Le jeudi 17 novembre 2011

PolitiqueQuébec

François Legault, le prochain pantin de l’empire Desmarais

Une campagne de propagande bien orchestrée

Par Richard Le Hir

Il y a un an presque jour pour jour, je dénonçais La Presse pour sa tentative grossière de manipuler l’opinion publique québécoise et lui imposer son favori, François Legault, en remplacement de Jean Charest.

Il y a un an presque jour pour jour, je dénonçais La Presse pour sa tentative grossière de manipuler l’opinion publique québécoise et lui imposer son favori, François Legault, en remplacement de Jean Charest, et j’écrivais ceci :

Mais que se cache donc derrière cette précipitation à vouloir forcer le jeu. Y a-t-il quelque chose que l’empire Desmarais sait et que nous ne savons pas ? Et la réponse à cette question est évidente. Oui, il y a beaucoup de choses que l’empire Desmarais sait et que nous ne savons pas. Et il semble que l’imminence des développements qu’il anticipe pousse l’empire à vouloir compter sur la présence au Québec d’un gouvernement qui sera favorable à ses intérêts. Un gouvernement qui repoussera toute perspective d’indépendance aux calendes grecques et qui adoptera un agenda conservateur sur le plan budgétaire, comme celui qui vient d’être déposé en Angleterre, pour permettre à l’empire de mettre la main sur les richesses du Québec.

Pour justifier que l’empire se mette à nu comme il le fait, ce doit être gros, très gros. Tellement gros que je ne serais pas surpris qu’il s’agisse d’une crise économique encore plus grave que celle que nous venons de connaître, ou alors une guerre. On me dira encore que je joue les Cassandre, mais je ne vois vraiment pas d’autre explication.

Depuis un an, les événements nous ont permis de confirmer amplement à la fois les ambitions de Power sur les richesses du Québec, et les perspectives d’une crise économique majeure.

Devant l’ineptie de l’opposition, il faut bien le dire, Jean Charest a réussi à se gagner un an de répit, mais, depuis les révélations du rapport Duchesneau et sa pitoyable performance dans la mise sur pied d’une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, il semble de plus en plus évident que ses jours sont comptés.

Il ne faut donc pas se surprendre que La Presse se soit dépêchée de publier un sondage à la fin octobre, en même temps qu’elle publiait une série d’articles dévastateurs sur la situation dans laquelle se trouvait Jean Charest dans la foulée de son annonce de la mise sur pied de la Commission Charbonneau, et vous n’avez sans doute pas été surpris de voir que ce sondage est une fois de plus très favorable à François Legault.

Ce sondage est donc à rapprocher des conclusions d’un autre sondage, de Léger Marketing, cette fois, effectué pour le compte du Devoir en juin dernier. J’avais à ce sujet écrit un article intitulé « Les Québécois veulent-ils vraiment Legault ? », et dans lequel je faisais les observations suivantes :

Le Devoir titrait hier « Les Québécois veulent Legault » sur la base d’un sondage effectué par Léger Marketing. Le titre du Devoir surprend, parce qu’une lecture attentive de l’article et des données du sondage ne permet pas d’en arriver à une conclusion aussi tranchée quant à l’appui dont jouirait François Legault auprès des Québécois.

En effet, Jean-Marc Léger, le sondeur, observe que les Québécois ont surtout « un désir profond de changement » et que, « pour l’instant », c’est François Legault qui incarne le changement », tout en prenant bien la peine de relativiser à l’extrême la faveur dont jouit ce dernier :

« Il faut faire attention à l’interprétation qu’on fait des intentions de vote de François Legault. […] Il ne faut pas penser que s’il y avait une élection aujourd’hui, François Legault remporterait les élections, loin de là. Ça peut bouger dans toutes les directions. »

On conviendra qu’il y a toute une marge entre les commentaires assortis de réserves de Jean-Marc Léger et la manchette tonitruante du Devoir.

