Le mercredi 8 avril 2009

InternationalPolitique

G20 : la guerre des mondes

Sarkozy versus Obama

États-Unis d'AmériqueFrance ]

Par J.N. Paquet

Il faut dire que deux mondes s’affrontaient lors du sommet du G20. Celui d’un Sarkozy un peu isolé et celui d’un couple Obama-Brown particulièrement hétéroclite. Mais cette fissure ne date pas d’hier…

A l’issue du G20 de Londres, le Président Nicolas Sarkozy s’est déclaré « heureux » des résultats accomplis, en matière de régulation du système financier international, qui vont « au-delà de ce que nous pouvions imaginer ». « C’est du jamais vu! » a-t-il même répété en conférence de presse.

Il faut dire que deux mondes (ou deux visions du monde) s’affrontaient lors du sommet du G20. Celui d’un Sarkozy un peu isolé et celui d’un couple Obama-Brown particulièrement hétéroclite. Mais cette fissure ne date pas d’hier. Cette guerre des mondes a en effet débuté en Novembre 2008, après la victoire de Barack Obama.

Sarkomania

Depuis son élection à la tête de l’Etat français, Nicolas Sarkozy bénéficiait d’une certaine aptitude à captiver les foules, à gagner l’attention de tous – amis et ennemis, industriels et stars du cinéma, sportifs et journalistes. Tous les médias de la planète découvraient au même moment le jeune (52 ans lors de son élection) président qui allait gouverner la France.

Puis, suite aux déboires de ce jeune président avec sa femme, le divorce! Un nouveau coup d’éclat auquel personne ne s’attendait! L’attention de tous focalisée encore une fois sur Sarkozy. Qu’il se rende à l’étranger seul, et cela faisait la une de tous les journaux dans le monde, qu’il y ait des rumeurs parlant du président avec une top modèle des pays de l’Est, et cela faisait vendre encore plus de journaux…

Enfin quand le président, devenu à la fois James Dean et célibataire au cœur à prendre, sortait officiellement à Disneyland Paris avec une autre top modèle au nom de Carla Bruni, la Terre entière tombait des nues ! De leur mariage discret au palais de l’Élysée, aux rencontres officielles avec des Chefs d’Etats étrangers, la planète se passionna littéralement pour le couple dont on parlait, qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, dans toutes les chaumières. Certains avaient même surnommé Carla Bruni « la nouvelle Jackie Kennedy »! Bref comme diraient les Anglais, Sarkozy c’est comme Marmite, « Love it or Hate it » (soit on l’aime, soit on le déteste) !

Le premier « président people », que certains critiques surnommaient « Mister Bling-Bling » (fustigeant ainsi l’affichage ostensible de signes extérieurs de richesse: montre Rolex ou lunettes de soleil Ray-Ban, soirée au Fouquet’s le soir de son élection, vacances payées ici et là par ses amis entrepreneurs) se conjuguait au présent et à la première personne du pluriel, voyageait dans des dizaines de pays, se transformait en “sauveur du monde” et allait même jusqu’à donner des leçons aux leaders des autres pays, réunis dans l’hémicycle des Nations Unies! Il créa également un nouveau traité européen pour sauver l’Union européenne. Le tout, en paradant fièrement et parfaitement à l’aise aux côtés de George W. Bush, son grand ami Américain!

L’élection d’Obama

Mais c’était malheureusement sans compter sur l’arrivée de Barack Obama! Le 4 novembre 2008, le peuple américain décida de tourner la page George W. Bush et élut le premier président Afro-Américain de son histoire. Un jour dont le Président français se souviendra certainement toute sa vie… Car à partir de ce jour-là, Nicolas Sarkozy n’attirerait plus autant les médias !

Obama et sa femme devinrent le centre de l’attention du monde. Pour une bonne raison. En cette période de crise et d’instabilité, un nouvel espoir était né avec eux…

Mais pour Sarkozy, la nouvelle « amitié franco-américaine » qu’il s’était évertué à créer avec Bush n’existait plus. Ce serait désormais chacun pour soit. Pas de cadeau.

En décembre 2008, le Time Magazine le classait au troisième rang des personnalités de l’année, Barack Obama étant premier. Il était également classé au troisième rang des personnalités les plus puissantes du monde pour l’année 2009 par le magazine Newsweek. Encore une fois, Barack Obama se classait premier.

