Le jeudi 4 juin 2009

QuébecÉconomie

Une vision pour la Caisse de dépôt

Texte d’opinion de François Legault

Par Parti Québécois

François Legault, député de Rousseau et porte-parole de l’opposition officielle en matière de Finances publiques, a une opinion bien claire sur les déboires de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Nous devons savoir ce qui s’est passé pour que cela ne se produise plus ! D’ailleurs, en commission parlementaire, le député d’expérience pose des questions pointues et exige des réponses précises à ses questions justement à cette fin.

Les pertes colossales de la Caisse de dépôt et placement du Québec ont alarmé les Québécois et c’est pourquoi une commission parlementaire analyse présentement les raisons qui expliquent ce dérapage financier.

Comme plusieurs, je crois que le fragile équilibre qu’une société de placements comme la Caisse doit toujours conserver entre la gestion saine et prudente du risque et la recherche de rendements a été rompu. Si cette situation regrettable découle de choix d’investissements mal avisés des dirigeants de la Caisse, je maintiens qu’elle découle également d’une vision à courte vue de ce que doit être le mandat de cette institution.

J’ai mentionné à maintes reprises dernièrement que compte tenu des résultats très décevants qui ont été dévoilés cet hiver, il est essentiel de revoir plusieurs façons de faire de l’institution afin d’endiguer la situation. Je réaffirme cette conviction.

Certains ont vu dans cette insistance une obsession peu avisée sur le plan économique, « une vision des années 60 ». Je propose plutôt une réflexion fondamentale sur la mission que doit avoir cette institution au XXIe siècle pour appuyer l’économie québécoise. Il s’agit après tout de l’acteur financier le plus important au Québec ; il est bien normal que l’on s’assure de lui faire jouer le bon rôle.

Deux philosophies s’affrontent à ce sujet. La première postule que le Québec sera mieux servi si la préoccupation des gestionnaires de la Caisse est la poursuite du rendement maximal. Pour les tenants de cette école, les autres considérations sont de second ordre. On peut néanmoins résumer concrètement cette approche en disant qu’il suffit de comparer le rendement attendu d’un investissement à Londres par rapport à un investissement au Québec pour établir le gagnant.

Une deuxième philosophie, que je partage, place le développement économique du Québec au même titre que la recherche de rendements dans la mission de la Caisse.

Depuis sa création, la Caisse a le mandat de gérer les avoirs collectifs des Québécois. Cette mission centrale doit se poursuivre.

De plus, nos dirigeants politiques de toutes les allégeances ont conservé jusqu’à tout récemment la clairvoyance nécessaire afin que la Caisse appuie pleinement le parcours du Québec vers la maturité économique et financière. En effet, le premier ministre Jean Lesage a voulu que la Caisse de dépôt joue un rôle dans la protection des sièges sociaux. Le 9 juin 1965, il affirmait : « Supposons que, dans un cas précis, il soit essentiel de ne pas laisser aller la direction d’une entreprise passée à l’étranger. La Caisse de dépôt devra alors non pas assumer seule tous les risques de l’opération, mais constituer un groupe dont elle sera au besoin le pivot. Dans la mesure où son autorité morale sur le marché sera suffisamment établie, je ne vois pas pourquoi un tel groupe ne pourrait pas être constitué. »

Battons-nous à armes égales

Il faut outiller la Caisse pour favoriser la présence de sièges sociaux de grandes entreprises au Québec

(…) Il est indéniable que la présence de sièges sociaux de grandes entreprises au Québec est importante pour le développement économique. Ce sont ces entreprises qui tissent des liens et choisissent des fournisseurs et des professionnels (avocats, comptables, consultants, etc.) du Québec. Ce sont aussi ces entreprises qui vont choisir plus souvent de réaliser leurs projets de développement au Québec et d’offrir une vaste gamme d’emplois stimulants à nos citoyens.

En période de ralentissement économique, il est bon de se rappeler que des dirigeants d’ici, bien que soumis aux mêmes impératifs financiers que s’ils étaient à Seattle, vont plus facilement choisir d’épargner les établissements du Québec. Ne soyons pas naïfs, le vieil adage « loin des yeux, loin du coeur » s’applique aussi aux entreprises.

Nos collèges et universités produisent un bon nombre de diplômés de qualité, mais comment espérer les retenir chez nous si le Québec ne dispose pas d’entreprises dynamiques et stimulantes? Le Québec a fait des bonds prodigieux dans l’enseignement universitaire, mais pourra-t-il offrir des débouchés à la hauteur des aspirations des nouveaux diplômés s’il ne dispose pas d’une masse critique d’entreprises qui ont leurs assises chez nous ? Pourquoi nos « meilleurs » voudraient-ils rester au Québec si notre économie s’étiolait au point où les décisions affectant nos entreprises et nos emplois se prenaient ailleurs ?

Plus personne ne peut prétendre que les Québécois soient dominés économiquement et, en ce sens, toutes les portes leur sont ouvertes. Depuis près de 40 ans, un Québécois peut devenir PDG d’une multinationale, tout en continuant à vivre au Québec et à contribuer à l’essor de notre société. Ce qui m’importe, c’est d’outiller le Québec et la Caisse pour que des investissements rentables permettent à nos futurs gestionnaires de continuer à pouvoir diriger une grande entreprise, ici, en français, plutôt que de devoir s’exiler pour y parvenir. Il faut poursuivre cette marche ascendante du Québec Inc. Mettre en place un outil financier qui lui permettra d’atteindre de nouveaux sommets. Pour le bien de nos entrepreneurs, de nos travailleurs et pour celui du Québec.

Le Québec ne vit toutefois pas en vase clos et il est tout à fait normal qu’à l’occasion, des entreprises d’ici passent aux mains de groupes étrangers. Inversement, il devrait être tout aussi normal que des entreprises d’ailleurs passent aux mains de gens d’ici et encore davantage que des entreprises d’ici restent aux mains de gens d’ici! À quand remonte la dernière grande acquisition étrangère québécoise? On ne compte pourtant plus les départs… Le Québec compte actuellement une quarantaine d’entreprises clés, des fleurons. Elles sont vulnérables à des prises de contrôle étrangères, en particulier avec la baisse du prix des actions des entreprises sur les marchés boursiers.

Le Québec est plus fragile que les autres pays à ce chapitre parce qu’il n’a pas une longue tradition d’entrepreneurship, ni un bassin important de fortunes familiales capables de maintenir la propriété québécoise de nos grandes entreprises.

Personne ne demande que l’on maintienne les canards boiteux sur le respirateur artificiel aux frais des Québécois. Depuis quelque temps, plusieurs souhaitent que le Québec crée davantage de richesse afin de pouvoir mieux la partager. J’en suis et c’est pourquoi il me semble qu’assurer la pérennité de centres décisionnels au Québec est un élément clé pour y arriver. À quoi bon faire l’éloge de la richesse si l’on ne prend pas tous les moyens pour la créer et la partager chez soi !

Le gouvernement du Québec et la Caisse ont le devoir d’exercer un leadership pour garder nos sièges sociaux au Québec. On ne pourra pas toujours gagner, mais il faut s’assurer de ne pas perdre par défaut.

Bien sûr, ce n’est pas uniquement par un leadership financier que l’on pourra maintenir et même accroître le nombre de sièges sociaux au Québec. C’est une véritable politique de développement économique qu’il faut mettre en place, avec tout ce que cela comporte comme investissements dans des secteurs clés comme l’éducation et la fiscalité des entreprises. Mais pourquoi se priver d’outils que d’autres utilisent? Battons-nous à armes égales.

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