Le dimanche 9 septembre 2012

QuébecPolitique

Pas l’temps de niaiser, pour vrai

Le courage croît en osant et la peur en hésitant. - Proverbe Romain

Actualités ]

Par Sylvain

Il m’est d’avis qu’il serait de loin préférable d’expliquer pourquoi il faut faire du Québec un pays. Par exemple, d’expliquer que tant et aussi longtemps que le Québec ne sera pas un pays, on va se faire brandir la Charte par les anglos-canadiens qui sont ici dans la Province of Quebec, puis les nouveaux arrivants qui parlent déjà anglais, en plus de leur langue maternelle, n’auront aucun réel incitatif à s’intégrer au Québec. Pour eux, objectivement, s’intégrer à la majorité, c’est de s’intégrer au Canada, où on y parle majoritairement anglais. On ne peut pas faire comme si le Québec était un pays et arranger la province avec de la broche. Il faut cesser d’hésiter.

Faire «comme si», comme dans gouvernance souverainiste. Pas certain. Faisons comme si le Québec était un pays.

Faire dans le «broche-à-foin», comme dans pousser une charte de la laïcité, mais garder le crucifix à l’Assemblée nationale.

Lancer un double message, comme dans promouvoir l’anglais intensif en sixième année et vouloir empêcher les francophones d’aller au Cégep en anglais. On s’y perd.

À ce sujet, une nouvelle loi 101, plus «sévère», c’est une erreur monumentale.

Suite à l’attentat terroriste de mardi dernier, on a dit que les responsables pourraient se trouver, peut-être, dans les médias anglophones. Possible. Toutefois, il faut remettre les choses en perspective.

La plupart des anglophones de la fameuse «communauté anglophone» de Montréal, ceux qui sont là depuis des générations, des décennies,  parlent aussi français.  On ne les entends pas souvent, puisqu’ils ont leur vie, plutôt anglo-montréalaise penchant beaucoup plus vers CBC que vers Radio-Canada ou plus vers CTV que TVA. Pour eux, leur pays, pour la majorité, c’est le Canada. Montréal, c’est leur province. Plusieurs croient au Canada bilingue de Trudeau.

Il y a aussi des Canadiens anglais, qui ne sont pas nés au Québec, mais qui ont décidé de vivre à Montréal, pour le travail ou autres raisons. L’amour peut-être, car ils aiment eux aussi, j’en suis convaincu. Peut-être aussi parce que leur famille et amis ne pouvaient plus les endurer. Bref, il y a une multitude de raisons. Il y en a aussi qui veulent réellement apprendre le français.

Mais eux, ces anglos-canadiens qui ne sont Québécois que parce qu’ils vivent au Québec depuis plus de six mois, ne veulent pas tous apprendre le français. Eux, ils sont canadiens, dans la Province of Quebec. Et la dernière chose dont ils veulent avoir l’impression, c’est    d’être des immigrants dans leur propre pays. Quand ils lisent dans les médias anglais qu’une première ministre d’une province de leur Canada coast to coast veut leur faire sentir comme s’ils étaient des immigrants dans leur pays, il est fort possible que ces anglos-canadiens pètent les plombs.

Exemple crédible de «pétage de plomb»

Et pour péter les plombs, quoi de mieux que de les péter avec d’autres immigrants qui n’ont pas encore eu le temps d’apprendre le français:

L’anglo-canadien: Fuck, Pauline is not going to make me speak French.

L’immigrant: Oh yeah. I’m learning French. But I could speak English before I arrived in Quebec. It’s hard, but it looks like most of the people speak French in Quebec.

L’anglo-canadien: Man, they are all racists in Quebec. Xenophobic. They will make you feel like you are an immigrant. You arrived in Canada. Quebec, it’s just a province.

L’immigrant: Yeah. I guess. I am an immigrant, I will feel that way for a while.

L’anglo-canadien: Yes, but with those bastards, you will always be an immigrant. I come from Toronto, I was born in Canada, and here they make me feel like if I were an immigrant. Pauline Mawois is a racist pig. She can’t even speak English, and she is Canadian.

L’immigrant: Hum. Sounds like I better stick to English. Why should I learn French anyway.

L’anglo-canadien: Yes, now you understand. And if you have problem with them, remind them they voted NO twice in 1980 and 1995. And above all, you need to google “Canadian Charter of Rights and Freedoms1”. This is going to help you a lot. Do not hesitate to wave it, eh!

L’immigrant: Thank you.

Voilà un exemple de ce qui peut se passer à Montréal.

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles du Canada, ne croit pas « que le français soit en déclin au Québec, notant qu’il est impossible d’accueillir 45 000 nouveaux arrivants chaque année sans s’attendre à ce que le pourcentage d’individus qui utilisent le français comme langue primaire diminue.2 »

En fait, oui, il y a déclin. D’un côté, les Québécois, francophones, n’ont pas abandonné le français. Enfin, il y en a sûrement, mais pas tous. Imaginez, même le personnage Elvis Gratton n’avait pas abandonné le français. Ceci dit, s’il y a déclin, comme le note Graham Fraser sans toutefois s’en rendre compte, c’est parce que trop d’immigrants vont malheureusement se joindre au Canada multiculturel. Il y a déclin certain statistiquement parlant.

Mais peut-on en vouloir aux immigrants, eux qui arrivent au Canada?

Ne croyez-vous pas que si le Québec était déjà un pays, «l’anglo-canadien» ne pourrait pas le mettre, l’immigrant, dans son Canada aussi facilement? Il ne pourrait pas manipuler aussi facilement dans son «pétage de coche».

