Le mercredi 7 octobre 2009

QuébecPolitique

L’avenir du Québec et Robert Bourassa

Je crois qu’il y a des limites à accepter l’humiliation

Par Jean-Pierre Plourde

Ne pas se réveiller, c’est accepter la dégradation et l’humiliation, c’est renier les héritages de René Lévesque, de Robert Bourassa aujourd’hui décédé et de bien d’autres après lui. Nos emplois, notre avenir et celui de nos enfants sont sur la table sans qu’on nous demande notre avis. Allons nous accepter cela?

Les générations qui vont suivre la nôtre, celles de nos enfants et petits enfants vont-elles accepter notre indifférence? J’en doute fortement. Un pays qui rejette le tiers de ses citoyens et qui s’apprête à leur retirer le droit à l’égalité et au respect est-il viable? Je ne le crois pas…

Ne pas se réveiller, c’est accepter la dégradation et l’humiliation, c’est renier les héritages de René Lévesque, de Robert Bourassa aujourd’hui décédé et de bien d’autres après lui. C’est renoncer à l’héritage de nos pères et grand-pères qui ont tout donné pour nous assurer l’éducation et un meilleur avenir.

Pourquoi retiens-je le nom de M. Robert Bourassa, un fédéraliste spécialiste du compromis? M. Bourrassa s’est fait tassé plusieurs fois dans les négociations constitutionnelles, la mauvaise foi canadienne s’est retournée contre lui dans la plupart des cas.

Plusieurs de ses déclarations méritent d’être citées, en voici deux. La première citation vient de “Le Québec a la liberté de ses choix“, suite à l’échec constitutionnelle de Meech en 1990:

Mes chers compatriotes,

[…] La décision de rejeter l’Accord du lac Meech remet en cause notre avenir politique. […] On sait que le 20 mai 1980, les Québécois ont voté pour que le Québec reste au sein de la fédération canadienne. Ce référendum se trouvait à suivre vingt années de progrès très importants. On sait encore qu’il y a 30 ans hier débutait la Révolution tranquille où le Québec a pu s’affirmer sur le plan social, culturel et économique. Après le référendum, le gouvernement qui a précédé le nôtre a fait des efforts importants pour réintégrer la Constitution.

En 1985, […] nous posions cinq conditions, ni plus, ni moins, sans aucune arrière pensée de marchandage. Comme le disait fort opportunément hier le chef de l’opposition, le gouvernement du Québec et son chef se trouvaient à prendre un risque avec l’histoire. […]

Je profite de l’occasion pour remercier M. Parizeau de la manifestation de solidarité dont il a fait preuve hier soir. Le Québec est toujours plus fort quand il est uni. […]

En juin 1987, l’entente a été ratifiée une première fois; elle avait été ratifiée précédemment, sur le plan des principes, en avril 1987. […]

Deux semaines plus tard, deux premiers ministres n’ont pas respecté leur signature. M. Filmon, à cause de raisons que nous connaissons, l’obstruction par un membre de l’Assemblée législative, et M. Wells qui a décidé de ne pas respecter son engagement. J’ai été surpris et très déçu. […]

S’il y a une chose qu’on peut conclure de ces négociations, c’est que le processus de révision constitutionnelle existant au Canada est discrédité. […] Le gouvernement du Québec n’accepte pas de retourner à la table des négociations sur le plan constitutionnel. Pas question de discuter de la réforme du Sénat, pas question de discuter de la clause Canada et, malheureusement, pas question de discuter également de la réforme constitutionnelle qui pourrait impliquer les Amérindiens.

Comment pourrais-je y retourner [à la table de négociations constitutionnelle] maintenant que les accords ont été rejetés, après avoir été ratifiés?

[…] C’est la position de mon gouvernement de négocier dorénavant à deux et non à 11 avec le gouvernement canadien qui représente l’ensemble de la population du Canada, négociations bilatérales avec le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.

