Le dimanche 18 mai 2008

PolitiqueQuébec

Pauline Marois présente son plan souverainiste

L'indépendance du Québec ]

Par RRQ

Si l’on ne peut qu’applaudir à une telle sortie, je ne peux quand même pas passer sous silence les critiques que j’ai et que je considère pleinement pertinentes et constructives. Le jour où nous professionnaliserons le mouvement indépendantiste et que nous deviendrons ainsi des guerriers sérieux, imaginez à quel point le peuple québécois, lui qui est fondamentalement indépendantiste, nous suivra.

Quelques semaines après le dernier conseil national du Parti Québécois, la chef, Pauline Marois, a présenté son plan de match devant permettre au Québec de progresser vers sa pleine et entière souveraineté. Si l’on ne peut qu’applaudir à une telle sortie, je ne peux quand même pas passer sous silence les critiques que j’ai et que je considère pleinement pertinentes et constructives. Mon but n’est pas de piquer au flanc le PQ, mais d’amener la direction de ce parti à réfléchir à certaines lacunes qui sont faciles à identifier dans sa stratégie.

Première critique : la façon dont Mme Marois s’y est prise, hier, pour présenter sa nouvelle stratégie souverainiste. Si l’on doit faire preuve d’honnêteté intellectuelle lorsqu’on fait de la politique (je sais, je suis naïf), ce qui implique dans ce cas-ci de décrire correctement le contexte actuel qui n’est pas facile pour les indépendantistes, certes, cela ne signifie tout de même pas qu’il faille en plus s’auto-flageller sur la place publique. Prétendre qu’il n’y a actuellement pas d’engouement pour l’indépendantisme, c’est une chose. Mais il aurait fallu que, du même souffle, Mme Marois donne des raisons à cela.

Et ces raisons, elles sont très nombreuses : martèlement de l’opinion publique par des médias fédéralistes, manque de vigueur depuis au moins 10 ans du PQ dans ce dossier (une bonne occasion ratée, donc, de faire un mea culpa qu’auraient apprécié les militants), abdication des élites, etc. Au lieu de cela, Pauline Marois a présenté son plan avec la défaite accrochée au visage : « Nous croyons toujours à la souveraineté, même si plus personne ou presque ne semble s’y intéresser », voilà le message démobilisateur qu’a transmis au peuple le chef du PQ. Pas très enthousiasmant, c’est le moins que l’on puisse dire.

Deuxième critique : le manque cruel d’imagination qui afflige nos élites souverainistes. Dans un contexte où le camp indépendantiste, blessé au flanc, se fait marteler par les ennemis du Québec français et libre, dans un contexte où la représentante de la monarchie britannique lance les festivités du 400e de Québec en France, dans un contexte où l’écoeurant à Alain Dubuc nous propose de déposer les armes, dans un contexte où Charest triomphe et l’ADQ s’écrase, tout ce que le PQ a pu imaginer comme riposte, c’est la création d’un nouvel argumentaire souverainiste et une tournée des écoles.

Franchement! Des argumentaires souverainistes, il en existe déjà une pléthore. D’ailleurs, le PQ en a un sur ses tablettes depuis quelques années déjà : la mise à jour effectuée par l’équipe de Claude Corbo des études afférentes à l’accession du Québec à la souveraineté. En quelques mois (c’est l’échéancier fixé par Mme Marois), le PQ ne pourra jamais faire mieux que tous ces experts (des dizaines de professeurs d’université) qui ont accepté la mission de Corbo au début des années 2000. Pour sauver temps et énergie, pourquoi ne pas reprendre tout simplement l’essentiel du travail qu’ils ont déjà accompli. Tout se trouve dans ces documents, ou presque : immigration, frontière, armée, droit international, langue, etc. Ce faisant, on aurait de quoi à dire demain matin, et on pourrait rapidement reprendre vigoureusement le combat indépendantiste. Après tout, le temps presse!

La tournée des cégeps et des universités que propose Mme Marois est bien évidemment une bonne chose. Et je suis ravi que le PQ se décide enfin à retourner sur le terrain pour rencontrer les jeunes, de façon à leur parler d’indépendance. Les nombreuses sorties de ce type que l’organisation du Québécois a effectuées depuis quelques années nous ont prouvé que les jeunes ont encore un bon fond souverainiste, mais ils ne savent plus trop pourquoi le Québec devrait se libérer de la tutelle canadienne. Le temps est plus que venu pour que nous leur communiquions à nouveau les informations dont ils ont besoin pour rationaliser tout ça. N’attendons pas après La Presse ou Radio-Canada, ils ne le feront jamais! C’est à nous de le faire! Comme on dit: on est jamais si bien servi que par soi-même!

