Le samedi 31 décembre 2011

PolitiqueInternational

Vers l’éclatement du Royaume-Uni?

Nous vivons une des périodes les plus troubles de notre histoire

L'indépendance du Québec ]

Par Richard Le Hir

La semaine dernière, le plus haut fonctionnaire britannique, Sir Gus O’Donnell sur le point de prendre sa retraite, livrait un genre de testament politique à la presse de son pays et prévenait ses compatriotes de l’imminence de l’éclatement du Royaume-Uni.

Le matin du 24, j’avais la grande surprise de recevoir un message d’un lecteur de Vigile1 qui venait de lire le premier chapitre des « Bâtisseurs de l’an I », le roman de fiction politique sur l’accession du Québec à l’indépendance que j’avais commencé à écrire l’an dernier et que j’avais dû laisser en plan au bout de six chapitres en raison de la multiplication de mes activités.

Le témoignage de ce lecteur est si poignant que je m’empresse de le partager avec vous :

« Je voulais m’exprimer sur Vigile au sujet de ce texte : Chapitre 1 : la victoire2, publié en septembre 2010, mais la chose n’étant plus possible, j’ai désiré à tout le moins vous exprimer ma reconnaissance.

« Telle une nouvelle, je dois avouer que le sujet est des plus stimulants. À cette lecture, de par le réalisme et la pertinence, j’ai vécu, comme à travers un roman, un moment puissant de figuration, puissamment émotionnel : les larmes me sont venues, jusqu’aux sanglots. Bref, les larmes et tout, l’émotion, je revivais 96, la déception en moins.

Je réalisais que je ne m’étais pas laissé aller à m’imaginer la situation advenant une victoire du oui, la situation étant trop précaire, le Québec retenait sont souffle, et puis ça s’est avéré trop beau pour être vrai. Bouleversé, tellement le désir de voir ma nation décider de son avenir, de son identité, et de ne plus être dans cette horrible situation, assujettis à l’empire détestable et suffisant, sans pouvoir naturellement exprimer un sentiment de patriotisme et m’y identifier ; six, sept millions d’esprits pris en otage. »

Sitôt après en avoir pris connaissance, je me suis empressé de lui répondre dans les termes suivants :

« Que la situation semble désespérée chez nous, j’en conviens. Mais de grands événements refondateurs sont en train de bouleverser le monde et vont finir par nous rattraper. La question de notre avenir collectif se posera alors sous une lumière totalement inédite, et il n’y aura qu’une seule réponse possible, OUI ! Cette réponse est déjà inscrite dans la dynamique des événements en cours. Il ne nous reste plus qu’à en prendre conscience et en faciliter l’avènement.

Et à vous, il ne reste qu’à décider si vous souhaitez figurer au nombre des accoucheurs de notre nouvel État. »

Le témoignage de ce lecteur me trotte dans la tête depuis que je l’ai reçu et il m’a obligé à repenser au but que je poursuivais lorsque j’ai écrit le premier chapitre de mon roman. En fait, en commençant par la victoire, je cherchais à exorciser nos vieux démons de la défaite. Ils sont si forts que nous ne croyons même plus pouvoir connaître la victoire. Or non seulement cette victoire est-elle possible, elle est à notre portée, comme je l’ai indiqué à mon correspondant.

Vous en doutez ? Jugez-en par vous-même. La semaine dernière, le plus haut fonctionnaire britannique, Sir Gus O’Donnell (Photo en tête d’article), sur le point de prendre sa retraite, livrait un genre de testament politique à la presse3 de son pays et prévenait ses compatriotes de l’imminence de l’éclatement du Royaume-Uni.

J’avais beau avoir lu au cours des derniers mois quelques articles annonçant la montée du sentiment nationaliste en Écosse et la possibilité bien réelle qu’elle accède à un degré quelconque d’indépendance, je suis resté interloqué. Je n’avais pas mesuré correctement toute la force des courants centrifuges qui menacent l’intégrité territoriale et politique du Royaume-Uni. En effet, ce n’est pas seulement l’Écosse qui pourrait faire sécession, mais aussi le Pays de Galles.

Les médias britanniques ont largement fait écho aux propos de Sir Gus, comme en font foi les comptes-rendus du Telegraph (déjà cité), du Daily Mail, de la BBC, de la très populaire chaîne privée Sky News, etc.

On aurait pu croire qu’une telle nouvelle aurait eu quelques échos en Europe, mais la crise financière qui y sévit en ce moment et qui menace son intégrité politique est si grave qu’elle n’a pas besoin des effets de contagion du Royaume-Uni, et les médias européens, entre les mains de l’establishment européiste (lire fédéraliste), a jugé préférable de ne pas en parler.

La presse canadienne n’en a pas fait état non plus, pour des raisons identiques. Imaginez, Harper vient tout juste de sortir la monarchie des boules à mites, et il faudrait déjà qu’il nous annonce que l’institution n’est pas vouée à un avenir aussi brillant que celui dont il cherche à nous convaincre.

