Le lundi 16 décembre 2013

Québec

Dany Laferrière, l’Académicien: Québécois? Haïtien? Canadien? Japonais?

France ]

Par Sylvain

Le 12 décembre dernier, l’Académie française a élu son nouvel immortel : Dany Laferrière. Il a été élu au premier tour de scrutin au fauteuil numéro deux de l’Académie française, devenant ainsi le premier auteur… Désolé, j’ai un blocage ici !

Mettons les choses au clair: l’Académie française1 n’a rien à voir avec Star académie. L’Académie française fut fondée par Armand Jean du Plessis de Richelieu2 en 1635. L’objectif de l’Académie est de «veiller sur la langue française et accomplir des actes de mécénat.» Ainsi, le Québec tout entier devrait se réjouir de l’élection de Dany Laferrière alors que Laferrière, arrivé au Québec en 1976, va pouvoir veiller sur notre langue et rappeler qu’il n’y a pas de mal à écrire Star académie plutôt, comme on l’a fait en France, Star Academy, sans les italiques.

Ce n’est pas le cas de tous. Pendant que les Haïtiens se réjouissaient de l’entrée de Laferrière à l’Académie française, ici au Québec certains ont plutôt accueilli la nouvelle dans une ambiance  «star-académicienne», un peu comme le font les matantes et les mononcles devant le téléviseur lorsque la personne qui gagne Star académie n’est pas celle qu’on voudrait. À juste titre, le premier gagnant de Star académie3 en 2003, une émission québécoise, (comme mentionné précédemment, en France c’est Star Academy) fut Wilfred LeBouthillier4, un chanteur canadien (acadien) du Nouveau-Brunswick, et donc ça avait fait jaser dans les salons.

C’est un peu la même chose qui vient de se reproduire avec l’article d’Andrée Ferretti, femme politique et écrivaine québécoise, ayant pour titre «Dany Laferrière: le modèle parfait de l’anti Québécois5». Voici un extrait:

Incontestablement excellent écrivain, il (Laferrière) n’a pas pour autant le génie de nos Jacques Ferron, Victor-Lévy Beaulieu, Marie-Claire Blais, pour ne nommer que nos plus grands. Sa force admirable, et que j’admire au plus haut point, réside toute entière dans sa certitude que la reconnaissance de la valeur d’un être comme d’une œuvre tient essentiellement, en notre époque consumériste, au talent de la monter en épingle. Compétence qui échappe aux Québécois, du plus grand au plus petit.

Jalousie, quand tu nous tiens! Il faut lire l’article de Mme Ferretti au complet. En fait, il faudrait retourner en 2003 pour voir si elle ne s’était pas mise à la défense de Marie-Élaine Thibert6, «québécoise de souche» arrivée deuxième après Wilfred LeBouthillier, l’acadien.

Non, je ne vais pas faire le procès de qui que ce soit. Mme Ferretti s’est déjà bien fait répondre par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue, poète et essayiste d’origine haïtienne vivant au Québec depuis 40 ans. Dans son article titré «Lettre ouverte à Andrée Ferretti7», on peut lire, entre autres choses:

Votre brûlot, Madame, campé sur les précaires béquilles du mépris et de la haine de l’Autre, est une violente et mortifère insulte infligée à la fois aux Québécois dits de très ancienne souche, aux Haïtiens ayant ici pris racine dans notre hospitalière « québécitude » comme aux Haïtiens vivant en Haïti. Dans votre empressement à néantiser l’Autre, à dévaloriser en l’excluant un écrivain, Dany Laferrière, accueilli et adopté par des dizaines de milliers de lecteurs Québécois, toutes origines confondues, dans votre empressement à outrager et à déshumaniser l’Autre, l’Haïtien, celui qui peine sur une île de tragédies, vous vous êtes enfermée dans une « insanitude » nationaliste de repli schizophrénique sur soi et, en un compulsif et pusillanime déni de réalité, Madame, vous taisez l’essentiel, ce qui ici au Québec nous éclaire et nous unit.

Ainsi, vous avez les liens en fin d’article pour lire le texte de Mme Ferretti et celui de M. Berrouët-Oriol, et ainsi vous faire votre propre idée.

