Permettez moi humblement de faire la requête suivante qui serait tout aussi significative dans le cadre d’ouverture envers le Québec et qui selon moi mettrait un baume à la polémique ayant entourée la reconstitution de la bataille des plaines de la CCBN.
Lorsque Québec a capitulé devant les troupes anglaises, le 18 septembre 1759, les vainqueurs avaient arraché les armoiries de Québec – une sculpture de Noël Levasseur – pour les transporter à Londres en guise de trophée. La sculpture a été rendue au Canada en 1909. Elle est maintenant exposée au Musée de la guerre à Ottawa. Ne serait-il pas de mise de la restituer à la ville de Québec en cette année ? C’est une idée comme ça.
Pour plus de détails voir le billet de Raymond Lemieux publié dans la revue Québec Science d’avril 2009.
À partir de 1725, un ordre est donné d’accrocher les armoiries royales de France au-dessus des portes principales des villes et des forts de Nouvelle-France. L’exemple montré plus haut est installé à Québec jusqu’en 1760.
Il y a une belle occasion de rapatrier les armoiries royales de France qui se présentera en septembre 2009 à Québec dans le cadre du dévoilement du projet Montcalm. Je vois bien son retour au musée de l’Amérique Française près du drapeau de Carillon.
Merci de l’attention que vous porterez à ce billet en espérant cette fois-ci que les groupes de reconstitutions historique du Québec soient invités à toutes commémorations si ceci se concrétise.
Soldat Sanspareil, 2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Mots clés: Nouvelles brèves, Québec,

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Opinions des lecteurs
Soldat Sanspareil
Articles rédigés: 12 articles
Cet article a été rédigé par Opinions des lecteurs il y a 6 mois et 9 jours, le Lundi 3 août 2009. La dernière modification a été effectuée le Lundi 3 août 2009.
Il y a 48 commentaires suite à cet article. Vous pouvez aussi suivre le fil des commentaires.
Cet article est catégorisé sous Québec, Nouvelles brèves.
Les mots clés associés à celui-ci sont armoirie, histoire, Nouvelle-France, rapatriement.
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Il y a un moyen d’en apprendre un peu plus sur notre histoire, celui de la reconstitution historique. Les groupes de reconstitutions historique du Québec permettent de faire revivre une partie de notre patrimoine. Je vous invite donc à découvrir les groupes du Québec.
Voici les groupes:
Le 2e bataillon du régiment de la Sarre http://www.regimentdelasarre.ca/
La compagnie des Canonniers-Bombardiers de Québec http://www.ccbq.net/
Les compagnons de la Nouvelle-France http://www.lescompagnons.org/
Miliciens et réguliers du Marquis de Montcalm http://miliciensdemontcalm.allmyblog.com/
http://cf.geocities.com/miliciensetreguliers/
Le Détachement de la Colonie http://geocities.com/detachementdelacolonie/
La compagnie de Lacorne http://www.compagniedelacorne.org/
La Garnison de Québec http://www.lagarnisondequebec.com/
La Société d”Histoire In Memoriam – Soldat du Roy et Habitants en Canada http://www3.sympatico.ca/napoleon.josephine/1750.htm et le nouveau site http://www.lashim.com
Musée Stewart La compagnie Franche de la Marine http://www.stewart-museum.org/default.asp?id=135&mnu=55 Les Habitants du Fort http://www.stewart-museum.org/default.asp?id=15&mnu=15
Les Habitants de la Vallée du St-Laurent http://membres.lycos.fr/habitantsstlaurent/index.htm
L’association d’histoire vivante du Québec Canada http://pages.videotron.com/ahvqc/
Le Corps historique du Québec http://reenacting.net/qhc/qhcf.html
Prenez plaisir à découvrir ceux qui ont à coeur de garder notre histoire vivante.
De plus le régiment de la Sarre a fait deux diaporamas sur la reconstitution historique, voici le lien pour les visionner:
http://video.google.ca/videosearch?q=regiment+de+la+sarre&hl=fr&emb=0&aq=f#
En espérant que ceci change les perceptions et aide à reconnaitre ce que les groupes peuvent apporter à notre histoire commune.
Soldat Sanspareil
2e bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Vous vous devez d’écouter ce reportage pour en savoir plus sur notre histoire.
Le projet Montcalm et le rapatriement des armoiries royales de france au Québec.
http://www.985fm.ca/chmp/audio/audioplayer.php?url=http://mediacorus.corusquebec.com/webcorus/audio/content_Audio/232091.mp3
Soldat Sanspareil
2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
http://www.regimentdelasarre.ca
Origine de la chanson à la claire fontaine et les soldats de Montcalm.
Sans le savoir sans doute, cette chanson en fin de programme du moulin à paroles provenait de France en Nouvelle-France par les soldats de Montcalm venus défendre l’Amérique Française contre les troupes Anglaises.
Voila la contribution à notre culture de ces valeureux soldats du Roy!
http://www.sceren.fr/actualites/question/musique/musique_2006-06.htm
Soldat Sanspareil
2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
http://www.regiment de la Sarre.ca
La campagne du régiment de la Sarre au Canada 1756-1760
La campagne du régiment de la Sarre au Canada 1756-1760
Pour tout savoir sur le 2ième bataillon du régiment de la Sarre et sa présence en Nouvelle-France, n’hésitez pas à consulter ce lien internet.
http://www.erudit.org/revue/haf/1950/v3/n4/801595ar.pdf
Soldat Sanspareil
2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
http://www.regimentdelasarre.ca
Cette chanson en fin de programme du moulin à paroles provenait de France en Nouvelle-France par les soldats de Montcalm venus défendre l’Amérique Française contre les troupes Anglaises.
Voila la contribution à notre culture de ces valeureux soldats du Roy!
À la claire fontaine est sans conteste l’une des deux ou trois chansons traditionnelles les plus populaires de France ; à l’égal d’un Frère Jacques ou d’un Au clair de la lune. Il en existe des dizaines de versions différentes, sur des mélodies allant de la ballade sentimentale à l’air de danse franchement rythmé. La majorité d’entre elles se rattachent au thème du « retour de noces » :
« M’en revenant de noces,
J’étais bien fatigué ;
Au bord d’une fontaine,
Je me suis reposé :
L’eau y était si belle,
Que je m’y suis baigné… »
Ce canevas de base se décline avec toutes sortes de refrains, mais l’histoire reste toujours plus ou moins identique, avec deux déroulements possibles : selon que le narrateur est un homme ou une femme, l’« ami Pierre » de l’avant-dernier couplet devient « ma douce amie », voire « ma tendre âme », « ma belle amie », etc.
La version notée ici (voir la première partition en sol ou en mi b du CD) est très probablement originaire de Normandie ; pourtant, c’est par le biais du Québec que la chanson nous est revenue sous cette forme. Ayant traversé l’Atlantique, vers le milieu du XIIIe siècle, avec les soldats de Montcalm – ce qui explique le rythme de marche sur lequel elle est souvent chantée –, elle servit de chant national aux patriotes franco-canadiens lors de la grande révolte de 1837 contre l’hégémonie anglaise.
Comme beaucoup de chansons populaires, celle-ci possède cependant des origines lettrées et se retrouve déjà , sous une forme voisine, dans le recueil Brunettes ou Petits Airs tendres, édité par Christophe Ballard en 1704.
Si la mélodie donnée par ce dernier s’appuie sur celle d’un cantique publié d’après le poète Guillaume Colletet (1598-1659), son apparentement à celle que nous connaissons encore de nos jours est quand même assez flagrant. Cependant, bien que suivant fidèlement la même histoire, les paroles qu’il indique proposent une fin sensiblement différente :
Sur les bords de la Seine
Me suis lavé les pieds
D’une feuille de chesne
Me les suis essuyez.
Refrain
Que ne m’a-t-on donné
Celuy que j’ay tant aimé ?
J’ay entendu la voix
D’un rossignol chanter
Chante, Rossignol, chante
Tu as le cœur tant gay
Tu as le cœur tant gay
Et moy je l’ay navré
C’est de mon amy Pierre
Qui s’en est allé
Je luy ay fait chose
Qui ait pu le facher
Hors un bouquet de roses
Que je luy refusay
Au milieu de la rose
Mon cœur est enchaîné.
N’y serrurier en France
Qui puis’le déchaîner;
Sinon mon ami Pierre
Qui en a pris la clef.
Dans certaines versions, le « bouquet de rose » est remplacé par le « bouton de rose », ce qui rend la symbolique érotique de l’histoire encore plus limpide.
De fait, d’une région à l’autre, les variantes sont importantes et peuvent donner à la chanson une signification bien différente.
Elle commence chez Ballard :
« Sur les bords de la Seine
Me suis lavé les pieds… »
Dans les régions de l’Ouest, c’est une jeune invitée qui chante :
« En revenant des noces
J’étais bien fatiguée
Au bord d’une fontaine
Je me suis reposée… »
Alors que nous la chantons aujourd’hui comme les Canadiens :
« À la claire fontaine
M’en allant promener… »
La fontaine, la feuillée, le rossignol et le chagrin d’amour font partie du cadre traditionnel des chansons de toile (ce sont, sans doute, des arrangements savants de chansons populaires que chantaient les femmes qui travaillaient la toile – fileuses, tisseuses… Elles remontent au XIIe siècle et parlent inlassablement d’amour).
La chanson a été interprétée sur de nombreuses mélodies, mais l’air actuel dérive du timbre original. En Poitou et au Canada, il a pris un rythme de marche plus entraînant et propre à mobiliser chouans et patriotes.
D’après Marc Robine, Anthologie de la chanson française. La Tradition. Des trouvères aux grands auteurs du xixe siècle, Albin Michel, 2000 et Martine David et Anne-Marie Delrieu, Refrains d’enfance. Histoire de 60 chansons populaires, Herscher, 1988
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«Le Canada 1756-1758, vu par un officier du régiment de La Sarre»
Pour en savoir plus consulter ce lien internet et aller jusqu’Ã la page 132.
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Le lien pour «Le Canada 1756-1758, vu par un officier du régiment de La Sarre»
http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=3700055&qryID=94553b6d-5ece-46f4-94e7-44f3d4ca487e
L’impact des noms de guerre des militaires français sur la patronymie québécoise.
Pour en savoir un peu plus sur le sujet consulter ce lien internet:
http://www.histori.ca/prodev/article.do?id=15333
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Pour tout savoir sur cette émission au canal savoir:
Montcalm, Wolfe et les autres… Vaugeois raconte
Durée : 7 émissions – 30 min
Établissement : Bureaux régionaux de Télé-Québec
Type d’émission : Documents éducatifs
Une série consacrée à une période trouble de l’histoire du Québec : la guerre de Sept Ans (1756-1763). À l’aide d’illustrations, de peintures et de manuscrits de l’époque, Denis Vaugeois et ses invités, des historiens de renom, échangent leurs points de vue sur la Conquête de la Nouvelle-France. Ils revisitent de grands thèmes : la capitulation de la Ville de Québec, l’affrontement entre les troupes françaises et anglaises, l’alliance avec les Amérindiens et plus encore. Ils questionnent l’histoire, remettent en question certaines thèses et rappellent des événements oubliés ou méconnus.
http://www.canal.qc.ca/emission.php?id=59
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En 1907, dans une activité d’organisation territoriale, le ministre des Terres et des Forêts attribuait des noms à 49 cantons se trouvant en Abitibi. Rappelons que cette région sera ouverte à la colonisation cinq ans plus tard. On retint alors les noms de 7 régiments de Montcalm et ceux de 42 officiers de ces mêmes régiments. Voici donc les noms de ces glorieux régiments : La Reine, La Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc, Guyenne, Berry et Béarn.
Avec le peuplement des cantons, des municipalités ont été créées. Dans quatre de ces sept cantons, la nouvelle municipalité a repris le nom de celui-ci. C’est le cas des municipalités désignées sous les appellations La Reine, La Sarre, Berry, et Royal-Roussillon. Ce dernier nom a depuis cédé sa place à celui de Macamic.
Rappelons que le jeudi 13 septembre 1759, il y a 250 ans, a eu lieu la fameuse bataille des Plaines d’Abraham. Le marquis de Montcalm y affrontait Wolfe.
Cette chronique vous a plu? Abonnez-vous.
La Reine La Sarre Royal-
Roussillon Languedoc Guyenne Berry Béarn
Carte : Jean-Luc Lavoie, Commission de toponymie
Bandeau des drapeaux des régiments : © réservé, reproduit ici avec la permission de l’Autorité héraldique du Canada
[Commission de toponymie, 3 septembre 2009]
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Vous êtes en accord avec le rapatriement des armoiries royales de France au Québec?
Faite entendre votre voix en écrivant à la Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine Christine St-Pierre aux adesses suivantes:
ministre@mcccf.gouv.qc.ca
circonscription@mcccf.gouv.qc.ca
Merci de militer pour le retour de notre patrimoine.
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Quels étaient les noms des sept régiments
du marquis de Montcalm?
Savez-vous que pour obtenir la réponse, il suffit de consulter une carte de l’Abitibi donnant les noms des cantons qui s’y trouvent.
Pour en savoir un peu plus consulter le lien internet suivant:
http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/chroniques/semaine_2009_09_03.html
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Les vidéos du 2ième bataillon du régiment de la Sarre.
http://video.google.ca/videosearch?q=regiment+de+la+sarre&hl=fr&emb=0&aq=f#
Bon visionnement.
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2ième bataillon du régiment de la Sarre
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Taille des soldats du régiment de la Sarre en Nouvelle-France
Pour le régiment de La Sarre:
212 soldats de moins de 5 pieds-3pouces francais.
108 soldats de 5 pieds-3 pouces francais.
183 soldats de plus de 5pieds-3pouces francais.
Le plus petit est a 5 pieds le plus grand a 5 pieds-8 pouces.
Un pied francais = 0.32484m
un pouce français = 0.02707m
5pieds 3 pouces = 1m 70,5 cm ( 5 feet 7 inches anglais-américains)
La grandeur minimum réglementaire était 5 pieds 3 pouces.
Soldat Sanspareil
2ième bataillon du régiment de la Sarre
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Bataille de Carillon
[1758]
CARILLON (Fort, Bataille de), situé à l’extrémité méridionale du lac Champlain, appelé par les Anglais Ticonderoga.
La péninsule de Carillon consiste en un plateau rocheux, bordé de terrains bas qui côtoient, à gauche le lac Champlain et, à droite, la rivière la Chute. Le fort, délabré en 1758, s’élevait près de la pointe sud-est; il n’occuÂpait pas l’endroit le plus élevé du plateau; à l’ouest, en avant du fort, le terrain, après une légère déclivité, remonte graduellement et atteint sa plus grande hauteur à environ un demi-mille de la place; puis il s’abaisse encore, de manière que le plateau est couronné d’une crête qui le traverse entièrement, entre les deux pentes très raides conduisant aux terrains bas. Montcalm était au fort enÂtouré d’environ 3.500 combattants. Devant lui, la rivière la Chute, longue d’environ 4 milles, descendait du lac George, bondissant en raÂpides écumeux. Ce lac, mesurant 36 milles, s’étendait jusqu’aux ruines de William-Henry, où se dressaient les tentes de 15.400 Anglo-Américains. Abercromby avait de l’artillerie, une flotte nombreuse et, pouvait ainsi fondre sur les troupes de son rival, d’un moment à l’autre.
Le général français n’hésite point à déterÂminer que c’est sur les hauteurs de Carillon que se décidera la campagne; la bataille sera livrée sur la crête, et non sur les terrains bas qui avoisinent le fort. Le 1er juillet, le marquis va prendre l’offensive : laissant à Carillon le second bataillon de Berry, il étaÂblit son camp, à deux milles, au moulin à scie de la Chute; au-dessus de la cascade se trouvait un pont reliant Ies deux rives, où il dispose des bataillons. Cette manoeuvre retarde les mouvements des ennemis jusqu’au 5 du mois. Le 4, M. de Montcalm résolut d’envoyer un détachement à leur découverte, confiant 130 volontaires, faute de Sauvages, à l’enseigne Langy-Montégron; la troupe s’embarqua, le soir, sur le lac George. Le lendemain, elle rapporte la nouvelle de la marche de l’avant-garde, conduite par Bradstreet et Rogers. Ordre est donné de passer la nuit en armes au bivouac et de poster des piÂquets sur les bords du lac George pour éclairer le débarquement des ennemis. M. de Langy et M. de Trépézé sont envoyés avec 300 hommes occuper la Montagne-Pelée, à l’ouest, devant retraiter sur Carillon par la rive gauche et les éclaireurs de Bourlamaque par la droite. Le matin du 5, les 900 bateaux, les 15 chaloupes, les radeaux d’artillerie, paraissent sur le lac et abordent le soir à la Pointe-du-Sabbat pour débarquer, à l’aurore du 6, à l’embouchure de la Chute.
M. de Montcalm envoie ordre aussitôt au sieur de Pontlevoy à Carillon de tracer les retranchements et les abatis sur la crête choiÂsie et désignée, tandis que débarquaient les Anglais sous le feu des tirailleurs français; ceux-ci retraitent vers le campement de la Chute, rompant le pont du Portage et celui situé au-dessus de la cascade. Vers le nord-ouest, M. de Langy se perd un instant dans la forêt, au moment où, ayant rallié sa troupe, les postes avancés de l’ennemi s’avancent, masqués par les taillis. Lord Howe tombe mort dans une contre-attaque des Français invisibles dans les bois, qui furent contraints de retraiter sur la Chute. Le 7, Abercromby rappelle ses éclaireurs au lieu du débarquement; mais, le soir, son armée, campe sur l’emplacement occupé par Montcalm, durant les six jours précédents, qui l’avait quitté pour courir sur les hauteurs de Carillon et activer en hâte la défense. Le retranchement, en troncs d’arbres superposés à la hauteur de huit pieds, suivait les siÂnuosités de la crête ou plateau et se dessiÂnait en angles sortants et rentrants se protégeant les uns les autres; la gauche, très escarpée, s’appuyait à la rivière la Chute; la droite, en pente douce, aboutissait à la plaine conduisant au lac Champlain. Chaque batailÂlon travaillait au poste qu’il devait occuper durant l’engagement. Le revers du retranchement fut garni de troncs d’arbres renversés dont les branches taillées en pointes faisaient fonction de chevaux de frise. En avant, le terrain, à une grande distance, fut couvert d’arbres abattus, qui devaient intercepter la marche et briser l’ordonnance des bataillons ennemis. Le soir même du 7 juillet, l’oeuvre de défense était à peu près complétée; aussitôt paraît le capitaine Pouchot avec 300 réguliers et, le lendemain matin, M. de Lévis et M. de Sénezergues avec 100 autres. Les bataillons se hâtent d’achever les abatis, quand, vers 10 heures, on aperçoit l’avant-garde légère et, à midi et demie, toute l’armée anglaise débouchant sur Carillon dans un ordre admirable.
Les troupes françaises quittent la hache du bûcheron pour le fusil. Le major Rogers et son infanterie, les bateliers de Bradstreet ouvrent un feu de tirailleurs, pendant que les Provinciaux se déploient de gauche à droite et, passant dans les intervalles, les réguliers s’engagent dans l’abatis en masses rouges. Au-dessus des retranchements silencieux onÂdulent les drapeaux français. Le général se tient au centre, tête nue et habit bas, ayant Lévis à sa droite et Bourlamaque à sa gauche : trois lignes de blancs uniformes bordent le retranchement, chaque bataillon ayant en arrière ses grenadiers et ses piquets en orÂdre de bataille, prêts à porter secours. M. de Montcalm a défendu de tirer un seul coup sans son ordre. Les colonnes anglaises avanÂcent, au son des instruments écossais et au pas de charge, à travers l’enchevêtrement de l’abatis, et touchent bientôt aux retrancheÂments de la gauche, avec la consigne d’enlever la position à la baïonnette. Pas une balle de tirée, quand retentit soudain le mot : Feu ! En un clin d’oeil, 3.000 fusils vomissent la mort dans les rangs ennemis; vaillants et hésitants, les réguliers anglais se ressaisissent de la surprise; grenadiers, Montagnards se pressent, enjambant les troncs, se meurÂtrissent aux branches tranchantes, essuient la fusillade française, tirent eux-mêmes à travers les retranchements et, finalement reculent en s’écriant que « la position est imprenable ». Pourtant le général Abercromby, qui se tient au moulin de la Chute, envoie l’ordre de renouveler l’assaut. Aussitôt, des masses de guerriers rendus furieux par le carnage se précipitent à travers les mêmes obstacles, tombent, se relèvent, s’embarrassent dans les branches aiguës, foulent aux pieds morts et blessés, crient, jurent et s’avancent vers les hauteurs meurtrières, l’espace de sept heures continues; mais ils sont impuissants à forcer la barrière qui les sépare des lignes françaises. Le brave Bourlamaque a une omoÂplate brisée et cède le commandement à M. de Sénezergues. M. de Montcalm volant du centre à la gauche et à la droite communique partout son ardeur et détache ses aides de camp. M. de Lévis arrête et brise à droite la quatrième colonne d’assaut britannique. Au sud-est, les volontaires des sieurs Bernard et Duprat empêchent le débarquement de soldats montant des barques et destinés à contourner les retranchements; le canon du fort Carillon retentit aussitôt et deux barques sont coulées à fond dans leur fuite. Vers cinq heures, deux colonnes anglaises tentent sur la droite un effort désespéré, ce sont les Montagnards écossais qui se battent avec une froide ténacité; ils franchissent l’abatis, avanÂcent au pied du retranchement. Les Français crient : À droite, tirez à droite ! M. de Lévis voit le danger sans frémir et Montcalm accourt avec ses grenadiers. Les Montagnards tombent par centaines, les blessés criant aux autres de marcher en avant; leur major Duncan Campbell s’affaisse frappé à mort. Soudain, à l’extrême droite, Lévis s’écrie : En avant, Canadiens ! Ils sont commandés par les officiers de Raymond, de Saint-Ours, de Lanaudière, de Gaspé. M. de Lévis reçoit deux balles dans son chapeau et M. de Montcalm combat comme le dernier de ses soldats. Les valeureux Ecossais, décimés et sanglants, reculent pour reformer deux colonnes, attaquent le centre, puis la gauche; ils se fusillent même dans la fumée; ce qui jette la confusion dans leurs rangs. A sept heures, l’armée anglaise est en pleine retraite vers la Chute, laissant près de 2.000 morts qui gisent au pied de si fragiles retranchements. Sur la droite, le sol est jonché des cadavres du réÂgiment écossais.
