Le mercredi 23 décembre 2009

ÉconomieQuébec

Du statu quo à la république de bananes

André Pratte et Gesca sont en mode attaque

Par Sylvain

Monsieur Pratte, je vous accuse, Gesca et vous, puis le Parti libéral du Québec, avec le soutient d’Ottawa, d’avoir transformé le Québec, depuis avril 2003, en une république de bananes. Vous ne vouliez ni d’une république du statu quo ni du Québec un pays, mais maintenant vous avez une république de bananes.

« On ne gouverne bien et on ne commande bien qu’à des gens qu’on insulte librement ; qu’à des gens à qui l’on ne doit rien et vis-à-vis desquels on n’a pas à se sentir obligé. »
Jean-Michel Wyl, Québec banana state

Plusieurs disent que l’économie va de mieux en mieux. D’autres soutiennent que l’économie ne va pas mieux. Pire, certains disent même que la descente aux enfers est loin d’être terminée. C’est peut-être aussi parce que l’on mélange économie fictive et économie réelle ou encore économie régionale avec globale. Qui sait, on mélange peut-être aussi ce que les vieux veulent garder au détriment de ce que les plus jeunes désirent avoir. On se demande si nous aurons assez d’argent pour ceci et pour cela. On veut aussi savoir pourquoi on manquera d’argent et qui on blâmera.

Pour le blâme, Gesca est déjà en mode attaque. Par exemple,  dans son éditorial du 19 décembre 2009, Les oreilles bouchées, André Pratte écrit que « Les Québécois et leurs leaders politiques semblent ne rien avoir appris de la crise des finances publiques du milieu des années 1990. C’est malheureux. Car la crise qui nous attend fera encore plus mal. »

Je ne suis pas souvent en accord avec lui, mais sur ce point il a raison, en partie seulement. La crise qui nous attend fera encore plus mal. Par contre, il ne dit pas tout de ce que l’on vit économiquement en ce moment. Il aime bien nous comparer avec les États-Unis, mais je ne crois pas que ce soit une référence alors que la crise des subprimes provient de ce pays et que là-bas, ça va déjà très mal. Comme à l’habitude, on compare le Québec avec les autres provinces canadiennes ou avec les États-unis, tout comme si le reste du monde n’existait pas. Pas étonnant que Pratte rapporte ceci en le secondant:

Selon eux, si le gouvernement du Québec offrait les mêmes services publics que celui de l’Ontario (qui n’est tout de même pas le Texas…), il économiserait 17,5 milliards par année. Le Québec dépense donc beaucoup plus que les autres provinces. C’est un choix de société qui se défendrait si nous étions plus riches que nos voisins. Toutefois, ce n’est pas le cas. Les Québécois doivent donc financer ces imposantes dépenses publiques par des impôts plus élevés; c’est pourquoi le fardeau fiscal est plus lourd ici qu’ailleurs au pays et aux États-Unis. Quoi qu’en pense la CSN, il serait difficile d’augmenter sensiblement les impôts sans que cela ait un effet néfaste sur la compétitivité de la province.

Toujours la même cassette, il ne faudrait pas augmenter les impôts.  Aux États-unis, les impôts sont peut-être moins élevés, mais où croyez-vous, Monsieur Pratte, que le Trésor américain a pris les trillions de dollars pour bailouter les banques depuis plus d’un an? Il me semble que ce n’est pas un très bon exemple pour se comparer alors que ces trillions, un jour ou l’autre, les États-uniens devront les rembourser.

Si vous ne le saviez toujours pas, l’Ontario c’est l’Ontario et le Québec c’est le Québec. L’attitude du « le reste du Canada le fait bien mais le Québec le fait ma l», je crois que tout le monde au Québec commence à en avoir sérieusement soupé. Avez-vous déjà oublié les milliards de dollars d’Ottawa pratiquement offerts à l’industrie automobile en Ontario à peu près à la même période l’an dernier? Si ça allait si bien que ça en Ontario, Ottawa n’aurait pas besoin de financer des emplois. Socialiser les pertes et subventionner des emplois, ce n’est pas ça le capitalisme. Alors, l’Ontario ne doit pas être aussi riche que vous voulez le laissez croire.