Personnellement, comme je le disais en début de texte, je ne crois pas que de faire «comme si», d’envoyer des messages contradictoires et de vouloir renforcer la loi 101 seulement pour tenter de diminuer le supposé pouvoir de la Charte sur le Québec va être constructif. Dans un certain sens, ça ne fait que donner des munitions aux psychopathes et aux réels racistes.

Il m’est d’avis qu’il serait de loin préférable d’expliquer pourquoi il faut faire du Québec un pays. Par exemple, d’expliquer que tant et aussi longtemps que le Québec ne sera pas un pays, on va se faire brandir la Charte par les anglos-canadiens qui sont ici dans la Province of Quebec, puis les nouveaux arrivants qui parlent déjà anglais, en plus de leur langue maternelle, n’auront aucun réel incitatif à s’intégrer au Québec. Pour eux, objectivement, s’intégrer à la majorité, c’est de s’intégrer au Canada, où on y parle majoritairement anglais. On ne peut pas faire comme si le Québec était un pays et arranger la province avec de la broche. Il faut cesser d’hésiter.

Le Canada n’est pas bilingue

Votre premier ministre canadien actuel, Stephen Harper, ne croit pas au bilinguisme du Canada. Pour lui, le Québec est francophone et le reste du Canada est anglophone. Pour preuve, voilà ce qu’il déclarait dans un discours3 en 1997:

Let me just make a comment on language, which is so important in this country. I want to disabuse you of mis-impressions you may have. If you’ve read any of the official propagandas, you’ve come over the border and entered a bilingual country. In this particular city, Montreal, you may well get that impression. But this city is extremely atypical of this country.While it is a French-speaking city — largely — it has an enormous English-speaking minority and a large number of what are called ethnics: they who are largely immigrant communities, but who politically and culturally tend to identify with the English community. This is unusual, because the rest of the province of Quebec is, by and large, almost entirely French-speaking. The English minority present here in Montreal is quite exceptional.Furthermore, the fact that this province is largely French-speaking, except for Montreal, is quite exceptional with regard to the rest of the country. Outside of Quebec, the total population of francophones, depending on how you measure it, is only three to five per cent of the population. The rest of Canada is English speaking.

Ainsi, voici un argument économique de taille. Pourquoi payer des millions par année en traduction et en interprétation alors que dans les faits, le Canada n’est pas réellement bilingue? Il n’y a pas que Stephen Harper qui croit que le Canada n’est pas bilingue, il y a des millions de Canadiens qui s’en rendent compte, chaque jour, que ce soit à Toronto, à Hamilton, à Calgary ou encore à Vancouver. En fait, à Vancouver, les gens se demandent même si ce n’est pas le cantonnais ou le mandarin la deuxième langue du Canada, avant le français.

Plutôt que de tenter de récupérer des pouvoirs d’Ottawa, pourquoi ne pas expliquer clairement à la population du Québec les raisons économiques de faire un pays. Par exemple, tout le monde comprend que de faire deux rapports d’impôts est un dédoublement et entraîne donc des coûts exorbitants chaque année, aux alentours de 500 millions de dollars annuellement. C’est de l’hésitation que de demander à Ottawa d’en faire qu’un, alors qu’il pourrait bien nous répondre que si on n’en veut qu’un, il faudrait le faire au niveau fédéral seulement. On veut se sortir de tutelle, pas s’attacher davantage.

Pas l’temps de niaiser, sortons-nous la tête du sable, et parlons vrai à la population. La peur augmente dans l’hésitation.

  1. Charte canadienne des droits et libertés []
  2. Le commissaire aux langues officielles garde un oeil sur le PQ []
  3. Canada through Stephen Harper’s Eyes []

Un commentaire à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Paul Gutman Le 10 septembre 2012 à 7h57

    Que dire de plus?

Ajoutez un commentaire

Il est suggéré de s'enregistrer. Si c'est déjà fait, connectez-vous pour écrire avec votre compte.

Merci de vérifier votre orthographe avant de publier votre commentaire.

Annoncez ici

Abonnement au site

Pour recevoir quotidiennement les nouvelles d'AmériQuébec, abonnez-vous au flux RSS
ou inscrivez votre courriel ci-dessous!

À propos de l'auteur de cet article

Articles rédigés: 346 articles

Afficher le profil complet

Québec Web Express

Fiche de l'article

Cet article de 1,341 a été rédigé par Sylvain il y a 6 ans et 9 mois, le dimanche 9 septembre 2012.

Il y a un commentaire suite à cet article. Vous pouvez aussi suivre le fil des commentaires.

Cet article est catégorisé sous Québec, Politique.

Les mots clés associés à celui-ci sont , , , , , , .

Autres articles publiés à pareille date

Voici la liste des articles qui ont été publiés à pareille date lors des années précédentes.

2010: Fermeture des postes frontaliers « À l'heure où il faut continuellement rassurer nos voisins américains du sérieux des mesures de sécurité canadiennes de façon [...]

2010: La collusion de l’église et de l’état Dans la nature certains animaux coopèrent en s’échangeant des services. Il en va de même en société. Prenons un exemple [...]

2009: Moulin à paroles: La Presse mandatée pour salir l’événement à tout prix! Depuis quelques jours, qui n'a pas entendu parler du grand événement qui se déroulera en fin de semaine sur les [...]

2009: Des transports s’organisent pour assister au Moulin à paroles Dans un esprit rassembleur, citoyen et communautaire, des artistes et gens de parole proposent un hommage aux gens d’ici et [...]

2009: Vous ne pourrez plus acheter du chocolat de la même façon! À travers une animation web décapante, Équiterre dévoile les différences entre le chocolat conventionnel et le chocolat équitable. Dans sa [...]

Sondage

Aucun sondage actuellement.

Archives des sondages