Lucien Bouchard est l’instigateur principal d’une motion de blâme – unique et déshonorante dans l’histoire de l’Assemblée Nationale – contre Yves Michaud2 pour des propos tenus en privé avec le sénateur canadien Léo Kolber, hommes affaires éminent de la communauté juive de Montréal et fédéraliste reconnu et notoire.3 M. Michaud, privé de son droit le plus élémentaire de se défendre, n’en n’est jamais vraiment revenu. Ce fut son billet d’entrée dans le grand réseau de l’argent.

En mars 2001, à mi-mandat, Lucien Bouchard démissionne comme premier ministre de la “province” de Québec et 3 semaines plus tard on le retrouve associé principal au cabinet juridique Davies Ward Phillips & Vineberg, prestigieux bureau pan canadien de droit des affaires.4 Ce cabinet est celui qui s’occupe des questions légales entourant la vente de PCAA (“papier commercial adossé à des actifs”) pour la firme Coventree de Toronto5, actuellement sous enquête par la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario6.

Quand Davies Ward Phillips & Vineberg fait de l’argent, Lucien Bouchard, comme associé principal en fait aussi. Entre 2002 et 2006, on sait maintenant que la Caisse de dépôt et placement, sous la direction de Henri-Paul Rousseau, nommé malheureusement par Pauline Marois7 en achète pour 13 milliards de dollars, battant et de loin tous les records des institutions financières au Canada, un véritable désastre. Et personne n’oserait affirmer sans rire que Lucien Bouchard et Henri-Paul Rousseau ne se connaissent pas.

Ceci est tellement vrai que, lorsque la Chambre de commerce de Montréal, présidée par Hélène Desmarais, de la célèbre famille du même nom, offre un micro doré à Henri-Paul Rousseau pour expliquer devant un parterre conquis d’avance que l’aventure du PCAA est un “mystère”, qui est là pour l’applaudir et le couvrir? Lucien Bouchard, évidemment!8

Non, il n’y en aura pas d’enquête sur la Caisse de Dépôt et Placement du Québec! Lucien Bouchard, Henri-Paul Rousseau, Jean Charest et Paul Desmarais, même combat!

On connait la suite : Henri-Paul Rousseau, ce supposé économiste pour le Oui en 1980, ancien président de la Banque Laurentienne, impliquée elle aussi, par sa filiale Laurentian Bank Securities9 dans la vente du PCAA toxique, se retire avec une prime de départ substantielle de 380 000 dollars10. Il va rejoindre la famille Desmarais chez Power Corporation, dont le fondateur Paul Desmarais, est le pire ennemi de l’indépendance nationale du Québec et il n’y va pas à pieds avec les mains vides, mais avec une option d’achats de 800 000 actions de Power.11

Pas étonnant, d’autre part, que, lorsqu’il inaugure son prestigieux domaine de Sagard en 2003, Paul Desmarais met Lucien Bouchard sur sa liste d’invités.12 Comme dit l’adage : “Qui se rassemble s’assemble”. Une chose est sûre : ni Jacques Parizeau, ni Bernard Landry, ces authentiques patriotes n’ont été invités! Et je doute aussi que René Lévesque s’il eut vécu aurait reçu une invitation.

Faut-il être surpris aujourd’hui que Lucien Bouchard nous déclare que l’indépendance nationale du Québec n’est pas “réalisable” et que le peuple québécois emprisonné dans le carcan fédéral doit se serrer la ceinture? Je repose la question: quels intérêts Lucien Bouchard défendait-il alors qu’il était premier ministre de la “province” de Québec et quels intérêts défend-t-il maintenant? Poser la question, c’est y répondre.

Serait-il grossier d’affirmer sans se tromper que Lucien Bouchard a choisi son camp qui n’est pas celui des intérêts supérieurs du Québec mais celui des puissants réseaux d’intérêts privés qui squattent le semi-État cul de jatte que nous avons? Serait-il déraisonnable de dire que Lucien Bouchard a choisi le camp le plus payant, soit celui de l’argent? Face à l’argent, le peuple québécois n’est rien. Honte à vous, monsieur Bouchard!

  1. On peut retrouver le livre Jacques Parizeau, tome 3 : Le Régent sur Amazon.ca []
  2. On peut consulter plus de détails sur l’Affaire Michaud sur Wikipédia []
  3.  Plus d’informations sur Léo Kolber []
  4. Voir la fiche de Lucien Bouchard sur le site Internet de Davies Ward Phillips & Vineberg []
  5. Consultez le Comet Trust Information Memorandum du cabinet DWPV []
  6. Consultez à ce sujet PCAA: la CVMO fait comparaître Coventree sur LesAffaires.com []
  7. Voir Henri-Paul Rousseau sera président de la Caisse de dépôt dans Le Devoir []
  8. Voir Lucien Bouchard défend Henri-Paul Rousseau dans La Presse Affaires []
  9. Consultez le Comet Trust Information Memorandum du cabinet DWPV []
  10. Voir La prime de départ d’Henri-Paul Rousseau décriée sur Argent []
  11. Voir Des options pour Henri-Paul Rousseau sur La Presse Affaires []
  12. Voir Paul Desmarais pend la crémaillère sur LCN []

6 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 jean claude pomerleau Le 20 février 2010 à 8h08

    La sortie de M Bouchard a le mérite de rendre explicite, ce qui était implicite: Tant que le projet souverainiste sera mené par des politiciens qui mangent dans la mains de Paul Desmarais, il demeurera en fait sur la voie de garage.