Ce qu’il faut donc retenir de ce sondage, c’est la confirmation du profond désir de changement que nous avions déjà été à même de constater à l’occasion de la dernière élection fédérale. Pour ce qui est de la capacité de François Legault de pouvoir capitaliser sur celui-ci, c’est une toute autre affaire. On n’improvise pas un parti de gouvernement du jour au lendemain. Et je prends bien la peine de préciser un « parti de gouvernement » pour faire une distinction très claire avec un « parti d’opposition ».

Tant le PLQ que le PQ sont des partis de gouvernement. L’ADQ avait aussi cette prétention au départ, mais tant qu’elle était dirigée par Mario Dumont, l’ADQ n’est jamais parvenue à démontrer qu’elle était autre chose que le parti de son chef, et tant le chef que le parti en ont payé le prix. Aujourd’hui, l’ADQ pourrait avoir cette possibilité si François Legault y greffait son mouvement, mais il n’est pas dit que ce soit une perspective envisageable, ni que cette greffe prendrait facilement.

Monter de toutes pièces un nouveau « parti de gouvernement » est un exercice difficile qui prend du temps, comme s’en souviendront ceux qui ont participé aux efforts pour mettre sur pied le PQ. Entre le moment de sa création et sa prise de pouvoir, il s’est écoulé 8 ans. Et Dieu sait si à l’époque le PQ incarnait un espoir de changement. Même si le nouveau parti de François Legault devait bénéficier d’une conjoncture particulièrement favorable, on voit mal comment il parviendrait à brûler toutes les étapes de la formation d’un parti et d’une équipe de gouvernement crédibles d’ici à la prochaine élection, lorsqu’on connaît tous les obstacles à surmonter.

Cette analyse n’a pas perdu une once de sa pertinence, et elle illustre justement tout ce qu’il y a de suspect dans la précipitation de La Presse à couronner Legault et à voir en lui le prochain premier ministre du Québec.

En fait, La Presse et tous les journaux de Gesca à sa suite sont devenus de vulgaires torchons de propagande à la solde des intérêts de Power-Desmarais dont on sait maintenant qu’ils visent à s’emparer de toutes les richesses du Québec (oui, toutes! Hydro-Québec, la Caisse de dépôts, le pétrole et le gaz d’Anticosti et de la Vallée du St-Laurent, les richesses minières du Grand Nord, et même l’épargne des Québécois comme nous le verrons prochainement).

Encore, un éditorial d’André Pratte, ironiquement intitulé « La preuve », nous démontrait comment La Presse sert ces ambitions. En effet, Pratte s’emploie à démontrer combien est justifié le projet de loi 33 du gouvernement Charest:

[Ce projet de loi] propose de remplacer le placement syndical par un système de référence géré par la Commission de la construction du Québec. L’employeur qui a besoin d’ouvriers consultera le fichier informatique détaillé que tiendra désormais la CCQ. Les syndicats pourront continuer de suggérer leurs membres mais n’auront plus le monopole de l’information qui, à l’heure actuelle, leur permet d’en imposer l’embauche.

On comprend que la FTQ-Construction et le Conseil provincial soient mécontents. Ils seront entendus cette semaine par la commission parlementaire qui étudie le projet de loi. Ils ont publié des annonces dans les journaux. Ils auraient pu organiser des manifestations pacifiques. Mais la démocratie, ce n’est pas le fort de ces deux centrales syndicales. Elles ont donc choisi la voie de l’illégalité, de l’intimidation et du mensonge. Illégalité : ces grèves sont interdites par la loi R-20 sur les relations du travail dans la construction. Intimidation : les faits recueillis hier par les médias à cet égard sont incontestables, les ouvriers ont été sortis des chantiers par des taupins envoyés par les centrales. Mensonges, parce que les rares représentants syndicaux qui ont parlé aux médias ont prétendu que ces débrayages survenus simultanément dans toutes les régions du Québec étaient « spontanés ». Le président de la FTQ, Michel Arsenault, a même osé déclarer qu’« à sa connaissance », il n’y avait pas eu de mot d’ordre. Quelle farce ! Par leur silence complice, les hautes instances de la FTQ cautionnent ce débrayage illégal.

Les Québécois ont beaucoup reproché au gouvernement libéral, avec raison, son refus de mettre sur pied une enquête publique sur l’industrie de la construction. Il lui faut reconnaître que, dans le dossier du placement syndical, également crucial pour que le ménage soit fait dans cette industrie, le gouvernement fait ce qu’il faut faire.

