Le vendredi 3 octobre 2008

PolitiqueInternational

L’Écosse en route vers l’indépendance : It’s time!

L’histoire du mouvement nationaliste écossais

L'indépendance du Québec ]

Par Julien Gaudreau

It’s time. C’était le slogan du Scottish National Party, le principal parti indépendantiste écossais, lors de sa victoire aux élections générales en mai dernier. En effet, il était temps, 8 ans après la dévolution pour un parti indépendantiste de prendre le pouvoir en Écosse.

« En effet, aussi longtemps que cent parmi nous seront vivants, nous ne consentirons jamais, en aucune manière, à nous soumettre au gouvernement des Anglais, car ce n’est ni la gloire, ni les richesses, ni l’honneur pour lesquels nous nous battons, mais pour la liberté seulement, que nul homme, digne de ce nom, n’accepte de perdre, sinon avec sa vie. » Déclaration d’Arbroath, 1320

Fondé en 1934, le SNP1 regroupe d’abord les nationalistes qui veulent un parlement écossais dans la capitale nationale, Édimbourg; c’est l’idée du Home Rule. Le parti devint rapidement l’union des forces indépendantistes. Pendant les 73 années qui suivirent, les souverainistes durent se contenter de maigres résultats dans leur lutte vers un État indépendant du Royaume-Uni.

Cette victoire des nationalistes est largement attribuable à la création en 1999 du Parlement écossais, inauguré par le Scotland Act, une loi du Parlement britannique qui délègue des pouvoirs de Londres vers le parlement nouvellement créé d’Édimbourg. C’est l’ère de la devolution. Elle est une promesse électorale de Tony Blair faite à l’Écosse, et visait à atténuer le sentiment nationaliste. La création de ce centre de pouvoir va au contraire cristalliser la volonté des Écossais de s’occuper eux-mêmes de leurs propres intérêts.

Après avoir occupé les sièges de l’opposition, le parti national écossais prend le pouvoir à Édimbourg en 2007, en faisant campagne sur l’indépendance. Celle-ci, présentée comme une façon d’enfin prendre en main son destin, fournit aux indépendantistes une opportunité de propager l’idée de bâtir enfin un État moderne, plus complet et responsable. En campagne, les nationalistes mettent en lumière les divergences de direction entre les deux gouvernements nationaux du pays. La guerre en Irak, largement désapprouvée par les Scots, ainsi que la présence d’armes nucléaires britanniques sur les côtes écossaises, sont des sujets utilisés pour faire valoir la nécessité de prendre ses distances d’avec Londres. Le pétrole de la mer du Nord est quant à lui présenté comme étant une richesse stratégique appartenant aux Écossais.

La méthode d’accession à l’indépendance retenue par les nationalistes d’Alex Salmond est celle du bon gouvernement suivi d’un référendum sur l’avenir de l’Écosse. Contrairement à la question péquiste qui confrontait le maintien du lien fédéral à la souveraineté du Québec, le référendum écossais, qui fera suite à la Commission constitutionnelle écossaise, proposera trois options. L’indépendance de l’Écosse, le maintien de l’Union ou l’obtention d’autres pouvoirs de Westminster. La consultation populaire, suite ultime à la conversation nationale proposée par le SNP, devrait se tenir d’ici la fin du mandat nationaliste, soit pour 2011. Le parti devra pour ce faire aller chercher une alliance avec d’autres partis favorables à l’indépendance.

Une histoire nationale

Le peuple écossais, bien qu’évoluant actuellement dans une situation politique semblable à celle du Québec des années 1970, est fondamentalement différent du peuple québécois. Les Écossais ont été durant plusieurs centaines d’années, jusqu’à l’Union de 1707 avec l’Angleterre, un peuple souverain avec sa propre royauté, ses institutions politiques, son État, ses victoires et échecs militaires et ses héros. Chaque coup reçu par l’Angleterre a été rendu, souvent avec monnaie, si bien qu’à plusieurs fois dans l’histoire, l’Écosse s’est trouvée avantageusement positionnée face à son puissant voisin.

