Le jeudi 18 juin 2009

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Le Monde selon Elvis Gratton: la réflexion derrière l’oeuvre

Invitation au lancement du livre Le Monde selon Elvis Gratton

Par RRQ

En ces temps de Fête nationale bilingue, rien de plus pertinent qu’un ouvrage sur le phénomène Elvis Gratton! Le Monde selon Elvis Gratton est une série d’entretiens entre l’écrivain René Boulanger et le cinéaste Pierre Falardeau visant à décortiquer l’oeuvre pour en montrer la signification souvent ignorée.

Le Monde selon Elvis Gratton, le nouveau-né des Éditions du Québécois, sera lancé le jeudi 18 juin 2009, à 17 h 00, à la maison Ludger-Duvernay.

Le Monde selon Elvis Gratton est une série d’entretiens entre l’écrivain René Boulanger et le cinéaste Pierre Falardeau (extrait plus bas). Selon les auteurs, dans l’œuvre de Falardeau, la série Elvis Gratton a autant d’intérêt artistique que les films dits sérieux du cinéaste. Pierre Falardeau revendique avec la même fierté ses films drôles et ses films dramatiques.

La série d’entretiens vise donc à décortiquer l’œuvre pour en montrer la signification souvent ignorée, mais aussi le processus d’élaboration, la réflexion derrière. Des influences aussi diverses que celles de Pasolini, Georges Orwell et même Pierre Perrault ont contribué à la gestation d’Elvis Gratton. Ce livre montre ainsi les couloirs souterrains de l’œuvre et nous fait voir ces films sous un autre jour. Ces films sont drôles, mais la démarche est sérieuse et même étonnamment lucide.

Malgré cela, la série de films de Pierre Falardeau avec le personnage d’Elvis Gratton a reçu plus que sa part de diatribes. De nulle à merdique, les vocables les plus méprisants ont été employés par une certaine critique au centre du pouvoir médiatique. Étrangement, la grossièreté du régime des commandites, incarnée par Elvis Gratton, devient, sous la plume de certains chroniqueurs, celle du cinéaste. Ce concert injurieux est longtemps resté sans réponse. Désormais, le public, les étudiants et les chercheurs auront cette série d’entretiens pour mieux scruter les replis d’une pensée qui se déploie sans complexes dans une expérience de la liberté peu commune. Pierre Falardeau est un humaniste révolutionnaire qui a construit une oeuvre de réflexion qui s’appelle Le Party, Octobre, 15 février 1839 ou Le Temps des Bouffons, mais qui s’appelle aussi Elvis Gratton.

René Boulanger est né en 1951 à Saint-Paulin. Écrivain, scénariste et chroniqueur au journal Le Québécois, il a publié les romans Rose Fenian (1993), Les feux de Yamachiche (1997) et Trois petits chats (2006), ainsi que l’essai La bataille de la mémoire (2007).

Pierre Falardeau est né en 1946 à Montréal. Écrivain, scénariste et réalisateur de cinéma québécois, il est également chroniqueur au journal Le Québécois. Au cours de sa carrière, il a publié de nombreux textes et lettres ouvertes, en plus de réaliser de nombreux films qui sont aujourd’hui des chefs-d’œuvre du cinéma québécois.

Date: Le jeudi 18 juin 2009
Lieu: Maison Ludger-Duvernay (82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal)
Heure: 17:00 à 19:00

Extrait sur la culture québécoise, l’anglais et l’aliénation

Pierre Falardeau (P): L’autre jour, y a un film qui a passé à la TV : Mambo Italiano…

René Boulanger (R): Ah! Remarque que je l’ai pas vu.