La victoire de Carillon est entrée dans les fastes militaires de notre histoire. M. de Montcalm fait chanter le Te Deum par ses troupes en armes. Il fit dresser sur le champ de bataille une croix portant l’inscription :
Quid dux ? quid miles ? quid strata ingentia ligna ?
En signum ! en victor ! Deus hic, Deus ipse triumphat !
Les Anglais eurent environ 3.000 tués ou blessés. Les Français eurent également des officiers et des soldats dont on a conservé les noms :
Etat-major : M. de Bourlamaque et M. de Bougainville, blessés;
La Reine : Dodin, lieutenant, tué, d’Hébécourt et Le Comte capitaine et de Massia, lieutenant, blessés; 7 soldats tués, 45 blessés;
La Sarre : De Moran et Champrodon, capitaines, Mineraye aide-major, tués; de Beauclair capitaine et de Forêt lieutenant, blesÂsés; 7 soldats tués, 31 blessés;
Royal-Roussillon : Ducoin capitaine, tué; chevalier d’Azenne officier, blessé; 2 soldats tués, 18 blessés;
Languedoc : de Fréville capitaine et Parfouru lieutenant, tués; de Marillac, Douglas, Basserolle capitaines, blessés; 9 soldats tués et 35 blessés;
Guyenne : Patrice, capitaine, tué; Saint-Vincent, mort de ses blessures; La Bretèche, capitaine et Restaurant, lieutenant, blessés; 24 soldats tués; 36 blessés.
Berry : 1er bataillon, Le Brème, capitaine, Emeric, lieutenant, tués, et Châteauneuf, mort de ses blessures; 16 soldats tués, 26 blessés; 2° bataillon de munitions; 6 soldats tués, 8 blessés;
Béarn : Pons, lieutenant; Douay, enseigne, tués; de Montgay et Malartic, capitaines, blesÂsés; 11 soldats tués, 36 blessés.
Canadiens : de Nigon et de Langy, lieutenants, blessés; 10 soldats tués, 11 blessés.
Source : Louis LE JEUNE, «Bataille de Carillon», dans Dictionnaire général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, mœurs, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Vol. I, Ottawa, Université d’Ottawa, 1931, 862p., pp. 307-309.
© 2006 Claude Bélanger, Marianopolis College
Soldat Sanspareil
2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Luc Bouvier, professeur au Collège de l’Outaouais
(Tous droits réservés)
II LE DRAPEAU DE CARILLON
II.1 Introduction
Pendant que les francophones de l’Amérique du Nord arborent le tricolore français comme signe de leur spécificité, une bannière, appelée le drapeau de Carillon, s’exhausse au rang de mythe et, après modifications, deviendra le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Coeur et finalement le fleurdelisé.
II.2 Sa découverte
En mars 1882, Ernest Gagnon affirme que Louis de Gonzague Baillargé (1808-1896), avocat, homme d’affaires et philanthrope de Québec, «[a]yant lu dans une vieille chronique qu’un drapeau apporté de Carillon et suspendu à la voûte de l’église des Récollets, à Québec, avait été sauvé de l’incendie de cette église en 1796», entreprend des recherches afin de le retracer. En novembre ou décembre 1847, il rencontre le dernier survivant des récollets, le frère Louis Martinet dit Bonami (1764-1848) dans sa résidence de la rue Saint-Vallier près de l’Hôpital général. Relevant à peine d’une attaque de paralysie, –il mourra le 7 avril suivant–, le frère lui demande de revenir une autre fois. Vers la mi-janvier 1848, Baillargé retourne chez le frère Bonami qui lui raconte l’histoire du drapeau de Carillon :
Le Père Berey [1720-1800], supérieur des Récollets, était un des aumôniers des troupes qui combattirent sous le commandement de Montcalm. Lorsqu’il revint au monastère, après la campagne de 1758, il rapporta avec lui un drapeau troué et déchiré qui, disait-on au couvent, avait vu le feu de Carillon. Ce drapeau fut suspendu à la voûte de l’église des Récollets, la partie qui s’attache à la hampe ou hallebarde étant retenus aux extrémités par des cordes. Le 6 septembre 1796, un incendie qui avait d’abord consumé une maison de la rue Saint-Louis, vint réduire en cendres le couvent et l’église des Récollets. Le feu ayant pris par le clocher de l’église, le toit brûla avant le reste de l’édifice. Pendant qu’avec l’aide d’un autre Frère, le frère Louis sauvait un coffre rempli d’objets qu’il y avait jetés pêle-mêle, et comme ils traversaient la nef de l’église, le vieux drapeau dont les attaches avaient manqué sous l’action du feu, vint tomber à leurs pieds. Le Frère Louis le saisit en passant, et, rendu dehors, il le mit à la hâte dans le coffre(30).
C’est de ce même coffre relégué au grenier de la résidence du frère Louis que Baillargé l’exhume en cet mi-janvier de 1848.
Tous les faits reliés à la découverte du drapeau sont véridiques. Carillon fut une victoire française. Le 8 juillet 1758, Montcalm et ses 3 500 soldats défont le major général James Abercromby fort pourtant de la plus grosse armée jamais réunie, à l’époque, en Amérique du Nord: 15 000 hommes. La disproportion entre les deux armées va renforcer le côté miraculeux de la victoire française. Selon une légende rapportée par Mgr Baillargeon, «la Vierge était apparue au-dessus des combattants et [...] toutes les balles tirées par les Anglais allaient s’anéantir dans les plis de sa robe, sans atteindre les Français(31). De là à y voir une confirmation de la présence de la mythique bannière, il n’y a qu’un pas. Mais rien ne le prouve. Aucun des régiments qui participèrent à cette bataille (La Sarre, Languedoc, Berry, Royal-Roussillon, Guyenne, Béarn, La Reine) n’avait un drapeau de régiment qui se rapprochait de la bannière en question. Il s’agirait donc d’une bannière arborée par la milice canadienne. Pourtant, sur le plan de la bataille de Carillon retrouvé dans les manuscrits du maréchal de Lévis, si les drapeaux des régiments sont signalés, aucune indication ne vient confirmer que la milice canadienne en arborait un elle aussi(32). Le père Berey, qui fut le dernier supérieur des récollets, a bien été aumônier militaire, mais, à la bataille de Carillon, selon Casgrain, c’était l’abbé Piquet qui l’était(33). Le frère Bonami a bien été le dernier récollet. En ce qui a trait à l’incendie de l’église des récollets, l’événement est bien réel, mais aucun document n’atteste de la présence du drapeau. Il serait resté suspendu au plafond de 1758 à 1796, même si l’église a aussi servi aux protestants et sans que les nouveaux maîtres du pays y trouvent à redire. Pourtant, Sir Guy Carleton avait reçu instruction de Londres en 1775 de retirer toutes les représentations des armes de France des églises et des cours de justice. Un dessin de l’intérieur de l’église des récollets de Richard Short, daté de 1761, ne laisse voir aucun élément qui suppose la présence de drapeaux ou bannières dans l’église(34).
II.3 Propriété de Louis de Gonzague Baillargé
Trente-trois ans après son premier article sur le drapeau de Carillon, Ernest Gagnon, sous le pseudonyme de Pierre Sailly, soutient qu’il a écrit l’article de la Revue canadienne «sous la dictée de M. L.-G. Baillargé. La vieille chronique, mentionnée par lui, m’est inconnue. Jamais M. Baillargé n’a voulu me permettre de dérouler et de voir son drapeau de Carillon(35)». C’est en effet «son drapeau de Carillon». Il en prend un soin jaloux. Le drapeau participe, pour cette seule fois déployé, au défilé de la Saint-Jean-Baptiste à Québec. le 27 juin 1848.
Puis, jusqu’à la mort de son propriétaire, officiellement personne ne voit le drapeau. Baillargé, excentrique personnage aux dires de ses contemporains, le garde précieusement chez lui. Cela ne l’empêche pas, semble-t-il, de se départir de certains morceaux. Ainsi, en mai 1941, la bannière est déployée, en toute intimité, afin d’authentifier un morceau du drapeau de Carillon propriété de J.-P. Suzor, petit-fils du lieutenant-colonel Suzor (1834-1866). Camille Roy, recteur de l’Université Laval, Aimé Labrie, secrétaire général, Paul-émile Gosselin et Honorius Provost, sous-archiviste, confirment que «le dit fragment correspond en toute évidence avec le drapeau tant pour la couleur et la nature du tissu, que par les dessins représentés; le fragment a été détaché à l’endroit du diadème et de la couronne d’étoiles qui ornent la tête de la madone peinte sur une face du drapeau». «La place d’où le fragment avait été détaché est bien visible et la partie qui manque est légèrement plus étendue que le morceau identifié. On a donc pu en faire cadeau à d’autres(36)». Le 31 mai 1973, un autre morceau du drapeau est mis à l’enchère à l’Encan des livres de Montréal(37). Ce morceau faisait partie du fonds Pierre-édouard Leclère (1798-1866), surintendant de police lors des Troubles de 1837-1838. Ces «patriotiques larcins», pour reprendre les termes de Hormidas Magnan(38), ont été commis entre 1848, date de la découverte du drapeau, et 1866, date de la mort des propriétaires.
à chaque Fête nationale, Baillargé permet que le drapeau de Carillon défile mais bien «enroulé sur sa hampe, recouvert d’un fourreau de toile(39)». Il exige qu’on vienne le cueillir en corps et accompagné d’une fanfare qui joue Partant pour la Syrie, puis après 1870 La Marseillaise. Au moins une fois, en 1866, le drapeau de Carillon reçoit, à l’aller et au retour, les honneurs d’un salut de la part de la garnison régulière stationnée à l’hôpital militaire rue Saint-Louis. Le 5 juin 1854 à l’église Notre-Dame de Québec, la bannière est de la translation des restes mortels des braves de 1760. Mais Baillargé refuse que le drapeau défile à Montréal pour le cinquantenaire de la société arguant, devant ses collègues de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qu’il n’est pas le «dépositaire» mais le «propriétaire de ce vénérable drapeau» [Gagnon Ib]. Dans son travail de mythification de la bannière, Baillargé reçoit l’aide d’écrivains. Ainsi le poème Le Drapeau de Carillon d’Octave Crémazie, publié en 1858, contribue fortement à publiciser la bannière et par conséquent à l’édification du mythe. Le 28 octobre 1890, la relique est présentée au Comte de Paris en visite au Québec alors qu’il est reçu à l’Université Laval(40). Le 21 juillet 1885, il est de la procession qui marque le retour de campagne au Nord-Ouest du 9e bataillon(41).
II.4 Propriété du Séminaire de Québec et de l’Université Laval
Ironiquement, à la mort de Baillargé en 1896, aucun de ses héritiers n’est intéressé à la bannière de Carillon, comme en fait foi la déclaration d’Octave Lemieux, juge de paix, faite le 12 décembre 1901 dans le but de confirmer la propriété de l’Université Laval et du Séminaire de Québec sur le drapeau de Carillon(42).
Ce document, c’est l’Université Laval qui en est l’inspiratrice afin que son droit de propriété du drapeau ne puisse être contesté. Au début de décembre 1901, la nouvelle que le drapeau de Carillon apparaîtra pour la première de la pièce de Laurent-Olivier David Le Drapeau de Carillon sème l’émoi à Québec. F. Baillargé, neveu de l’ancien propriétaire, avait laissé entendre que le nouveau propriétaire du drapeau, le Séminaire de Québec, acceptait de prêter la bannière. Le 9 décembre 1901, les membres du Conseil du Séminaire, réunis d’urgence, refusent d’accéder à la demande alléguant le «triste état(43)» de la relique. «Le drapeau n’est pas en état d’être déployé, si ce n’est qu’avec des précautions qu’il ne faut pas s’attendre au théâtre. C’est une relique vraiment nationale qu’il faut absolument conserver au prix des plus grands sacrifices(44)».
Les zouaves pontificaux de Québec à qui revient l’honneur de porter la relique à chaque Fête nationale depuis 1901, finissent par croire qu’ils sont les seuls à avoir ce droit. Le 22 septembre 1929, le recteur de l’Université Laval prête «aux gardes de Québec et même du dehors, le dit drapeau de Carillon pour une manifestation au monument Montcalm pour commémorer le 170e anniversaire de la mort de ce général(45)». Les zouaves s’insurgent, nul, sauf eux, n’a le droit de porter la relique. Le 8 octobre 1929, Amédée Gosselin se fait confirmer par Hormidas Magnan, gendre d’Octave Lemieux, qu’aucune clause de ce type n’existe. Finalement, la relique participe le 13 juillet 1958 au bicentenaire de la bataille de Carillon au Fort Ticonderoga (New York). Cette grande sortie marque l’apogée de la bannière. Par la suite, elle tombera tranquillement dans l’oubli, balayée par la Révolution tranquille et remplacée par le fleurdelisé, officiellement drapeau du Québec depuis 1948.
II.5 Descr1ption
Du drapeau de Carillon, quatre descr1ptions existent. La première est celle de Louis de Gonzague Baillargé, dont Ernest Gagnon se fait l’écho en 1882 [Gagnon Ia]. Cette descr1ption remonte donc à 1848, au moment de la découverte du drapeau. à la mort de Baillargé, en 1896, le drapeau est examiné par les autorités du Séminaire de Québec et de l’Université Laval, son nouveau propriétaire. Assistaient à l’examen Ernest Gagnon, secrétaire du Ministère des Travaux publics, J.-C.-K. Laflamme, professeur à l’Université Laval, George Saint-Michel, dessinateur au Ministère des Travaux publics et dont les dessins de la relique sont conservés aux archives du Séminaire (159A-138), un photographe de la maison Livernois de Québec dont les clichés sont conservés à la section des cartes et gravures des Archives nationales du Québec. Cette deuxième descr1ption attribuée à Mgr Laflamme est fournie par Ernest Gagnon en 1915 [Gagnon IIa]. Le 15 février 1982, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, «afin de donner suite à sa politique de mise en valeur de notre Patrimoine national» demande que soit restauré et exposé le drapeau de Carillon. Le Séminaire se rend à la demande du Centre de restauration et de conservation du Québec et accepte que le drapeau soit déroulé pour examen le 16 septembre 1982. La troisième descr1ption est celle qu’en fera René Robitaille alors conseiller général et responsable du Comité de la sauvegarde du patrimoine de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec [Robitaille]. En 1988, le Musée du Séminaire de Québec, propriétaire du drapeau, accepte qu’il soit restauré. La tâche est confiée à l’Institut canadien de conservation sous la responsabilité de Ela Keyserlingk, restauratrice principale. La quatrième descr1ption se retrouve dans le Rapport de traitement de l’Institut canadien de conservation(46).
«Le drapeau mesure 213 centimètres de largeur sur 307 cm de longueur. Il se compose de trois pans de soie beige d’armure unie mesurant 70 centimètres de largeur chacun, cousus les uns aux autres par la lisière. Le long de la lisière supérieure du drapeau est cousue une cravate en lin, encollée et peinte [en rouge], de 5,8 centimètres de largeur. Les trois autres lisières extérieures du drapeau sont protégées par un ruban en soie bleue d’armure unie de 3,8 centimètres de largeur, replié de façon à couvrir l’arête» [ICC]. Dans la première descr1ption, il est dit que le «fond en est vert très pâle (il a dû être bleu ciel autrefois)» [Gagnon Ia]. Ainsi s’expliquent que le fleurdelisé et ses ancêtres, le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Coeur, seront bleu ciel. Dans la deuxième descr1ption, on affirme que la couleur de la bannière était «[p]robablement le blanc, blanc crème ou jaune pâle» [Gagnon IIa].
L’orientation du drapeau a aussi soulevé la controverse. La cravate cousue à la lisière supérieure et l’orientation des éléments picturaux du drapeau montrent bien qu’il s’agit d’une bannière religieuse, à suspendre verticalement. Pourtant, Baillargé, son découvreur, a tenu mordicus à en faire un drapeau de régiment, suspendu horizontalement, plus en accord avec le fait qu’il aurait connu le feu de Carillon. Il fait dire à Gagnon dans son premier article que «M. Viger et quelques autres ayant exprimé l’opinion que l’image de la Vierge indiquait une bannière de confrérie et non un drapeau de régiment, ils furent invités par M. Baillargé à venir juger des choses de visu. Après avoir examiné l’écusson, puis, sur le côté et non sur le haut de l’étendard, le fourreau garni d’oeillets où passait le galon qui tenait le tissu attaché à la hampe, ils durent se rendre à l’évidence, et ils ne se doutèrent plus que ce ne fût bien là un drapeau de régiment» [Gagnon Ia]. à la mort de son premier propriétaire, Gagnon rectifie les faits: le «fourreau en toile, contemporain du drapeau lui-même, a été primitivement recouvert d’une couche de peinture rouge. Il était destiné à recevoir la hampe de support, et celle-ci devait être horizontale, étant donné l’orientation des dessins dont le haut est toujours tourné du côté de la hampe. — Ses grandes dimensions, son mode de suspension, la disposition des dessins, tout fait croire que nous avons affaire ici à une bannière religieuse plutôt qu’à un drapeau militaire. Sur ce point aucun doute possible» [Gagnon IIa].
En 1882, Gagnon affirme que le drapeau «porte les marques du passage de deux ou trois balles et [qu']il paraît avoir été lacéré par plusieurs coups de sabre» [Gagnon Ia]. Le drapeau avait donc connu le feu de Carillon, il en était resté marqué. Il rétablit les faits en 1915 : «Les trous de boulets et de balles, qu’on a quelquefois voulu y voir, sont de simples déchirures, l’oeuvre du temps et d’un enroulement défectueux» [Gagnon IIa].
La descr1ption la plus fiable des motifs de la bannière, aujourd’hui plus ou moins discernables, est celle de Gagnon en 1915. «Sur un côté, une madone a été peinte à l’huile. Sa robe est rouge, son manteau est bleu. L’Enfant-Jésus se repose sur son bras gauche, et sa droite est ramenée vers les pieds de l’enfant. Autour de sa tête est une couronne d’étoiles, peintes de la même manière que les fleurs de lys des quatre coins de la bannière. Sous ses pieds, un croissant peint, lui aussi, comme les fleurs de lys. Au-dessous l’inscr1ption refugium peccatorum, en grandes capitales, se lit sur une bande également peinte. [...] Les fleurs de lys qui occupent les quatre coins du tissu sont plus pâles que le fond général de la bannière». Ce sont ces quatre fleurs de lis qui apparaîtront sur le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Coeur, pour finalement, une fois redressées, orner le fleurdelisé québécois. «Sur le revers de la bannière, on voyait les armoiries de France, timbrées d’une couronne royale : écu ovale, à fond d’azur chargé de trois fleurs de lys d’argent posées 2 et 1» [Gagnon IIa].
La bannière religieuse dite de Carillon date du XVIIIe siècle comme le confirme l’expert en textiles Jean-Michel Tuchscherer : «Le Drapeau de Carillon est sans aucun doute un document exceptionnel du XVIIIe siècle» [Robitaille]. Quant aux armoiries sous la madone, aujourd’hui effacées, elles sont fort probablement, comme l’affirme la tradition, celles de Charles, marquis de Beauharnois (1671-1749), gouverneur de la Nouvelle-France de 1726 à 1747 : D’argent à une fasce de sable, surmontée de trois merlettes du même. D’une part, seul le gouverneur avait le droit d’inscrire ses armoiries personnelles sur une bannière aux armes de France et, d’autre part, seul Beauharnois a eu comme supports des aigles. La bannière a donc fort probablement été fabriquée entre 1726, date de l’arrivée du marquis en Nouvelle-France, et le 29 mai 1732, date où il deviendra commandeur de l’ordre de Saint-Louis avec droit d’entourer son écu de la devise, qui n’apparaît pas sur le drapeau : Bellicae virtutis praemium.
