Le lundi 30 mai 2011

QuébecPolitique

L’insondable profondeur du vide

Se profile désormais une nouvelle menace, celle d'une ultime tentative de sauver la fédération

L'indépendance du Québec ]

Par Richard Le Hir

Le PQ, solidaire à 93,08 % de Pauline Marois, risque la plus grande dégelée de son histoire aux prochaines élections s’il ne parvient pas très rapidement à regagner la confiance de ses alliés naturels et des Québécois. La leçon de la déconfiture du Bloc Québécois est on ne peut plus claire à ce sujet.

Six semaines après un congrès où Pauline Marois a vu son leadership plébiscité par 93,08 % des membres, le PQ est en panne. Cherchez-le, il est nulle part. Excusez-moi, j’allais oublier, il est à Québec, happé par le vortex qu’a su créer le maire Labeaume autour de son projet de Colisée nouveau. Je ne m’avancerai pas sur la question de savoir s’il s’agit d’un enjeu majeur pour la région de Québec, je laisse ça aux gens de Québec. Mais ce n’est pas un enjeu majeur pour le Québec tout entier, loin de là.

Constituent des enjeux majeurs pour le Québec l’intégrité du fonctionnement de l’appareil étatique telle qu’elle est mise en doute par le détournement de son action au profit de pouvoirs plus ou moins occultes et la dépossession qui en résulte, le démantèlement sournois des acquis de la révolution tranquille, le contrôle des Québécois sur le développement de leurs richesses naturelles, le maintien du contrat social tel qu’il s’incarne dans nos systèmes de santé et d’éducation, la suprématie du bien commun sur l’intérêt individuel, et sa capacité d’autodétermination pour choisir librement son avenir.

Sur ces enjeux majeurs, que ce soit en raison d’un excès de confiance inspiré par le succès de son congrès, ou qu’il ait été figé de stupeur devant les résultats de l’élection fédérale du 2 mai dernier, le PQ a été étrangement silencieux et passif ces dernières semaines. Aucune critique du régime digne de ce que réclame pourtant la gravité de la situation. Pas même quelques paroles pour rassurer les troupes. On se souvient pourtant des mots qu’avait su trouver René Lévesque, au soir du référendum de 1980 et d’une défaite crève-coeur, pour relancer immédiatement l’espoir. Mais Lévesque, malgré tous ses défauts, était un vrai leader.

Tous les indépendantistes, quoiqu’ils puissent penser du PQ et de son chef, doivent avoir à coeur le succès du PQ, car il est encore, pour le moment, leur meilleur espoir pour enfin débarrasser le Québec de Jean Charest et de sa clique de vampires qui lui sucent le sang goutte à goutte pour mieux l’affaiblir. Et tous les indépendantistes ne demanderaient pas mieux que de pouvoir se rallier au leadership de Pauline Marois s’ils pensaient pouvoir lui faire confiance.

Hélas, cette confiance n’est pas là, et les indépendantistes ne semblent pas les seuls à manifester des réserves devant son leadership si l’on en juge par les sondages, malgré toutes les réserves qu’ils peuvent inspirer. Alors le PQ, solidaire à 93,08% de Pauline Marois, risque la plus grande dégelée de son histoire aux prochaines élections s’il ne parvient pas très rapidement à regagner la confiance de ses alliés naturels et des Québécois. La leçon de la déconfiture du Bloc Québécois est on ne peut plus claire à ce sujet.

Cela et le fait qu’une vingtaine d’organismes indépendantistes soient parvenus à surmonter leurs différences et leurs divergences (et Dieu sait à quel point nos réflexes peuvent être gaulois) pour constituer le réseau Cap sur l’indépendance devrait pourtant servir au PQ et à Pauline Marois de signal qu’ils n’ont plus le monopole ni du discours ni de la stratégie indépendantistes et qu’ils risquent très rapidement de se faire voler leur marque de commerce et leur clientèle naturelle s’ils ne précisent pas très rapidement à quelle enseigne ils logent. Comme on vient de le voir au fédéral, lorsque le vent se met à souffler au Québec, il souffle très fort.

Devant l’imminence d’une tempête, la sagesse commande de consolider tout ce qui peut être emporté par le premier coup de vent, et le PQ et Pauline Marois ont beaucoup de consolidation à faire. Je leur souhaite sincèrement, sans la moindre arrière-pensée, de réussir, d’autant plus que se profile désormais une nouvelle menace, celle d’une ultime tentative de sauver la fédération.

En effet, comme par hasard (!), paraissent dernièrement les résultats d’un sondage dans le Globe and Mail et Le Devoir nous apprenant qu’une forte majorité (en démocratie, 58 %, c’est une forte majorité) de Canadiens sont désormais « disposés à amender certains éléments de la Constitution pour obtenir sa ratification par le Québec. De ce nombre, 66 % sont Québécois et 55 % sont des Canadiens habitant ailleurs au pays. »

Devant la réapparition du risque de sécession du Québec, quelqu’un (ce n’est pas indiqué qui, mais on s’en doute) ressort du placard où l’on croyait l’avoir enfermé en jetant la clé du mirage pour certains et le spectre pour d’autres du fédéralisme renouvelé! Au véritable espoir de l’indépendance, on tente encore une fois d’opposer l’espoir bidon de l’accommodement, question de gagner encore du temps (on connaît la durée d’un cycle de pourparlers constitutionnels) et de compter sur les tendances démographiques pour venir à bout de notre résistance.

