Le Lundi 8 mars 2010

EnvironnementQuébec

La CCSN demande l’abandon de l’uranium naturel dans les réacteurs CANDU

Pour améliorer la sécurité de nos centrales nucléaires

Par Gilles Provost

Pour restaurer la sécurité défaillante des centrales nucléaires canadiennes, la CCSN exige que tous les exploitants de centrales CANDU se préparent à changer de combustible nucléaire. L’objectif est simple: éliminer tout risque d’emballement des réacteurs lors d’une perte de réfrigérant majeure.

Pour restaurer la sécurité défaillante des centrales nucléaires canadiennes, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) exige que tous les exploitants de centrales CANDU se préparent à changer de combustible nucléaire. Ils devront remplacer leur combustible à base d’uranium naturel par les nouvelles “grappes LVRF” (Low Void Reactivity Fuel) fabriquées avec de l’uranium légèrement enrichi.

Les plans d’introduction du nouveau combustible doivent parvenir à la CCSN dans quelques jours, avant le premier avril 2010. L’objectif est simple: éliminer tout risque d’emballement des réacteurs lors d’une perte de réfrigérant majeure, un gros LOCA (Loss Of Cooling Accident). C’est le genre d’accident qui avait détruit le réacteur de Tchernobyl en 1986.

Cette information est tirée d’un dossier confidentiel de la CCSN qui nous a été refilé au lendemain de la diffusion de notre reportage sur la réfection des centrales de Gentilly et Pointe Lepreau, en novembre à l’émission Découverte.

En 300 pages, une vingtaine d’experts de la Commission et de l’industrie y font le bilan du débat qui se poursuit discrètement au Canada depuis qu’on a confirmé, en 1999, que nos réacteurs CANDU sont plus dangereux qu’on ne le croyait. Malgré nos demandes répétées, la CCSN se refuse à tout autre commentaire.

Infraction à des règles de sécurité fondamentales

Le document constate qu’il y a des situations où les CANDU ne respectent pas les normes de sécurité fondamentales qui avaient encadré leur conception. Par exemple, tous ces réacteurs devraient pouvoir stopper sans dommage même si un accident ou une bombe faisait brusquement disparaître leurs pompes principales ou les plus gros tuyaux sous pression qui extraient la chaleur de la réaction nucléaire. C’est ce qu’on appelle un “gros LOCA“.

En pratique, il semble que les réacteurs auraient plutôt tendance à s’emballer. Le phénomène ne durerait que deux ou trois secondes mais ce pourrait être suffisant pour provoquer la fonte de l’uranium radioactif et l’éclatement de quelques tubes de force. (Les tests révèlent que si 300 grammes d’uranium fondu se rassemblent dans un tube, il éclate en moins de 2 secondes.) Le document estime que les barrières d’étanchéité actuelles pourraient quand même retenir ces produits radioactifs à l’intérieur de la centrale..

La CCSN est persuadée que l’adoption du nouveau combustible LVRF empêcherait cet emballement des réacteurs nucléaires canadiens et les rendrait donc beaucoup plus sécuritaires.

Des exigences irréalistes?

Les propriétaires de centrales, au contraire, sont persuadés que les réacteurs CANDU sont déjà bien assez sécuritaires dans leur état actuel. À leurs yeux, il faudrait assouplir les vieilles normes de sécurité canadiennes plutôt que d’amorcer un changement de combustible. Il n’y a aucune raison valable de se lancer dans cette longue aventure coûteuse qui pourrait obliger le Canada à construire une usine d’enrichissement de l’uranium, disent-ils.

Le dossier confidentiel que nous avons obtenu révèle que l’industrie nucléaire plaide depuis trois ans que les normes de sécurité de la CCSN sont irréalistes et inutilement sévères, surtout en ce qui concerne les pertes massives de liquide réfrigérant, les “gros LOCA”. Des bris de tuyauterie accidentels et aussi massifs ne peuvent jamais être instantanés comme le supposent les scénarios d’accidents officiels, nous a affirmé un représentant de l’índustrie nucléaire impliqué dans ces négociations et qui n’est pas autorisé à faire des déclarations publiques. “Des tuyaux de grande taille, en acier ductile, ne peuvent jamais se briser complètement en une fraction de seconde. Les bris majeurs sont toujours précédés de petites fuites qui permettent de voir venir le problème”, dit-il. “Si on veut mettre les choses au pire, on peut imaginer qu’un gros tuyau pourrait s’ouvrir sur 40% de sa section en 5 à 6 secondes. Or c’est le genre de situation que les dispositifs de sécurité actuels peuvent déjà gérer correctement. ”

Pas question de changer les règles sans une preuve irréfutable

La CCSN reconnaît que les producteurs d’électricité ont peut-être raison … mais pas question pour elle de modifier des critères de sécurité aussi fondamentaux sur la foi de simples hypothèses! Elle exige une “preuve irréfutable”, “overwhelming evidence”…et dans un délai raisonnable! Les chances de mener à bien une telle révision des normes lui semblent “faibles ou moyennes, tout au plus”.(“The ranking is low, possibly medium.”)

Si l’industrie électrique veut vraiment poursuivre dans cette voie, le dossier secret d’août 2009 précise donc qu’elle doit présenter son argumentation détaillée à la CCSN avant le premier avril prochain avec un programme de recherche et de tests intensifs susceptible d’apporter une réponse claire aux incertitudes qui pourraient persister.

Et comme la Commission ne croit pas au succès de la démarche, elle exige que les propriétaires de centrales aient aussi un “plan B”: ils doivent se préparer dès mainternant à passer rapidement au nouveau combustible LVRF si jamais leurs prochains tests ne fournissaient pas les résultats espérés. Leur programme d’introduction du LVRF doit aussi parvenir à la CCSN avant le premier avril 2010.

Du côté de l’industrie, on nous dit que l’on achève présentement les documents demandés et on prévoit respecter l’échance de la Commission.

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Gilles Provost

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Profil: J'ai d'abord été journaliste au quotidien Le Devoir pendant quinze ans, de 1969 à 1984. J'ai ensuite poursuivi ma carrière pendant 25 ans à l'émission scientifique télévisée Découverte de Radio-Canada, de…

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Cet article de 807 a été rédigé par Gilles Provost il y a 4 ans et 7 mois, le Lundi 8 mars 2010.

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