II.6 Le mythe
Aux lendemains des Troubles de 1837-1838 et de l’acte d’Union de 1841, une vague de découragement déferle sur la population bas-canadienne. Certains de ses chefs les plus éminents vont officiellement prôner l’anglicisation telle que planifiée par le nouveau régime. Ainsi, étienne Parent, qui a défendu pendant de nombreuses années la nationalité canadienne dans son journal le Canadien, suggère à ses «compatriotes [...] [de] ne point lutter follement contre le cours inflexible des événements» et espère que l’«assimilation, sous le nouvel état de choses, se fera graduellement et sans secousse(47)».D’autres n’accepteront pas cet avenir bloqué, cette mort lente. Dans cette optique, le rappel des hauts faits qui ont marqué le régime français nourrit la fibre nationale et partant assure, en partie du moins, la survie de cette société distincte. L’Histoire du Canada, de François-Xavier Garneau, en réponse au «peuple sans histoire» de Durham, et dont le troisième tome est publié l’année de la découverte du drapeau, participe de ce mouvement. Baillargé, par son drapeau, participe à cette reconquête de l’estime de soi du peuple bas-canadien. L’étonnant, c’est qu’il ait choisi de le faire par l’entremise d’un objet dont il limite les apparitions d’une part et les scénarise d’autre part afin que le mythe naisse, s’amplifie et délaisse l’objet au profit de l’idée. Puisque tous les faits qui entourent la découverte de la relique sont véridiques, la présence du drapeau à la bataille de Carillon ne devrait pas soulever de doute. Mais les omissions, sinon les mensonges, de son découvreur, le secret dont il s’est entouré ont semé le doute. Ce qui a permis au mythe de naître devient un siècle plus tard responsable de sa disparition. Mais que la bannière ait été présente ou non à Carillon n’a plus guère d’importance. Elle a joué son rôle : elle a servi à créer, un siècle presque jour pour jour après sa découverte, le drapeau québécois actuel. Sa couleur bleue, qui n’a jamais été sienne, et ses fleurs de lis, sont devenues les marques distinctives du peuple québécois.
30. Ernest Gagnon, «Le drapeau de Carillon», la Revue canadienne, mars 1882, p. 129-139. à l’avenir Gagnon Ia. Repris avec quelques variantes dans H.- J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec 1881-1889, Québec, de l’imprimerie Belleau & Cie, 1890, p. 59-67. à l’avenir Gagnon Ib.
31. René Robitaille, Le Drapeau de Carillon réalité historique ou légende, Québec, Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, août 1983, 34 p. à l’avenir Robitaille.
32. Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, tome IV. Lettres et pièces militaires, ordres, mémoires, plans de campagne et de défense 1756-1760, Québec, Imprimerie L.-J. Demers, 1891, voir les plans en fin de volume.
33. H.-R. Casgrain, La Guerre du Canada 1756-1760, tome premier, Québec, Imprimerie L.-J. Demers, 1891, p. 425.
34. Charles P. de Volpi, Québec, recueil iconographique, Longman Canada, 1971, planche 19.
35. Pierre Sailly [pseudonyme de Ernest Gagnon], «Le prétendu drapeau de Carillon», la Revue canadienne, octobre 1915, p. 304-309. à l’avenir Gagnon IIa. Repris dans Ernest Gagnon, Pages choisies, Québec, 1917, J.-P. Garneau, p. 271-278.
36. Archives du Petit Séminaire de Québec, 159A-138.
37. Catalogue no 48, l’Encan des livres de Montréal, p.53.
38. Les Origines de nos drapeaux et chants nationaux, Québec, 1929, p. 42.
39. H.-J.-J.-B. Chouinard, Annales de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, volume IV, Québec, la Cie d’imprimerie du «Soleil», 1903, p. 562.
40. Ernest Gagnon, Le Comte de Paris à Québec, Québec, 1891, Typographie C. Darveau, p. 45-47.
41. George Beauregard, Le 9e bataillon au Nord-Ouest, Québec, Gingras, 1886, p.98.
42. Archives du Séminaire de Québec, 159A-138.
43. Lettre de M. Mathieu à M. Baillargé, 9 décembre 1901. Archives du Séminaire de Québec, 159A-135.
44. Lettre de M. Mathieu à M. David, 9 décembre 1901. Archives du Séminaire de Québec, 159A-135.
45. Amédée Gosselin, «Ad memoriam»,Archives du Séminaire de Québec 159A-138.
46. Institut canadien de conservation, Traitement du drapeau de Carillon pour le Musée du Séminaire de Québec, rapport de traitement coordonné par Ela Keyserlingk, restauratrice principale, Ottawa, 1992, 23 p. à l’avenir ICC.
47. Cité par Guy Bouthillier et Jean Meynaud, Le Choc des langues au Québec 1760-1970, Montréal, les Presses de l’Université du Québec, 1972, p. 148.
Un musée d’histoire
Le Musée de l’Amérique française, le plus ancien musée au Canada, est issu d’une tradition religieuse et éducative européenne. Situé dans l’un des bâtiments attenant au site du Séminaire de Québec, fondé par Mgr de Laval en 1663, il est à la fois témoin et faire-valoir d’un passé haut en couleur, digne des plus grandes épopées du monde.
Dès 1806, on y retrouve une collection qui regroupe des instruments destinés à l’enseignement des sciences. Suivit, au fil des ans, la constitution de collections de monnaies anciennes et de médailles, des collections de minéralogie, de géologie, de numismatique, de zoologie, de botanique, de fossiles, de peinture, d’ethnologie et de livres anciens. Aujourd’hui, ces témoins uniques du passé font partie de la collection gérée par le Musée de la civilisation dont le Musée de l’Amérique française est une composante depuis 1995.
Essentiellement tourné vers l’histoire, le Musée offre aujourd’hui des expositions et une foule d’autres activités, consacrées à l’implantation et au développement de la culture française sur le continent nord-américain.
Sa programmation invite à revivre la grande aventure des francophones en Amérique du Nord, à se pencher sur leurs faits et gestes, à s’attarder au contexte dans lequel ils ont vécu, à s’imprégner de l’esprit qui les animait. Comprendre et apprécier cet héritage laissé au monde moderne, héritage qui témoigne de la détermination et du dynamisme de millions de personnes, éclairent à la fois le présent et l’avenir de chaque Québécois, individuellement et collectivement.
http://www.mcq.org/fr/maf/index.html
Le drapeau de Carillon suite.
http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-212/Drapeau_de_Carillon.html
Drapeau de Carillon
par Bergeron, Yves
Drapeau de Carillon
En 1832, quelques années avant la Révolte de 1837-38, les membres du parti Patriote adoptent un drapeau arborant trois bandes horizontales (verte, blanche et rouge). Après la défaite, la pendaison des Patriotes et la publication du rapport Durham, les Canadiens français se retrouvent à la recherche d’un nouveau drapeau national n’ayant pas le caractère révolutionnaire de ce drapeau tricolore. Quelques années plus tard, lors du défilé du 24 juin 1848 à Québec, la Société Saint-Jean-Baptiste présente à la foule un drapeau qui aurait été témoin de la victoire de Montcalm sur l’armée britannique à Carillon, en 1758. Ce drapeau frappe l’imaginaire du peuple qui, même s’il ne l’adoptera pas comme tel, lui vouera un culte au point d’influencer l’allure définitive du drapeau québécois.
Sommaire [masquer]
L’histoire d’une redécouverte
L’entretien du mythe
Du drapeau de Carillon au drapeau du Québec
Des doutes sur l’authenticité du drapeau
Patrimonialisation et dépatrimonialisation
NOTES
DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES
Images
Hyperliens
Catégories
L’histoire d’une redécouverte
Dans un article publié en 1882, c’est-à -dire à la même époque que les articles consacrés à l’astrolabe de Champlain, l’historien et folkloriste Ernest Gagnon retrace l’histoire de la découverte du drapeau de Carillon (NOTE 1). En 1842, l’avocat, homme d’affaires et philanthrope de Québec, Louis de Gonzague Baillairgé (1808-1896) (NOTE 2), participe à la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. Cinq ans plus tard, il se lance à la recherche du drapeau de Carillon : cette quête le conduit à l’automne 1847 vers le dernier survivant des Récollets à Québec, le frère Louis Martinet, dit Bonami (1764-1848)(NOTE 3). Atteint de paralysie et ne se sentant pas en mesure de répondre à ses questions, le frère Louis lui demande de revenir plus tard. À la mi-janvier 1848, Baillairgé rencontre finalement le dernier Récollet qui lui raconte, avant de mourir, l’histoire du drapeau de Carillon…
Battle of Carillon
Le 8 juillet 1758, le père Berey, Supérieur des Récollets et aumônier des troupes françaises, est témoin de la bataille des troupes de Montcalm contre l’armée britannique au fort Carillon. C’est lui qui aurait ramené le drapeau de la victoire exceptionnelle de Montcalm et de ses 3 500 hommes contre l’armée britannique de 16 000 hommes. La tradition raconte que la bannière témoignait des balles et des coups de sabres de cette victoire française. Une légende dit d’ailleurs que « la Vierge était apparue au-dessus des combattants et [...] toutes les balles tirées par les Anglais allaient s’anéantir dans les plis de sa robe, sans atteindre les Français.»(NOTE 4) À son arrivée à Québec, en 1759, le père Berey installe la bannière dans l’église des Récollets.
Vue à vol d’oiseau du Fort Carillonen 1759
Lors de l’incendie de l’église des Récollets en 1796, le frère Louis, avec d’autres Récollets, tente de sauver ce qu’il peut des flammes. Alors que celui-ci allait sortir, le feu aurait consumé la corde qui retenait le drapeau au plafond de l’église, de sorte que celui-ci serait tombé à ses pieds. Le frère Louis récupère et range le drapeau dans un coffre avec d’autres objets sauvés de l’incendie. C’est dans ce même coffre, conservé au grenier de la résidence du frère Louis, rue Saint-Vallier à Québec, que Baillairgé retrouve le mythique drapeau.
Dès le 24 juin 1848, Baillairgé permet aux dignitaires de la Société Saint-Jean-Baptiste de défiler dans les rues de Québec avec le drapeau de Carillon. Pour cette occasion historique, le drapeau est déployé. Dès l’année suivante, Baillairgé exige que le drapeau enroulé sur sa hampe soit enveloppé dans un fourreau de toile. Une délégation accompagnée d’une fanfare se rend chez Baillairgé pour récupérer la bannière. C’est ainsi que le drapeau défilera chaque année dans les rues de Québec sans que personne ne puisse le voir. Jusqu’à la mort de Baillargé en 1886, personne ne sera d’ailleurs autorisé à voir «son drapeau de Carillon». Comme ses héritiers ne s’intéressent pas à l’objet, ils le lèguent en 1901 à l’Université Laval et au Séminaire de Québec, qui ne forment alors qu’une seule et même institution. Les demandes pour emprunter et présenter le drapeau sont nombreuses, mais à chaque occasion la direction de l’université rappelle que « Le drapeau n’est pas en état d’être déployé, si ce n’est qu’avec des précautions […]. C’est une relique vraiment nationale qu’il faut absolument conserver au prix des plus grands sacrifices » (NOTE 5).
L’entretien du mythe
Fragment du drapeau de Carillon
Certains événements vont contribuer à construire le mythe du drapeau de Carillon. Peu de temps après sa découverte, Baillairgé vend quelques fragments du drapeau à titre de reliques. Certains morceaux retrouvés plus tard seront bien identifiés comme provenant du drapeau. Le 5 juin 1854, lors de translation des restes des soldats morts lors de la bataille des Plaines d’Abraham, la mythique bannière de Carillon, enserrée dans son étui, accompagne le char funéraire qui transporte les restes des Braves vers le parc où la Société Saint-Jean-Baptiste érigera un monument à leur mémoire quelques années plus tard.
D’autres utilisations sporadiques en sont faites. En 1858, l’écrivain Octave Crémazie publie un poème épique intitulé «Le drapeau de Carillon» qui contribue à sa sacralisation. Le 21 juillet 1885, le drapeau est présenté lors du défilé marquant le retour du 9e bataillon qui a participé à la campagne du Nord-Ouest(NOTE 6) . Cinq ans plus tard, le recteur de l’Université Laval le déploie à l’occasion de la visite officielle du comte de Paris à Québec(NOTE 7).
La Garde Montcalm rapporte au Séminaire le drapeau de Carillon
À partir de 1901, ce sont les Zouaves pontificaux de Québec qui escortent le drapeau de Carillon dans son étui lors des défilés de la Saint-Jean-Baptiste. En 1910, les Zouaves pontificaux font confectionner une reproduction du drapeau, avec ses fleurs de lys qui pointent vers l’intérieur et dont les proportions ont été modifiées pour en faire un véritable drapeau, plutôt qu’une bannière. On peut y voir d’un côté les armes du marquis de Beauharnois, qui fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1726 à 1747, et de l’autre côté, l’image de la Vierge(NOTE 8).
Le drapeau de Carillon, qui reste sous la responsabilité du recteur de l’Université Laval, participe à la commémoration du 170e anniversaire de la mort de Montcalm en 1929. Le drapeau sera finalement prêté au fort Ticonderoga (NOTE 9), dans l’état de New York(NOTE 10), pour le bicentenaire de la bataille de Carillon. Après cette ultime commémoration, il retourne dans la voûte des archives de l’Université Laval, où son souvenir est peu à peu éclipsé par la Révolution tranquille.
Du drapeau de Carillon au drapeau du Québec
Après avoir abandonné le tricolore vert, blanc et rouge, les Canadiens français avaient finalement adopté le drapeau français au milieu du 19e siècle. Au tournant du 20e siècle, ils sont à nouveau à la recherche d’un drapeau qui serait un reflet plus fidèle de leur identité. C’est ainsi qu’en 1902, le curé de Saint-Jude, Elphège Filiatrault propose le «Carillon Sacré-Cœur ». Y figurent les fleurs de lys du drapeau de Carillon et la croix blanche que l’on retrouve sur les anciens drapeaux français. Bien accueilli par certains, mais décrié par les partisans du drapeau bleu, blanc, rouge de la France, le Carillon Sacré-Cœur s’impose peu à peu. Le 21 janvier 1948, Maurice Duplessis adopte finalement le fleurdelisé, inspiré du Carillon Sacré-Cœur, comme drapeau national du Québec (NOTE 11).
Des doutes sur l’authenticité du drapeau
Curieusement, personne n’avait douté de l’authenticité du drapeau de Carillon lorsqu’il était réapparu en 1848. Le frère Louis Martinet, paralysé et malade, meurt peu de temps après avoir livré le secret du drapeau à Baillargé. Comme le soulignent Hélène-Andrée Bizier et Claude Paulette :
« Disparaissait ainsi le seul témoin susceptible de confirmer le récit de Baillairgé, un récit qui soulevait quelques interrogations, dont celle-ci : les grandes dimensions de la pièce (213 cm sur 307 cm) ainsi que l’orientation des dessins indiquent qu’il ne s’agit pas d’un drapeau, mais plutôt d’une bannière devant être suspendue à la verticale. Par surcroît, la relique présentait tous les attributs d’une bannière religieuse qui n’aurait pas été à sa place sur un champ de bataille, à moins qu’on veuille y voir la cause de la victoire quasi miraculeuse de Carillon…(NOTE 12)»
Puisque le drapeau de Carillon est considéré comme un symbole national, il est pratiquement impossible de remettre en doute l’authenticité du récit. En raison de la force de cette valeur symbolique pour les Canadiens français, Ernest Gagnon(NOTE 13) utilise d’ailleurs un pseudonyme en 1915 pour révéler «qu’il s’agissait d’une bannière religieuse et non d’un drapeau.(NOTE 14)»
Il faut attendre 1982, avec la demande de restauration soumise par la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, pour que le Séminaire de Québec accepte que le drapeau soit examiné et restauré par l’Institut canadien de conservation. Bien que Baillairgé ait toujours soutenu qu’il s’agissait d’un drapeau de régiment, c’est à cette époque que l’on découvre que le drapeau est bel et bien une bannière religieuse et qu’elle était conçue pour être suspendue verticalement.
Drapeau de Carillon
Les experts de l’Institut de conservation du Canada confirment que la bannière a bel et bien été confectionnée au 18e siècle. Les recherches ont démontré qu’à compter de 1732, les armoiries de Beauharnois portaient une devise qui n’apparaît pas sur la bannière. Ce détail laisse croire que la bannière serait antérieure à 1732. Par ailleurs, la légende qui veut que la bannière ait été lacérée par des balles et des coups de baïonnettes lors de la bataille de Carillon en 1858 relèverait de l’interprétation. Baillairgé raconte ainsi l’état de ce l’objet lors de sa découverte :
«Son espoir ne fut pas déçu : au milieu d’objets de toutes sortes, il vit briller un morceau de soie, une fleur de lis blanche, qu’il saisit avidement ; puis, tout ému, il retira des débris et déploya, dans ce réduit ignoré, le vaste et noble étendard suspendu jadis à la voûte d’une des plus belles églises de la Nouvelle-France, un des drapeaux de nos glorieux ancêtres dans l’immortelle campagne des bords du lac Champlain…(NOTE 15)»
On peut d’ailleurs constater l’état de conservation de la bannière sur la célèbre photographie prise par Livernois en 1901.
Les restaurateurs de l’ICC démontèrent la bannière fil par fil pour la retisser sur un nouveau support. Après un travail qui demanda près de 2310 heures (NOTE 16), ce n’est qu’en 1996 que les Québécois et les visiteurs purent enfin redécouvrir la bannière de Carillon, installée dans l’exposition permanente du Musée de l’Amérique française(NOTE 17). Rien, dans toutes ces opérations, n’aura toutefois permis de confirmer l’authenticité du récit de Baillairgé à propos de la bannière (NOTE 18).
Patrimonialisation et dépatrimonialisation
Chanson Ô Carillon
Qu’elle soit vraie ou fausse, la bannière de Carillon témoigne de la dernière victoire française en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept ans. Les récits qui s’élaborent à compter de 1848 rappellent la victoire de Montcalm plutôt que la défaite des plaines d’Abraham en 1759. Le récit de cet objet perdu et retrouvé grâce à la mémoire du dernier Récollet encore vivant à Québec permet de lier la bannière au récit historique de la fin de la Nouvelle-France, alors même que le Canada français choisit d’affirmer son identité nationale après la seconde défaite des Patriotes. Le drapeau de Carillon devient le symbole d’une nation qui cherche une nouvelle identité. Baillairgé et les nationalistes canadiens-français s’emparent du drapeau et en font un véritable mythe. De plus, la Société Saint-Jean-Baptiste crée un rituel annuel qui donne encore plus de valeur à cet objet que l’on ne voit pas, mais que l’on présente tout de même au défilé annuel de la Saint-Jean dans les rues de Québec.
Ce qui importe dans le cas du drapeau de Carillon, comme dans le cas de l’astrolabe de Champlain, c’est le récit identitaire que ces objets permettent de relater. Le drapeau que personne ne peut voir devient le support d’une mémoire collective construite de toutes pièces. Dans ces deux exemples, on constate que les élites inventent deux mythes liés au récit fondateur du pays. Se côtoient d’une part la version que donne le gouvernement fédéral avec l’astrolabe de Champlain et, d’autre part, la version de la Société Saint-Jean-Baptiste et des nationalistes québécois. En somme, on se retrouve devant deux stratégies de commémoration. En fait, les deux objets sont tournés vers le présent, la réalité historique important finalement peu à côté de leur importance symbolique. Au Musée canadien des civilisations, l’astrolabe s’inscrit dans un récit actualisé du Canada et de sa double fondation française et britannique. L’objet rappelle l’exploration du pays par Champlain et la redécouverte de l’astrolabe dans la région qui deviendra la Capitale du Canada. Au Québec, le drapeau de Carillon a joué un rôle majeur dans le débat national. Après avoir été patrimonialisé sur une période d’un siècle, la bannière est finalement oubliée au profit du drapeau québécois. Nous sommes en face d’un cas relatif de dépatrimonialisation, dans la mesure où le symbole que représentait la bannière avec ses fleurs de lys se déplace vers le nouveau drapeau du Québec qui sera le symbole de la Révolution tranquille.
Yves Bergeron
Professeur de muséologie
Université du Québec à Montréal (UQAM)
NOTES
1. Ernest Gagnon, «Le drapeau de Carillon», la Revue canadienne, mars 1882, p. 129-139.
2. Jean-marie Lebel, BAILLAIRGÉ, LOUIS DE GONZAGUE, Dictionnaire biographique du Canada, 1891-1900 (Volume XII). http://www.biographi.ca
3. Voir : Lebel, Jean-Marie, « MARTINET, dit Bonami, LOUIS», Dictionnaire biographique du Canada en ligne. 1836-1850 (Volume VII). http://www.biographi.ca Consulté le 15 novembre 2008.
4. René Robitaille, Le Drapeau de Carillon réalité historique ou légende, Québec, Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, août 1983, 34 p.