Enfin, ça ne sera pas facile pour personne, vous avez raison. Depuis des mois, même des années, des économistes et certains professionnels en finance nous ont informés et avertis de la venue de la débâcle économique que nous vivons actuellement. Normalement, le pessimisme ne se rend pas dans les pages de nos médias de masse. Souvent, on a plutôt l’impression que nos journalistes de la finance jouent le jeu de Wall street, lançant de la poudre aux yeux en se cachant derrière leurs lunettes roses dans le but ne pas effrayer la population et de ne pas ébranler la machine de la bourse.

En d’autres mots, on nous fait croire que si le Dow Jones monte, ça va bien, et que s’il est en baisse, ça va mal. C’est plus compliqué que ça. Ainsi, les médias n’informent pas la population sur la réalité de la situation économique globale, mais on ne se gêne surtout pas pour lancer les « I told you so! », on nous accuse d’avoir « les oreilles bouchées ». Ce sera la faute des pauvres travailleurs, des étudiants et des syndicats selon nos maîtres à penser gescaïens si la crise frappe fort.

Au Québec, André Pratte et les signataires du Manifeste pour un Québec lucide vont certainement en profiter pour venir fouetter la population avec leur document. Il faut s’attendre à recevoir des gifles de « ha ha! on vous l’avait bien dit » et des coup de pieds au c… de « si vous nous aviez écoutés ». Leur pseudo manifeste qui n’a servi qu’à flatter leurs égos n’aurait rien changé depuis 2005, même si on avait appliqué ses recommandations à la lettre.

La médecine pour couper dans les services à la population lorsque l’économie va bien est une pilule difficile à faire avaler. À l’opposé, lorsque l’état des finances publiques est problématique, la question ne se pose même pas puisqu’il n’y a simplement plus suffisamment d’argent pour financer dans son intégralité la panoplie de programmes sociaux et autres gratuités. Il y a bel et bien une limite à la carte de crédit, même celle de l’État.

Nous n’avions pas besoin des « lucides » pour comprendre ça. Le hic, c’est qu’en 2005, l’état de l’économie mondiale allait déjà mal, malgré ce qu’on laissait entendre.  Si cela peut vous réjouir, ce n’est pas seulement au Québec qu’il y a péril économique en la demeure. Il s’agit d’un problème systémique qui touche toute l’économie mondiale. Si l’apocalypse économique annoncé prend place, il nous faudra d’une façon ou d’une autre des programmes sociaux pour s’assurer que les gens ne se retrouvent pas dans la rue, autant au Québec que dans les autres pays. Ce qu’on ne dit pas clairement, c’est qu’on s’inquiète surtout de ce qui pourrait advenir des régimes de retraites.

Du reste, oui, les « lucides » vont venir vous narguer, mais c’est tout ce qu’ils pourront faire, et ils n’aideront en rien. Au moment où le manifeste des lucides avait été publié en octobre 2005, il était de toute façon déjà trop tard. Trop tard pour qui? Pour les futurs retraités qui ont perdu et qui vont perdre leurs fonds de pension à la bourse et pour les jeunes qui vont passer le reste de leurs vies à travailler (s’ils trouvent du travail, bien sûr) pour nourrir et abriter ces futurs retraités et ceux qui le sont déjà, tout en perdant énormément d’acquis, tout en se faisant narguer par certains babyboomers qui veulent garder leurs acquis et leur illusion de Liberty 55.

Voilà pourquoi, en 2005, on parlait d’un fonds des générations pour enlever un poids de la dette des épaules des plus jeunes de la société. De la poudre aux yeux! On voulait s’éviter d’avoir des remords plus tard. Ce « petit cochon » va subir le coup du marteau plus vite qu’on ne le croit. Enfin, je crois que c’est déjà fait depuis que la Caisse de dépôt et de placement a perdu 40 milliards de dollars.