    Il faut donc s’intéresser aux politiciens souverainistes qui ont leurs entrées dans le cercle Desmarais. En les identifiant tôt, on se réserve moins de mauvaises surprises.

    Le Globe and Mail a consacré un long reportage pour désigner les 25 personnalisés les plus influentes au Canada. Devinez qui est le premier sur la liste: Paul Desmarais.

    Au sujet de M Lucien Bouchard il déclare, entre autre :

    “Desmarais befriended Lucien Bouchard when the latter was still a federalist and serving as Canada’s ambassador in Paris, a post to which he was appointed by Desmarais’ closest political soulmate, Brian Mulroney. But Desmarais remained pals with Bouchard even after he betrayed Mulroney, founded the Bloc Québécois and almost won the 1995 referendum. Desmarais always doubted Bouchard was a true separatist…”

    (il commenta aussi sur Pierre Marc Johnson et André Boisclair).

    http://www.theglobeandmail.com/report-on-business/article917085.ece

    JCPomerleau

  2. 2 jean claude pomerleau Le 20 février 2010 à 8h37

    Diviser pour saigner

    Le but de la sortie de Bouchard est de faire apparaitre un nouveau parti pour diviser le vote francophone; et ainsi permettre au PLQ de se maintenir au pouvoir et continuer à saigner le Québec : Diviser pour saigner

    Ce n’est pas anodin que ce soit La Presse de Paul Dsmarais qui paie le sondage pour voir la réaction de la population à cette proposition d’un nouveau parti politique:

    (….)

    Si jamais Lucien Bouchard s’aventurait à fonder un nouveau parti politique, il pourrait compter sur 31% de l’électorat, contre 24% pour le PQ de Pauline Marois et 28% pour le PLQ de Jean Charest.

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201002/20/01-953593-les-quebecois-daccord-avec-lucien-bouchard.php

    JCPomerleau

  3. 3 Marc O. Rainville Le 20 février 2010 à 18h11

    Quand Bouchard était Premier ministre, Paul Desmarais lui avait promis un sucre s’il arrivait à jeter le système québécois de santé à terre. Desmarais voulait ainsi faire avancer ses propres affaires. Lucien a obéi à son maître. Il s’est rendu malade à force de zèle.
    Il y a quand même une justice sur cette terre. Leurs femmes les trompent, leurs enfants les haïssent et leur ulcère à l’estomac ne leur laisse aucun repos. Le plus beau de l’affaire, c’est que tout ça se voit sur leur face, quand ils ouvrent la bouche surtout.
    On peut s’attendre à des tactiques du même genre de la part d’autres huiliers du système aussi serviles car Jean Charest, l’homme lige de la triade* Power Corp/Consortium* /Quebecor, a besoin de toute l’aide possible pour garder le couvercle sur le pot aux roses. Je rappelle que Charest a fait ses classes avec Roch Lasalle, le politicien le plus corrompu de mémoire d’homme au Canada. Le but de la triade, c’est de créer assez de diversions, assez longtemps pour permettre à notre Premier sinistré de reprendre le contrôle de la situation ou de passer la main en beauté.
    La seule chose qui me mystifie dans cette histoire, c’est pourquoi on en arrive encore au Québec à tolérer d’être gérés par des soubrettes et des laquais.

    http://tarotchoco.quebecblogue.com/2010/02/17/lucien-paul-monique-vito-et-les-autres/

  4. 4 Jean Paul Tellier Le 24 février 2010 à 9h51

    Pour réussir l’indépendance du Québec,il faut un plan,un écrit consensuel qui fait le portrait de ce que sera le Québec indépendant suite à une élection prochaine,pas nécessairement à court terme.

    J’ai écrit un texte clair,précis et rigoureux dans ce sens, que j’offre gratuitement.

    L’indépendance c’est aussi autre chose que l’économie,que notre propre monnaie,notre passeport exclusif.

    Le temps de rêver et de discuter est passé.C’est le temps d’agir pour faire arriver le pays Québec.

    http://espace.canoe.ca/jptellier/blog/view/273782

  5. 5 G. Lévesque Le 27 février 2010 à 15h30

    Voila bien qui confirme que M. Desmarais croit en un système politique à deux partis, sauf au Québec ou le parti unique semble préférable,soit le parti libéral ou on peut y mettre un conservateur ou un libéral selon les humeurs du moment. C’est bien évident que c’est Paul Desmarais qui a ordonné à Jean Charest de prendre la direction du parti libéral du Québec… C’est sans doute la raison pour laquelle Jean Charest a été obligé de se rendre en France pour y recevoir une médaille de M. Sarkozy, lui-même grand ami de M. Desmarais…

  6. 6 Jean-François Laforest Le 5 juin 2011 à 14h55

    Merci m.Cloutier pour ce superbe résumé et pour les références.Je le transmet à tous mes contacts.Les Québécois doivent savoir ! Nous Vaincrons !

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