Le mercredi 4 février 2009

AmériqueQuébec

Le retour du négationnisme

Réplique au Retour sur les Plaines de Pratte

Par Luc Archambault

Il n’y a pas eu de volonté de célébrer ! Il n’y a pas eu de Conquête. L’Angleterre nous a libérés de la France… en lui arrachant un Acte de Cession. Comme si un peuple pouvait être objet de Cession!

André Pratte persiste et signe. Dans l’éditorial de La Presse du 2009 02 03 intitulé « Retour sur les Plaines » il voudrait que les opposants aux célébrations du CCBN « capitulent ». Il veut commémorer la capitulation de Québec pour que nous capitulions encore devant un Canada répudié par le peuple démocratique et souverain du Québec. Un État qui n’émane pas du peuple et qui n’est jamais parvenu à se nommément fonder sur les voix du peuple. Cela désespère ses patrons. Ils vont se consoler en recevant des médailles dans une France toujours aussi veule.

Pour cela M. Pratte a raison. L’amère patrie nous a abandonnés il y a longtemps. De Gaulle ne s’en consolait pas, Sarko, lui, en rajoute. Ce petit Roi du « Tasse-toi connard ! » n’est plus notre Souverain depuis l’abdication de Louis XV à son devoir premier de Souverain qui consiste à protéger son peuple contre l’envahisseur. Le Président Sarkozy prône une concorde avec un État qui, au contraire de la France de la Ve République de De Gaulle qu’il préside, n’émane pas du peuple souverain.1 Foi de Jean Charest, les canadianisateurs n’on pas « la p’lotte à terre » ! ( La Presse- 2009 02 03 – Un député français vulgaire sans le savoir en s’adressant à Charest )

C’est bien cela qui chicote le Canada unilatéral qui s’impose d’autorité depuis la Conquête. L’opposition à ses « célébrations » du 250e est majoritaire. M. Pratte, sophisme à la clé, tente désespérément, de contrer cette opposition en stimulant l’ardeur des activistes minoritaires qui tentent de s’imposer cet été du 250e anniversaire de l’accession du peuple souverain du Québec au concert des nations en tant que peuple distinct de la France, et de tout autre.2.

« L’opposition à l’initiative de la Commission des champs de bataille nationaux est vive et répandue. Cela ne la rend pas plus justifiée. En effet, cette opposition repose sur des mythes et sur des informations incomplètes. » Nous dit-il.

Voyons voir…

« Ce n’est pas la Commission qui a décidé de «fêter» la victoire du général Wolfe; ce sont ses critiques qui lui ont prêté cette intention. »

Antoine Robitaille répond bien à ce « mythe » par une information complète dans Le Devoir du 3 février 2009 dans un article intitulé « Des commandites aux plaines d’Abraham » :

M. Juneau, président de la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN), a lui-même admis « que le caractère festif (bal masqué, croisière, spectacle Wolfe-Montcalm, etc.) n’était pas de mise pour souligner un tel anniversaire ».

« Des comédiens personnifiant les deux généraux ont du reste fait une apparition le 28 mai 2007, lors d’une conférence de presse durant laquelle on annonça que la Commission était « l’instigatrice et l’organisatrice » de la reconstitution militaire, « activité spectaculaire et gratuite », pouvait-on lire dans le communiqué. »

M. Pratte non seulement déplore et contredit cet aveu mais le nie. On est négationniste ou on ne l’est pas ! Il ajoute, jusqu’auboutiste :

« La commémoration ne porte d’ailleurs pas seulement sur la bataille des plaines mais aussi sur celle qui a eu lieu à Sainte-Foy quelques mois plus tard, gagnée celle-là par les Français. Une défaite ? »

Si ce n’est pas une défaite, pourquoi y a-t-il eu Conquête ? Si c’est une victoire qu’on voulait souligner pourquoi ne la souligne-t-on pas lors de son 250e anniversaire le 28 avril 2010 ? Sinon, pour pouvoir arguer n’importe quoi et son contraire ?  Pourquoi l’affiche présente-t-elle Montcalm et Wolfe se serrant joyeusement la main comme après un match de hockey? Pourquoi? Si ce n’est pour souligner le fait que, s’il y a eu défaite ou victoire, tout s’est bien terminé dans la concorde et grâce à l’inestimable civilisation britannique qui aurait heureusement et dans la Concorde sauvé la Nouvelle-France de la spoliation de « ses gouvernements français ». Une concorde qui serait toujours la nôtre dans un Canada du « plusse meilleur pays au monde », une bénédiction en somme ! Aujourd’hui encore !

S’il ne s’agissait pas de célébrer la Conquête, de célébrer le Canada, les arguments invoqués pour défendre ces « célébrations » achèvent de nous en convaincre, a contrario !

