Le mercredi 4 mai 2016

QuébecPolitique

Jane Jacobs et l’indépendance du Québec

Par AmériQuébec

Alors que Jane Jacobs est mise à l’honneur sur la page d’accueil de Google, c’est l’occasion de découvrir cette Urbaniste. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est son analyse de Montréal, sa vision du Québec et la question de l’indépendance du Québec.

J’ai découvert dernièrement, par pur hasard en naviguant sur l’Internet, un document fort intéressant: The Question of Separatism: Quebec and the Struggle over Sovereignty. Ce document, qui est en fait un livre assez rare puisqu’il n’a jamais été réédité depuis la première publication, est celui de Jane Jacobs.

Qui est Jane Jacobs?

Jane Jacobs est une Américaine née le 4 mai 1916 à Scranton, Pennsylvanie et est décédée le 25 avril 2006 à Toronto, où elle y a vécu de 1968 jusqu’à sa mort. Elle était une auteure, une activiste et une philosophe de l’architecture et de l’urbanisme. Ses théories ont sensiblement modifié l’urbanisme nord-américain.  Elle a passé son existence à étudier l’urbanisme.

Ses études sont basées sur l’observation: elle commença par observer les villes, reporter ce qu’elle observe, puis créa des théories pour décrire ses observations. Par contre, ce qui m’intéresse particulièrement de cette urbaniste, c’est son analyse de Montréal, sa vision du Québec et la question de l’indépendance du Québec.

La question du séparatisme:  le Québec et la  lutte pour sa souveraineté

Vous pouvez lire ce livre dans son intégralité ici. Je viens de terminer de le lire et, ma foi, ce que je retiens, c’est à quel point la plupart des arguments forts en faveur de l’indépendance du Québec y sont compilés… en anglais… par une Américaine ayant vécu une partie de sa vie à Toronto.

Assez surprenant, quelques unes des idées présentent dans le livre n’ont peut-être pas encore été mises sur la table par le Parti Québécois lui-même. Par exemple, Jacobs compare le Québec à la Norvège et le Canada à la Suède. Elle explique de quelle façon la Norvège s’est pacifiquement séparée de la Suède voilà un peu plus d’un siècle, ce qui a pour effet de relativiser les peurs de vouloir se donner un pays. En comparant le Québec à la Norvège, il devient clair que les avantages de la souveraineté de la nation québécoise seraient beaucoup plus nombreux que de rester au sein du Canada. Bref, ça donne envie de le faire dès maintenant.

Mon impression générale de ce livre est que même le Québécois le plus réticent à faire l’indépendance du Québec serait soumis à la tentation de remettre l’unité canadienne en question et de changer son fusil d’épaule. Ce n’est qu’une impression, bien sûr, mais certainement partagée par d’autres, comme un certain Joseph Baker:

Commentant le livre de Jane Jacobs sur la souveraineté du Québec, l’architecte Joseph Baker a écrit dans The Gazette le 22 mars 1980: « Si j’étais René Lévesque, j’achèterais tous les exemplaires du livre de Jane Jacobs et je le distribuerais gratuitement à l’ouest du boulevard Saint-Laurent. Aussi, je le traduirais et je retirerais le livre blanc.» C’était deux mois avant le référendum de 1980.1

Qu’est-ce que le Livre blanc?

Le 23 février 1979, l’exécutif national du PQ rendait public son manifeste « D’égal à égal » ainsi que ses propositions sur la souveraineté-association. Celles-ci furent discutées et modifiées au congrès du parti, en juin 1979. Dans le Livre blanc, les dirigeants du Parti québécois (PQ) tentent de mettre en contexte la démarche qu’ils s’apprêtent à soumettre à l’électorat québécois: « Nous voici tous, Québécois et Québécoise, arrivés à un moment décisif, à un carrefour. Après des années de discussions, de crises constitutionnelles, d’enquêtes et de rapports, le temps est venu de choisir librement, démocratiquement (…) Le gouvernement du Québec a acquis la conviction que notre épanouissement, comme peuple exige la transformation du fédéralisme actuel en une nouvelle association, au sein de laquelle le Québec, dans le cadre d’une union économique et monétaire, jouirait, tout comme le Canada, de tous les pouvoirs d’un pays souverain. (…) »2

Vous vous imaginez, Joseph Baker, un Québécois d’origines anglophones voyait dans le livre de Jane Jacobs un argumentaire encore plus persuasif en faveur de la souveraineté que le Livre blanc du Parti québécois. À quand une traduction de ce livre et une réédition? Avez-vous commencé à lire le livre ou bien vous êtes toujours en train de me lire?

Plutôt que de résumer le livre, je vais seulement vous partager un  extrait afin de vous donner l’eau à la bouche. Gardez à l’esprit que ce livre a été publié en 1980.

