Le mercredi 5 juillet 2006

SociétéQuébec

Quand les médias s’en prennent à une famille en détresse

Par AmériQuébec

Il arrive quelques fois d’être là au mauvais endroit au mauvais moment. Je parle ici des médias, bien évidemment. Trouvez-vous ça normal qu’un attroupement de singes se regroupent devant un bananier alors qu’il vient juste de sortir de terre? Trouvez-vous ça normal qu’un regroupement de journalistes en quête de sensations fortes s’installe devant l’appartement ou […]

Il arrive quelques fois d’être là au mauvais endroit au mauvais moment. Je parle ici des médias, bien évidemment.

Trouvez-vous ça normal qu’un attroupement de singes se regroupent devant un bananier alors qu’il vient juste de sortir de terre? Trouvez-vous ça normal qu’un regroupement de journalistes en quête de sensations fortes s’installe devant l’appartement ou s’est produit une chicane familiale à peine 2 minutes après le départ des blessés vers l’hopital?

Non, mais ils sortent d’où, cette gang de low-profiles qui n’ont rien d’intéressant à offrir en terme d’informations? Ça vous intéresse réellement de savoir qu’une mère de famille s’est fait poignarder par son fils? Un peu plus, et on aurait cru à une scène de spectacle plutôt qu’à une scène de crime.

Ça commence par deux journalistes, ensuite quatre… puis le Mouton Noir de l’information (TQS) se joint évidemment au groupe, pour finalement finir par être près d’une quinzaine à s’installer devant mon bloc appartement.

Vite! C’est important de filmer l’immeuble, c’est important d’effectuer un zoom sur l’appartement en question et c’est impérativement important d’en faire part à toute la population.

Mais que se passe-t-il? Nous sommes 15 journalistes/caméramans/curieux et nous n’avons pas assez de contenu pour faire passer la nouvelle. Attendons donc un peu et rions tous ensemble, c’est le moment de se raconter de belles grosses blagues devant l’appartement d’une dame qui vient de se faire poignarder.

Voilà ce à quoi peut avoir l’air un troupeau de journaliste en quête de potins. Comme on dit, la misère des uns fait le bonheur des autres:

Quand la misère de certains fait le bonheur de d'autres
En attendant de la “substance”, des journalistes
se comptent de belles blagues

Journalistes assoiffés de sang
Des journalistes assoiffés de sang et de nouvelles sanglantes

On pourrait parler de tentative de meurtre, il me semble que ça fait une belle manchette. De toute façon, c’est ce qui intéresse les gens n’est-ce pas?

Et la dame dans tout ça? Et sa famille? On s’en balance! L’important, c’est qu’un fils a poignardé sa mère, c’est ce qui compte. On s’en criss bien de comment la dame peut se sentir en voyant son appartement à la télévision et ce qu’on dit sur son fils. Autant qu’on s’en criss de dire n’importe quoi, comme par exemple que le jeune voulait assassiner sa mère même si ce n’est pas vraiment cela qui s’est produit.

La justesse de l’information dans tout ça? Ce n’est pas vraiment important. On peut bien défaire les faits pour que ça sonne plus sensas à la télévision!

Vous allez me dire: pourquoi êtes-vous aller voir les médias alors que vous dénoncez ceux-ci?

C’est quelque chose qu’on fait quand on n’a pas le choix. C’est quelque chose qu’on a décidé de faire pour transmettre ce qui c’est réellement passé. On ne pouvait pas laisser les médias se gaver d’information plus ou moins vraie, alors que la vie d’une personne et même d’une famille étaient en cause.

Soit on laissait passer cette famille pour des fous furieux qui se poignardent sans raison, soit on allait expliquer ce qui c’était réellement passé. Malheureusement, le tri médiatique fera en sorte que de ce qu’on a dit, 5% fût retenu, et que de 5%, la majorité des propos retenus parlent de l’acte en tant que tel plutôt que des vrais problèmes.

On s’acharne sur le cas d’une personne, alors que cette dernière a des problèmes de santé mentale. On a probablement affaire à quelqu’un en état de psychose qui a voulu se blesser soi-même et à une mère qui a voulu protéger son enfant, mais dans les médias, on a plutôt affaire à “un malade qui décide d’assassiner sa mère”.

Plutôt que de parler du manque d’encadrement envers les personnes atteintes de problèmes de santé mentale, on préfère faire des vagues en déformant des faits.