M. Pratte invoque le fait que la France était une amère patrie pour la Nouvelle-France.

« Une colonie marginale dont le retard démographique, économique et politique par rapport à l’Amérique anglaise s’accroissait d’année en année. “L’agriculture languit, la population diminue”, déplorait le marquis de Montcalm. Ce Montcalm qui méprisait ouvertement les miliciens canadiens à son service. »

Comme si l’Angleterre avait été aimante avec ses colonies de Nouvelle-Angleterre. Ainsi, d’après un Prattisme royaliste de mauvais aloi, les États-Uniens auraient été bien ingrats en menant contre une si aimante Angleterre une guerre qui, par la France, leur a permis d’accéder à leur indépendance…

« Qu’a fait Napoléon de la Louisiane ? »

Il l’a vendue… Comme si dans une Nouvelle-France jamais conquise nous n’aurions pu, à la faveur peut-être de la Révolution française survenue à peine 30 ans après la Conquête, obtenir nous aussi notre indépendance à l’instar des États-Unis ? Le sens unique de l’histoire-fiction des canadianisateurs doit-il obligatoirement nous engager dans l’impasse de la Conquête. Cette voie de blocage commanditaire dans laquelle nous sommes toujours confinés, d’autorité ? D’autres scénarios sont impossibles ? Hier, aujourd’hui et pour l’avenir ?

« La bataille de Gettysburg (1861, 50 000 morts) est recréée chaque année, tout comme celle de Waterloo (1815, 63 000 morts). » S’agit-il de Conquêtes qui s’imposent toujours d’autorité ? S’agit-il de conflits non résolus? Les parties impliquées n’ont-elles pas depuis fait la paix se reconstituant dans leurs frontières initiales, ou faisant la paix après une guerre civile interne ? Les sudistes d’hier se sont-ils donné des partis qui contestent la Constitution des États-Unis et siègeraient au Congrès et au Sénat avec une députation majoritaire ? Si la Conquête scellée par la défaite de Montcalm et surtout par la capitulation prématurée de Québec permettait la Cession de la Nouvelle-France, permettait-elle aussi la Cession d’un peuple ? Comme si un peuple pouvait être un objet de propriété de Souverains !? Comme si un peuple pouvait être objet de Cession de l’un à un autre, de gré à gré !?

L’État du Canada n’émane pas de ce peuple supposé « cédé ». Il est répudié par l’Assemblée nationale de ce peuple démocratique et souverain. Le conflit est toujours présent et aucune poignée de main libre n’en est résulté. Ça se saurait ! Pourquoi afficher une poignée de main donc, si ce n’est pour des raisons politiques canadianisatrices ?

« M. Landry déclarait ( lors de la translation des restes de Montcalm en 2001) : “Nous commémorons une guerre qui a brutalement changé le cours de notre destin collectif et celui de tout le continent américain.” Pierre Falardeau ne s’est pourtant pas emporté contre cette commémoration de «l’acte de fondation de notre malheur », opine M. Pratte.

M. Falardeau n’a pas protesté, justement parce qu’il n’a pas été question en 2001 de passer sous silence par des représentations ludiques et spectaculaires, poignée de main falsificatrice à la clé, que l’État du Canada, avatar d’un Empire Conquérant, n’est pas un État validé par le peuple démocratique et souverain du Québec. Un État qui s’impose d’autorité venue d’en haut et qui n’a jamais été nommément soumis aux voix libres du peuple.

Ce conflit est notre malheur, et il n’est pas réglé. Et il commence par la déportation des Acadiens, se poursuit dans le saccage des côtes du Saint-Laurent, par la guerre de terre brûlée, et se déploie tout entier dans la défaite du 13 septembre 1759. On ne fête pas une défaite en affichant une poignée de main qui est l’image falsifiée d’une concorde qui ne s’est jamais incarnée dans un État du Canada de 1982 qui s’impose toujours d’autorité unilatérale, sans se nommément soumettre aux voix du peuple souverain du Québec.

Voilà pourquoi l’opposition a tant d’impact. Voilà pourquoi la CCBN retraite. Voilà pourquoi M. Pratte y a consacré un blogue et deux éditoriaux en moins d’une semaine. Préparant une reconstitution de leurs forces canadianisatrice après une retraite stratégique.

Ce n’est pas l’opposition qui repose « sur des mythes et sur des informations incomplètes » mais ce sont bien les « commémorations » de la fédérale CCBN présidée par un activiste canadianisateur émérite – comme le démontre Antoine Robitaille dans l’article précité – qui se fondent « sur des mythes » et qui pensent pouvoir s’imposer sur la base d’une information « incomplète », partisane et propagandiste.

  1. Voir La Presse du 3 février: « Fini le «ni-ni», dit Sarkozy » []
  2. Voir Rapatrier notre souveraineté culturelle historique sur la Tribune libre de Vigile []

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Cet article de 1,427 a été rédigé par Luc Archambault il y a 11 ans et 8 mois, le mercredi 4 février 2009.

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