Le mardi 23 août 2011

PolitiqueQuébec

Les indépendantistes doivent refaire l’unité pour relancer l’option de l’indépendance

Le message est-il assez clair?

Par Richard Le Hir

À force de ne pas vouloir faire de vagues pour profiter sans risques du mécanisme de l’usure du pouvoir et de l’alternance automatique qui s’ensuit, le PQ est tombé dans l’insignifiance, et l’électorat s’en est bien rendu compte.

Le sondage Léger-Marketing dont nous gratifie le Journal de Montréal ce matin constitue une sanction du manque de leadership, de la dérive électoraliste, de la confusion, et de la division qui caractérisent désormais le PQ et le camp indépendantiste.

Pour Pauline Marois, le verdict est final et sans appel. Depuis son « triomphe » orchestré au congrès du PQ, elle va de catastrophe en catastrophe et semble incapable de lire et de décoder les événements. La responsabilité en incombe autant à elle-même qu’à son entourage. Depuis plus d’un an maintenant, la situation politique, au Québec comme ailleurs, est extrêmement fluide, ce qui aurait dû l’amener à une vigilance de tous les instants.

Or elle n’a pas su, ou pas voulu, capitaliser sur les déboires de Jean Charest qui ont amené celui-ci à atteindre des niveaux abyssaux d’impopularité dans l’opinion publique.

Ne pas savoir, c’est de l’incompétence, ne pas vouloir, c’est beaucoup plus compliqué, et cela nous amène à nous interroger sur les motifs : Agenda caché? Conflits d’intérêts? Pressions secrètes? L’absence de toute preuve dans la deuxième hypothèse nous oblige à conclure à l’incompétence jusqu’à plus ample informé.

Or celle-ci est principalement fonction de son incapacité à saisir la dynamique politique qui est différente du calendrier des travaux de l’Assemblée Nationale, car toute son action semble s’arrimer à celui-ci. Pendant la campagne électorale fédérale, elle a préféré profiter du congé de Pâques et partir en vacances plutôt que de faire campagne en faveur du Bloc Québécois, un geste qui en a surpris, et déçu, plus d’un. Et en pleine tempête cet été, alors que le feu était pris au PQ et qu’elle aurait dû multiplier les démarches pour tenter de recoller les pots cassés, elle s’est éclipsée pendant plusieurs semaines. En politique, le vide ne pardonne pas.

Avec Pauline à la plage et le PQ en proie à ses divisions, le gouvernement Charest a pu occuper entièrement l’espace médiatique à la suite de l’effondrement du Tunnel Ville-Marie alors qu’il aurait dû être quotidiennement poussé dans ses derniers retranchements. Heureusement que La Presse  (!!!) était là. Et heureusement qu’elle est encore là aujourd’hui pour nous informer des magouilles du ministère des Transports pour cacher de l’information compromettante.

Mais le fait que ce soit La Presse qui soit en train d’assumer le rôle de l’Opposition officielle a quelque chose d’absolument consternant et même de honteux pour le PQ qui nous donne toute la mesure de son effondrement depuis un an.

En effet, il avait fait preuve d’une combativité irréprochable dans les dossiers qui ont fini par amener au congédiement du ministre Tony Tomassi. Au point même de provoquer une crise de régime qui a failli emporter Jean Charest. Puis, tout à coup, silence. Pourtant, les dossiers chauds ne manquent pas depuis un an, comme celui du gaz de schiste et de la braderie de nos richesses naturelles, ou encore de la langue et de l’immigration, et le PQ n’a pas été à la hauteur.

À force de ne pas vouloir faire de vagues pour profiter sans risques du mécanisme de l’usure du pouvoir et de l’alternance automatique qui s’ensuit, le PQ est tombé dans l’insignifiance, et l’électorat s’en est bien rendu compte.

Comme il comprend aussi très bien la dérive électoraliste à laquelle il a succombé en tentant de se faire un capital politique facile dans la région de Québec avec le dossier de l’amphithéâtre du maire Labeaume. Les excuses tardives de Pauline Marois pour sa mauvaise gestion de ce dossier n’ont d’aucune façon atténué l’impression d’opportunisme crasse qu’il a laissé dans l’opinion publique, et c’est l’image du PQ qui a trinqué.

Enfin, les débats qui se déroulent sur Vigile illustrent on ne peut mieux la confusion dans laquelle baigne présentement le Parti Québécois sur son option de fond et la division qui en résulte. L’électorat aussi est sensible à cette confusion et il ne souhaite pas en faire les frais. Pourtant, le virage effectué par Jacques Parizeau après l’épisode Johnson et la clarté dont il a su faire preuve sur les intentions du PQ de faire l’indépendance démontrent on ne peut mieux que la clarté est payante.