That is why the issue of sovereignty for Quebec, now that it has been raised anew as a possibility, is not going to evaporate. Inevitably, whether or not they could do better on their own, the Quebecois are going to think they could, and many of them are going to want to try. We may expect the question of separation to be raised again and again in coming years until it is finally settled either when Canada accedes to some form of sovereignty for Quebec or when the Quebecois accept the decline of Montreal and become resigned to it and to its repercussions.3

Traduction du passage en français

C’est pourquoi la question de la souveraineté pour le Québec, maintenant que l’idée a pris forme de nouveau, ne va pas s’évaporer. Inévitablement, peu importe qu’ils puissent faire mieux ou pire en étant indépendants, les Québécois vont penser qu’ils feraient mieux en ayant leur propre pays, et plusieurs d’entre eux vont vouloir tenter d’y parvenir. La question de l’indépendance sera possiblement débattue encore et toujours au courant des prochaines années jusqu’au moment où le Canada accepte de léguer davantage de souveraineté au Québec ou bien lorsque les Québécois accepteront d’abandonner Montréal en déclin et se résigneront à vivre avec toutes les conséquences.

C’était au début des années 1980. Trente ans plus tard, il semble que plusieurs Québécois sont en train de laisser tomber Montréal et il ne sont pas plus souverain qu’en 1980. Pire, ils n’ont même pas signé la nouvelle Constitution de 1982. De plus, Montréal n’a même plus de bourse. Encore plus décourageant, beaucoup de Québécois se sont donnés à Ottawa comme une prostituée sans aucune confiance en soi et en manque d’héroïne s’offre à son pusher pour avoir sa petite dose.  L’heure est grave. Jacobs écrivait aussi:

If Quebec remains a province indefinitely and Montreal declines into a typical Canadian regional city, Quebec will become a serious financial burden on the breadwinning provinces.4
Traduction du passage en français
Si le Québec demeure une province indéfinimment et que la Ville de Montréal part en déclin pour devenir qu’une simple ville typique du Canada, le Québec deviendra un fardeau financier pour les autres provinces qui elles apporteront davantage d’eau au moulin.

Sommes-nous rendus là? Je crois que oui, alors que le gouvernement fédéral minoritaire du moment gouverne comme si le Québec n’existait pas. Aux prochaines élections fédérales, le reste du Canada va aller aux urnes en se contre-fichant du Québec.

Le Québec s’est fait dire qu’il était une nation un peu comme si on disait à une pute sans papiers accroc à l’héroïne qu’elle est belle et qu’on l’aime, juste par empathie. Chaque fois que Gesca et ses journalistes écrivent qu’il n’y a pas de problème avec Montréal, que le français est fort au Québec et que sans Ottawa, la nation québécoise ne pourrait pas survivre, rappelez-vous ma comparaison précédente, car c’est exactement comme ça que les Québécois sont traités par les fédéralistes: des sans papiers qu’on endure et qu’on prétend respecter.

Robin Philpot, un autre anglophone plus souverainiste que bien des Québécois de souche, écrivait ceci en 2006 dans un article du Devoir:

Dans The Question Of Separatism – Quebec And The Struggle Over Sovereignty Association, Mme Jacobs affirme que la prospérité et l’essor de Montréal passent nécessairement par la souveraineté du Québec. Sans cette souveraineté politique, Montréal perdrait son rôle de métropole et serait appelé à devenir un satellite de Toronto, son économie étant inféodée à celle d’une «métropole canadienne». Tout le Québec en serait perdant. Montréal jouerait le même rôle par rapport à Toronto que Lyon pour Paris, Glasgow pour Londres, Melbourne pour Sydney, bref, une ville qui reçoit la portion congrue que veut bien lui accorder la grande ville métropolitaine.1

Une « portion congrue », en d’autres mots, des petites doses de méthadone et des « on t’aime pis t’es belle ». Pourquoi croyez-vous que l’année 2009 au Québec a été celle de la collusion et du copinage au Québec, à Montréal en particulier? Pour moi c’est clair, les fédéralistes québécois, plusieurs entreprises et certains bureaucrates n’ont plus aucun respect pour la population québécoise.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que l’année 2010 voit le retour en force de la confiance en soi, le désir de se faire respecter et une ferveur souverainiste sans précédent. Tous les Québécois doivent se réveiller, car il est minuit moins cinq.

Suggestions de lecture

  1. Voir L’heure du choix entre la souveraineté du Québec ou le déclin de Montréal! dans Le Devoir [] []
  2. Voir Publication du Livre blanc sur le projet de souveraineté-association dans la section Bilan du siècle du site internet de l’Université de Sherbrooke []
  3. Voir la page 20 du livre The Question of Separatism: Quebec and the Struggle over Sovereignty de Jane Jacobs []
  4. Ibid. P. 86 []

Mots clés: Politique, Québec,

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Cet article de 1531 a été rédigé par AmériQuébec il y a 9 mois et 24 jours, le mercredi 4 mai 2016.

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