Le problème est que Pauline Marois envisage cette tournée de façon bien ponctuelle. Que du court terme, rien à long terme. Pauline Marois aurait plutôt dû annoncer qu’à partir de maintenant, un comité permanent (sur lequel siégeraient des sommités indépendantistes) serait créé et que celui-ci aurait pour mandat d’actualiser au quotidien l’argumentaire indépendantiste et d’envoyer ensuite des émissaires indépendantistes dans les écoles, pour communiquer notre message. Il faut cesser de voir la lutte à court terme. L’évolution des dernières années nous a appris une chose : il nous faut fourbir nos armes pour une guerre qui n’est pas sur le point de se terminer. Dans mon esprit, c’est très clair!

Troisième critique : une alliance qui n’en est pas vraiment une. Depuis trop d’années, le PQ se comporte comme s’il était le seul propriétaire de la cause indépendantiste. Il n’en a fait qu’à sa tête, n’a pas écouté la base militante et le résultat de tout ça est qu’en 2008, une proportion très importante des militants actifs sont à l’extérieur du PQ. Plusieurs sont chez Québec solidaire, d’autres au Parti indépendantiste, alors qu’un nombre impressionnant militent dans des structures indépendantistes non-partisanes. Il nous faudra bien, un jour ou l’autre, trouver le moyen de réunir tout ce beau monde.

Pauline Marois, contrairement aux autres chefs du PQ, affiche une belle ouverture à cet égard. Elle a à quelques reprises tendu – timidement il est vrai, mais c’est mieux que rien – la main aux militants de QS par exemple. Hier encore, elle a laissé plané la possibilité que le PQ s’allie aux autres partis souverainistes pour renverser la « dictature » canadienne en terre québécoise. Plusieurs ont alors compris – dont le chroniqueur Michel David – que cela pourrait vouloir dire que le PQ laisserait le champ libre au PI ou à QS dans des circonscriptions gagnables pour les indépendantistes. Mais le doute a rapidement été dissipé.

On nous a fait comprendre, hier, en fin d’après midi, que le PQ est un grand parti et qu’il présentera 125 candidats lors des prochaines élections. Alors que veut dire la proposition d’alliance de Pauline Marois? Que tous les indépendantistes doivent se réaligner sur les positions péquistes? Pour que cela se concrétise, il faudra de l’ouverture des deux côtés. Un bon commencement serait d’inviter des représentants des principales organisations indépendantistes à siéger sur le comité qui aura pour mission de développer un argumentaire et, espérons-le, une nouvelle stratégie indépendantiste; il nous faut à l’évidence aller au-delà du bla-bla habituel. Nous devons être aussi décidés à faire du Québec un pays que Ben Gourion l’était par rapport à l’État d’Israël.

Si le PQ acceptait enfin d’écouter les indépendantistes qui se permettent d’être en désaccord avec lui, il s’apercevrait rapidement que plusieurs ont de bonnes solutions à proposer pour faire progresser le Québec vers sa libération. Tout cela me semble d’une évidence implacable. Alors pourquoi rien n’aboutit jamais, à ce chapitre?

Des années durant, j’ai ragé et pesté parce que le peuple québécois n’acceptait pas de voir le bon sens et qu’il ne se décidait pas massivement à briser les chaînes de son asservissement. Je me disais que c’était si simple à comprendre pourquoi nous devions faire l’indépendance. Depuis quelque temps, j’ai changé mon fusil d’épaule. Pas par rapport à la nécessité de faire l’indépendance, n’en déplaise à Dubuc, mais plutôt en ce qui concerne le manque de motivation du peuple.

Faisons un exercice bien simple. Mettons-nous quelques instants dans les bottes d’un Québécois très relativement politisé, mais qui est ouvert à l’idée d’indépendance. Imaginons-le observer ce qui se passe dans le mouvement indépendantiste et au PQ. Depuis 10 ans, il ne se passe rien de sérieux de ce côté-là, et quand Pauline Marois se décide de faire une sortie pour présenter sa nouvelle stratégie, tout ce qu’elle propose, c’est la création d’un argumentaire et une tournée des écoles. Convenons-en, à côté de l’offensive tous azimuts que les fédéraux mènent contre nous, notre laxisme et notre manque d’imagination sont très peu rassurants pour les citoyens ordinaires. On peut les comprendre de branler dans le manche eu égard à la création du Québec libre, création qu’ils devraient nous confier.

Notre amateurisme n’est en rien un gage de succès, il faut enfin le comprendre une fois pour toutes. Dans un tel contexte, je dirais même qu’on est chanceux que notre option obtienne toujours 40 ou 45% des appuis virtuels tels qu’expriment les Québécois par le truchement des sondages.

Le jour où nous professionnaliserons le mouvement indépendantiste et que nous deviendrons ainsi des guerriers sérieux, imaginez à quel point le peuple québécois, lui qui est fondamentalement indépendantiste, nous suivra. Nous renverserons tout sur notre passage. Alors retroussons-nous les manches, et au travail! Nous avons un pays à bâtir!

Patrick Bourgeois

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Cet article de 1,444 a été rédigé par Réseau de Résistance du Québécois il y a 11 ans et 5 mois, le dimanche 18 mai 2008.

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