Dany Laferrière est…

Dans l’article de Mme Ferretti, on peut lire que, selon elle, Laferrière «n’est pas né pour un petit pain.» Et comme le titre l’exprime, on sait aussi que Laferrière n’est pas québécois selon elle. En effet, en fin d’article on précise que « anti » dans son titre c’est dans le sens de « contraire » et non de « contre ». Laissons Laferrière s’identifier. Dans un article du Devoir écrit par Catherine Lalonde et titré «Un nouvel immortel – L’écrivain Dany Laferrière entre à l’Académie française8», on peut lire:

L’écrivain Dany Laferrière peut sourire de toutes ses dents : l’ironie identitaire qui marque sa vie et son oeuvre — Je suis un écrivain japonais, où il affichait son horreur des étiquettes, écrivain migrant, haïtien, québécois, vous vous souvenez ? —, cette ironie se poursuit, en grande beauté, avec son élection à l’Académie française. Élu dès sa première candidature — il n’est pas rare que les écrivains doivent postuler plusieurs fois à l’Académie — et au premier tour par 13 voix, Laferrière sera ainsi le premier Québécois et le premier Haïtien à siéger parmi les 40 qu’on dit immortels.

Eh bien, Laferrière, ironiquement, aurait déjà dit qu’il était un écrivain «japonais». Enfin, dans le Devoir il est aussi québécois et haïtien. Le 12 décembre, Le Nouvel observateur en France titrait  «L’écrivain canado-haïtien Dany Laferrière élu à l’Académie française9». Vous voyez, en France on a compris, Laferrière est canado-haïtien. Ça c’est parce que le Québec est une province, ou encore peut-être un petit pain.

Oui, Mme Ferretti, Laferrière a conquis son siège à l’Académie française. Toutes les Québécoises et  tous les Québécois devraient tous ensembles conquérir leur indépendance plutôt que de vivre en conquis qui s’acharnent médiocrement sur ce qui n’est pas de souche. Ce n’est certainement pas en s’en prenant à Dany Laferrière ou encore à Maria Mourani que ça va être possible. Y’a du pain (pas un petit) sur la planche les amis!

Dans Wikipédia: Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière à Port-au-Prince (Haïti) le 13 avril 1953, est un intellectuel, écrivain, et scénariste canadien d’origine haïtienne, vivant au Québec, à Montréal. […] Lors de son arrivée à Montréal en juin 1976, il habite rue Saint-Denis et travaille entre autres dans des usines, jusqu’en novembre 1985, date à laquelle est publié pour la première fois un de ses romans, intitulé Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer.

Illustration de l’article: Dany Laferrière \ Wikipédia – Georges Seguin

  1. Histoire de l’Académie française []
  2. Armand Jean du Plessis de Richelieu []
  3. Star académie []
  4. Wilfred LeBouthillier []
  5. Dany Laferrière: le modèle parfait de l’anti Québécois []
  6. Marie-Élaine Thibert []
  7. Lettre ouverte à Andrée Ferretti []
  8. Un nouvel immortel – L’écrivain Dany Laferrière entre à l’Académie française []
  9. L’écrivain canado-haïtien Dany Laferrière élu à l’Académie française []

2 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Robert BERROUËT-ORIOL Le 21 décembre 2013 à 0h41

    NOUVEL ÉCLAIRAGE AU SUJET DE « L’AFFAIRE ANDRÉE FERRETTI »
    Montréal, le 17 décembre 2013

    Les faits, rien que les faits : pa gen kase fèy kouvri sa… Mme Nicole Hébert qui administre et modère le site independantes.org sur lequel Andrée Ferretti a publié le libelle qui lui a valu ma réplique, dans un courriel daté du 14 décembre 2013, m’a concocté un lamentable et désolant chapelet de poncifs qui ne fait honneur ni aux Québécois ni aux Haïtiens. Voilée du « nationalisme » passéiste mono-identitaire d’exclusion de l’Autre, de tous les « autres », dans le but de protéger son « ÊTRE », sa culture « épurée » de l’apport historique des flux migratoires au Québec, incapable de dialoguer avec ces étrangers « envahissants », installée dans le déni d’existence de « l’Autre » et du haut de sa « supériorité » de souche, Mme Nicole Hébert m’a intimé l’ordre de rester à ma place, celle qu’elle m’a définitivement assignée, celle du silence, celle qui fait perdre toute considération et respect à un citoyen.