5. Lettre de M. Mathieu à M. David, 9 décembre 1901. Archives du Séminaire de Québec, 159A-135.
6. George Beauregard, Le 9e bataillon au Nord-Ouest, Québec, Gingras, 1886, p.98.
7. Ernest Gagnon, Le Comte de Paris à Québec, Québec, 1891, Typographie C. Darveau, p. 45-47.
8. Voir : Je me souviens depuis 1834. Montréal, Leméac, 1980, p. 19.
9. Voir : René Chartrand. Ticonderoga 1758. Montcalm’s victory against all odds, Osprey Publishing, 2000, 96 p.
10. L ‘ouvrage de Lucinda A. Brockway retrace le parcours de mise en valeur du fort Ticonderoga. A favorite place of resort for strangers. The King’s Garden at Fort Ticonderoga, New York, Fort Tigonderoga, 2001,127 p.
12. Tiré de : Hélène-Andrée Bizier et Claude Paulette, Fleur de lys. D’hier à aujourd’hui, Montréal, Art global, 1997, 152 p.
Hélène-Andrée Bizier et Claude Paulette, Fleur de lys. D’hier à aujourd’hui, Montréal, Art global, 1997, p. 113.
13. Voir : Gorden E. Smith, «GAGNON, ERNEST (baptisé Frédéric-Ernest-Amédée)» dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne. 1911-1920 (Volume XIV). http://www.biographi.ca Consulté le 15 novembre 2008.
14. Jean-Marie Lebel, « MARTINET, dit Bonami, LOUIS», Dictionnaire biographique du Canada en ligne. 1836-1850 (Volume VII). http://www.biographi.ca Consulté le 15 novembre 2008.
15. Ernest Gagnon in Chouinard, Fête nationale des Canadiens-français, célébrée à Québec 1881-1889. Québec, de l’imprimerie Belleau & Cie, 1890, p. 59-67. Cité dans Je me souviens depuis 1834. Montréal, Leméac, 1980, p. 19.
16. Voir : Rapport de traitement du drapeau de Carillon, coordonné par Ela Keyserlingk, restauratrice principale, Ottawa, Institut canadien de conservation, 1993, 23 p.
17. Voir le catalogue de l’exposition : Alain Beaulieu et Yves Bergeon, Amérique française l’Aventure (préface de Pierre Nora), Montréal, Fidès-Musée de la civilisation, 2002, 124 p.
18. Ayant pris connaissance du dossier et après discussion avec l’équipe de réalisation, nous avons convenu de rappeler essentiellement que la bannière est à l’origine du drapeau québécois sans évoquer les débats qui entourent son histoire.
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2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Le drapeau de Carillon
Consulter ce lien et faite la lecture de la page 129 Ã 139
http://books.google.ca/books?id=pbwNAAAAQAAJ&pg=PA129&lpg=PA129&dq=drapeau+de+carillon&source=bl&ots=ICIetsFHHu&sig=Bt3dCUiuEohN1Jz5_ueKHXygaac&hl=fr&ei=yRfRStvjKpDclAeRyPCoCg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=9&ved=0CBoQ6AEwCDge#v=onepage&q=drapeau%20de%20carillon&f=false
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2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Noël Levasseur (1680-1740) maître sculteur des armoiries royales de France.
http://www.levasseur.org/fr/Biographies/Anciennes
LEVASSEUR, NOËL, maître sculpteur, né a Québec en 1680, fils de Noël Levasseur, menuisier, et de Marguerite Guay, inhumé le 13 décembre 1740 à Québec. Petits-fils du maître menuisier Jean Levasseur* dit Lavigne.
On sait peu de chose des années d’apprentissage de Noël Levasseur, mais on peut supposer qu’il apprit le métier de menuisier avec son père et s’initia à la sculpture avec les maîtres de l’école de Saint-Joachim. Son contrat de mariage avec Marie-Madeleine Turpin, daté du 3 avril 1701, le situe à Montréal. Il y vivait probablement depuis quelque temps afin de parfaire sa formation. Il fut en effet, à Montréal, en contact assez étroit avec le sculpteur Charles Chaboulié pour que ce dernier, alors célibataire, se soit engagé en 1702 à laisser tout son avoir au premier-né des époux Levasseur. Malheureusement, aucune œuvre de Chaboulié ne permet de juger de son influence possible sur Noël Levasseur.
Établi définitivement à Québec en 1703, où il éleva une famille de 13 enfants, Noël Levasseur se fit une clientèle parmi les curés et les communautés de Québec et des environs. Mais il lui arriva aussi de travailler pour des particuliers ; en 1715, par exemple, Levasseur « promet et soblige de partir incessamment pour se rendre au Cap St-Ignace, auquel lieu il fera toutte la sculpture et ornements qui seront nécessaires au navire que led. [capitaine Prat] Prat fait construire aud. lieu ». Si rien ne nous est parvenu des sculptures des vaisseaux du xviie siècle, il ne faut pas oublier qu’il y eut une sculpture profane dans la colonie française. On attribue d’ailleurs à Noël Levasseur deux cartouches en bois sculpté polychrome, l’un au Musée du Québec, l’autre aux Archives publiques du Canada, représentant les armoiries royales de France. Ces cartouches auraient été commandés par Gaspard-Joseph Chaussegros* de Léry en 1727 pour orner les portes et les édifices administratifs de la ville de Québec Bien que le nom de Levasseur apparaisse dans les livres de comptes de beaucoup de paroisses des environs de Québec, il reste malheureusement peu d’ouvrages pour témoigner de son œuvre. Il en est ainsi pour Saint-Laurent (île d’Orléans) où il construisit un retable en 1711, pour Lauson où il exécuta le même genre de travail de 1730 à 1733, pour Saint-Augustin où il œuvra en 1731, pour Notre-Dame de Québec en 1732, pour Beauport en 1733. Il avait aussi travaillé à Varennes en 1726, à la Pointe-aux-Trembles (Montréal) en 1727, à Boucherville en 1729. Il est impossible de retracer aujourd’hui la Vierge à l’Enfant de Notre-Dame de la Jeune-Lorette qui portait une inscription commençant ainsi : « Je suis donné par Noël Levasseur sculpteur et son épouse Marie Madeleine Turpin le 1er mars 1729, pour faire la procession du scapulaire et du rosaire [...] ». Impossible aussi de retracer « deux figures de bois représentant la Ste-Vierge et St-Joseph et deux autres représentant le bœuf et l’âne » sculptées en 1733 pour la paroisse de Sainte-Croix de Lotbinière.
Il nous reste, outre le maître-autel de l’Islet exécuté probablement par Noël Levasseur en 1728, deux œuvres capitales que nous pouvons lui attribuer avec certitude : le maître-autel de la chapelle de l’Hôpital Général de Québec (1722) et le retable de la chapelle des Ursulines (1732–1736). Il fut sans doute aidé par son fils aîné, François-Noël, pour l’exécution de ces deux œuvres, et par son fils cadet, Jean-Baptiste-Antoine, pour le retable des Ursulines. Ces deux sculpteurs durent toute leur formation à leur père et collaborèrent avec lui jusqu’à sa mort. Cette entreprise familiale dura encore longtemps, puis-qu’après 1740 les fils Levasseur partagèrent le même atelier et travaillèrent aux mêmes endroits.
Le tabernacle du maître-autel de la chapelle de l’Hôpital Général constitue une œuvre unique en son genre. C’est une construction architecturale de bois doré d’une grande simplicité : sur une prédelle, un avant-corps, s’avançant par décrochements avec un arc cintré soutenu par dix colonnes corinthiennes, est surmonté d’un dôme, d’une lanterne et d’un ange volant. Cet avant-corps est flanqué de deux ailes incurvées à la base desquelles se trouvent huit niches encastrées entre des colonnes corinthiennes, la partie supérieure étant construite en trois étages ornés de motifs décoratifs ajourés. La base de l’avant-corps porte les armes de Mgr de Saint-Vallier [La Croix] qui fit don de ce maître-autel aux religieuses de l’Hôpital Général. Les huit niches des ailes et les cinq niches du dôme renferment des statuettes qui restent encore aujourd’hui une énigme : elles n’ont pas toutes été faites par le même sculpteur. Il semble bien qu’on ait confié les statuettes du dôme à un sculpteur et celles des ailes à un autre. L’un d’eux pourrait être Noël Levasseur, sans qu’on sache lesquelles lui attribuer, faute d’étude suffisante des styles et de documentation.
Le retable des Ursulines est l’une des œuvres majeures de la sculpture au Canada français. Aux Levasseur, père et fils, se joignit peut-être leur cousin, Pierre-Noël. Il s’agit d’un retable à la récollette [V. Juconde Drué] dont l’esprit a été légèrement altéré lors d’une réfection en 1902. Composé de façon traditionnelle, il est divisé en trois parties séparées par des colonnes corinthiennes : la partie du centre comprend le maître-autel, surmonté d’un tableau de l’Annonciation et d’un édicule terminé par un fronton cintré contenant une statue de saint Joseph tenant l’Enfant Jésus. Aux parties droite et gauche, on distingue les portes de sacristie surmontées de niches contenant des statues de sainte Foy et de saint Augustin. Tout au sommet, sur l’entablement, deux anges adorateurs font le lien avec la partie centrale du retable. Les cinq sculptures en ronde-bosse sont peut-être de la main de François-Noël Levasseur. Les piédestaux des colonnes et les portes de sacristie sont ornés de reliefs. Ceux-ci sont d’une facture plus maladroite que celle des sculptures en ronde-bosse. Le tabernacle du maître-autel est d’un style beaucoup plus orné que celui de l’Hôpital Général. C’est une composition architecturale à trois avant-corps ; celui du centre porte un relief représentant le Bon Pasteur. Une chaire ornée d’un abat-voix complète cet ensemble de bois sculpté, doré et peint.
Si Noël Levasseur ne fut pas seul à travailler à ce retable d’esprit Louis XIV, il en fut certainement l’âme dirigeante. On retrouve le même style, mais simplifié, dans les œuvres de ses fils après 1740.
Continué par ses deux fils, François-Noël et Jean-Baptiste-Antoine, et son cousin Pierre-Noël, Noël Levasseur domina, bien au-delà de sa mort, la sculpture canadienne du xviiie siècle.
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2ième bataillon du regiment de la Sarre
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Livre de Paul Painvin sur l’historique du régiment de la Sarre/51e régiment d’infanterie.
Pour en faire la lecture consulter ce lien internet:
http://www.archive.org/texts/flipbook/flippy.php?id=historiqueduerg00paingoog
Bonne lecture.
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2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Renseignements sur les armoiries royales.
Consulter ce site internet pour plus de détails et pour voir une photo de meilleure qualité visuelle.
http://collections.civilization.ca/public/pages/cmccpublic/emupublic/Display.php?irn=1125979&QueryPage=%2Fpublic%2Fpages%2Fcmccpublic%2Femupublic%2FQueryF.php&lang=1
Artiste/Artisan/Fabricant Levasseur, Noel
Date de Manufacture 1727
Date de début 1727/01/01
Date de fin 1727/12/31
Mesures Hauteur 118.0 cm, Largeur 96.0 cm, Profondeur 20.0 cm
Événements 1754-1763 Guerre de Sept Ans, 1759 Capture de Québec
Légende Les armoiries royales françaises
Information supplémentaire Les armoiries royales françaises.Ces armoiries étaient autrefois suspendues à Québec.Les armoiries étaient des symboles marquants de la souveraineté et de l’empire français. À partir de 1725, les officiers des colonies affichent les armoiries sur les portes des villes et les bâtiments publics.
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Le musée de la Guerre d’Ottawa et les armoiries royales.
Plus de renseignements sur ce lien en format PDF.
http://www.wlu.ca/lcmsds/cmh/back%20issues/CMH/volume%207/Issue%202/Pothier%20-%20The%20Royal%20Arms%20of%20France%20and%20its%20Ancillary%20Artifacts.pdf
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2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Pour voir le 2ième bataillon du régiment de la Sarre en 360 degrés voici un lien pour 2 diaporamas du régiment, cliquer sur les images et allumer le son.
http://www.photojpl.com/blog/2008/09/03/le-regiment-de-la-sarre/
Bon visionnement.
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2ième bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
Pour rendre hommage à nos ancêtres de 1759-1760, rapatrions les armoiries de Québec sur le sol du berceau de la Nouvelle-France, voici le vidéo en ligne sur Tag Télé au lien suivant:
http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
Vous pourrez aussi consulter le lien internet suivant pour plus d’informations :
http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-rapatriement-des-armoiries-royales-de-france.qc
Merci de militer pour le retour de notre patrimoine.
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2e Bataillon du Régiment de La Sarre
VIVE LE ROY!
http://www.regimentdelasarre.ca
Pour rendre hommage à nos ancêtres de 1759-1760, rapatrions les armoiries de Québec sur le sol du berceau de la Nouvelle-France, le vidéo est aussi en ligne sur You Tube au lien suivant:
http://www.youtube.com/watch?v=ll9ryIwWqWo
Merci de militer pour le retour de notre patrimoine.
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2e Bataillon du Régiment de La Sarre
VIVE LE ROY!
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La Bataille de Sainte-Foy
1760
SAINTE-FOY (Victoire de), revanche entreprise par le chevalier de Lévis, en vue de reprendre la ville de Québec.
Durant l’hiver de 1759, M. de Lévis organisa à Montréal, d’accord avec le gouverneur de Vaudreuil; la revanche de la défaite et de la mort de Montcalm. Il caressait l’espoir que le roi et son Conseil n’abandonneraient jamais la colonie et lui enverraient de puissants secours. Sa persuasion se communiqua aux soldats réguliers et aux troupes de la milice.
Dès le printemps, tous les préparatifs une fois terminés, il charge M de Bougainville de la défense de l’est, le capitaine Pouchot de l’ouest et se réserve avec Bourlamaque un retour offensif sur la capitale, à la tête d’un effectif d’environ 6,900 hommes. Ces troupes s’ébranlent le 20 avril, les unes descendant par eau, de Montréal à la Pointe-aux-Trembles, où les autres les rejoignent le 25; le lendemain, l’avant-garde se met en mouvement, commandée par M. de Bourlamaque, et marche vers la Vieille-Lorette pour atteindre les hauteurs de Sainte-Foy, en traversant les marais de la Suette, la nuit du 26 avril. Ni le tonnerre, ni la pluie d’orage, ne ralentissent la marche des soldats, qui prennent possession des maisons.
Là , un bois d’une demi-lieue sépare l’avant-garde des troupes ennemies. Elle le franchit, le matin, et se trouve en vue des Anglais à 200 toises du coteau. Par une marche de flanc, elle s’établit sur la route de Sainte-Foy. Le corps des troupes défile par la droite, en silence. Mais Murray a le temps de retirer ses troupes du Cap-Rouge avant d’être coupées par les deux ailes françaises, d’amasser les munitions dans l’église et d’y mettre le feu. Le chevalier de Lévis commença l’attaque sur son arrière-garde jusqu’à la demeure et le moulin de Dumont, sis à une demi-lieue des remparts de Québec. Les hommes que Murray y posta, pour la nuit du 26, allèrent se retrancher sur les Buttes-à -Neveu.
Rentré en ville, Murray se porte en avant, le 26 avril, à la tête de la garnison, laissant environ 400 combattants sur place : il s’avance sur deux colonnes avec 3,000 hommes, 22 pièces de canons et obusiers. A cette vue, M. de Lévis renvoie le gros des siens sur les Plaines d’Abraham. Murray développe sa ligne principale sur un quart de lieue, en avant des Buttes : quatre bataillons et les Montagnards écossais, commandés par Burton, forment la droite, à cheval sur la route de Sainte-Foy; quatre bataillons, sous les ordres de Fraser, forment la gauche, à cheval sur le chemin Saint-Luc; plus deux bataillons de réserve; en outre, la droite était couverte par le corps d’infanterie légère du major Dalling, et la gauche par la compagnie de Rangers et 100 volontaires de la garnison. L’ordre de l’attaque est alors donné.
L’avant-garde française de dix compagnies de grenadiers s’était mise en ordre de bataille, partie dans une ancienne redoute au levant du Foulon, partie dans la maison et le moulin Dumont; les trois brigades de droite à peine formées au moment de l’assaut des Anglais. Le général Murray s’applique à enlever le moulin par des forces supérieures. Mais Lévis se replie du moulin sur la lisière du bois en arrière, afin de rallier les brigades qui arrivaient de ce côté. C’est durant ce recul que Bourlamaque tombe grièvement atteint d’un boulet qui tue sous lui son cheval. Ses troupes, restées sans recevoir d’ordre, voyant vers les bâtiments les grenadiers aux prises avec un ennemi double en nombre, s’élancent d’elles-mêmes à leur secours : en face des Montagnards, les grenadiers attaquent au pas de charge : maison et moulin sont pris et repris plusieurs fois à l’arme blanche; enfin, ils leur restent et à leurs officiers, le capitaine d’Aiguebelle et le colonel d’Alguier; ils y périrent presque tous.
Pendant cette action, M. de Lévis lançait une partie de l’aile droite contre la redoute qu’elle avait abandonnée pour se replier; elle est reprise par les Canadiens ainsi que le bois à pic sur le bord du fleuve, sous la conduite de M. de Saint-Luc entouré de ses Sauvages. Le feu devint très vif, les miliciens se couchant pour recharger les armes et se précipitant ensuite pour fusiller les canonniers sur leurs pièces. Les Montréalais, animés par M. de Repentigny, se distinguent, malgré la mort du colonel Réaume, en arrêtant seuls en rase campagne le centre de l’armée ennemie. Le mouvement offensif de Murray avait échoué. Les Français allaient assaillir à leur tour. Le chevalier ordonna de refouler l’aile gauche du chemin Saint-Louis sur celui de Sainte-Foy à la baïonnette : il voulait la culbuter dans la vallée Saint-Charles. Le colonel Poulhariès, avec une brigade, fond sur les Anglais, traverse leurs rangs et les met en fuite. M. de Lévis, témoin de la débandade de l’ennemi, enfonce sa droite et la pousse de front : la déroute des Anglais est complète.
Les Franco-Canadiens les poursuivent au pas de course; mais la fuite est si rapide et les portes de la ville si proches qu’on ne pouvait réussir à en intercepter l’entrée aux fuyards. L’ennemi laissa aux mains des vainqueurs artillerie, munitions, outils de retranchement, les morts et une partie des blessés : 1,124 en tout ou plus du tiers de l’armée. D’après l’aveu de John Knox dans son Journal, les Français auraient repris Québec en y pénétrant sur l’heure : ils étaient exténués. Ils eurent 833 hommes tués ou blessés, parmi lesquels un chef de brigade, six chefs de bataillons, 96 autres officiers, n’ayant eu d’ailleurs à opposer aux 22 canons de Murray que trois petites pièces de campagne, traînées à bras dans les marais de la Suette. Les Sauvages, qui s’étaient la plupart tenus dans le bois de Sillery durant le combat, se répandirent sur le champ du carnage pour lever les chevelures : M. de Lévis fit cesser ce massacre, dès qu’il en fut informé. L’action avait duré presque deux heures.
Dès le même soir du 28 avril, on commença les travaux du siège à huit cents verges des remparts, sous la direction de M. de Pontleroy, ingénieur en chef, et de Montheillard, commandant de l’artillerie. Murray se fortifia de son mieux, possédant un matériel complet et des munitions : il allait tergiverser et ne comptait que sur l’arrivée de la flotte d’Europe. « Si une flotte française l’eût devancée, écrit Knox, la ville serait retombée au pouvoir des vainqueurs de Sainte-Foy ».
Onze jours après, une frégate britannique entrait en rade (9 mai), acclamée par les assiégés, durant une heure entière. La frégate Lowestoffe fut suivie, le 15, de l’apparition de deux autres vaisseaux, The Vanguard et The Diana . Aussitôt M. de Lévis se détermina à lever le siège, par crainte d’être coupé dans sa retraite et de perdre ses magasins; c’était pendant la nuit du 16 mai.
Source : Louis LE JEUNE, ” Victoire de Sainte-Foy”, dans Dictionnaire Général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, mours, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Vol. 1, Ottawa, Université d’Ottawa, 1931, 862p., pp. 577-578.
© 2005 Claude Bélanger, Marianopolis College
L’`épopée Canadienne du chevalier de Lévis, la Victoire de Ste-Foy.
Pour en savoir plus cliquer sur les liens suivants:
http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=3693085&qryID=57bac3cd-dbb8-4737-9b81-8cc0b063e7a3
http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=3693111&&qryID=a8ea026a-aad9-449d-9d5f-f25769f2ed15
Cliquer sur la flèche de droite jusqu’à la page 25.
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2ième bataillon du régiment de la SSarre
Vive le Roy!
http://www.regimentdelasarre.ca
Philippe Séguin livre Revisiter Montcalm
Voici un petit livre de M. Séguin qui a été un grand ami du Québec sur le dit sujet:
http://books.google.ca/books?id=irsINUlcbcwC&dq=philippe+seguin+montcalm&printsec=frontcover&source=bl&ots=Nk3aIeH-nU&sig=01YJP3zka0wx_sSAb-gy8n0L78k&hl=fr&ei=_ldIS_rvKYbSlAfKyJgd&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAcQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false
Bonne lecture.