À l’étranger, seule la chaîne télévisuelle iranienne de langue anglaise4 a rapporté les propos de Sir Gus, et elle est même parvenue à obtenir un commentaire de Bill Jones, un analyste du Executive Intelligence Review de Washington. Je vous en ai traduit un extrait, particulièrement pertinent pour nous au Québec, car il illustre à la perfection la dynamique centrifuge qui s’empare de tout pays lorsque sa capacité de redistribution est atteinte.

« Jones : L’Écosse a toujours revendiqué une certaine indépendance depuis qu’elle a été intégrée au Royaume-Uni. Cette intégration est d’ailleurs le fruit de nombreux jeux de coulisse, et le mécontentement des Écossais remonte sans doute à cette époque.

Néanmoins, la puissance financière de la Grande-Bretagne aidant, les Anglais sont parvenus, en appliquant la politique de la carotte et du bâton, à empêcher les mouvements indépendantistes et les tendances sécessionnistes de s’imposer. Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de cette puissance financière.

Souvenons-nous en effet que la puissance de l’Angleterre, de la Grande-Bretagne repose davantage sur son contrôle financier que sur la géographie. C’est ce qui leur a permis de s’imposer pendant un certain temps. Mais depuis quelques années, on observe un accroissement de la volonté des Écossais à reprendre leurs affaires en mains.

Et comme toutes les unions sont désormais dans la situation d’avoir à imposer des mesures d’austérité draconiennes sur les nations ou les pays qu’ils regroupent, les nations ou les pays membres qui en font partie, qu’il s’agisse de l’Écosse ou d’un pays européen quelconque, sont sous forte pression de leurs populations pour s’en retirer en raison du refus catégorique de celles-ci d’accepter des mesures aussi radicales. Ce genre de réaction est appelé à se généraliser, et c’est ce qui se produit en Écosse aujourd’hui du fait de la crise financière.

Il reste maintenant à voir si Londres va être en mesure de contrôler l’évolution de la situation. Je crois toutefois que ces événements nous annoncent une période de fortes turbulences à court terme, dans les jours et les semaines qui viennent, et non pas sur un horizon de plusieurs mois ou de quelques années. »

Vous n’avez maintenant qu’à remplacer Royaume-Uni ou Europe par Canada et Écosse par Québec pour réaliser à quel point le scénario chez nous risque de ressembler au leur, car nous allons nous retrouver exactement dans les mêmes conditions. Pour des raisons qui tiennent à notre histoire et à la place qui y occupent les Écossais, l’exemple du Royaume-Uni et de l’Écosse pourrait même être plus déterminant que celui de n’importe quel autre pays européen. On voit donc pourquoi les puissances qui nous gouvernent ont préféré nous garder dans le noir sur ce qui s’y passe.

Ne nous y trompons pas, ce silence est une forme de propagande qui témoigne, autant que n’importe quel message orienté, de la guerre présentement en cours pour s’assurer du contrôle de nos esprits et de nos coeurs, les « minds and hearts » dont il est question dans la documentation américaine sur la guerre psychologique.

Car s’il vous reste encore le moindre doute que nous soyons les victimes d’une guerre psychologique pour venir à bout de notre volonté d’indépendance et d’affirmation de notre identité collective, je vous suggère fortement le visionnement du documentaire « Psywar » que Vigile a mis en ligne il y a quelques semaines5 . C’est un documentaire qui dure 1h30, mais il est très bien fait et extrêmement instructif. Prenez le temps de le regarder au complet, ce sera du temps bien investi.

La prochaine fois que vous lirez un communiqué du gouvernement fédéral ou un éditorial d’André Pratte, vous comprendrez que votre interlocuteur n’est rien d’autre qu’un « guerrier psychologique » à la conquête de votre esprit et de votre coeur, et qu’il est donc votre ennemi parce qu’il agit contre vous en guerrier. Ce n’est pas parce que son clavier n’est pas une arme à feu qu’il ne s’en sert pas comme d’une arme pour vous atteindre. Et, pour paraphraser Félix Leclerc, s’il vous atteint, vous serez alors « un mort qui marche ».

Quant à ceux qui s’inquièteraient de savoir si je compte reprendre la suite des « Bâtisseurs de l’An 1 », qu’ils soient rassurés, j’y reviendrai dès la mi-mars. Le sujet n’en sera que plus d’actualité.

Source: Vigile.net

  1. Vigile.net []
  2. Chapitre 1 : La Victoire ! []
  3. Sir Gus O’Donnell: The UK faces break-up []
  4. Scotland to win freedom from Britain []
  5. Psywar []

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Profil: Avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95)

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Cet article de 1,447 a été rédigé par Richard Le Hir il y a 7 ans et 6 mois, le samedi 31 décembre 2011.

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