Les indépendantistes voient tout de suite le piège et connaissent l’enfermement auquel les condamne l’acceptation d’une main tendue aussi peu désintéressée. Reste à savoir ce qu’en diront Pauline Marois et le PQ. Bizarre tout de même comme ce rameau d’olivier fait l’affaire du « nouveau » parti en voie de création pour remplacer le PLQ que même ses partisans savent fini. Tellement bizarre même que c’en est éminemment suspect. C’est plutôt de la grande stratégie, de la très grande stratégie, dont les Québécois risquent encore une fois de faire les frais.

Timeo Danaos et dona ferentes.1

  1.  « Je crains les Grecs, même quand ils apportent des cadeaux », un vers du poète romain Virgile qu’on emploie pour signifier qu’il y a des gens à qui l’on ne peut faire confiance, en référence au cheval que les Grecs avaient offert aux Troyens (le Cheval de Troie). []

6 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Mathieu Bouchard Le 30 mai 2011 à 19h28

    Vous écrivez 98,3 % puis vous écrivez 93,08 % pour la même chose quelques lignes plus bas. Quel est le bon nombre ?

  2. 2 Jean-Pierre Plourde Le 30 mai 2011 à 20h32

    Un projet comme le monorail pourrait avoir un immense effet psychologique sur le besoin des Québécois de s’unir et de travailler ensemble.

    Il m’est apparu très farfelu de la part de Mme Marois d’approuver le projet du stade Labeaume. On a pas besoin d’un autre stade olympique ni d’un autre Mirabel.
    Mme Marois ne semble pas faire la différence entre un investissement et une dépense. Le monorail est un investissement rentable alors que le stade est carrément une dépense qui ne crée pas de nouvelle richesses.

    La seule façon de faire survivre le stade Labeaume, c’est de construire le monorail qui donnerait à Québec une population d’environ 3 millions de personnes à moins d’une heure du stade.

    Le tramway du maire est une dépense impossible à rentabiliser. Le monorail lui serait un investissement pour la Ville de Québec, pourquoi?

    1. Le tramway utilise les infrastructures routières existantes alors que le monorail ajoute aux infrastructures sans nuire à celles déjà en place.
    2. Le tramway du maire sera bloqué par le trafic, la neige, la pluie et le verglas alors que le monorail circulera en respectant ses horaires sans déranger la circulation.
    3. En ajoutant à l’infrastructure routière de Québec le monorail devient un investissement par la réduction du trafic urbain qu’il va généré par sa fiabilité. Le tramway bloqué dans le trafic, risque d’être boudé par les citoyens pour son manque de régularité
    4. Si le maire choisit le monorail au lieu du Tramway, la ville pourra louer des navettes additionnelles
    à Trensquebec en haute saison estivale pour recevoir les gens des croisières par exemple et faire des profits avec le tour de Ville. Le visiteur sera assuré d’être de retour avant le départ de son bateau.
    5. S’il ne respecte pas ses horaires, le tramway du maire sera boudé des citoyens et on aura gaspillé des ressources encore une autre fois.

    L’effet social d’unification des citoyens que créera le monorail ne fait aucun doute.

    PS. On doit empêcher un TGV Québec-Montréal, il coupe le territoire en deux et il coûte trois fois plus que le monorail.
    Avec quelques pouce de neige au sol, le TGV est très ralenti, voir arrêté alors que le monorail circule même en cas de verglas.

    SVP. faites signer la pétition pour favoriser la construction du monorail et faites là circuler.

    Voir: http://www.ameriquebec.net/actualites/2011/05/19/trensquebec-un-monorail-revolutionnaire-base-sur-le-moteur-roue-6209.qc

    On ne cache pas son orientation, on la défend. Mme Marois et le parti Québécois sont inconsistants, la population le sent, je suis en accord avec vous M. Le Hir.

    Merci d’être là

    Jean-Pierre Plourde.
    http://saglacweb.blogspot.com

  3. 3 Dave Le 31 mai 2011 à 0h10

    Bonjour Mathieu,
    Il s’agit sans doute d’une erreur de frappe. Le véritable chiffre, après vérification, est bel et bien 93,08%. La correction a été effectuée dans le texte. Désolé de la confusion!

  4. 4 Mathieu Bouchard Le 31 mai 2011 à 0h33

    @ Dave : bravo, car pour une erreur du même ordre, du même auteur, sur vigile.net, on a bloqué deux fois mon commentaire, on m’a pas écrit, et on a pas corrigé l’erreur ! j’ai tellement pas compris !