Il va de soi que nous aurons des négociations avec d’autres provinces sur une base bilatérale. Il va de soi également que nous pourrons décider de participer à certaines conférences où l’intérêt du Québec est en cause, mais jamais sur le plan constitutionnel. Dans le contexte actuel, j’ai décidé de ne pas participer à la conférence qui se tiendra au mois d’août et qui réunit chaque année les premiers ministres des provinces. […]

Chers amis, en terminant, je peux vous dire que dans toutes ces décisions et dans celles à venir, c’est l’intérêt supérieur du Québec qui sera le facteur déterminant. Et à cet égard, dans toutes ces décisions, nous tiendrons compte de la dimension économique. À quatre reprises, les Québécois m’ont élu comme leur premier ministre. L’une des principales raisons, je le dis humblement, c’est la priorité que j’ai toujours accordée au renforcement de l’économie du Québec; que la force du Québec, pour moi, commence toujours par sa force économique. Et nous avons plusieurs atouts à cet égard.[…]

Dans la préparation de son avenir, le Québec dispose d’atouts très importants et, dans cette préparation qui sera l’une de nos principales priorités dans les mois à venir, nous avons ces atouts liés à une qualité exceptionnelle de notre main-d’oeuvre, liés au dynamisme de nos entrepreneurs, à l’ampleur de nos ressources naturelles et à la position exceptionnellement stratégique sur le plan géographique du Québec au Canada et en Amérique du Nord.

Bref, le Québec a la liberté de ses choix. Il doit faire son choix dans le réalisme, dans le calme et dans la lucidité. Quant à moi, je puis vous assurer que mon seul guide sera l’intérêt supérieur du peuple québécois.

– Robert Bourassa, 1990.

Les Québécois doivent prendre connaissance que les actions du gouvernement du Québec actuel sont la suite de la mauvaise foi du Canada à notre égard. Je vous invite à constater que M. Charest à réalisé exactement l’inverse des promesses qu’il nous a faites.

M. Bourassa parle de la force économique du Québec, cette force économique s’appelle principalement Hydro-Québec et Caisse de dépôt. Ces deux entités vont nous être doucement retirés dans l’ignorance totale des citoyens des conséquences sur l’avenir du Québec et de leurs enfants. Il en est de même de nos ressources naturelles dont M. Charest passe le contrôle à Ottawa. L’avenir se dessine en fonction qu’Ottawa prenne pour le Québec les décisions qui nous concernent. Les postes de direction étant occupés par des sympathisant fédéraux, la discrimination envers nos communautés est une certitude, pour comprendre pourquoi, voir  Vivre libre ou disparaître.

La deuxième citation provient de “Québec, Société distincte“, un autre texte de M. Bourrassa, toujours en 1990, après l’échec des négociations constitutionnelles du lac Meech et pendant la crise amérindienne d’Oka:

Déçu de l’échec de Meech, Robert Bourassa se fait le défenseur des aspirations de la majorité des Québécois:

« Le Québec est aujourd’hui et pour toujours une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement », affirme-t-il.

Selon le conseiller Jean-Claude Rivest, cette déclaration correspondait profondément à son état d’âme.

M. Bourassa aurait pu faire un référendum à ce moment là, les chances de succès étaient excellentes.

Le matin du 11 juillet 1990, survient la crise d’Oka où un policier de la Sûreté du Québec meurt.

Bourassa apprend qu’il est gravement malade, mais il n’en parle à personne. Robert Bourassa est atteint du cancer, la crise d’Oka n’est toujours pas résolue et il doit encore réagir à l’échec de Meech.

Il crée la commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec. C’était une autre stratégie de sa part pour gagner du temps. Le temps, c’est une chose qu’il n’avait plus. Aurait-il oser affirmer le Québec, la plupart des connaisseurs en doute, je l’aurais pour ma part souhaité.

On connaît la suite et les magouilles référendaires indécentes de 1995. Je crois qu’il y a des limites à accepter l’humiliation.

En démocratie, c’est le peuple qui est souverain, pas les élus. Les élus ne sont que les délégués. Si les élus trompent le peuple, c’est à lui, le peuple, de ramener à l’ordre ses élus en les répudient. Les négociations dites de l’Approche Commune ont conduit à l’achat par Rio Tinto de l’Alcan et de droits importants sur les territoires du Québec, chose inacceptable dans une démocratie sans en appeler au peuple.

On se doit de faire cela tous ensemble, poliment mais fermement, à propos de l’approche commune sans consultation, de l’immigration dans Montréal sans contrôle, de la Commission Bouchard-Taylor, du Gouvernement Charest, etc. Fait de façon civilisé, sans fusil, ni bâtons, cette contestation apporterait d’importants appuis internationaux.

Nos emplois, notre avenir et celui de nos enfants sont sur la table sans qu’on nous demande notre avis. Allons nous accepter cela?

La réponse nous appartient à tous.