Et n’eût été de certaines erreurs stratégiques majeures en 1994 et 1995, elle aurait débouché sur une victoire décisive du camp du Oui. En effet, si, au lieu de lancer lui-même un programme d’études mal conçu et ingérable dont j’ai eu à faire les frais, Jacques Parizeau s’était comporté en chef de gouvernement et avait accordé au camp du OUI et au camp du NON un budget pour défendre et promouvoir chacun leur option, il n’aurait pas eu à gérer la patate chaude des études et il aurait eu un bien meilleur contrôle sur les dépenses du camp du NON qui aurait eu, en contrepartie de l’argent reçu, l’obligation de refuser toute autre contribution et de comptabiliser plus strictement toutes les dépenses effectuées.

Qui plus est, devant la victoire du OUI, une victoire parfaitement envisageable comme le montrent les résultats très serrés du référendum de 1995, il aurait été en position beaucoup plus forte, comme chef du Gouvernement du Québec et non comme chef du camp du OUI, pour entreprendre avec le Canada des négociations sur le partage de la dette et des actifs et sur l’accession du Québec à la souveraineté.

Évidemment, on me rétorquera qu’avec des si on mettrait Paris en bouteille, mais il est très clair qu’il s’est produit en 1995 un dérapage majeur qui a conduit le PQ, de Parizeau en Bouchard, en Landry, en Boisclair, et en Marois, à l’ambiguïté la plus totale sur son option fondamentale, avec pour résultat la fâcheuse position dans laquelle il se retrouve aujourd’hui.

Quand même les indépendantistes sont confus quant aux intentions du PQ et qu’ils s’entredéchirent sur la place publique, la population en vient à la conclusion que l’option n’a plus d’avenir, et on ne peut même pas l’en blâmer.

À moins de renoncer à jamais à l’idéal de l’indépendance, un sérieux coup de barre s’impose, et il faut souhaiter que tout ce que le Québec compte d’indépendantistes sincères et convaincus refassent l’unité pour relancer leur option, sinon, le seul espoir de voir l’indépendance se faire sera qu’elle survienne par défaut, parce que le Canada aura fini par s’écrouler sous le poids de ses propres contradictions, une hypothèse qui n’a rien de farfelu si l’on examine l’évolution de la conjoncture.

Et le risque alors sera que les Québécois ne sachent pas quoi en faire.

5 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Jean Paul Tellier Le 23 août 2011 à 9h15

    Les intégristes de l’indépendance,les purs et durs, tels que Vigile.net, le RRQ,Cap sur l’indépendance,le NMQ,le PI, le SPQ Libre,etc.,sont un club de déconnectés.Les citoyens veulent qu’on cesse de les écoeurer avec la dichotomie souveraineté-indépendance,PQ et anti-PQ.Ils veulent Legault comme PM du Québec. La preuve est là,sondage Léger Marketing août 2011. http://bit.ly/ncFFB2

  2. 2 Jean Paul Tellier Le 23 août 2011 à 10h07

    [« Le Parti québécois rejette l’idée de conclure des ententes stratégiques avec les autres formations souverainistes, nommément Québec solidaire et le Parti indépendantiste, en vue des prochaines élections générales.

    L’idée de tenir des états généraux sur l’indépendance ne plaît pas au PQ.Pour le PQ-Marois,le Conseil de la souveraineté, présidé par Gérald Larose,est l’instance pour échanger sur les idées et les manières de faire.»] par Tommy Chouinard,La Presse,

    Pour réussir l’unité des indépendantistes-souverainistes,la clé du succès est dans la retraite totale de Mme Marois de la politique québécoise,le plus tôt possible.Cette plaie politique favorise Legault.

    Et,une fois l’unité faite ,vaut mieux procéder par une élection au lieu d’un référendum pour décider ce qu’on veut faire du Québec.Faire ou ne pas faire l’indépendance. http://bit.ly/onSmk9

  3. 3 antoine beaule Le 23 août 2011 à 15h10

    lindependance cest comme la liberte cela ne se commande pas mais se prend.bonne journee.antoine beaule

  4. 4 Michel Laurence Le 24 août 2011 à 13h57

    Dites-lui pourquoi ! http://bit.ly/otCaIP

  5. 5 Jean Paul Tellier Le 29 août 2011 à 2h58

    Pour un meilleur appétit collectif de l’indépendance.

    [ « Pas plus aujourd’hui qu’hier, le PQ ne peut réaliser l’indépendance puisqu’il n’est pas indépendantiste, mais il peut être une fois de plus, c’est dans sa nature, le seul bon gouvernement du Québec, tant que la gouvernance provinciale du Québec sera soumise à celle de la fédération monarchique du Canada.

    je crois à l’absolue nécessité,que les indépendantistes et les souverainistes péquistes s’épaulent dans une union contre les rapaces fédéralistes qui sont plus déterminés que jamais à prendre possession de notre être et de nos biens, d’autant plus résolus qu’ils peuvent espérer profiter de nos divisions suicidaires.»] par Andrée Ferretti,commentaire à la chronique d’André Savard,Vigile,28/8/2011

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Article original: Vigile.net - Richard Le Hir

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Profil: Avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95)

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Cet article de 1,056 a été rédigé par Richard Le Hir il y a 8 ans et 5 mois, le mardi 23 août 2011.

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