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
http://www.regimentdelasarre.ca
Le marquis de Montcalm et la bataille de Québec, Septembre 1759 : une réévaluation
Pour apporter une vision différente de l’histoire à propos de Montcalm et de la bataille des plaines, voici un lien fort intéressant sur le sujet:
http://www.journal.dnd.ca/vo7/no2/boire-fra.asp
En espérant que cet article réhabilite le Marquis de Montcalm.
Soldat Sanspareil
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En espérant que ces paroles du Chevalier de Lévis ne tombe dans l’oubli , je souhaite que ceux-ci résonnent de nouveau sur les plaines.
Citation du chevalier de Lévis lors de la bataille de Ste-Foy 1760..
La seconde bataille des plaines d’Abraham !
Chevalier de Lévis
« Nos espoirs sont élevés. Notre foi dans les gens est grande. Notre courage est fort. Et nos rêves pour ce magnifique pays ne mourront jamais. »
Soldat Sanspareil
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Le mémorial de la guerre de Sept Ans unique au monde.
Pour en savoir plus consulter les liens suivants et n’hésiter pas à le visiter et rendre hommage à ces valeureux soldats du Roy.
http://www.capitale.gouv.qc.ca/realisations/monuments-plaques-oeuvres/memorial-de-la-guerre-de-sept-ans.html
http://www.cfqlmc.org/bulletin-memoires-vives/bulletins-anterieurs/bulletin-nd20-mars-2007/288
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http://www.cfqlmc.org/bulletin-memoires-vives/derniere-parution/488
Bulletin n°29, décembre 2009
Quelques mythes reliés à la guerre de Sept Ans
par Gilles Durand
De nombreuses activités de commémoration
Le rappel et la commémoration du 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham et de la mort de Montcalm donnent lieu à plusieurs activités de commémoration de part et d’autre de l’Atlantique : dévoilement de mémorial, marche et rassemblement, dépôt de gerbes de fleurs, visites d’expositions, tenue de colloque et de journée d’études, lancement de publications dont un point fort des événements commémoratifs demeure le répertoire à caractère biographique des soldats des troupes de Terre qui ont combattu en Nouvelle-France au cours de la guerre de Sept Ans – voir suggestion de lecture ci-dessous. Toutes ces activités ont mobilisé plusieurs partenaires à titre d’organisateur ou de soutien : la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, la Commission de la capitale nationale du Québec, la Commission des champs de bataille nationaux, le Service historique de la Défense, le Musée de la civilisation du Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée Stewart, la Société généalogique canadienne-française, la Fédération française de généalogie, les sociétés d’histoire et de généalogie de la région de Québec, les Augustines de l’Hôpital-Général, la municipalité de Vestric-et-Candiac, la ville de Brest, plusieurs historiens, etc.
Tout en donnant le pouls de l’attachement à la France, l’ensemble des événements et des publications permet de mieux cerner le contexte du conflit, les témoins et les acteurs de celui-ci. À l’occasion, certaines découvertes faites à la suite des recherches peuvent remettre en question certaines idées préconçues. D’autres révèlent une contribution de la France beaucoup plus grande que nous ne l’aurions d’abord cru.
L’abandon de la Nouvelle-France par la mère patrie
L’abandon de la colonie par la France fait partie de la propagande britannique pour amener les habitants à déposer les armes à la suite de la conquête et à accepter le nouveau Régime. La mère patrie fait beaucoup pour conserver sa colonie laurentienne. Tout au long du conflit, elle envoie des troupes du ministère de la Marine et du ministère de la Défense terrestre, des munitions de guerre, du ravitaillement. Elle doit cependant tenir compte de ses ressources, devant se battre sur trois fronts, sur le continent européen, sur mer et dans ses colonies, à un moment où sa marine, le nerf de la guerre, est loin d’être en mesure de soutenir la concurrence de celle de la Grande-Bretagne. Plusieurs des secours qu’elle envoie ne parviennent pas à destination, un facteur explicatif de la perte de la Nouvelle-France aussi important, selon certains, que la faiblesse du poids démographique face aux treize colonies du Sud.
Pour évaluer à sa juste mesure la contribution de la France, nous devons aussi prendre en considération, entre autres choses, le mariage et l’établissement au pays de plus de 600 soldats des troupes de Terre (Combattre pour la France, p. 94), une révélation importante découlant des recherches du projet Montcalm.
Le mythe du Canadien « canadien »
S’il faut reconnaître que l’identité canadienne est en formation au temps de la guerre de Sept Ans, la notion de « canadianité » apparaît véhiculée par le dernier gouverneur général de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, à des fins personnelles. Bénéficiaire de la réputation légendaire de son père, le gouverneur Philippe de Rigaud de Vaudreuil, Pierre de Rigaud de Vaudreuil est le seul gouverneur à être né au pays. Il utilise sa naissance canadienne pour progresser plus rapidement dans sa carrière. La correspondance qu’il achemine à la cour le démontre : « Il n’est pas nécessaire qu’il y ait d’officier général à la tête de ces bataillons [troupes de terre]… Je ne dois pas vous dissimuler, Monseigneur, que les Canadiens et les Sauvages ne marcheraient pas avec la même confiance sous les ordres d’un commandant des troupes de France que sous ceux des officiers de cette colonie (Cité dans Le Peuple, l’État et la Guerre, p. 371). »
En réalité, Français et habitants de la vallée du Saint-Laurent deviennent des Canadiens plus tard, à la suite de la conquête britannique. Pour le moment, ils se considèrent tous sujets du roi Louis XV. Ils en attendent support, nomination, promotion, etc. Le 12 mai 1759, l’officier français Jérôme de Foligné écrit dans son journal : « A huit heures du soir arriva Mr. de Bougainville […] Son arrivée causa tant de joye que dans l’instant son arrivée fut repandue par toute la ville, cette nouvelle etoit d’autant plus interessante qu’elle annoncoit une flotte, dans peu, de dix sept vaisseaux venant de Bordeaux chargés de munitions de guerre et de bouche […] Jamais joye ne fut plus générale elle ranima le cœur de tout un peuple… (Québec ville assiégée, p. 30). L’attachement au roi apparaît encore lorsque Bougainville repousse avec son détachement une attaque des Britanniques à la Pointe-aux-Trembles (Neuville) : celui-ci, de noter l’auteur anonyme du Journal du siège de Québec (p. 115), « a vu son cheval blessé entre ses jambes, ce qui l’a fait tomber à terre; les ennemis l’ayant aperçu l’ont cru mort et ont aussytôt crié houra, mais il s’est relevé et a fait crier : vive le Roy ». En 1763, c’est toujours le même sentiment d’affection et de fidélité à la France, exprimé par l’annaliste de l’Hôpital-Général de Québec : « On ne peut, Monseigneur, dépeindre au naturel la douleur et l’amertume qui s’est emparée de tous les cœurs à la nouvelle de ce changement de domination; on se flatte que quelque révolution que la Providence suscitera nous remettra dans nos droits (Le Devoir, Défaite ou cession? 25 août 2009). »
À l’époque, la participation à des groupes d’intérêt et l’affiliation à des réseaux assurent l’avancement personnel, parfois autant que les qualités personnelles. Pour s’être aliéné Nicolas Sarrebource de Pontleroy, devenu ingénieur en chef de la colonie, Michel Chartier de Lotbinière, officier dans les troupes de la Marine et ingénieur militaire, se fait suivre par une réputation d’incompétence : « M. de Lotbinière… a fait faire un pont sur la rivière du Cap Rouge, d’une construction nouvelle; les voitures, au lieu de passer dessus comme à l’ordinaire, passent par-dessous; cet ouvrage est digne d’une tel inventeur (Journal du siège de Québec, p. 69-70). » À l’inverse, des appuis dans la colonie et à la cour peuvent compenser un insuccès. Chargé de bloquer, à l’île aux Coudres, l’avance des Anglais dans le fleuve à l’aide de cageux (radeaux), Charles-François Tarieu de Lanaudière les brûle à l’arrivée de la flotte anglaise en mai 1759 et bat en retraite. À la suite de cette opération peu reluisante, le gouverneur Vaudreuil et l’intendant Bigot lui confient la responsabilité de réquisitionner du bétail auprès des habitants pour nourrir les troupes. L’auteur anonyme du Journal du siège de Québec écrit que « cette nouvelle dignité lui est plus lucrative que la première; d’ailleurs un coup de corne n’est pas si à craindre qu’un coup de canon qui fait très souvent la récompense des bons officiers (p. 78) »; plus loin, il ajoute : « M. de Lanaudière, chevalier de St. Louis, est à présent le grand Bouvier du munitionnaire; cette nouvelle charge lui est plus lucrative qu’honorable; tout le monde en rit mais il trouve son compte et sa sûreté (p. 100). » L’auteur anonyme exagère probablement, mais il n’en demeure pas moins que de Lanaudière est qualifié, dans une liste apostillée des officiers, de « Riche, officier très médiocre (Journal du siège de Québec, Notes, p. 149) ».
La guerre à l’européenne ou la guerre à la canadienne
On fait beaucoup état de l’opposition Montcalm « le Français »-Vaudreuil « le Canadien » sur la façon de mener la guerre. Dans son journal, Montcalm adresse plusieurs reproches à Vaudreuil, celui qui de supérieur est devenu subordonné à compter de 1758 : « Notre gouvernement ne vaut rien, écrit-il dans sa correspondance le 12 avril 1759… nulle confiance en Monsieur de Vaudreuil ny Monsieur Bigot (Québec ville assiégée, p. 26) ». « Nouveaux embarras pour la défense de Québec, n’y ayant rien de fait et point de ressources pour faire; suite nécessaire de la prodigieuse sécurité de M. le marquis de Vaudreuil », fait-t-il écrire dans son Journal le 23 mai 1759 à l’approche de la flotte britannique sur le fleuve (Québec ville assiégé, p.34). Plus loin, en date du 6 septembre 1759, face à l’armée française qui bombarde les vaisseaux qui contournent la ville pour remonter en amont, sans canonner en même temps les batteries ennemies installées à Pointe-Lévy, il fait consigner dans son Journal : « On gardait la poudre pour tirer sur les vaisseaux, et moi je dis qu’on la gardait pour les moineaux (Québec ville assiégée, p. 174). » De nouveau, le 10 septembre 1759, il ne peut s’empêcher de mettre en doute la crédibilité du gouverneur : « Le Canadien [Vaudreuil] confiant espère beaucoup des coups de vent communs dans cette saison. Mais il nous a si souvent donné de fausses espérances sur le secours des éléments, que l’on doute fort de la vérité de ses prophéties, qui ont perdu tout leur crédit (Québec ville assiégée, p. 182). »
L’opposition entre les deux hommes n’apparaît pas s’expliquer uniquement par le fait que Montcalm est familier avec la guerre à l’européenne en bataille rangée alors que Vaudreuil préfère la « petite guerre » offensive. D’un côté, il est loin d’être sûr que le premier ignore tout de la guerre d’embuscade. De l’autre, Vaudreuil est présenté comme « le seul gouverneur de la Nouvelle-France qui n’a pas d’expérience militaire. Sa participation à la campagne de 1728 contre les Renards ne peut en tenir lieu (Le Peuple, l’État et la Guerre, p. 625). » L’auteur anonyme du Journal du siège de Québec nous en laisse un portrait peu inspirant lors de la bataille du 13 septembre 1759 : « Pendant l’action M. de Vaudreuil a paru sur la coste étant en calèche, sa vue n’a fait qu’augmenter la déroute, et lui-même a décampé aussitôt et a repassé le pont de la petite rivière [rivière Saint-Charles] où il y avait au moins 3 à 4000 hommes qui y avoient été arrêtés (p. 130). »
Le mythe du Canadien féroce et belliqueux
Les journaux de campagnes militaires conservés dans les archives sont pour la plupart rédigés par des officiers français. Les habitants, conscrits pour servir dans la milice, ont laissé peu de traces permettant de retracer leurs qualités, leurs sentiments et leurs états d’âme. La rareté de leurs témoignages n’empêche toutefois pas Louise Dechêne de remettre en question l’image traditionnel du milicien canadien à l’instinct belliqueux, naturellement porté au combat et à la guerre.
À l’époque, l’habitant de la vallée du Saint-Laurent est pacifique; son horizon se limite en grande partie à sa famille, à sa ferme et à sa paroisse. Tout en n’étant pas un soldat professionnel, entraîné à observer une grande discipline et à défier le danger, il n’en apporte pas moins un soutien indispensable aux soldats des troupes de la Marine dans les rangs desquelles il combat, et aux troupes de Terre. Montcalm sait d’ailleurs à l’occasion reconnaître leur contribution : « …À la vérité si tout ce qui est soldat habitans est prevenu et se presente en armes, je pense qu’il n’y a rien à craindre (Québec ville assiégée, p. 146), trouvons-nous dans sa correspondance à propos d’une tentative possible de débarquement des Britanniques à Trois-Rivières. Lors de la débandade de l’armée le 13 septembre 1759, 200 miliciens apportent un appui indispensable… jusqu’à y laisser leur vie. De plus, le comportement des troupes françaises ne leur est pas spécifique. Les troupes britanniques font de même sur le champ de bataille lors de revers. « A peine entrées, le feu de notre mousqueterie les [les troupes britanniques] a mises en désordre, et elles se sont rembarquées (Ibid., p. 110) », trouvons-nous dans le Journal de Montcalm, en date du 31 juillet 1759, lors de l’attaque de Montmorency. Même chose à la Pointe-aux-Trembles le 7 août 1759 : « Les ennemis à cette descente pouvaient avoir, par l’estimé de leurs berges, environ 1200 hommes… où ils furent reçus par un feu étourdi; à la seconde décharge, les berges anglaises regagnèrent le large… M. de Bougainville m’a assuré qu’il a vu 7 berges dans lesquelles il pouvait y avoir 50 hommes dans chaque, et qu’il n’en a remarqué dans chaque que 4 ou 5 en état de ramer (Ibid., Journal de Panet, p. 128) ». Lors de l’attaque victorieuse de Lévis le 28 avril 1760, nous trouvons un commentaire semblable : « Mais ils se retirèrent avec tant de précipitation…Ils abandonnèrent toute leur artillerie, munitions, outils, morts et blessés… (Ibid., Journal des campagnes du Chevalier de Lévis, p. 244). »
Les aptitudes militaires du milicien canadien comme faisant partie de son bagage génétique constituent une affirmation lancée par Vaudreuil pour avoir le haut commandement non seulement des troupes de la colonie (Marine et milice), mais aussi des troupes de Terre. La milice est indispensable pour vaincre les Britanniques. Lui seul se dit capable de l’utiliser pleinement : « Je me flatte de posséder les cœurs et la confiance des colons et leur sensibilité (Le Peuple, l’État et la Guerre, p. 372) ». Mais c’est bien en vain qu’il adresse ces commentaires à la cour.
Les misères de l’habitant sous le Régime français, les bienfaits de la conquête britannique
Lors de la guerre de Sept Ans, l’habitant est fortement mis à contribution par l’administration royale et coloniale. S’il ne verse pas d’impôt, il doit payer de sa personne, comme conscrit dans la milice, pour la construction de fortifications, pour le logement des troupes, pour le transport de vivres et de munitions; il doit aussi fournir des vivres aux troupes chargées de la défense de la colonie. Par contre, la période qui suit la conquête est souvent présentée comme un temps de répit : l’habitant peut reprendre son train quotidien sous l’œil bienveillant et admiratif de Murray à l’endroit du courage, de la foi et du conservatisme des Québécois. En fait, la vie est-elle si facile? Au lendemain de la capitulation de la Nouvelle-France en 1760, les habitants peuvent retourner dans leurs paroisses et prendre possession de leur terre, habitation et effets. « Mais, quels biens veut-il [le brigadier Monckton] que nos habitants aillent occuper après les ravages qu’il a fait commettre…C’est à ce jour, s’exclame l’officier français Foligné, qu’on vit sortir du fond des bois nos pauvres femmes traînant après elles leurs petits enfants mangés des mouches, sans hardes, criant la faim… (Le Peuple, l’État et la Guerre, p. 417-418) ».
Les recherches actuelles font état de miliciens faits prisonniers. Elles mentionnent plus de 4000 retours en France jusqu’aux années 1770. Les membres de l’élite, ceux qui dépendent de l’administration royale pour leur emploi et leur subsistance, quittent. De même, des Canadiens appartenant aux classes populaires. D’autres doivent rester, ceux qui, vivant de la culture de leur terre, n’ont d’autre choix. Pour ceux-ci, nous devons nous poser la question sur ce qu’ils doivent endurer. Des situations comme la mise à mort par Murray, le 22 mai 1760, du meunier Nadeau pour avoir incité ses compatriotes à la révolte et poussé l’attachement à la France, nous invitent à pousser plus loin les enquêtes dans les archives sur ceux qui refusent de se rallier au nouveau Régime (L’Année des Anglais, p. 109). Tout n’a pas été dit et écrit sur ceux qui sont demeurés dans la vallée du Saint-Laurent après 1760 et sur la « condescendance » de Murray…
Pour mieux se souvenir
Le rappel de la bataille des plaines d’Abraham et de la mort de Montcalm suscite des travaux à caractère généalogique et historique. Les Québécois ont maintenant à portée de la main des informations qui remettent en question le mythe de l’abandon de la France et qui permettent de découvrir, peut-être de redécouvrir, l’apport important de la France et des premiers Français au développement du Québec. En même temps, ils disposent de données pour vérifier si un de leurs ancêtres peut être rattaché aux soldats des troupes de Terre. Pour les autres, les soldats des troupes de la Marine et les miliciens, ils disposent de pistes permettent d’entreprendre une enquête semblable.
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
http://www.regimentdelasarre.ca
http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-r
Montcalm, homme de cœur, soldat courageux, mérite qu’on ne l’oublie pas.
http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/action-culturelle/celebrations-nationales/2009/vie-politique/louis-joseph-de-saint-veran-marquis-de-montcalm/
Louis-Joseph de Saint-Véran, marquis de Montcalm
Château de Candiac, près de Nîmes, 28 février 1712 Québec, 14 septembre 1759
La mort du marquis de Montcalm
Encre et crayons sur papier par Jean Antoine Watteau
Ottawa, National Gallery of Canada
© Brigeman-Giraudon
Il était dix heures du matin, ce 13 septembre 1759, lorsque Montcalm, ne pouvant plus contenir ses troupes, leva son épée, et les lança à l’attaque des Anglais de James Wolfe, dont la ligne rouge vif barrait la plaine d’Abraham, devant Québec, à quelque trois cents mètres de la ligne blanche des Français.
Quelques instants plus tard, une salve dévastatrice s’abattait sur les Français, les décimait, créait la panique et blessait à mort le marquis de Montcalm.
Même si la guerre devait durer une année encore, c’est en cet instant et en ce lieu que fut réglé le sort de l’aventure extraordinaire de la Nouvelle-France, depuis ce jour de 1534 où Cartier avait posé le pied sur le sol de Gaspésie, jusqu’à cet instant désastreux de la bataille d’Abraham.
Dans la nuit, les Anglais avaient débarqué à l’ouest de Québec, surprenant les Français, qui les attendaient à l’est. Rien n’était cependant perdu. Car au pas de course, les régiments La Sarre, Languedoc, Béarn, Guyenne, Royal-Roussillon, rejoignaient les milices et les Indiens devant Québec, tandis que l’on savait que François-Gaston de Lévis se trouvait habilement sur les arrières des Anglais.
Il suffisait d’attendre. Hélas, emportés par leur désir d’en découdre, les Français n’avaient pas attendu, et se brisèrent sur le rempart du feu anglais, comme 56 ans plus tard Napoléon à Waterloo.
Le courage, l’esprit offensif qu’avait manifesté Montcalm tout au long d’une carrière exemplaire l’avaient perdu. Engagé à 9 ans, capitaine à 17, colonel à 31, maréchal de camp puis lieutenant général, Montcalm avait participé à toutes les campagnes des guerres de Succession d’Autriche, de Pologne, de Sept ans, fait 11 campagnes, été blessé 5 fois …
Envoyé au Canada en 1756, il y avait trouvé la situation intenable d’une Nouvelle-France qui, avec 65 000 habitants, devait faire face à des colonies anglaises qui en comptaient 1 610 000, appuyées par une marine britannique malheureusement plus puissante que la française.
Il réussit presque miraculeusement avec 5 000 soldats venus de France et quelque 10 000 hommes des compagnies franches de la Marine et des milices locales de la colonie à tenir les Anglais en échec trois années de suite en les battant successivement à Chouagen en 1756, William Henry en 1757, Carillon en 1758.
En 1759, ce sera la défaite d’Abraham : mortellement blessé, ayant toute sa connaissance, il est ramené à Québec, où il décède peu après.
Lorsque, aujourd’hui, on parcourt la grande pelouse des plaines d’Abraham et que l’on regarde le monument qui rappelle le souvenir de ce grand soldat, on ne peut s’empêcher de penser que son sacrifice n’a pas été vain, car si la Nouvelle-France est morte, Québec et Montréal, deuxième ville francophone du monde, sont bien vivantes.