Pour celui que certains surnommaient « Sarkozy, l’Américain » et dont on dit souvent qu’il est un adepte de l’Atlantisme et du mercantilisme, accusé par l’opposition socialiste de dissimuler une idéologie de « néo-conservateur américain à passeport français », la seule vision qui compterait désormais et la seule stratégie à adopter seraient celles de l’originalité (différence?) française.

Le G20: le choc des deux camps

Ainsi, avant la rencontre avec les 19 autres Chefs d’Etats du G20, le Président a-t-il laissé entendre que si aucun accord ne semblait se dessiner avant la fin du sommet, il pourrait parfaitement laisser chaise vide. Puis, toujours avant de se rendre au G20, il a décidé d’organiser une conférence de presse commune avec la Chancelière allemande Angela Merkel afin d’affirmer qu’il n’est pas seul en Europe et que la « vieille garde » franco-allemande existe toujours en face de l’alliance américano-britannique « Obama-Brown ».

Ensuite, afin de montrer une nouvelle fois sa différence et son style « anti-Obama-Brown », pas de Carla Bruni-Sarkozy pendant tout le sommet (une erreur peut-être car certains commentateurs ont depuis parlé de snobisme de sa part parce qu’elle ne supporterait pas la comparaison avec Michelle Obama!). Enfin à la fin du sommet du G20, il a osé commencer sa conférence de presse exactement au même moment que celle du Premier ministre britannique, l’hôte du sommet! Et il s’annonce en véritable héros du G20, car c’est lui qui, après tout, poussait pour qu’une régulation du système financier international existe. Et c’est certainement lui qui sort le plus victorieux de ce sommet.

La « Stratégie OTAN »

Ironie du sort, le G20 terminé, Barack Obama et Nicolas Sarkozy devaient se rencontrer à nouveau pour un autre sommet, celui de l’OTAN. Carla et Michelle purent enfin se rencontrer et toutes les mauvaises langues se taire.

À l’issue d’une rencontre entre les deux hommes à Strasbourg, le Président américain a plaidé pour plus d’engagement européen en Afghanistan. Réponse de Sarkozy : « la France n’enverra pas plus de renforts »!

Cependant, « il y a une parfaite identité de vues sur beaucoup de sujets entre la France et les Etats-Unis », a ajouté le Président français avant de souligner que les deux pays ont « la même vision du monde » et que « ça fait du bien de pouvoir travailler avec un Président des États-Unis qui a envie de changer le monde ». Sous-entendu, changer le monde avec son homologue français, et non pas seul!

Sarkozy doit-il vraiment se justifier, face à une opinion française sceptique, du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN ? Non. Ce retour dans l’OTAN lui permet en effet de poser un peu plus son empreinte sur les décisions militaires au niveau planétaire. Et au-delà, lui offre un haut-parleur généralement monopolisé par les Etats-Unis.

Que fera Sarkozy?

Peut-on s’attendre à de bonnes choses, dans les mois et années à venir, de la part du Président Sarkozy ? Moins de « Bling-Bling », plus de classe? Moins d’orgueil, plus de travail? Ou bien assisterons-nous à une lutte de chaque instant entre Sarkozy et Obama pour la suprémacie politique mondiale (ou tout du moins la suprémacie médiatique mondiale… ? La question reste posée. Cependant une chose est sûre: le Président français n’est pas habitué aux seconds rôles et il ne voudra certainement pas rester dans l’ombre de Barack Obama. Quel avenir donc pour Nicolas Sarkozy? Tant que sa fonction de président reste imperméable à sa psychologie personnelle, la France (le monde?) est sauve!

Source: L’EditoBlog de J.N. PAQUET

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Profil: J.N. PAQUET, né en Bretagne en 1977. Romancier, éditorialiste, il tient quotidiennement ou presque un EditoBlog sur www.jnpaquet.fr et sur Twitter. Rédacteur pour des magazines tels que : “AgoraVox”, “LePost.fr”, “Cent Papiers”,…

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Cet article de 1,196 a été rédigé par J.N. Paquet il y a 10 ans et 6 mois, le mercredi 8 avril 2009.

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