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  1. 1 Marcel Sylvain Tremblay Le 7 octobre 2009 à 3h57

    “Comment pourrais-je y retourner (à la table de négociation constitutionnelle) maintenant que les accords ont été rejetés, après avoir été ratifiés?
    …C’est la position de mon gouvernement de négocier dorénavant à deux et non à 11 avec le gouvernement canadien qui représente l’ensemble de la population du Canada, négociations bilatérales avec le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.” – Robert Bourassa, 1990.

    Je me souviens que m. Bourassa avait dit celà, et c’est devenu, depuis, la politique fondamentale du Québec en regard des négociations constitutionnelles. À moins que ça, il n’y a pas de négociation. Je pense que tous les gouvernemnts québecois qui ont suivi ont respecté cette exigence minimale et essentielle de m. Bourassa. Vous faites bien de le rappeler.
    Si on se souvient du Traité de Paris, il y est dit que la Couronne britannique peut faire ce bon lui semble nécessaire du peuple habitant à ce moment là la Nouvelle-France, de même que des indiens (d’Amérique) s’y trouvant. On sait ce qui est arrivé, on a démantelé notre gouvernement, dilapidé nos lois et réglements, rejeté comme pas bon tout ce qui venait de nous. Notre langue a été remplacée, nos religieux désavoués, etc.. Tout ce qui en est suivi est resté dans le cadre de cette poilitique de domination du peuple de la Nouvelle-France par la nouvelle couronne. Une immigration britannique et des colonies anglaises s’est imposée à nous comme étant les représentants officiels de la Couronne. Comme ils étaient incapables de nous respecter et de ne se comporter que comme de véritables immigrants, donc sous notre gouverne, en principe, le Canada a été séparé en deux, le Haut et le Bas Canada, afin que ces immigrants aient leur propre gouvernement. Pour ne pas que ce soit considéré comme une vraie séparation, il fallait un gouvernement unificateur, ancêtre de notre gouvernement fédéral actuel, représentant de la Couronne en colonie.
    Autrement dit, de peuple que nous étions dans la Nouvelle-France, nous sommes passés à rien du tout, une ethnie, des vassaux des immigrants anglophones qui nous ont submergés en moins de cent ans. Comme le disait Pierre Bourgault, après celà ils ont utilisé cette supériorité numérique pour nous soumettre encore davantage, détruisant encore plus notre langue, notre système d’éducation, etc., en en faisant comme une loi naturelle, enchâssable dans les lois et réglements, et même la Constitution par après.
    Alors, c’est de celà que parle m. Bourassa. Il savait très bien que les autres provinces n’étaient que des duplications internes du fédéral, peuplées d’immigrants descendants de, et assimilés à la, langue anglaise, où les francophones et les amérindiens étaient soumis ou assimilés, donc sans aucun pouvoir. Alors, la Constitution, c’est la suite du Traité de Paris; le fédéral continue à disposer de nous-mêmes comme s’il était le Roi, qu’il était dépositaire du pouvoir royal à faire de nous ce qu’il veut, suite au Traité de Paris et autres actes, lois et réglements subséquents tout autant réducteurs à notre encontre. L’Acte de Québec n’est pas une exception, il confirmait que nous n’étions qu’une ethnie en Canada, et non un peuple souverain, comme ça aurait dû être, responsable, notamment, de son immigration et de l’intégration à la langue officielle, qui était le français du temps de la nouvelle-France. Donc, un bonbon, très mauvais, plutôt que le rétablissement intégral de notre souveraineté.
    Comme ils ont utilisé la supériorité numérique pour imposer encore davantage la langue anglaise, à partir du milieu du 19e siècle environ, ils utilisent maintenant la supériorité numérique du nombre de provinces anglophones pour nous imposer une constitution rapatriée dont nous ne sommes pas d’accord, et que nous n’avons pas ratifié. C’est pour ça que nous ne devons plus nous fier à leurs règles du jeu pour la changer. Nous devons continuer de suivre la décision de m. Bourassa, c’est seul avec le fédéral, face à face, ou rien du tout.
    J’espère que le Québec va continuer dans cette voie, tracée par m. Bourassa.
    ———-
    J’ai publié ce commentaire le
    4 octobre 2009 15:01
    dès la publication de l’article sur le blog de m. Plourde. Je le publie ici aussi sur sa recommendation.

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Cet article de 1,295 a été rédigé par Jean-Pierre Plourde il y a 10 ans et 7 mois, le mercredi 7 octobre 2009.

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