  5. 5 Jean Paul Tellier Le 1 juin 2011 à 13h51

    L’autre choix ; avec l’Alliance démocratique du Québec (ADQ),la gang Legault.

    Il est temps de mettre des efforts à enrayer la spirale de l’endettement public.Toutes les redevances sur les ressources naturelles doivent être consacrer au remboursement de la dette.

    Faire de l’économie québécoise une économie de propriétaires plutôt qu’une économie de succursales.

    Il est temps de replacer la mission de favoriser le développement économique du Québec au cœur des objectifs de la Caisse de dépôt, au même titre que la mission du rendement.

    Les fonds fiscalisés de la FTQ, de la CSN et Desjardins doivent jouer un plus grand rôle dans la commercialisation à l’étranger des produits québécois, en échange des crédits d’impôt dont ils bénéficient.

    Faire acheter les terres agricoles abandonnées,en faillite par des institutions financières, qui les loueraient ensuite aux agriculteurs.

    Augmentater le taux d’exonération sur les gains en capital pour des actions d’entreprises québécoises détenues pendant plus de six ans.

    L’objectif est de faire en sorte que le Québec ait le contrôle de son économie. Le capitalisme d’État,c’est bon pour le Québec.

    Les Québécois ne pourront jamais récolter la majeure partie des bénéfices de l’exploitation de leurs ressources naturelles si nous nous contentons de collecter des droits d’exploration et des redevances.

    On n’a pas besoin d’être indépendantiste pour être nationaliste.

    Site internet ; http://www.coalitionavenir.org/

  6. 6 Jean Paul Tellier Le 12 juin 2011 à 19h58

    Les Québécois veulent Legault,juin 2011.

    http://www.ledevoir.com/images_galerie/d_92780_77786/image.jpg

    http://ygreck.typepad.com/.a/6a00d8341c5dd653ef01538f187b39970b-800wi

    http://www.ledevoir.com/images_galerie/1_77825/la-nouvelle-saveur-de-l-ete.jpg

    Si la Coalition pour l’avenir du Québec de François Legault se métamorphosait en formation politique, elle figurerait au premier rang des intentions de vote, révèle un nouveau sondage Léger Marketing-Le Devoir,. effectué du 6 au 8 juin 2011, auprès de 1004 personnes âgées de 18 ans ou plus.

    La Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ) récolte 33 % .
    Le Parti québécois (PQ) 21 % .
    Le Parti libéral du Québec (PLQ) 20 % .
    L’Action démocratique du Québec (ADQ) 11 % .
    Québec solidaire (QS) 9 % .
    Le Parti vert du Québec (PVQ) 3 % .

    Un parti politique né de la fusion de l’ADQ et de la CAQ, ayant à sa tête François Legault, recueillerait 41 % des votes.C’est deux fois plus que le PQ et le PLQ, qui obtiendraient chacun 21 % des votes.C’est le plus populaire des polticiens.Il adopte une approche positive en présentant des solutions concrètes,alors que les autres politiciens ont davantage des approches négatives.

    Selon le président de Léger Marketing,un Big Bang politique pourrait se produire dans la province de Québec comme celui du 2 mai 2011 au fédéral avec le NPD.

    Le PQ de Pauline Marois serait pratiquement rayé de la carte. Le PLQ, lui, ne conserverait que ses fiefs, situés pour la plupart dans l’Ouest-de-l’Île à Montréal.

    Les électeurs en ont marre des politiciens professionnels,péquistes et libéraux. Ce qu’ils veulent, c’est un changement profond de la gouvernance provinciale,de la manière de faire de la politique au Québec.

    C’est François Legault qui incarne actuellement le changement au Québec. C’est le seul qui apporte de la nouveauté dans le débat actuel.

    Charest bat des records d’impopularité. Le taux d’insatisfaction du gouvernement libéral s’élève à 70 %.Ça fait très longtemps que c’est comme ça.Il ne peut pas aller en élections anticipées à l’automne 2011.Ce serait un suicide assisté pour le PLQ.

    Sans la présence de Legault dans la campagne électorale,le PQ-Marois pourrait être un gouvernement majoritaire provincial grâce à un grand appui des francophones.

    Les troupes de Jean Charest et de Pauline Marois recueillent toutes deux 30 % des intentions de vote. De son côté, l’ADQ récolte 17 % des intentions de vote, QS 11 % et le PVQ, 6 %.

    La chef péquiste pourrait compter sur 37 % des francophones, tandis que ses rivaux libéral, adéquiste et solidaire pourraient se fier respectivement sur 21 %, 18 % et 13 % d’entre eux.

    Source ; Marco Bélair-Cirino,Le Devoir,11/6/2011

    Pas de dilem.Un choix clair.Oui pour un bon gouvernement provincial,oui au fédéralisme.Non pour un pays Québec,non à l’indépendance.

    Pas « d’insondable profondeur du vide ».

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Richard Le Hir
Article original: Vigile.net - Richard Le Hir

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Profil: Avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95)

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Cet article de 920 a été rédigé par Richard Le Hir il y a 6 ans et 4 mois, le lundi 30 mai 2011.

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