Le lundi 24 novembre 2008

PolitiqueQuébec

Langue de bois ou erreur de jugement?

La chèvre émissaire

Campagne électorale québécoise 2008 ]

Par Luc Archambault

La langue de bois, est tout ce qui est honni. Quand on s’en écarte, c’est tout sauf de bon jugement. Faudrait savoir! Et si, au lieu de soi-même asséner des édits de mauvais jugement, on cessait, nous les souverainistes d’abonder et de donner des armes à nos adversaires?

« Ce qu’on demande d’abord à un chef de parti qui aspire à diriger le Québec, c’est de ne pas manquer de jugement. »

Victor-Lévy BEAULIEU – Vigile – 2008-11-18 – Le bilinguisme de Madame Marois

Ce qui permet à M. Beaulieu1 , qui n’est pas « chef de parti qui aspire à diriger le Québec », de s’absoudre de lui-même manquer de jugement! Entre autres choses, quand il s’attaque à la cheffe d’un Parti politique souverainiste, allié de sa cause indépendantiste. Une auto-absolution de ce manque de jugement qui l’a fait appuyer un Mario Dumont qu’il abandonne et enfonce ensuite parce qu’il l’aurait déçu, que son bon jugement ne l’avait-il prévu? Un manque de jugement qui l’a ensuite fait adhérer et quitter, tout ça en moins d’un an, un Parti Indépendantiste qui lui aussi l’aurait déçu. Un manque de jugement qui le fait oublier de parler d’indépendance alors que le PQ serait justement coupable de ne pas le faire pour demeurer encore l’excellent chroniqueur politique qu’il est toujours. Ne se trompe-t-il de tribune? Un candidat qui dit vouloir parler d’indépendance et qui reste dépendant de sa chronique est-il un bon politique?

Ce qui du reste ne m’empêche pas de l’appuyer dans sa campagne politique et artistique. J’aime bien le chroniqueur politique qu’il est, semblable à cet autre, Michel David, qui fait, aussi éloquemment2 , l’éloge du manque de jugement de la cheffe souverainiste dans les médias souverainistes, tout souverainistes qu’ils sont, mieux que tout autre fédéraliste. Cherchez l’erreur ! Leur constat semble clair, madame Marois est une cheffe en sursis. Vivement un autre Lucien Bouchard pour prendre la suite. Lui, n’a jamais fait d’erreurs de jugement… surtout à ses débuts comme chef de parti… Pour contrer ces erreurs de jugement, je ne vois qu’une chose. M. Duceppe affirmant qu’il ne sera jamais candidat pour devenir Premier ministre d’une province. Mais ça… tout dépend de son bon jugement !

Aussi, mettre de l’avant, une supposée évidence, « le manque de jugement de Madame Marois », un manque qui la distinguerait de tout autre chef de parti est en train de construire un mythe perdant.

Madame Marois manque de jugement. Vraiment!?

Ce serait même une raison pour ne pas lui faire confiance et pour lui refuser ce qui n’est refusé à personne, à savoir, la « chance à la coureuse » qui postule pour remplacer un Premier ministre démissionnaire du PLQ, succédant à trois Premier ministres et quatre chefs démissionnaires du PQ. Un Lucien Bouchard qui bien sûr n’aurait pas manqué de jugement en quittant Ottawa et le Bloc pour diriger le Québec en donnant toutes les raisons à M. Parizeau de ne pas insister en… démissionnant. Des partisans de telle démission qui n’auraient pas manqué de jugement en encourageant le départ de M. Parizeau que le Messie Bouchard devait remplacer.

M. Parizeau n’aurait pas manqué de jugement en démissionnant plutôt que d’affronter ce à quoi M. Bouchard a dû faire face pour régler de façon si navrante, ce qu’assume Madame Marois même si cela n’est pas son fait, notamment à cause du manque à gagner du Québec imposé par Ottawa que n’a pas dénoncé M. Charest. M. Landry n’aurait pas manqué de jugement en démissionnant prématurément sous l’influence d’un entourage si peu de bon jugement dont le manque de jugement du Premier ministre à les choisir l’aurait lui-même paré. Sans parler du manque de jugement dont seraient coupables les membres du PQ qui ont choisi une Pauline Marois comme cheffe, alors qu’elle manquerait plus que tout autre de jugement et cela d’évidence.

Sans parler de mon manque de jugement à moi, semblable à ces souverainistes qui en pleine campagne électorale s’en prennent au Parti Québécois souverainiste, sous prétexte qui ne le serait pas assez aux dires mêmes des fédéralistes, quand je ne trouve rien de mieux faire valoir que de donner des exemples de manque de jugement du côté des souverainistes, omettant de plutôt mettre en valeur les manques de jugement des fédéralistes, dont celui qui consiste à démissionner et provoquer l’instabilité par refus de gouverner, cela, pour… gouverner dans la stabilité du hasardeux coup de poker d’un coup de circuit majoritaire.