Quand le train de vie approche le mur

Selon Peter Schiff, le pire est encore à venir, et ce n’est pas seulement la faute des Québécois qui « font la sourde oreille ». C’est beaucoup plus complexe. Le pic de la crise économique se fera sentir lorsque la majorité des investisseurs et les banques centrales à travers le monde auront perdu totalement confiance au dollar américain, alors qu’ils le délesteront pour aller se réfugier dans l’or. Rien à voir avec les travailleurs québécois et les syndicats.

Pour GEAB (Global Anticipation Bulletin), ça se passera au printemps 2010:

Selon LEAP/E2020, la crise systémique globale va connaître un nouveau point d’inflexion à partir du Printemps 2010. En effet, à cette date, les finances publiques des principaux pays occidentaux vont devenir ingérables parce qu’il deviendra simultanément évident que de nouvelles mesures de soutien à l’économie s’imposent au vu de l’échec des différents stimulus de 2009 et que l’ampleur des déficits budgétaires interdit tout nouvelle dépense significative.

Si ce « nœud coulant » des déficits publics que les gouvernements se sont volontairement passés autour du cou en 2009, en refusant de faire assumer au système financier le prix de ses fautes, va peser lourdement sur l’ensemble des dépenses publiques, il va tout particulièrement affecter les systèmes sociaux des pays riches en appauvrissant toujours plus la classe moyenne et les retraités, tout en laissant les plus défavorisés à la dérive.

Parallèlement, le contexte de cessation de paiement d’un nombre croissant d’états et de collectivités locales (régions, provinces, états fédérés) va entraîner un double phénomène paradoxal de remontée des taux d’intérêts et de fuite hors des devises en direction de l’or. Devant l’absence d’une alternative organisée à un Dollar US toujours plus faible et afin de trouver une alternative à la perte de valeurs des bons du trésor (en particulier américains), les banques centrales du monde entier devront en partie se « reconvertir à l’or », le vieil ennemi de la Réserve fédérale US, sans pouvoir encore le déclarer officiellement. Le pari de la reprise ayant désormais été bel et bien perdu par les gouvernements et les banques centrales, ce point d’inflexion du Printemps 2010 va ainsi représenter le début du transfert massif des 20.000 milliards USD d’« actifs fantômes » vers les systèmes sociaux des pays qui les ont accumulés.

Vous avez bien lu, les banques centrales du monde entier devront en partie se « reconvertir à l’or ». Impossible croyez-vous? Pourtant, dans le même journal où André Pratte écrit que «la crise qui nous attend fera encore plus mal», on pouvait lire le 20 décembre 2009 dans un article ayant pour titre L’or mène le bal de la reprise économique dans l’industrie minière que:

L’or est remonétisé ces jours-ci et se comporte maintenant plus comme une monnaie que comme un métal industriel… et, bien sûr, les banques centrales, après avoir été de petites vendeuses nettes dans la première partie de l’année, sont probablement devenues des acheteuses nettes», indique Patricia Mohr, vice-présidente, Economie, et spécialiste de la bourse de marchandises pour la Banque Scotia.

Assez ironique! Le titre laisse croire à une bonne nouvelle, en parlant de « reprise économique », mais c’est loin d’être une bonne nouvelle pour le commun des mortels. Dans le centre commercial et le centre-ville de ma ville en Suède, des hommes-sandwiches se promènent avec des panneaux nous incitant à leur vendre « mon » or. Pourtant, c’est tout le contraire qu’il faudrait faire présentement, soit garder notre or et en acheter davantage.  De toute façon, le commun des mortels n’a pas d’or, mais on veut quand même nous dérober sournoisement de nos bagues, bracelets et chaînes contenant des quantités minimes d’or, ce qui traduit un certain fatalisme de la situation. La descente est en marche.

Ainsi, d’un côté, des spécialistes de l’économie disent que le jour où tout le monde délaissera le dollar américain pour acheter de l’or on pourra s’attendre au pire. De l’autre, les médias financiers tentent de faire passer ça pour une reprise économique dans l’industrie minière. En quoi est-ce que cette nouvelle devrait nous réjouir, nous, la classe moyenne?