Montcalm est enterré au carré militaire à Québec et son nom est porté par une frégate de la Marine nationale, et une promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr.
Montcalm, homme de cœur, soldat courageux, mérite qu’on ne l’oublie pas.
Général d’armée Forray (cr)
ancien chef d’état-major de l’Armée de terre
ancien Grand Chancelier de la Légion d’honneur
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
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Journal des campagnes du chevalier de Lévis: en Canada de 1756 à 1760
Voici un lien vous permettant d’accéder à son journal:
http://books.google.ca/books?id=_YECAAAAMAAJ&pg=PA45&dq=Journal+du+Chevalier+de+L%C3%A9vis(Le)&hl=fr&cd=2#
Bonne lecture.
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Plaque du Moulin Dumont
Pour en savoir plus pour ne pas oublier:
http://inventairenf.cieq.ulaval.ca/inventaire/oneLieu.do?refLieu=700&sortPropRepere=commanditaire&ascRepere=true
http://inventairenf.cieq.ulaval.ca/inventaire/oneImage.do?refImage=1016
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LA DERNIÈRE VICTOIRE DE LA NOUVELLE-FRANCE
Sainte-Foy, Québec le 29 avril 2007
Texte de monsieur Léo Gagné, président,Corporation de la Victoire de Sainte-Foy,Parc de la Visitation, 29 avril 2007
Madame la présidente,
Distingués(es) invités(es),
Mes chers amis,
C´est toujours avec grand plaisir qu´à titre de président de la Corporation de la Victoire de Sainte-Foy – et mes collègues du Comité directeur se joignent à moi – pour vous souhaiter une cordiale bienvenue à la commémoration d´un grand événement historique : la dernière victoire de la Nouvelle-France.
Victoire des troupes françaises, de la brigade de la marine, des miliciens canadiens et acadiens, aidés des alliés autochtones, remportée ici même sur les hauteurs de Sainte-Foy et aux portes de Québec sous le commandement du Chevalier de Lévis.
Depuis sept ans maintenant, depuis le 30 avril 2000, nous venons ici, chaque année, en ce lieu de mémoire, l´historique église Notre-Dame de Foy, comme en pèlerinage, pour nous souvenir de nos ancêtres, de leur bravoure et de leur attachement au territoire national, au prix de grands sacrifices.
Par leur détermination et leur dévouement, les combattants de 1760 ont écrit une page glorieuse de notre histoire nationale. Il faut en perpétuer la mémoire.
Le souvenir est un devoir essentiel pour toute nation – toute collectivité nationale – qui entend perdurer, se maintenir dans le temps présent et se développer pour assurer son avenir.
Se souvenir des grands moments de l´histoire collective, mais aussi de tous les événements significatifs qui ont marqué notre destin comme peuple distinct en Amérique du Nord.
Et c´est d´autant plus important que nous entrons dans la période préparatoire aux fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec.
Québec, nous le savons, a été la capitale, le centre de décision et d´administration d´un grand empire que nos pères ont découvert, habité et nommé de nous français jusqu´aux confins du continent.
Québec, c´est non seulement la ville fondée par Samuel de Champlain, mais c´est aussi aujourd´hui le territoire national, nos pères et nos mères l´ont voulu français et se sont battus de générations en générations pour le maintenir de langue et de culture françaises.
è notre tour, nous devons assumer notre devoir collectif, nous affirmer de langue et de culture françaises, revendiquer à bon droit et avec fierté notre filiation française à la base même de notre identité nationale.
Et c´est d´autant plus important, en ce XX1e siècle d´affirmer notre identité nationale que nous vivons dans un contexte de mondialisation tous azimuts et que notre civilisation encourt le risque d´uniformisation culturelle.
Nous sommes donc venus aujourd´hui pour nous acquitter d´un devoir de mémoire à l´endroit des Braves de 1760, mais aussi pour témoigner de notre fidélité.
Fidélité à la langue française dont nous devons assumer le rayonnement sur tout le territoire québécois en association avec la francophonie canadienne et la francophonie internationale.
Fidélité au pays que nous avons humanisé et développé depuis quatre cents ans, que nous avons en partage, que nous habitons ensemble.
Fidélité à la civilisation transmise par nos pères et mères, bien enracinée en terre d´Amérique.
Par devoir de mémoire et par devoir de fidélité, il faut poursuivre sans relâche notre action collective jusqu´à ce que nous soyons devenus maître de notre destin comme peuple.
C´est là le meilleur hommage que l´on puisse rendre aux Braves de 1760.
Un dernier mot pour remercier Madame Francine Bouchard et le Conseil d´arrondissement Sillery-Sainte-Foy qui nous accueille ici au Parc de la Visitation, nous fournit les locaux et une aide logistique fort appréciée. Merci, Madame la présidente.
Je me permets de rappeler que, depuis quelques années, nous souhaitons qu´une plaque commémorative soit apposée sur les murs de la vénérable église Notre-Dame de Foy pour souligner aux passants qu´en ces lieux s´est déroulée la Bataille de Sainte-Foy.
J´ai appris récemment, Madame la présidente, que le Conseil d´arrondissement Sillery-Sainte-Foy a manifesté son intérêt pour cette initiative. Croyez bien que nous nous en réjouissons.
Le Comité directeur de la Corporation de la Victoire de Sainte-Foy va nous soumettre prochainement le texte d´une plaque commémorative
- Honneur aux Braves de 1760 sous le commandement du lieutenant-général François-Gaston, Chevalier de Lévis, vainqueur de la Bataille de Sainte-Foy, le 28 avril 1760 –
Cette plaque rappellera à tous les visiteurs que nous sommes ici en ce lieu de mémoire.
Léo Gagné,
Parc de la Visitation,
29 avril 2007
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
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L’impact des noms de guerre des militaires français sur la patronymie québécoise.
par Luc Lépine, historien Ph.D.
Introduction
Nous sommes en juin 1978, la scène se passe au camp militaire de Borden, 90 kilomètres au nord de Toronto. On fait l’appel des jeunes aspirants-officiers des Forces Canadiennes. Leurs noms résonnent dans ce petit matin blafard: Bellerose, Champagne, Charpentier, Deslauriers, Lafrance, Lépine, Potvin, Sansregret, Tranchemontagne et Vadeboncoeur. Ce sont tous de futurs officiers francophones qui portent fièrement des noms de guerre légués par leurs ancêtres. Ces derniers sont arrivés au pays dans le Régiment de Carignan, les Compagnies franches de la Marine ou dans les régiments réguliers qui sont venus en Nouvelle-France. Mon ancêtre direct, Jean Chabaudier dit Lépine, avait quitté son village de Saint-Junien dans le Limousin pour venir ici comme soldat dans la compagnie de Monsieur Arnoult de Loubias, un officier du Régiment de Carignan.
Quelques années plus tard, de 1989 à 1998, j’ai eu le privilège de travailler comme archiviste de référence aux Archives Nationales du Québec à Montréal. Une des questions qui revenait le plus souvent concernait l’origine des surnoms québécois. De longues recherches en histoire militaire m’ont suggéré une piste de réponse. Je vous livre ici le fruit de mes réflexions. Dans cet article, je traiterai de l’origine de ces surnoms militaires et de l’impact des noms de guerre des militaires français sur la patronymie québécoise.
Que nous dit la littérature?
Dans son Traité de généalogie, René Jetté (1)souligne que le surnom est omniprésent dans l’histoire généalogique des Québécois d’origine française. Il ne se transmet que dans la descendance du premier porteur. Jusqu’au début du XXe siècle, il risque de remplacer temporairement ou pour toujours le patronyme d’origine d’au moins un tiers des immigrants français. Jetté note que la raison d’être des nombreux surnoms québécois reste obscure. Lors d’une discussion informelle, René Jetté estimait le nombre de patronymes québécois français à 7,500 dont 5,000 se rencontraient avant l’arrivée des troupes françaises en 1754.
De très nombreux chercheurs, dont Claude Perrault (2) et Marcel Trudel (3), ont noté la présence des surnoms et démontré leur variété sans en indiquer stricto sensu l’origine. Dans son Terrier du Saint-Laurent en 1674, Marcel Trudel rapporte que sur 2,435 noms de famille mentionnés, 28,7% ont un surnom. En 1663, il trouve que la proportion est de 29,52%. Cette diminution des surnoms semble contredire l’explication voulant que l’abondance des ’’dit’’ soit relié à l ‘arrivée des militaires en 1665. Nous reviendrons sur cette hypothèse.
Les dictionnaires français de généalogie sont des plus laconiques en ce qui concerne les surnoms. Ils reconnaissent qu’occasionnellement on retrouve des patronymes dans la France profonde mais ne s’étendent pas sur le sujet.
Le nom de guerre et le soldat francais
Lorsqu’un soldat entre dans l’armée française, on lui attribue un surnom ou nom de guerre, par exemple Philibert Couillaud dit Roquebrune, soldat du régiment de Carignan (4). Ce surnom prend un caractère officiel. Il devient l’équivalent du numéro matricule. Les soldats sont reconnus par leurs noms, prénoms et noms de guerre. Dans le quotidien, le nom de guerre remplace le véritable patronyme surtout quand le soldat parle un dialecte ou le provençal. En l’absence de nom de guerre, on lui attribue le même que son nom. Ainsi en 1651, le soldat Antoine Beaufour dit Beaufour passe un marché pour la cuisson de galettes au fort de Saint-Louis de Québec (5).
En 1716, les règlements militaires français exigent la présence d’un nom de guerre pour tous les simples soldats. L’attribution du surnom se fait de façons souple. Il peut s’agir du choix du soldat ou de celui du capitaine de la compagnie.(6) Lors de la Révolution américiane, la France envoya le régiment de Tourraine pour aider les rebelles américains. Une liste de ces soldats a été publiée.(7) Dans chaque compagnie, les surnoms commencent par la même lettre. Ainsi dans la compagnie Dugré, tous les soldats portent un surnom commençant par D, dans une autre compagnie ils commencent par B. Il est ainsi facile d’identifier à quelle compagnie appartient un soldat. De 1764 à 1768, la compagnie de Casaux du Régiment de Boulonnois-infantrie utilise des noms de légumes. Nous retrouvons ainsi les surnoms: Lartichaud, Lalétue, Lachicorée, Lecresson et Lecerfeuil.
Le nom de guerre est une propriété individuelle. Le soldat ne le change pas facilement. Cela peut arriver quand le soldat est transféré de compagnie et que le surnom y est déjà en usage. En France, l’épouse du soldat va adopter son nom de guerre. Par contre, un fils de soldat porte toujours un surnom différent de celui de son père quand il sert dans l’armée. L’absence de surnom véritable est un signe de considération. Les officiers, les cadets, les volontaires et les gentilhommes n’en ont pas.
André Corvisier soutient qu’un classement rigoureux des surnoms militaires est imposible.(8) Il établit cependant 7 catégories dont j’ai pu retrouver des exemples en Nouvelle France.
1) Prénoms et patronymes: le prénom, souvent précédé de Saint, on n’a qu’à penser aux Saint-Jean, Saint-Pierre, Saint-Louis et Saint-Marc.
2)Les surnoms d’origine. En 1688, on assiste au mariage de Jean Deslandes dit Champigny, soldat provenant de Champigny, archevéché de Paris. (9) L’année suivante, c’est au tour du soldat Robert Houy de Saint-Laurent, natif de la paroisse de Saint-Laurent des Orgeries, diocèse d’Orléans. (10)
3) Les surnoms rappelant le métier: Marien Taillandier dit Labeaume, soldat et chirurgien, passe un contrat de mariage en 1688.(11)
4) Une modification du nom: Le soldat Jacques Rivière dit Larivière se marie en 1699.(12) Le soldat Jean-Jacques Treillet dit Latreille meurt à la Conquête de la Nouvelle-France.(13)
5) Le passé militaire ou l’occupation du soldat: En 1699, le soldat Claude Panneton dit Lefifre passe une obligation devant notaire. (14) Le soldat Jacques Quena dit LaBatterie meurt en 1759 ainsi que trois soldats portant le surnom Lagrenade, tous grenadiers. Dans cette catégorie, on peut inscrire Merry Petit dit Latraversée. (15)
6) Les noms de végétaux et d’animaux: Il n’y a qu’à penser à tous nos Lafleur, Latulipe, Larose, Loiseau ou Létourneau ou à Jean Coton dit Fleurdesprés. (16)
7) Les noms faisant allusion à des caractéristiques personnelles: En voici quelques croustillants, Antoine Bonnet dit Prettaboire, (17), René Cruvinet dit Bas d’argent, (18), Jean Amarault dit Lafidélité, (19) Jacques Legendre dit Bienvivant, (20) Martial Paschal dit Brisefer, (21). Dans certains cas, le surnom améliore le patronyme original comme pour le soldat Jean de Lavacherie dit De Floriers. (22)
André Corvisier a étudié les surnoms des soldats francais présents à l’hôpital des Invalides à Paris. J’en ai tiré quelques exemples.
Tableau 1
Noms de guerre rencontrés dans les registres d’immatriculation des Invalides (Paris) et le nombre de soldats portant ce surnom.
B – Beaulieu 294, Bellefleur 444, Beauséjour 247, Bellerose 486, Beausoleil 474, Bourguignon 539, Belair 538, Brin d’amour 359, Belhumeur 570
C – Champagne 583, Comtois 379, Chevalier 557
D – Desjardins 213, Delisle 132, Desrochers 196, Dubois 253, Desrosiers 186, Duplessis, 227
F – Flamand 92, Francoeur 659
G – GrandMaison 141
L – LaBonté 525, Lafortune 401, LaRose 1348, LaBrie 145, LaFrance 559, LaTour 345, LaChapelle 312, LaJeunesse 1183, LaVerdure 584, LaCroix 502, LaMarche 259, LaVigne 336, Lacombe 123, LaMontagne 491, LaViolette 1062, Ladouceur 642, LaMotte 224, Langevin 223, LaFlamme 122, Lapierre 610, Lespérance 761, Lafleur 1211, LaPlante 130, Lespine 251, Lafontaine 857, LaRivière 661, Lionnois 271, Laforest 484, LaRoche 486, Lorange 282
M – Maisonneuve 34, Montplaisir 232, Montigny 58
N – Narbonne 26, Nivernois 59, Noêl 20
P – Parisien 296, Prètaboire 140, Provençal 267
R – Richard 17, Robert 27, Rossignol 14
S – Sans Chagrin 558, St-Jean 1555, Sans Façon 290, St-Laurent 395, Sans Regret 361, St-Louis 841, Sans Soucy 891, St-Martin 889, St-Amand 345, St-Michel 389, St-Amour 348, St-André 378, St-François 490
T – Taillefer 2, Trompelamort 1, Tranchemontagne 187
V – Vadeboncoeur 416, Vincent 32, Villeneuve 217 Les cinq surnonms les plus fréquents sont Saint-Jean, Larose, Lafleur, Lajeunesse et Laviolette. Ce sont tous des noms de famille que nous retrouvons au Québec.
Faisons un peu d’histoire militaire québécoise…
Au début des années 1660, les menaces iroquoises se font pressantes sur la petite population de la Nouvelle-France. Le Roi de France décide d’envoyer le Régiment Carignan-Salières pour mater les amérindiens. Le Régiment de 1,000 hommes arrive à Québec au printemps 1665. Il comprend 20 compagnies composées d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un enseigne, deux sergents, trois caporaux, cinq anspassades et 40 soldats. (23)
Le Régiment de Carignan-Salières affronte sucessivement les iroquois et les hollandais de Schenectady, dans l’Etat de New York. En 1667, la paix est rétablie dans la région. On offre alors aux soldats de s’établir dans la colonie en leur octroyant des terres sur les berges du Saint-Laurent afin de devenir agriculteurs. Plus de 400 d’entre eux acceptent de rester. Ils forment une partie importante des ancêtres des Canadiens français.
Louis XIV institue, en 1669, l’organisation officielle de la milice. Il n’y a plus de troupes régulières au pays mais une grande partie de la population a déjà servi sous les armes. L’esprit martial est encore présent. Tous les habitants du pays de 16 à 60 ans sont divisés en compagnies sous les ordres de capitaines, de lieutenants et d’enseignes. Les officiers du régiment de Carignan deviennent seigneurs. Les anciens soldats deviennent miliciens. Les nouveaux seigneurs continuent d’appeller les censitaires par leurs noms de guerre. Les soldats-censitaires transmettent leurs surnoms à leur épouses et à leurs enfants. Comme les fils ne servent pas dans l’armée régulière, ils n’ont pas à changé de surnom.
En 1685, les miliciens canadiens, malgré leur efficacité, ne peuvent pas répondre à tous les besoins militaires de la colonie. Les autorités françaises décident donc d’envoyer ici en permanence 28 compagnies d’un détachement des Troupes de la Marine. On les nomme communément Compagnies franches de la Marine. Ces troupes avaient été créées en 1674 par le département de la Marine afin de défendre les navires et les colonies françaises. La solde de ces soldats provient de la Marine. Chaque compagnie est indépendante. La direction des différentes compagnies incombe au gouverneur-général de la Nouvelle-France. Chaque capitaine recrute 50 soldats français qui s’engagent pour une période de six ans. Après ce temps, les soldats peuvent retourner en France ou demeurer dans le pays.
En tenant compte du rotation régulière des compagnies franches, on peut estimer à 300 le nombre de recrues qui arrivent chaque année dans la colonie. Les autorités vont faire tout ce qu’elles peuvent pour les retenir après 6 années de service. Comme il n’y avait pas de baraques pour les militaires avant 1750, les soldats étaient logés chez les habitants qui devaient pour une certaine somme s’occuper leurs invités. Les long hivers canadiens forcent les soldats à passer de longues heures près du feu à causer avec les jolies canadiennes. Aussi, n’est-il pas surprenant de voir le nombre élevé de mariages de soldats des Compagnies franches de la Marine avec des filles d’habitants canadiens. De 1685 à 1754, environ 21,000 militaires francais sont venus en Nouvelle-France. Si on évalue à 2500, le nombre de nouveaux patronymes dans la colonie, un soldat sur 8 aurait laissé un patronyme en Nouvelle-France.
Durant la guerre de conquête, 1754-1759, les autorités francaises envoyent 14 régiments réguliers pour combattre les soldats anglais. Chaque régiment comprend 600 hommes. En comptant les 28 compagnies des troupes de la marine et les 14 régiments francais, on retrouve 10,080 soldats sur le territoire québécois. Selon René Jetté, 2,500 noms de famille québécois proviennent de cette période donc un soldat sur 4 nous aurait lêgué un patronyme.
Que nous disent les actes notariés
Grâce à la banque de données PARCHEMIN, nous avons étudié plus de 2,000 occurences de soldats francais dans les actes notariés. Voici deux petits tableaux qui résument la situation.
Tableau 2 – Actes notariés impliquant des militaires
Grade; nombre d’actes; dit(a); Pourcentage
Soldat: 1609, 927, 57%
Caporal: 125, 104, 83%
Sergent: 614, 378, 61%
a) Actes notariés dans lesquels le militaire porte un nom de guerre.
Tableau 3 – Contrats de mariage impliquant des militaires
Grade; nombre d’actes; dit(a); Pourcentage
Soldat: 498, 248, 50%
Caporal: 40, 26, 65%
Sergent: 149, 55, 37%
a) Actes notariés dans lesquels le militaire porte un nom de guerre.
Nous voyons clairement, que plus de la moitié des militaires qui passent des actes notariés possèdent un nom de guerre. Il faut se rappeller que de nombreux soldats ont attendu d’être démobilisés pour se marier.
Un exemple florissant…
Parmi les patronymes les plus fréquents au Québec, on retrouve le nom de Lafleur. René Jetté a trouvé plus de 60 patronymes avec ce surnom. Dans le tableau qui suit, nous listons tous les soldats portant le surnom Lafleur et qui sont venus en Nouvelle-France. Nous indiquons le patronyme d’origine, la date de la première présence au pays et la compagnie à laquelle l’individu appartenait.
Tableau 4 – Présence en Nouvelle-France de 68 soldats portant le nom de guerre Lafleur
Berniac dit Lafleur, François: 1755, régiment de La Reine
Biroleau dit Lafleur, Pierre: 1700, Compagnie de Duluth, Compagnie Franche de la Marine, (CFM)
Bonfretil dit Lafleur, Guillaume: 1687, compagnie de Contrecoeur, Régiment de Carignan-Salières
Bonin dit Lafleur, René: 1699, compagnie de Maricourt, (CFM)
Brault dit Lafleur, Pierre: 1697, compagnie de Jordy, (CFM)
Brousson dit Lafleur, François: 1693, compagnie de Crisafy, (CFM)
Coste dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie Ducros, régiment Royal Roussillon
Couc dit Lafleur, Pierre: 1657, soldat et interprète
Coussy dit Lafleur, Pierre: 1699, Compagnie de Leverrier, (CFM)
Darbois dit Lafleur, Jean: 1667, sergent, Compagnie de Sorel, Régiment de Carignan-Salières
Darochenu dit Lafleur, Jean, 1754, Compagnie Dumas, Fort Beauséjour.