    Si je prends la peine de lui répondre publiquement aujourd’hui, c’est uniquement pour couper court à toute vaine tentative de ‘’dédouaner’’ Mme Andrée Ferretti et de minimiser l’enjeu central du débat. Car contrairement à ce qu’insinue Mme Nicole Hébert avec tant de légèreté, depuis la publication, le 14 décembre 2013, de ma « Lettre ouverte à Andrée Ferretti – NOTRE QUÉBEC À NOUS TOUS » : il y a bien un débat public citoyen, au Québec, en Haïti et ailleurs, sur les propos xénophobes et outrageants d’Andrée Ferretti à l’égard du « perpétuel immigrant » Dany Laferrière et du peuple haïtien. Les nombreux courriels de support et de solidarité que j’ai reçus, depuis le 14 décembre 2013, d’écrivains québécois, haïtiens, marocains, français, etc., témoignent de l’indignation de citoyens responsables, vigilants, outrés par les propos indignes, outrageants et ouvertement xénophobes de la romancière Québécoise indépendantiste Andrée Ferretti.

    En contexte, dans la vie de tous les jours, dans l’apprentissage citoyen du vivre ensemble, Mme Nicole Hébert devrait savoir qu’il ne faut jamais banaliser ni sous-estimer des propos xénophobes et ma lettre ouverte en porte un éclairage rigoureux.

    Je prends note et je fais savoir que Mme Nicole Hébert a censuré ma « Lettre ouverte à Andrée Ferretti – NOTRE QUÉBEC À NOUS TOUS » et a interdit sa publication sur le site independantes.org, site sur lequel Andrée Ferretti avait, elle, librement publié son sombre factum. Pire : Mme Nicole Hébert a mis fin abruptement aux commentaires des lecteurs sur le site independantes.org tout en donnant la priorité aux rares lecteurs qui abondaient dans le sens d’Andrée Ferretti. Pareille censure, adossée à une manipulation idéologique de la parole citoyenne, est un flagrant déni du droit à la libre expression ; elle est toxique et donne, hélas, une claire idée de ce Québec frileux et replié sur lui-même dont Andrée Ferretti et Mme Nicole Hébert –et sans doute quelques autres–, sont porteurs. Dans la langue usuelle de l’extrême droite, dans la bouche de Jean Marie Le Pen, cela s’appelle la négation et l’extinction programmées de la liberté de parole et la persistance d’une complaisance borgne et claudicante proférant le « nous autres » contre le « vous autres » –« nous autres » Québécois pure laine, contre « vous autres », les immigrants assignés à la non-citoyenneté–, puisqu’il faut sans états d’âme, on l’aura constaté, exclure « l’Autre » du champ de la citoyenneté comme du champ littéraire québécois. Je le dis haut et fort : dans le Québec multilingue de 2013 où la langue française donnée en partage est enrichie par l’apport de diverses cultures, n’est-il pas indécent et outrageant de soutenir –comme le fait Andrée Ferretti–, un propos ouvertement xénophobe, schizophrène, obscurantiste et frileusement exclusiviste ?

    Faut-il le rappeler, la pensée xénophobe de l’extrême droite dominicaine, depuis le 23 septembre 2013 avec l’arrêt de la Cour constitutionnelle, interdit de nationalité plus de 300 000 personnes nées Dominicaines, d’ascendance étrangère et en particulier d’ascendance haïtienne. Nous voici bel et bien en présence des dégâts causés par une idéologie d’exclusion radicale de l’Autre. Il faut bien lire l’Histoire, la contemporaine notamment, et en tirer les conséquences… En clair : au Québec, nous ne saurions tolérer des propos et des pratiques d’exclusion contraires à la tradition d’ouverture, de tolérance et d’hospitalité des Québécois.