Pourtant, André Pratte préfère ne pas vous dire cette vérité. La vérité est que, oui, la crise va être difficile, il a raison, mais pas parce que le Québec a redistribué la richesse et s’est offert des programmes sociaux, une éducation et des soins de santé universels, mais simplement parce que le système financier de la planète est totalement en train d’imploser. Le train de vie occidental s’approche peut-être à très grande vitesse d’un mur.

En bout de ligne, ce n’est pas une raison pour s’attaquer aux sociaux-démocrates, car lorsque le train aura embouti le mur, nous seront bien heureux d’avoir des institutions sociales-démocrates pour nous aider à nous remettre sur les rails. Ces institutions devront se serrer la ceinture, mais au moins elle seront déjà en place. Il faudra revenir à l’essentiel, et l’essentiel, c’est justement, à mon sens, l’accès à l’éducation gratuite et à des soins de santé universels, que ce soit en temps de crise ou bien en croissance économique. C’est aussi une aide sociale, un revenu garanti universel pour s’assurer que toutes et tous aient de quoi à combler leurs besoins primaires.

Et si la solution était de faire travailler les gens jusqu’à 75 ans? Si l’idée de travailler jusqu’à 65 ans et de vivre jusqu’à 90 ans était impossible, surtout au Québec avec la génération des boomers? Vous savez, ce que André Pratte ne dit pas clairement, du moins dans son dernier article, c’est que le vieillissement de la population est LE problème. C’était le cas dans leur Manifeste pour un Québec lucide, et ça l’est encore aujourd’hui, plus que jamais. La preuve, on peut lire au tout début du manifeste: « Alors que notre avenir est menacé par le déclin démographique et la concurrence mondiale, le Québec ne peut se permettre d’être la république du statu quo. »

La vrai question pour le Québec est comment la caisse de la Régie des rentes du Québec réussira à suffire pour tous ces babyboomers qui s’apprêtent à prendre leurs retraites? Voilà à mon sens la vraie question. Comment feront nous pour à la fois continuer à mettre de l’argent dans la caisse et garder tous les autres programmes? Comment feront nous pour que d’autres 40 milliards de dollars ne disparaissent pas de ses coffres?  Le problème, c’est que le Parti libéral du Québec n’a rien fait depuis 2005, autre que de couler le Québec, de l’avoir mis encore plus dans la m…. Ce n’est pas un problème d’oreilles bouchées, mais de mémoire,  Monsieur Pratte.

Le Parti québécois qui était au pouvoir avant avril 2003 avait commencé le travail du déficit zéro, qui allait justement dans le sens de votre manifeste, soit de couper dans les dépenses pour permettre aux futures générations d’avoir un avenir meilleur. Bien sûr, il y a peut-être eu trop d’infirmières de mises à la retraite, c’est une erreur admise aujourd’hui. Par contre, retourner lire vos éditoriaux, Monsieur Pratte, d’avant les élections d’avril 2003. Vous n’étiez pas là pour défendre le Parti québécois lorsque Charest l’attaquait de façon populiste sur la question du déficit zéro, est-ce que je me trompe? Eh oui, Jean Charest surfe depuis 2003 parce qu’il avait promis de régler le problème aux urgences des hôpitaux. Il avait une plate-forme électorale purement populiste dans le but de soudoyer les votes des babyboomers. Il parlait d’une réingénérie de l’État, vous rappelez-vous?.

Rien n’a été réglé depuis, la dette a augmenté et la réingénérie s’est transformée en déconstruction de l’État. Vous ne vouliez ni d’une république du statu quo ni du Québec un pays,  mais maintenant vous avez une république de bananes. Monsieur Pratte,  je vous accuse, Gesca et vous, puis le Parti libéral du Québec, avec le soutient d’Ottawa, d’avoir transformé le Québec, depuis avril 2003, en une république de bananes.

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Cet article de 2,546 a été rédigé par Sylvain il y a 10 ans et 10 mois, le mercredi 23 décembre 2009.

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