De Lasse de Lafleur, Jean: 1686, compagnie Dumesnil, (CFM)
Delgelun dit Lafleur, Dominique: 1756, compagnie de Bourget, régiment Royal Roussillon
Deveze dit Lafleur, Dominique: 1756, compagnie Letang de Celles, régiment de La Sarre
Dionet dit Lafleur, Jean: 1688, caporal, compagnie de Meloizes, (CFM)
Doublaix dit Lafleur, Antoine: 1755, compagnie de Reinepont, Régiment du Languedoc
Estu dit Lafleur, George: 1699, Compagnie de Muy, (CFM)
Feradou dit Lafleur, Jean-Joseph: 1756, compagnie de Laferte, régiment de La Sarre
Fleuret dit Lafleur, Jean: 1730, compagnie de Rigaud, (CFM)
Francaus dit Lafleur, François: 1703, soldat
Fresnau dit Lafleur, François: 1697, compagnie de Bergères, Michillimakinac
Grand dit Lafleur, Antoine: 1756, compagnie de Duparquet, régiment de La Sarre
Gruet dit Lafleur, Charles: 1728, soldat
Horieux dit Lafleur, René: 1665, compagnie de Lafreydière, Régiment de Carignan Salières
Houinche dit Lafleur, Jean-Baptiste: 1756, compagnie de Valette, régiment Royal Roussillon
Jacome dit Lafleur, Pierre: 1755, compagnie de Matissard, Régiment du Languedoc
Jacques dit Lafleur de Morlais, Laurent, 1699, compagnie Merville
Jobin dit Lafleur, Guillaume: 1757, Régiment de Berry Labarthe dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie de Bassignoce, régiment Royal Roussillon
Lafleur, ??, 1755, compagnie de Saint-Félix, Régiment du Berry
Lafleur, ??, 1703: compagnie de Lagrois
Lafleur: ??, 1755, compagnie Denoes, Régiment de la Reine
Lafleurdemorlay, Laurent, 1699, Compagnie de Merville
Lalumaudière dit Lafleur, François: 1713, Compagnie de Martigny, (CFM)
Lavallée dit Lafleur,Pierre: 1755, compagnie de Foulhiac, Régiment du Berry
Lecomte dit Lafleur, Pierre: 1708, compagnie de Montigny, (CFM)
Meuitt dit Lafleur, Bernard: 1756, compagnie de Villar, régiment de La Sarre
Meunier dit Lafleur, Gervais: 1700, compagnie de Meloise, (CFM)
Montet dit Lafleur, Pierre: 1702, compagnie de Lagroix, (CFM)
Pariot dit Lafleur, Léonard: 1722, compagnie de Gannes, (CFM)
Pavie dit Lafleur, Charles: 1714, compagnie de Levillier, (CFM)
Pemonte dit Lafleur, Pierre: 1705, compagnie Dumesnil, (CFM)
Pepie dit Lafleur, Daniel: 1709, sergent, compagnie de Cabanac, (CFM)
Perdits dit Lafleur, Guillaume: 1756, compagnie de Cormier, Régiment de Guyane
Perrier dit Lafleur, Jean: 1669, compagnie de Brisadière, Régiment de Carignan-Salières
Perrin dit Lafleur, Pierre: 1698, soldat
Pinsonnault dit Lafleur, François: 1673, compagnie de Saint-Ours, Régiment de Carignan-Salières
Pipy dit Lfleur, Guillaume, 1748, Troupes de l’ÃŽle Royale
Piquet dit Lafleur, Joseph: 1706, compagnie de Muy, (CFM)
Poidevin dit Lafleur, François: 1733, compagnie de Lafresnière, (CFM)
Poirier dit Lafleur, Pierre: 1707, compagnie De Lorimier, (CFM)
Prevost dit Lafleur, François: 1755, soldat, Régiment du Languedoc
Puiol dit Lafleur, Joseph: 1734, compagnie de Perigny, (CFM)
Renard dit Lafleur, Nicolas: 1756, compagnie de Rouyn, régiment Royal Roussillon
Richard dit Lafleur, Guillaume: 1674, sergent de la garnison
Robert dit Lafleur, Jean Antoine: 1756, compagnie de Duprat, régiment de La Sarre
Robert dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie de Aureillan, régiment Royal Roussillon
Robin dit Lafleur, Guillaume: 1757, soldat, Régiment du Berry
Rolland dit Lafleur, François: 1706, compagnie de Manthet, (CFM)
Roussel dit Lafleur, François: 1756, compagnie de Rouyn, régiment Royal Roussillon
Siret dit Lafleur, René: 1670, compagnie de Montou, Régiment de Carignan-Salières
Tessier dit Lafleur, Jean: 1756, compagnie de Beauclair, régiment de La Sarre
Triolet dit Larivière dit Lafleur, Jacques: 1701, Compagnie Leverrier, (CFM)
Troge dit Lafleur, Jean: 1748, compagnie de Saint-Ours, (CFM)
Turpin dit Lafleur, François: 1650, soldat du camp volant
Vermis dit Lafleur, Joseph: 1756, compagnie de Estors, régiment Royal Roussillon
Ville dit Lafleur, François: 1756, compagnie de Domir, régiment de La Sarre
Comme vous pouvez le remarquer, il n’y a jamais deux soldats Lafleur dans la même compagnie. Sans connaître la descendance de chacun, on peux penser que la majorité des Lafleur de la province ont un ancêtre militaire.
Conclusion…
Cette conclusion se veut plutôt une invitation à un débat sur l’impact des surnoms militaires à la patronymie québécoise. En voici les grands points:
Les soldats francais recoivent un surnom lors de leur entrée dans l’armée.
Ces surnoms sont idividuels. En France, ils ne se transmettent pas de père en fils.
Sous le régime francais, près de 30,000 soldats ont foulé le sol de la Nouvelle-France.
Les autorités ont tout fait pour inciter ces militaires à s’intégrer dans la société.
Nous estimons que plus de 70% de tous nos ancêtres francais étaient militaires à leur arrivée au pays.
La Nouvelle-France constitue une société quasi militaire. Les anciens militaires, devenus miliciens, servent sous leurs anciens officiers, devenus seigneurs.
Ces mêmes seigneurs continuent d’appeller leur censitaires par leurs noms de guerre.
Les noms de guerre se transmettent de père en fils, les fils ne servant pas dans l’armée mais dans la milice.
D’après nous, les noms de guerre des militaires francais venus en Nouvelle-France constituent la grande majorité de tous les sobriquets que l’on retrouve dans la province de Québec.
NOTES
1. René Jetté, Traité de généalogie, Presse de l’Université de Montréal, 1991. 2. Claude Perrault, Les variantes des noms propres et des prénoms et leurS surnoms, Loisirs St-Édouard, Inc, 1981-1982. 3. Marcel Trudel, Du “dit” au “de”, noblesse et roture en Nouvelle-France, in Mémoires, Société généalogique canadienne-française, 4. René Jetté Dictionnaire généalogique des familes du Québec, Les Presses de l’ Université de Montréal, 1983. 5. Notaire Audouart dit Saint-Germain, 22 septembre 1651. 6. André Corvisier, L’Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul: le soldat, Paris, 1964, 2 volumes. 7. Les combattants français de la guerre américaine, 1778-1783, Washington, Imp. Nationale, 1905, 453p. 8. André Corvisier, op.cit. 9. Notaire Antoine Adhémar, 17 juin 1688. 10. Notaire Trottain dit Saint-Seurin, 12 avril 1689. 11. Notaire M. Moreau, 7 janvier 1688 12. Notaire Antoine Adhémar, 26 janvier 1699. 13. Les héros de 1759 et 1760 inhumés au cimetière de l’Hôpital-Général de Québec, Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1920-1921. 14. Notaire Chamballon, 8 avril 1699. 15. Notaire H. Bourgine, 24 janvier 1690 16. Notaire G. Roger, 25 janvier 1699. 17. Notaire Claude Maugue, 27 juillet 1689. 18. Notaire Claude Maugue, 19 septembre 1686. 19. Les héros…, op.cit. 20. Notaire J. Cusson, 20 avril 1694. 21. Notaire A. Adhémar, 1er août 1699 22. Notaire G. Rageot, 4 mars 1668. 23. Extraits les plus parlants provenant du livre de André Corvisier, L’Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul: le soldat, Paris, 1964, pp 1049 à 1058. 24. Jack Verney, The Good regiment: the Carignan-Salières Regiment in Canada, 1665-1668, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1991. 25. Jay Casell, The Troupes de la Marine in Canada, 1683-1760: men and material, Thèse de doctorat, University of Toronto, 1988. Christopher J. Russ, Les Troupes de la Marine, 1683-1713, mémoire de maîtrise, Université McGill, 1971
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http://www.regimentdelasarre.ca
http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-rapatriement-des-armoiries-royales-de-france.qc
[...] comme les armoiries de Québec, l’épée de Montcalm doit être rapatriée au Québec et nous vous invitons à appuyer notre [...]
Montcalm Vie et mémoire
L’opuscule Montcalm Vie et mémoire est le sixième titre paru dans la collection Fleurdelisé de la Commission de la capitale nationale de Québec.
Cet ouvrage de 36 pages enrichit la mémoire de Montcalm, mais plus largement celle de la guerre de Sept Ans, première guerre véritablement mondiale, laquelle a marqué de sa lourde empreinte la ville de Québec. Il rappelle ensuite certains faits du passage de Montcalm en Nouvelle-France tout en évoquant quelques divergences d’interprétation de ces mêmes faits.
Enfin, il vise à commémorer la grande cérémonie d’octobre 2001 marquant la translation des restes du lieutenant général, de la chapelle des Ursulines au cimetière de l’Hôpital-Général. À cet endroit, on inaugura le seul mémorial aux morts de cette guerre, cruciale pour le destin de la France, du Québec et de sa capitale.
SVP consulter le lien internet pour plus de détails:
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La plaque Honneur aux miliciens de 1759
La plaque Honneur aux miliciens de 1759 est située sur la rue De Saint-Vallier Est, sur le mur du belvédère du jardin de Saint-Roch.
Cette plaque de la ville de Québec rend hommage au sacrifice des miliciens canadiens et acadiens qui permit à l’armée française de se retirer et de rejoindre ses campements de Beauport à la suite de la bataille du 13 septembre 1759.
Elle est une réalisation conjointe de la Ville de Québec et de la Commission de la capitale nationale du Québec.
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Les braves de la bataille de Sainte-Foy
SVP consulter le lien internet pour plus de détails cliquer aussi sur la flèche pour la page suivante pour un extrait du discours de P-J-O Chauveau.
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RÉGIMENT DE LASARRE ET VIEUX FORT DE L’ASSOMPTION
Le Régiment de La Sarre a cantonné à St-Pierre-du-Portage (L’Assomption) à l’automne et à l’hiver 1757-1758. Au printemps suivant, 17 mariages de ces soldats ont été recensés dans la région, soit à Terrebonne, Lachenaie, St-Sulpice, Repentigny, Pointe-aux-Trembles, Laval et St-Pierre-du-Portage. Des citoyens de L’Assomption ont décidé de perpétuer la présence de ces soldats en reconstituant ce régiment puis en construisant un Fort dans l’esprit de la construction militaire de l’époque.
http://www.shmrclassomption.org/shmrcl/
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Victoire française sur les plaines d’Abraham
Lévis assiège Québec
L’idée d’assiéger Québec a ses détracteurs, qui n’hésitent pas à qualifier l’entreprise de « folie de Lévis ». Mais ce dernier sait que son armée, isolée et entourée de forces ennemies bien supérieures en nombre, se découragerait après la défaite des plaines d’Abraham, si on ne lui proposait un projet audacieux. Il devient nécessaire de redonner courage aux hommes, et de les galvaniser pour livrer un dur combat aux Britanniques. Lévis y parvient et, en mai 1760, l’armée française se présente devant Québec.
Le général James Murray commande la garnison britannique, qui compte environ 7 300 officiers et soldats, tous issus des troupes régulières. Informé du fait que l’armée française vient l’assiéger, il fait d’abord évacuer toute la population de Québec, Sainte-Foy et Lorette, et ordonne de faire raser les quartiers Saint-Roch et Sainte-Famille afin que les attaquants ne puissent s’abriter derrière les maisons pour s’approcher des fortifications. Il emploie ensuite une partie de la garnison à construire des retranchements avancés à l’ouest de la ville, près de Sainte-Foy. Le 27 avril, alors que l’armée française approche, quelques escarmouches éclatent entre la cavalerie de Lévis et des détachements britanniques. Dès le lendemain, Murray décide d’attaquer les Français avant qu’ils ne parviennent à se retrancher. La ligne britannique forte de 3 200 hommes, s’avance vers les troupes de Lévis. L’artillerie de campagne, qui se trouve tout près, canonne les positions françaises. Si Murray parvient à enfoncer la gauche de la ligne ennemie, l’armée de Lévis se retrouvera coincée entre les baïonnettes anglaises et le fleuve Saint-Laurent.
Victoire française sur les plaines d’Abraham
La bataille est âprement menée. Le théâtre des combats les plus acharnés se déroule sur l’emplacement de la demeure d’un certain Dumont qui occupe une position charnière. Le régiment de La Sarre et les 43e et 60e régiments britanniques s’y affrontent au corps à corps, et la maison change de camp à plusieurs reprises. Le régiment de Berry vient prêter main-forte à celui de La Sarre, puis charge l’artillerie britannique à travers la mitraille, enlevant les canons. La ligne étant ébranlée, Murray ordonne la retraite, qui se fait en bon ordre. Les Britanniques perdent 1 100 hommes, morts, blessés ou prisonniers, alors que les pertes de Lévis s’élèvent à 572 morts et blessés 20.
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
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François-Gaston
Seigneur et duc de Lévis
LEVIS (François-Gaston, seigneur et duc de) (1720-87), sous-lieutenant au régiment de la marine, capitaine, aide-major, colonel, cheÂvalier de Saint-Louis, brigadier-général et commandant en second, commandant en chef, lieutenant-général, gouverneur de l’Artois, maréchal de France et duc de Lévis.
Le berceau de la famille de Lévis — aujourÂd’hui Lévy-Saint-Nom, en Seine-et-Oise, — désigne une localité située entre Chevreuse et Versailles, à une lieue et demie de Trappes. La maison était l’une des plus antiques et nobles de France. En 1179, époque de la troisième croisade, le chevalier Philippe, seigneur de Mirepoix, accompagnait le roi Philippe-Auguste en Terre-Sainte. Deux membres de la descendance, les barons de la Voulte en Velay, comtes et ducs de Ventadour en Limousin, issus de la branche de Lautrec (Languedoc), Henri de Lévis duc de Ventadour et François-Christophe duc de Damville, avaient été nommés vice-rois de la Nouvelle-France, le premier en 1625 et le second en 1644.
Fils de Jean de Lévis, marquis d’Ajac et de Jeanne Maguelonne, de la branche de LéÂvis-Léran, François-Gaston naquit le 23 août 1720 au château d’Ajac près de Limours, dans le Languedoc — aujourd’hui département de l’Aude. Cadet de la famille, à l’âge de quatorze ans, le chevalier portait l’épée dans le régiment de la marine. Lieutenant, il se battit à l’action de Clausen : sa bravoure lui valut une promotion. Ce fut, a-t-on dit, durant la campagne de Bohême, que M. de Montcalm et lui se virent pour la première fois. Blessé à la cuisse d’un éclat de bombe au siège de Prague, il se trouva au nombre des invalides, laissés dans cette ville à la garde de l’héroïque Chevert. Il soutint un combat opiniâtre sur les bords du Mein à la tête d’un détachement de cent hommes, et il assista, le 27 juin 1743, à la bataille de Dettinghen : il revint alors en France. Passé ensuite à l’armée de la Haute-Alsace, mise sous les ordres du maréchal de Coigny, il la suivit en Souabe, où il se distingua comme dans les précédentes campagnes. En 1745, il servit sous le prince de Conti et se trouvait au passage du Rhin; puis l’année suivante, il suivit son régiment dirigé sur Nice pour défendre les frontières de la Provence. Nommé aide-major en 1747, M. de Lévis se signala aux sièges de Montauban, de Valence, de Cazale, de Villefranche et du Château de Vintimille. A la désastreuse rencontre de Plaisance, il eut son cheval tué et fut blessé à la tête dans une reconnaissance.
Ces glorieux antécédents déterminèrent le comte d’Argenson à le désigner comme corn-mandant en second, sous le marquis de Montcalm en Nouvelle-France. Colonel depuis 1746, chevalier de Saint-Louis en 1748, il fut fait brigadier en 1756. Il s’embarqua à Brest, le 26 mars, sur la Sauvage, commandée par M. de Tourville, avec les officiers M. de La Rochebeaucour, M. des Combles, ingénieur militaire, et M. de Fontbrune, son aide de camp; mais frégates et transports ne mirent à la voile qu’au commencement d’avril.
Il arriva à Québec le 31 mai. Le 27 juin, parÂtis de Montréal, M. de Montcalm et M. de Lévis qu’accompagnait le chevalier de Montreuil remontèrent la rivière Richelieu, en faisant de courts arrêts à Chambly et à Saint-Jean, puis à Saint-Frédéric, traversèrent le lac Champlain et arrivèrent à Carillon le 3 juillet. Le commandant chargea son second d’un détachement, en vue de reconnaître les chemins des Agniers vers le nord-ouest et de constater si l’ennemi pourrait s’en servir, en venant attaquer ses forts de Carillon et de Saint-Frédéric. Le chevalier passa trois jours dans les bois, couchant à la belle étoile, marchant comme les Canadiens et les Sauvages et les étonnant par sa vigueur et son endurance. Au départ de Montcalm, le 16, il resta à la tête des troupes de la frontière. Après la prise de Chouaguen, le général retourne à Carillon avec des renforts : le 10 septembre, il approuve entièrement les dispositions priÂses par son lieutenant et donne des éloges à l’ordre de bataille qu’il avait dressé, au cas d’une attaque de l’armée que commandaient Loudoun et Winslow. En partant, le 26 ocÂtobre, il laisse à M. de Lévis les ordres pour le déblaiement des camps et la répartition de l’armée aux quartiers d’hiver. En juin 1757, M. de Lévis accompagne son supérieur à Saint-Jean, à Chambly, à Sainte-Thérèse en vue des préparatifs de la campagne.
Le mois suivant, tous deux sont rendus à Carillon : M. de Lévis va à la Chute avec les bataillons la Sarre, Guyenne, la Reine et LanÂguedoc : les rapides offrant un obstacle infranchissable, il se vit forcé de faire le transport par terre en ouvrant un chemin (7 ou 12 juillet) : il y déploya une grande habileté dans une opération difficile de portage de 150 baÂteaux et de 15 canons. Pour marcher à l’attaÂque de William Henry, le marquis de Montcalm le mit à l’avant-garde avec environ 2.970 hommes, y compris les Sauvages (29 juillet) : cette avant-garde devait franchir, par une chaleur torride, dix lieues à travers bois et montagnes. M. de Lévis avait sous lui M. de Sénezergues, lieutenant-colonel, et M. de La Pause, aide-major, et nul n’avait ni tente ni équipage; il arriva à la baie Ganaouské (Northwest Bay) sur le lac Saint-Sacrement (George), le 12 août, à cinq lieues de William-Henry. Avec ses troupes débouchant en vue du fort, il contourna la place par le sud-ouest et prit position sur le chemin qui mène au fort Edouard ou Lydius. On connaît le sucÂcès des armes françaises. Après la victoire, un témoin oculaire montre dans son récit M. de Lévis partout où le tumulte des SauÂvages au pillage paraissait le plus échauffé, pour tâcher d’y remédier. Il affronta mille fois la mort à laquelle il n’aurait pas échappé, si la Providence n’eût arrêté les bras sauÂvages déjà levés pour le frapper.
M. de Vaudreuil, injuste envers M. de Montcalm dans sa correspondance officielle, accordait à M. de Lévis ses bonnes grâces : il sollicita pour lui le grade de maréchal de camp, que le chevalier aspirait lui-même à posséder et que le général implorait en sa faveur. Retourné à Montréal le 8 septembre, M. de Lévis reçut les instructions relatives au mouvement des troupes, à leur cantonnement d’hiver, aux permissions à accorder aux officiers. Cet hiver, il se montra galant à l’égard de Marguerite Le Moyne de Martigny, épouse du sieur Pénisseault; on le blâma souvent de s’asseoir à sa table avec des gens fort mélangés. En janvier 1758, il fallut serÂvir du cheval aux troupes; M. de Lévis fit taire murmures et réclamations, en se faisant lui-même servir cette viande.