P: C’est un film fait par des Québécois. C’est une famille d’Italiens, c’est tourné en anglais avec « Ginet Reno ». J’avais lu des critiques qui disaient : « Ah! c’est l’fun! ». Je regarde ça puis ce que j’vois c’est Mambo Italiano traduit en français comme si c’était un film de merde de Saskatchewan. Traduit en français! T’écoutes ça, y a pas une phrase qui marche. C’est cheap. On se fabrique de la culture bilingue, pis on est content. Louis Bélanger, qui est quelqu’un que j’aime profondément, il a tourné son dernier film en anglais. Puis sans honte, sans s’excuser! Il dit : « C’est un livre extraordinaire de Trevor Ferguson. Ça s’fait en anglais ». Mais quand moi j’vais l’voir, j’vais voir la traduction en mauvais français. On est dans l’aliénation pas à peu près tabarnak, pas à peu près. Dans les années 1960, au moins, c’était la traduction de leurs affaires qu’on voyait. Là, on traduit nos propres affaires. On a baissé d’un cran…

R: Ah! sacrifice! plus que d’un cran…

P: …dans l’aliénation.

R: …c’est plus que baisser là.

P: Tu sais, quand, à un moment donné, Yann Martel est présenté comme un grand écrivain québécois… Mais qu’est-ce qu’il a de québécois? Il écrit en anglais. Il parle comme le fils à Pierre-Elliott Trudeau. C’est un Anglais. Il vit en Saskatchewan. Il écrit en anglais, puis il gagne des prix anglais. Mais prends Pierre Graveline, il met des poèmes de Leonard Cohen dans les plus grands poèmes québécois…

R: Tu vois, un gars comme Cohen, qui dans le fond est un grand artiste, normalement, quand tu regardes un peu tes racines, tu peux te dire : bon, t’es né au Québec dans une société colonisée, mais si t’as un sens de la justice le moindrement aiguisé, tu vas prendre fait et cause pour cette révolution-là. C’qui arrive pas souvent chez nos anglophones.

P: Tu vois, y a un gars qui écrivait en Ontario, un chum de Patrice Desbiens, qui avait un nom anglais. Lui, il publiait en français aux Éditions du Nouvel Ontario. Lui, il était toujours avec les Franco-Ontariens. Ça, tu peux considérer ça.

R: Comme Jim Corcoran, tu regardes son parcours, c’est exemplaire! Y a toute une réflexion derrière ça, une sensibilité. Puis y a une adhésion aussi. Il a reconnu quelque chose. On peut être en admiration devant un parcours comme ça. Si tu mets Jim Corcoran face à Simple Plan, qui font le chemin inverse…

P: Non, j’pense que le summum, c’est nos films faits en anglais par des Québécois et qu’on se traduit.

R: Puis qui vont être vus juste ici, en plus. Parce qu’ils essaient de pénétrer le marché américain, mais ça marche pas.

P: Les critiques dans Le Devoir, dans La Presse, ils ont présenté ça comme étant extraordinaire, puis c’est intégré dans la culture québécoise.

R: Donc, finalement, la culture c’est uniquement la réussite. Si tu réussis t’as du box office ou t’as du public…

P: Mais ça a même pas de box office! Tant qu’à ça, si on parle de box office, Gratton c’est des chefs-d’œuvre! Mais c’est pas ça qui disent…

R: Non, non, c’est pas ça qui disent.

P: Il me semble, y a quelques années, qu’on ait fait des mauvais films, c’est pas grave, c’est des films à côté de tout, mais que là, on fasse nos films en anglais pour se les traduire puis qu’on présente ça comme du cinéma québécois! Tant qu’à ça, si on recule dans les années 1970, quand t’avais des groupes comme les Baronets qui prenaient des chansons anglaises pis qui les traduisaient en français. Alors que là, nos Baronets, ils composent directement en anglais. Même Gratton aurait pas pensé à autant de débilité que ça.

R: Quand tu dis que la réalité dépasse la fiction…

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Cet article de 1,054 a été rédigé par Réseau de Résistance du Québécois il y a 11 ans et 4 mois, le jeudi 18 juin 2009.

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