J’ai demandé aux médias: mais pourquoi s’acharner sur un cas tel que celui-ci? “C’est un fait divers d’intérêt public” m’a-t-on répondu! Un fait divers! WOW! Entre Céline à Las Vegas et une fillette noyée dans une piscine, quoi de mieux que de parler d’un drame familial. Il me semble que ça balance le tout n’est-ce pas?


Pendant que TQS passe la nouvelle aussitôt que possible, certains journalistes rapportent plus fidèlement les faits. C’est Le Soleil qui tant qu’à moi explique le mieux l’événement, mais encore…

Dave et Audrey, témoins de l'évenement
« Dans le fond, c’est une triste histoire familiale et celle d’une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale » laisse tomber Audrey Bouchard, qui s’est portée, avec son ami Dave Lavoie (à gauche), au secours de la dame.

Mère agressée au couteau par son fils

Un homme de 23 ans à la santé mentale fragile a attaqué sa mère au couteau avant de tenter de s’enlever la vie, hier, dans un immeuble à logements de Sainte-Foy.

Le drame familial s’est déroulé au 2337, Jean-Durand. Il était 17 h 30 lorsque Dave Lavoie et Audrey Bouchard, une amie en visite, ont entendu des cris venant de l’appartement voisin alors qu’ils se trouvaient sur le balcon.

« Ça criait fort, et j’ai entendu ‘‘Ma mère est couchée dans les escaliers’’ », relate Dave. Pendant qu’il composait le 9-1-1, Audrey allait porter secours à la dame d’une quarantaine d’années.

« Elle était consciente. Je lui ai parlé. Je la réconfortais et je tentais d’exercer des pressions pour empêcher le sang de couler. » La victime a reçu un coup de couteau au thorax et un autre à un bras.

« Malgré ce qui s’était passé, je m’apercevais qu’elle avait un amour inconditionnel pour son fils. Elle voulait s’assurer qu’il aille bien. Elle savait qu’il s’était lui-même infligé une blessur au thorax avec un couteau » continue-t-elle.

C’est à ce moment que la mère a expliqué à son sauveteur que son fils était dans un état de « psychose » parce qu’il n’avait pas pris ses médicaments.

« Dans le fond, c’est une triste histoire familiale et celle d’une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale » laisse tomber Audrey. Celle qui veut devenir éducatrice spécialisée, et qui travaillait jusqu’à récemment dans une maison de jeunes, était visiblement sensible à ce qu’elle qualifie de « tragédie grecque ». Des situations de crise, elle connaît ça, ajoute-t-elle.

Le second fils de la dame, agé d’environ 18 ans, se trouvait aussi dans l’appartement lors de l’agression. Il semblait évidemment dépassé par les événements, regardant béatement la scène à l’arrivée des policiers.

Connu des policiers

L’agent Jean-Sébastien Roy de la police de Québec explique que des agents sont déjà intervenus à la même adresse pour des « chicanes ». Le suspect était donc connu des policiers pour ses « problèmes d’agressivité ».

Il était impossible hier de connaître la nature de la maladie dont le suspect souffrait. Il devrait comparaître aujourd’hui au palais de justice de Québec si son état le permet. Il a subi une perforation d’un poumon. L’état de sa mère est plus sérieux. Sa vie pourrait être en danger. La police traite l’affaire comme une tentative de meurtre.

Au moins, ici on mentionne que la mère s’inquiétait réellement pour son fils, contrairement au Journal de Québec, LCN ou TQS… On mentionne aussi le fait que la personne n’avait pas pris ses médicaments. Il me semble que ça facilite la compréhension de l’événement.

Reste quand même à rectifier quelques faits. La vie de la mère n’est pas en danger, heureusement. Le fils ne s’est pas perforé un poumon. Au moment où sa mère s’informait de son fils, les policiers nous répondaient qu’il n’avait que quelques coupures superficielles, rien de plus. De toute façon, pour quelqu’un avec un poumon perforé, il tenait pas mal debout! De plus, la police ne traite pas l’affaire comme une tentative de meurtre. Normal puisqu’il ne s’agit pas de cela!

Finalement, les enquêteurs m’ont expliqué qu’ils allaient poursuivre le jeune au tribunal afin de l’obliger à prendre sa médication. On est loin de la tentative de meurtre ici.

Pour ceux qui n’avaient pas encore deviné, c’était mes voisins.

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  1. 1 alexandra Le 20 novembre 2006 à 18h47

    Enfin quelqu’un qui a le culot de le dire !! Je fais un travail pour mon cours de français et votre article m’inspire beaucoup!! merci

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Cet article de 1,284 a été rédigé par AmériQuébec il y a 14 ans et 3 mois, le mercredi 5 juillet 2006.

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