L’Union, bien que rejetée par une vaste majorité des Écossais et décidée par une minorité de parlementaires motivés plutôt par leurs propres intérêts économiques que par le bien de la population, n’en a pas moins été librement choisie par l’élite écossaise. Cela fait une différence notable dans la conscience nationale des Écossais. Ils n’hésitent pas à se considérer comme tels, et dans une certaine mesure, leur différence est plus respectée ici qu’au Canada.

La lutte pour l’indépendance écossaise, qui suit en filigrane leur histoire depuis l’union de 1707, semble moins désespérée parce que malgré le mauvais traitement imposé périodiquement à une Écosse maintenant inféodé à Londres, ses habitants peuvent toujours se considérer de bon droit citoyen d’une Écosse libre. Ici, il n’y a pas de déclin culturel mesurable comme peut l’être la langue française au Québec.

Même la religion, qui a été un combustible puissant dans le cas irlandais, ne pose pas le même problème. L’Église d’Écosse, historiquement divisée de celle des Anglais, n’en est pas moins aussi protestante. Quelques problèmes régionaux entre protestants et catholiques noircissent parfois le tableau, particulièrement dans la région de la métropole Glasgow, mais ils ne constituent pas une motivation nationale vers l’autonomie.

Organisation des forces indépendantistes

Le mouvement indépendantiste écossais est, comme au Québec, presque exclusivement regroupé dans son porte-étendard électoral. Actuellement, le SNP compte un peu plus de 12 000 membres, répartis dans ses différentes sections régionales. Très décentralisé, le SNP est actif dans toutes les régions de l’Écosse et sa présence est visible sur le terrain. Le financement provient très majoritairement de donations privées, d’entreprises et syndicales, légales ici. Fait intéressant, chaque député nationaliste est tenu, selon les statuts du SNP, à verser un pourcentage précis de son salaire au parti, ce qui témoigne du sérieux de l’organisation électorale des indépendantistes écossais par rapport à leurs homologues québécois.

Les réussites récentes du mouvement indépendantiste écossais, 301 ans après l’Union et 74 ans après la formation du SNP, donne de quoi remettre en perspective le côté dramatique de la situation québécoise actuelle. Ceux des indépendantistes du Québec qui ont facilement tendance à baisser les bras et à perdre l’espoir devant les petites défaites du quotidien ou des normaux soubresauts de l’histoire devraient en tirer leçon. De quoi redonner l’espoir à ceux qui espèrent voir le fleurdelisé québécois flotter aux côtés du saltire écossais aux Nations-Unies.

Les auteurs étaient jusqu’à récemment en Écosse dans le but d’écrire un livre sur le mouvement indépendantiste écossais qui sera éventuellement publié aux éditions du Québécois.

  1. Site web du Scottish National Party []

2 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 JF Laroche Le 5 octobre 2008 à 2h41

    Vous écrivez : « Ici, il n’y a pas de déclin culturel mesurable comme peut l’être la langue française au Québec. ». Notez qu’en matière linguistique, l’Écosse a été passablement lessivée, surtout en ce qui a trait à leur langue ancestrale celtique, le gaélique écossais, dont le nombre de locuteurs a chuté de 202 700 (en 1901) à 58 750
    (en 2006). Leur autre langue nationale, le scots, langue germanique proche de l’anglais compterait environ 1,5 millions de locuteurs (source Wikipédia). Mais l’anglais est maintenant la langue commune des Écossais, langue de l’administration, des affaires, etc. (le site du SNP [parti indépendantiste écossais] est en anglais).

  2. 2 Julien Gaudreau Le 5 octobre 2008 à 17h23

    Ce que vous dites est tout à fait vrai. Cependant, cette réalité n’a pas beaucoup d’influence dans la culture politique actuelle, c’est pourquoi je dis qu’il n’y a pas de déclin culturel mesurable. Les langues dont vous parler sont à toute fin pratique folklorique maintenant en Écosse, et bien que beaucoup d’Écossais peuvent encore parler le Scots et qu’une infime minorité peut encore parler le Gaélique écossais, les deux langues ne sont plus utilisées pour les affaires et très peu dans la vie courante.

    Les écossais n’ont pas, de manière général, le sentiment que leur culture est en déclin.

    Une section du livre que nous publions en automne prochain portera sur ce thème ;).

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