La chèvre émissaire

Ce serait manque de jugement que d’assumer le fait que tous et toutes manquons de jugement, parfois, même souvent, même quand on est, ou qu’on aspire à être, chef ou cheffe de gouvernement. Madame Marois a choisi contrairement à tous ces démissionnaires, y compris celui qu’elle aspire à remplacer, d’assumer les décisions prises, en disant en somme, qu’elle pourra manquer encore de jugement. C’est ça gouverner. Gouverner n’est pas démissionner. Gouverner ne consiste pas à ne pas faire d’erreur. Gouverner consiste à assumer la charge du gouvernement, au risque de se tromper, au meilleur de ses connaissances, en assumant les décisions prises collectivement par le gouvernement dont on fait partie, d’autant quand les décisions sont prises en consultant les parties concernées. Qui dénonce l’erreur de jugement des représentant médicaux et de la technocratie de la santé qui ont accepté pareille décision? Et nous tous, qui ne nous sommes pas soulevés pour l’empêcher…

Faire semblant d’afficher qu’on a fait des erreurs, mais qu’on a compris maintenant, n’affiche que l’illusion standardisée d’un bon jugement, dans la routine politique de l’illusion électorale de la promesse jamais tenue de bon jugement. Si le bon jugement consiste à se faire élire pour ne pas gouverner comme l’a fait Jean Charest, pour donner l’illusion que tel gouvernement de la démission est ce qu’il nous faut, oui, il ne nous faut pas des cheffes comme Pauline Marois. Mais si on désire autre chose que la langue de bois, si on désespère qu’elle soit maître et Roi, certes, il ne nous faut pas de telle Reine. Décapitons là maintenant ! Avant qu’elle puisse faire la preuve que la politique peut être autre chose que ce que l’on a toujours connu. Avant que le fait d’élire une femme, prouve que quelque chose peut changer à cet égard.

Ce n’est pas étonnant que ce soit seulement elle qui soit supposée faire métier de mauvais jugement. Comme si les autres en étaient exempt(e)s.

Et, si elle était plutôt parvenue, en assumant, à mettre l’accent sur le mauvais jugement de Jean Charest, qui pense pouvoir nous faire avaler que la démission est meilleure que le fait d’assumer ses erreurs en ne propageant pas l’illusion qu’on n’en commettra jamais plus? Si elle était plutôt parvenue à faire dérailler le train train de la charrette libérale qui pensait mettre sous le boisseau économique, son incurie à corriger l’erreur de la santé, que l’on dénonce tant aujourd’hui, alors qu’il avait tout le temps qu’il fallait pour la réparer. Si elle était plutôt parvenue à ce que l’on parle de la santé et du fait que rien n’a changé sous le règne du démissionnaire Jean Charest? Qu’est-ce d’autre qui aurait pu le faire ?

La langue de bois obligée VS La supposée erreur de jugement

La langue de bois, est tout ce qui est honni. Quand on s’en écarte, c’est tout sauf de bon jugement. Faudrait savoir! Et, si ces deux récentes « erreurs de jugement » des Marois et Dumont, l’une refusant de s’excuser, l’autre s’excusant, étaient plutôt l’expression du refus de la langue de bois. Une bouée dans l’océan des naufragés du conformisme que nous sommes, alors que c’est nous qui avons coulé le navire de la langue de bois? Si ces deux-là avaient compris quelque chose que nous ne comprenons pas encore?

Et si, comprenant cela, le bon peuple que nous sommes, était en train de cesser de croire au supposé bon jugement des démissionnaires. Et s’il était question de savoir faire le bon choix entre la cassette du supposé bon jugement qui privilégie la démission, le refus de gouverner, l’image lisse qui ne donne pas de prise. Et si tout cela, ne donnait justement pas le choix entre le lisse de la langue de bois et la rugosité du parler vrai, du fait d’assumer ses erreurs, soit en s’excusant, soit en assumant. Est-ce un suicide politique ou plutôt la croyance que quelque chose est en train de bouger? Est-ce un suicide politique ou une contribution à un vrai changement qui nous ferait plus croire en des chefs de pacotille lisses et blancs au sourire frisant la suffisance de celui qui supposément de commet jamais de faute de jugement?

Et si, au lieu de soi-même asséner des édits de mauvais jugement, on cessait, nous les souverainistes d’abonder et de donner des armes à nos adversaires en décrétant que toute langue hors le bois, est forcément un moteur de la coupe à blanc de la défaite électorale, et non pas, peut-être plutôt, l’agent qu’il nous faut, l’agent de changement de la reforestation avec des pousses d’un autre bois, nous menant à la rugueuse victoire du parler vrai sur la défaite du lisse de pacotille que nous honnissons tous par ailleurs tant!?

  1. Victor-Lévy BEAULIEU – Vigile – 2008 11 18 – Le bilinguisme de Madame Marois []
  2. Michel DAVID – Le Devoir – 2008-11-18 – Les fausses confessions []

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Cet article de 1,496 a été rédigé par Luc Archambault il y a 11 ans et 3 mois, le lundi 24 novembre 2008.

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