Le lundi 16 mars 2009

QuébecÉconomie

Caisse de dépôt et placement du Québec et PCAA

À qui profite le "crime"?

Par Pierre Cloutier

La vraie question qu’il faut se poser dans la saga de la Caisse de dépôt et placement du Québec et en particulier dans le dossier du “papier commercial” adossé à des actifs (le PCAA), est celle de savoir à qui a profite le “crime”.

On a un début de réponse lorsqu’on sait maintenant que les principaux dirigeants de Coventree, le premier promoteur de PCAA non bancaire au Canada en 2002, dans lequel la CDPQ détenait près de 30% des actions, se sont partagés 9.2 millions de dollars de rémunérations directes au cours des exercices 2007 et 2008, dont 6.7 millions de dollars comme primes au comptant pour l’exercice 2007. En plus, un de ses fondateurs, M. Dean Tai, vient de recevoir une prime de départ de 1 million de dollars, alors que Coventree est en voie de fermeture.1

Du côté de la CDPQ, on a assez d’indices maintenant pour conclure que ses dirigeants, y compris évidemment son président directeur général, M. Henri-Paul Rousseau et son responsable de la gestion des risques, M. Richard Guay, ont fait preuve de négligence grave ou d’aveuglement volontaire en achetant pour 12.8 milliards de dollars de PCAA non bancaire, alors qu’ils savaient ou auraient dû savoir que, globalement ce marché était par essence instable, mais qu’en plus le produit reposait non seulement sur des actifs synthétiques douteux – contrairement aux actifs conventionnels du PCAA bancaire – mais surtout sur des ententes de fournitures de liquidités incomplètes entre les fiducies mises sur pied par les promoteurs et les banques, principalement les banques internationales.

À cause de la participation de la CDPQ au capital-action de Coventree et de sa promotrice principale au Québec, Alter Moneta, ces dirigeants connaissaient ou auraient dû connaître la vraie nature de ce produit et les failles résultant des ententes de fournitures de liquidités qui sont les causes premières des pertes subies par la Caisse. Et ils ne peuvent en aucun cas se réfugier derrière l’excuse de la notation optimale du produit par DBRS, puisqu’ils savaient ou auraient dû savoir que 2 agences de notation américaines (Standard and Poor’s et Moody’s) avaient refusé de noter le produit à cause précisément de la faiblesse des ententes de fournitures de liquidité.

La vraie question qu’il faut donc poser aujourd’hui est celle de savoir pourquoi, en dépit de tous ces faits et indices, les dirigeants de la CDPQ ont-ils décidé d’acquérir pour 12,8 milliards$ de ce produit toxique. Poser la question, c’est quasiment y répondre. Il est raisonnable de penser qu’il y a des odeurs de corruption dans l’air. En clair, qui a profité$ du “crime”? Qui a mis de l’argent$ dans ses poches en participant d’un côté à la vente du produit via Conventree et ses fiducies et à l’achat de l’autre via des courtiers. Quelles commissions$, quelles primes$, quels bonis$ ont été versés, à qui et quand? Pas en 2008 – puisqu’on se targue de n’en n’avoir pas payé – mais entre 2002 et 2007 et de façon plus précise, entre 2004 jusqu’au 13 août 2007, date où les 22 conduits de PCAA non bancaire ont été incapables de trouver les liquidités nécessaires pour faire face à leurs engagements.

Comme il est douteux que le gouvernement Charest mette sur pied une commission d’enquête publique indépendante et impartiale sur le sujet, il appartient désormais à la commission parlementaire qui entendra les dirigeants de la CDPQ dans les prochains jours ou semaines de poser les bonnes questions à ce sujet et de ne pas sacrifier la vérité aux intérêts partisans et souvent obtus de ses membres.

  1. Voir Des millions en primes pour les promoteurs du PCAA sur La Presse Affaires []

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Cet article de 558 a été rédigé par Pierre Cloutier il y a 11 ans et 6 mois, le lundi 16 mars 2009.

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