On le voit cette semaine, cette bataille-là sera rude. Pour la gagner, le gouvernement Charest a besoin de l’appui de la population et de celui des partis d’opposition.

Ben voyons! C’est gros comme un autobus! Ce que Pratte omet de nous expliquer, c’est le lien entre l’abolition du placement syndical et la possibilité pour les entreprises intéressées au Plan Nord de développer leurs projets sans avoir les syndicats dans leurs pattes.

Comme il le souligne d’ailleurs lui-même, le placement syndical des travailleurs est une mesure qui remonte au milieu des années 1970. Malgré les reproches qu’on peut lui faire et ceux qu’on peut adresser aux syndicats qui ne sont pas exactement des enfants de chœur – je suis le premier à en convenir – elle a contribué à assurer une certaine paix sociale depuis lors.

Et puis, le problème dans l’industrie de la construction, il n’est pas principalement posé par les syndicats, il est surtout posé par la collusion entre les firmes de génie-conseil et les entreprises de construction pour faire grimper les prix, l’infiltration par le crime organisé à la tête même des entreprises, le financement illégal des partis politiques, etc.

Il y a donc lieu de se montrer très circonspects devant cet endossement que La Presse invite la population du Québec à accorder au gouvernement Charest. C’est un euphémisme de dire qu’il n’est pas complètement désintéressé. Comme je le soulignais il y quelques semaines, « Attention ! Un scandale peut en cacher un autre ».


Voilà donc le rôle auquel en est réduit l’un des plus beaux fleurons de notre patrimoine culturel qui pouvait à une certaine époque se targuer d’être « Le plus grand quotidien français d’Amérique ». Car il faut le rappeler, La Presse est un bien culturel collectif des Québécois qui a joué un rôle important dans leur émancipation politique. C’était avant Paul Desmarais. Ce dernier a fait de La Presse une putain au service de ses intérêts pour le conditionnement de l’opinion publique québécoise à ses machinations véreuses.

Autrement dit, La Presse à Montréal (tout comme Le Soleil à Québec, La Tribune à Sherbrooke, la Voix de l’Est à Granby, et Le Quotidien au Saguenay-Lac-St-Jean ; oui, je sais, il y a aussi Le Droit à Ottawa, mais c’est en Ontario) servent essentiellement à nous vendre les salades puantes de Power. Et le pire, c’est que nous les achetons, même si les chiffres du tirage semblent indiquer que c’est de moins en moins le cas.

2 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Pierre Le 24 novembre 2011 à 17h17

    Je le senatais que c’étais quelque chose comme ca. Ca va dans la mire du New World Order au Québec. Desmarais veut tout et il va justifier la rise de contrôle sur le Nord en servant le vent de la crise financière et la 3 ieme guerre mondiale. Ca presse de faire un révolution globale à un problème Globale. Envoyer une copie de ces articles à vos amis. Notre seule chance c’est la connaissance de la vérité par tous.

  2. 2 Christian Le 26 novembre 2011 à 16h23

    Ce que ce billet nous démontre encore une fois, c’est que le pensionné du siècle dernier et échoué de la politique, Le Hir, n’a pas fini de nous dire qu’il est désoccupé dans la vie.

    Toutefois, une chose est certaine. Il est encore d’allégeance libérale. Il n’a pas fini de faire la promotion de ses préférés, Andrew Pratt et John Charest. Un billet n’attend pas l’autre.

    Ainsi que de contribuer, comme toujours, à la défaite des indépendantistes, par la division du vote francophone.

    Ses appartenances à l’unité canadienne et fédéralistes favoris, comme toujours, sont « Jean Charest » au lieu de John Charest. André Pratte, au lieu de Andrew Pratt.

    C’est une obsession « Le Hir », disent les souverainistes du PQ.
    CH

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Article original: Vigile.net - Richard Le Hir

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Profil: Avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95)

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Cet article de 1,727 a été rédigé par Richard Le Hir il y a 7 ans et 8 mois, le jeudi 17 novembre 2011.

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