    Une lecture rigoureuse et cohérente de l’Histoire nous apprend à décoder les liens ontologiques qui existent entre le particulier et l’universel et entre des contextes géopolitiques présentant des similitudes dans leurs différences. Alors pour mémoire, je rappelle à Mme Nicole Hébert que la dictature kleptocrate des Duvalier père et fils avait transformé Haïti en un sinistre et mortifère « goulag tropical » (René Depestre), forçant des centaines de milliers de personnes à s’exiler dans de nombreux pays, parmi lesquels le Québec. L’une des choses que nous avons apprises, au creux de l’hospitalité de la culture démocratique du Québec, est précisément l’exercice de la liberté de parole et d’association citoyenne qui nous étaient interdites sous la dictature des Duvalier père et fils. Ce sont également la conquête des libertés citoyennes et l’effectivité de ces libertés qui expliquent en grande partie que le nazillon Jean Claude Duvalier soit aujourd’hui inculpé devant la justice haïtienne pour crimes contre l’humanité, vol en bande organisée, pillage des ressources de la nation, assassinats et disparition de milliers de personnes.

    Libre à Mme Nicole Hébert d’être sourde et aveugle aux dégâts provoqués par les sirènes de l’extrême droite nationaliste qui, au Québec comme en Europe, couve sous la braise outrageante des propos similaires à ceux d’Andrée Ferretti lorsqu’elle insulte le peuple haïtien qu’elle traite de mendiants qui se complaisent dans l’assistanat de « l’aide » internationale… C’est là le libre choix « nationaliste », peureux et indigne, de Mme Nicole Hébert ; ce n’est pas le nôtre ni celui de la majorité des Québécois soucieux de la vérité historique et du respect des droits de tous les citoyens du Québec incluant les Haïtiano-Québécois.

    Pour mémoire : il importe de bien prendre en compte que le déploiement des 180 000 haïtiano-québécois dans le tissu urbain du Québec ces quarante dernières années a contribué singulièrement, dans la Belle Province, à la réflexion sur la peste raciste et à une redéfinition contemporaine de la citoyenneté québécoise, une citoyenneté inclusive et polyglotte au creux de la langue française.

    Je dis également haut et fort que la dignité du peuple haïtien et celle des écrivains haïtiano-québécois ne saurait être trafiquée ni salie : ELLE NE SE MARCHANDE PAS, ELLE NE SE TROQUE NI SE CARNAVALISE SOUS LE VOILE INTÉGRISTE D’UNE PENSÉE D’EXTRÊME DROITE, celle de Jean-Marie Le Pen comme celle du nationalisme sclérosé d’Andrée Ferretti.

    Ultime précision : la romancière French Canadian aura-t-elle le courage intellectuel de répondre publiquement à ma « Lettre ouverte à Andrée Ferretti – NOTRE QUÉBEC À NOUS TOUS » ? L’avenir le dira…

    Robert Berrouët-Oriol
    Linguiste-terminologue, poète
    Site internet : http://www.berrouet-oriol.com

    __________

    —À propos de Robert Berrouët-Oriol :
    Dernières publications : « Poème du décours » (Éditions Triptyque, Montréal 2010), finaliste du Prix du Carbet et du Tout-Monde, a obtenu en France le Prix de poésie du Livre insulaire Ouessant 2010.

    Il est coordonnateur et coauteur de « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Éditions du Cidihca, Montréal, et Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2011).

    Sa nouvelle œuvre de fiction poétique, « Découdre le désastre suivi de L’île anaphore » est parue, à Montréal, en mars 2013 aux Éditions Triptyque. La Société des écrivains francophones d’Amérique, au Salon du livre de Montréal, a attribué le 23 novembre 2013 la “Mention d’excellence” à ce recueil.

  2. 2 Robert BERROUËT-ORIOL Le 21 décembre 2013 à 1h02

    Derechef.

    Je vous recommande l’excellent article suivant :

    PETIT OU GRAND QUEBEC ? NOUS ET LES AUTRES…, par Victor H. Ramos, président de la Confédération des associations latino-américaines de Québec.

    Texte accessible par le lien : http://www.berrouet-oriol.com/droit-de-parole/les-editos/petitougrandquebec

    Bien cordialement,

    Robert Berrouët-Oriol
    http://www.berrouet-oriol.com

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Cet article de 983 a été rédigé par Sylvain il y a 3 ans et 8 mois, le lundi 16 décembre 2013.

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