Le 8 juillet suivant M. de Lévis est à Carillon avec M. de Sénezergues et cent réguliers : il commande la droite. Dans le fort de l’assaut des vaillants MontaÂgnards d’Ecosse, un cri retentit soudain : En avant, Canadiens ! C’est le chevalier qui ordonne une sortie aux compagnies coloniales, commandées par les sieurs de RayÂmond, de Saint-Ours, de Lanaudière, de Gaspé. En même temps, le feu de front redouble. M. de Lévis reçoit deux balles dans son chapeau. Aussi bien, le général qui comÂbat tête nue, les yeux pleins d’éclairs, se battant comme le dernier de ses soldats, écrivait à M. Doreil, le soir même de la vicÂtoire : « Si j’avais eu 200 Sauvages pour servir de tête à un détachement de 1.000 homÂmes d’élite, dont j’aurais confié le commandement au chevalier de Lévis, il ne serait pas échappé beaucoup d’Anglais dans leur fuite ! » Il ajouta dans une lettre au ministre : « Le chevalier et M. de Bourlamaque ont eu la plus grande part à la gloire de cette journée. »
En 1759, M. de Lévis était créé maréchal de camp. Le 28 mai, il vint à Québec pour servir à sa défense. Le lendemain, le marquis de Montcalm l’envoie avec les officiers de l’état-major marquer le camp de guerre, déterminé le matin, sur les hauteurs de Beauport et préparer les communications; le lieutenant désigna les positions des divers corps suivant l’ordre de bataille qu’il rédigea promptement (10 juin). Le 28, on plaça à la gauche, depuis le ruisseau jusqu’au Saut de Montmorency, les troupes du gouvernement de Montréal, avec le bataillon de la ville aux ordres de M. de Lévis. Il y avait trois gués sur la rivière Montmorency : celui du Passage d’hiver à trois milles de l’embouchure, et deux autres un peu plus haut. Durant juillet et août, les Anglais tentèrent, à plusieurs reprises, de les franchir; et il y eut souvent de vives escarmouches. Canadiens et Sauvages les passèrent pour aller surprendre les postes avancés de l’ennemi. Mais le 31 juillet, deux transports et le Centurion, vaisseau de guerre, débarquaient au Saut environ 2.000 hommes : 60 bouches à feu foudroyaient les retrancheÂments et les redoutes. M. de Lévis les fit borÂder, rallia ses troupes et les fit marcher au-devant des Anglais qui débarquaient des transports : il dirigea un feu plongeant sur tous ceux qui voulaient escalader les hauÂteurs. La nuit tomba sur le champ de carnage et le général désespéré ordonna la retraite, laissant sur les rives de quatre à cinq cents tués ou blessés. La perte des FranÂçais s’élevait à une centaine. L’amiral SaunÂders fit incendier les deux transports échoués. M. de Lévis fut le héros de la victoire de Montmorency.
Les revers se précipitant dans l’Ouest, M. de Vaudreuil et le Marquis donnèrent au chevalier e un ordre pour commander en chef sur les frontières du gouvernement de Montréal ». Il partit le 9 août au soir avec M. de La Pause et M. Le Mercier. C’est alors qu’avec 800 hommes il organisa le fort Lévis. Au décès de Montcalm, il devient lieutenant-général, officiellement en 1761. Le 10 octobre, il écrivait à M. de Vaudreuil qu’il réclamait pour lui seul tous les papiers du défunt. II arriva à Québec le 17 septembre 1759, remonta le moral des troupes et s’avança vers Québec, jusqu’au moment où il apprit la caÂpitulation; forcé ainsi d’arrêter ce mouveÂment offensif, il se replia sur Jacques-Cartier et y resta jusqu’au 10 novembre. Après y avoir établi, pour l’hiver, le major Dumas, il rejoignit le gouverneur à Montréal.
Là , il conçut et mûrit le projet de reprendre Québec. Il activa ses préparatifs et partit en bateau le 21 avril 1760; il débarÂqua le 26 à Saint-Augustin et atteignit Sainte-Foy, le lendemain. Murray, prévenu de son approche, sortit de Québec, le 28, à la tête de 3.000 hommes environ et avec 22 canons. La bataille s’engagea un peu en deçà de l’endroit où les généraux Wolfe et Montcalm étaient tombés; mais l’effort s’en porta plus à gauche, vers le chemin de Sainte-Foy. Elle dura deux à trois heures et se termina par une complète victoire pour les Français. M. de Lévis commença immédiaÂtement le siège de la capitale : il fit travailler à ouvrir une parallèle et à ériger trois batÂteries. Le 11 mai, son artillerie ouvrit le feu contre les remparts. Mais l’arrivée soudaine de plusieurs vaisseaux de guerre britanniques en rade le força à abandonner son entreprise: il fit sa retraite sur Jacques-Cartier et regaÂgna Montréal. Trois armées anglaises marÂchaient vers la ville : environ 30.000 hommes, c’est-à -dire dix contre trois.
Le 6 septembre, l’état-major de M. de VauÂdreuil ayant adopté les articles de la capituÂlation, M. de Lévis lui présenta un mémoire succinct, où il suggérait de rejeter les articles où le général Amherst exigeait que les 8 baÂtaillons français se constitueraient prisonÂniers sur parole de ne point porter les armes, même en Europe, durant la guerre; il lui demandait la liberté de se retirer avec les troupes dans l’île Sainte-Hélène pour y soutenir l’honneur des armes du roi de France. Le marquis de Vaudreuil répondit qu’il agréait comme avantageuses les conditions proposées par le général anglais et qu’il ordonnait à M. de Lévis de se conformer à la présente capitulation et de faire mettre bas les armes aux troupes (8 septembre). A la réception de cet ordre formel, le chevalier donna instruction aux différents régiments de brûler leurs drapeaux; il note le fait dans son Journal des Campagnes. Ce ne fut point dans l’île Sainte-Hélène, où il n’y avait que 400 hommes, mais dans l’île de Montréal où les bataillons étaient dispersés : quelques-uns échappèrent, semble-t-il, puisque, le 11, le général Amherst écrivait à Haldimand, comÂmandant de la ville « que les drapeaux franÂçais qu’on avait vus devaient être livrés ».
Le chevalier se rendit, à Québec, aux inviÂtations du général Murray, qui le traita en frère d’armes, lui souhaitant une heureuse traversée. Il s’embarqua, le 18 octobre, à bord de la Marie avec le chevalier de Montreuil, le commissaire Bernier, etc. et arriva à La RoÂchelle. Le roi d’Angleterre leva tôt après la défense d’Amherst de servir durant la guerre, mais en Europe seulement. Louis XV témoiÂgna au chevalier sa satisfaction en le créant, en 1761, lieutenant-général par une promotion spéciale.
A l’ouverture de la campagne, celui-ci alla rejoindre l’armée du Rhin, sous les ordres du maréchal de Soubise. Après avoir assisté aux combats de Fillinghausen et de Schedinghern, il vint renforcer en Hesse le maréchal de Broglie, avec un corps de 10.000 hommes. Chargé en 1762 du commanÂdement de l’avant-garde du corps de réserve du prince de Condé, il soutint avec succès toutes les attaques du prince de Brunswick. Il eut une large part à la brillante action de Greminghen : attaqué par 25.000 combattants à deux lieues de l’armée, il ne put jamais être entamé, ayant eu sous lui son cheval tué. Ce fut lui qui décida du succès remporté à Johannisberg, la gauche de l’armée soutenant les assauts de Brunswick; même, trois jours après, avec 4.000 hommes, il se maintint sur la montagne contre dix-neuf bataillons et trente pièces de canon. Ses anciens compaÂgnons d’armes du Canada, rendus inactifs, MM. de Bourlamaque et de Bougainville, ne manquèrent pas de le féliciter par lettres.
Au décès du duc de Chaulnes en 1766, le général de Lévis fut créé gouverneur de l’Artois. En 1771, on le nomma capitaine des gardes de M. le comte de Provence (Louis XVIII), chevalier des Ordres du roi en 1776, gouverneur d’Arras en 1780, maréÂchal de France en 1783, duc de Lévis en 1784 avec droit héréditaire : il mourut d’apoplexie à Arras, le 26 novembre 1787.
L’historien canadien, auteur du Marquis de Montcalm, a tracé une esquisse du chevalier de Lévis en ces termes : Sa physionomie n’a pas encore été étudiée à fond. Il avait de l’intelligence, de l’éducation et de l’instrucÂtion, sans être un lettré. A défaut de connaisÂsance des livres, il possédait une utile science des hommes. Il était calme, froid, avisé et perspicace. Passé maître dans l’art de bien vivre avec tout le monde, il savait adroitement se tenir en dehors des querelles d’autrui. Il gagna et conserva la confiance et l’amitié des hommes que séparait la plus vioÂlente antipathie : ainsi M. de Vaudreuil chantait ses louanges et M. de Montcalm lui ouÂvrait intimement son coeur. Sa qualité maîtresse était le tact. Grâce à elle, son mérite ne connut jamais l’ombre et sa carrière fut, une suite ininterrompue de succès : il mourut gouverneur d’Arras avec des émoluments, des gratifications, des pensions qui dépassaient 97.000 livres.
Source : Louis LE JEUNE, «François-Gaston, Seigneur et duc de Lévis», dans Dictionnaire général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, mœurs, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Vol. II, Ottawa, Université d’Ottawa, 1931, 829p., pp. 148-150.
© 2006 Claude Bélanger, Marianopolis College
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Louis-Joseph Marquis de Montcalm
MONTCALM (Louis-Joseph, marquis de) (1712-59), enseigne, capitaine, aide de camp, colonel, brigadier, maréchal de camp, commandant d’armée, lieutenant-général et comÂmandeur de Saint-Louis.
La généalogie de sa famille remonte au XIIe siècle. Elle est représentée par Simon de Montcalm, seigneur de Viala et de Cornus (Aveyron). Heyral, Bertrand, Bernard, RayÂmond continuent la lignée. Jean, fils du der-nier, porte les titres de Saint-Véran (Hautes-Alpes), Tournemire (Aveyron), Viala, la Baume (Haute-Savoie), Pradines (Loire), La Panouse (Lozère). Son fils Guillaume meurt au commencement du XVle siècle et Jean, son aîné, devint aussi seigneur de Candiac. FranÂçois, son fils, est capitaine des galères du roi. Plusieurs des Montcalm embrassent le calviÂnisme, entre autres, Honoré, qui succombe dans un combat singulier à Lodève (1574). Louis, troisième du nom, eut cinq fils, entre autres, Jean-Louis, le cadet, qui fut le père de Louis-Pierre et de Louis-Daniel, baron de Gabriac. Ce dernier, né le 22 septembre 1676, épouse (30 avril 1708) Marie-Thérèse-CharÂlotte de Lauris de Castellane, seigneur d’Ampus (Var). Il meurt le 13 septembre 1735, laissant cinq enfants : Louis-Joseph, Jean-Louis-Pierre, Louise-Françoise, Louise-Charlotte, Hervée-Macrine. La mère, fervente caÂtholique, fit abjurer le calvinisme à son mari.
Louis-Joseph, seigneur de Saint-Véran, Tournemine, Vestric et Candiac, Saint-Julien d’Arpaon, baron de Gabriac, naquit, le 28 février 1712 au château de Candiac, situé non loin de Nîmes. Durant ses premières années, sa constitution resta délicate. Sa tante le ménagea tant que, à six ans, il ne savait pas encore lire. Son père le confia, alors A. un préÂcepteur de Grenoble, nominé Louis Dumas, et qui était son frère naturel. Cet homme posséÂdait une érudition très étendue. Il initia son élève aux éléments français, grecs et latins, mais il ne réussit jamais, en dépit de remontrances quotidiennes, à l’initier à la calligraphie. Les humanités et la réthorique complétèrent le cours classique. En 1724, le jeune étudiant obtint déjà un brevet d’enseigne dans le régiment de Hainaut, où son père était lieuÂtenant-colonel; mais il ne commença le service actif qu’en 1727 à Longwy (Moselle). Toutefois, A Paris, il alternait l’étude des classiques, sous la direction d’un certain Etienne Philippe, avec les leçons d’armes et d’équitation à l’Académie de Vendeuil; suivant aussi parfois son régiment à Fort-Louis, Strasbourg, Mézières, Givet.
En 1729, il fut promu capitaine. En 1733, désigné pour faire partie de l’armée comÂmandée par Maurice de Saxe, qui investit et prit le fort de Kehl, au mois d’octobre, le jeune officier n’eut pas l’occasion de se siÂgnaler dans cette campagne. En avril 1734, iI prend part au siège et à la prise de PhiIipsÂbourg. Au mois de septembre 1735, son père mourut à Candiac. L’année suivante, M. de Montcalm épousa Angélique-Louise Talon du Boulay (3 octobre 1736).
En 1741, la France entrait dans la coalition formée contre l’Autriche. Le capitaine solliÂcita et obtint la faveur d’accompagner en Bohême, en qualité d’aide de camp, le marquis de La Fare, nommé lieutenant-général. Les troupes s’emparèrent de la haute AutriÂche et entrèrent dans Prague. Mais par un retour de la fortune, on vint les y assiéger; ils sortirent de la ville en partie, sous les. ordres du maréchal de Belle-Isle. Enfermé dans la place avec le vaillant Chevert, M. de Montcalm fut légèrement blessé dans une sorÂtie. Ce contingent exécuta aussi une merveilÂleuse retraite.
Rentré en France, il fut promu, le 6 mars 1742, colonel du régiment d’AuxerÂrois, lequel allait faire la campagne d’Italie contre les armées autrichiennes et sardes. Ce ne fut qu’en mars 1744 que le colonel partit pour Monaco. Ses mémoires affirment que la campagne dura du 13 avril au 20 décembre, remportant de brillants succès, sous le comÂmandement du prince de Conti. Elle reprit en 1745, juste quand on manquait de troupes aguerries à Louisbourg. En 1746, il était sous les ordres du maréchal de Maillebois et de Chevert. Au mois de mai, il enleva 150 Sardes à Monteleone. Le 16 juin, il prenait une part distinguée avec son régiment à la meurtrière bataille de Plaisance, où les Autrichiens furent vainqueurs : il y fut blessé cinq fois dans la mêlée et tomba aux mains de l’enÂnemi. « Heureusement aucun de ces coups de sabre, écrivait-il, n’est dangereux, quoique j’aie perdu mon sang en abondance, ayant eu une artère coupée. Mon régiment, que j’avais rallié deux fois, est anéanti. »
Remis de ses blessures, M. de Montcalm put rentrer en France prisonnier sur parole. A Paris et à Versailles, il fut accueilli avec honneur par le roi. En mars 1747, Louis XV fit insérer son nom dans la liste de la promotion des brigadiers. La conclusion des néÂgociations pour l’échange des prisonniers lui rendit la liberté de se battre : en juillet, il était à la bataille de l’Assiette, où les FranÂçais perdirent 4.000 hommes. Il s’y prodigua avec entrain, fut atteint d’une balle au front et reçut plusieurs contusions. En automne, il était présent aux opérations, qui forcèrent les ennemis à lever le siège de -Vintimille.
Le 18 mars 1748, on signa la paix à Aix-la-Chapelle. En 1749, dans la réorganisation de l’armée, son régiment fut incorporé au régiment de Flandre. Puis, l’officier jouit de six années de repos au foyer, s’occupant du soin de ses propriétés et de l’éducation de ses enfants : « J’ai eu dix enfants, écrit-il en 1752; il ne m’en reste que six, deux garçons et quatre filles : Louis-Jean-Pierre et Gilbert-François-Déodat. » Toutefois, il allait inspecÂter son régiment, à des intervalles détermiÂnés.
Dans l’automne de 1755, M. de Montcalm se rendit à Paris pour régler certaines affaires domestiques. Il se présenta à Versailles, où M. d’Argenson, sachant la défaite du général Dieskau (8 septembre), lui proposa de le remplacer (19 novembre). L’officier consulta les siens. Sa mère lui conseilla d’accepter. Le 31 janvier 1756, il en donna confirmation au ministre, qui le pressa de hâter ses préparatifs, tout en nommant son fils aîné colonel de son régiment, à sa place.
Le 6 février, il fit ses adieux aux siens à Montpellier; le 12, il était à Paris et le lendeÂmain à Versailles aux pieds du roi. Le 2 mars, sa maison militaire était composée; le 11, le roi le nomma maréchal de camp, M. le chevaÂlier de Lévis brigadier, M. de Bourlamaque colonel. M. de Bougainville capitaine réformé, les sieurs des Combles et Desandrouins, ingénieurs, l’un promu chevalier de Saint-Louis, l’autre capitaine en second du génie. Les sieurs de Rochebeaucour et Marcel étaient second et troisième aides de camp. Le 21 mars, M. de Montcalm arrivait à Brest, port de l’embarquement, où l’attendaient 1.100 à 1.200 hommes de la Sarre et du Royal-Roussillon: cinq jours après, ces troupes montaient à bord du Héros, de 74 canons, de l’Illustre 64 et du Léopard 60. M. de Montcalm était emÂbarqué, ainsi que M. de Bougainville, sur la frégate la Licorne, commandée par M. de La Rigaudière; M. de Lévis, ainsi que M. de La Rochebeaucour, M. des Combles et M. de Fonthrune, aide de camp du premier, sur la Sauvage, commandée par M. de Tourville; M. de Bourlamaque, ainsi que MM. DesanÂdrouins et Marcel, sur la Sirène, commandée par M. de Brugnon. Le départ, faute de vent favorable, ne s’effectua que le 3 avril.
Terrible tempête, durant la Semaine sainte, qui sépare la Licorne du Héros : « Je ne savais plus dans quelle assiette me tenir, écrit Montcalm; si j’avais osé, je me serais fait amarrer.» A Terre-Neuve, on pêche la morue. « Il faut convenir que c’est un excellent manÂger; et ce qu’il y a de meilleur est inconnu en Europe : la langue, la tête, le foie. » Le 5 mai, le vaisseau entrait dans le Saint-LauÂrent; le 10, il était rendu au Cap-Tourmente, où le général prit terre dans l’espoir d’aller à Québec; mais il ne trouva aucun véhicule; le 12, il se fit descendre à Saint-Joachim, passa la nuit chez M. du Buron, curé de Château-Richer et arriva, le 13, à Québec, quelÂques heures après la Licorne, « ayant trouvé le pays très beau et bien cultivé ». M. de Vaudreuil étant à Montréal, il fut reçu par M. Bigot, le chevalier de Longueuil, lieutenant de roi, Mgr de Pontbriand, M. de Ramezay major et M. Péan aide-major.
Les réceptions étant terminées, il donna ses instructions aux officiers concernant les trouÂpes. Le 23 mai, il remonte le fleuve et arrive à Montréal en trois jours. Les premières enÂtrevues avec le gouverneur furent courtoises et bienveillantes. La Cour avait laissé à M. de Vaudreuil tous les pouvoirs : il commandait à M. de Montcalm, qui ne gardait que le soin et la direction des réguliers ou troupes de terre. Ces troupes étaient ainsi réparties : les régiments de La Reine, 327 hommes; du LanÂguedoc, 326; de Guyenne, 492; du Béarn, 498, tous venus antérieurement avec le baron de Dieskau; de La Sarre, 515; du Royal-RoussilÂlon, 520: soit un total de 2.678, auquel il faut ajouter 156 volontaires et 918 recrues, ou 3.752 soldats, sans compter les officiers. Les troupes du détachement de la Marine forÂmaient un contingent de 1.950, avec un millier de Sauvages domiciliés,
1. Campagne de Chouaguen (juin-août 1756).
Chouaguen (Oswego) était situé sur la rive méridionale du lac Ontario. La place comprenait trois forts : le fort Ontario, érigé sur la rive occidentale de la rivière Oswego, en forme d’étoile; le vieux Chouaguen ou fort Pepperel, bâti en pierres, enÂtouré de murailles avec des parapets et situé en face du premier; le nouveau Chouaguen ou fort George, construit en pieux, à droite sur le bord du lac. Ils étaient défendus par 1.400 combattants environ, commandés respecÂtivement par les colonels Mercer, Schuyler et le lieutenant-colonel Littlehales.
Le siège de la place commence dès le 5 juin. Le capitaine, Louis Coulon de Villiers, établit un camp à la haie de Niaouré (Sacketts Harbour), à quinze lieues de Chouaguen : escarmouches heureuses sur la rivière Oswego, le 25 juin et le 3 juillet, contre le lieutenant-colonel Bradstreet. Le 6 août, arÂrivée des troupes : 3.200 réguliers et miliÂciens, 250 Sauvages, sous les ordres du généÂral et de M. de Bourlamaque. Le 8, le détaÂchement de M. de Rigaud, composé des indiÂgènes et de 500 Canadiens, avance vers la place en éclaireurs. Le 9, débarquement de l’artillerie à l’Anse-aux-Cabanes. A l’aube du 10, un Sauvage tire, par méprise, à bout porÂtant sur M. des Combles, qui expire une heure après. Le 12, les canons sont mis en batterie et les tranchées ouvertes par 300 hommes; le 13, nouveaux travaux d’approche. L’artilÂlerie bat son plein contre le fort Ontario et la garnison décimée se replie sur le vieux Chouaguen. Celui-ci est battu en brèche, le matin du 14 : vers 9 heures, M. de Rigaud avec son détachement et M. de Bougainville traversent la rivière Oswego, à un gué situé à trois quarts de lieue en amont, afin d’inÂvestir la place. Soudain, un boulet coupe en deux le colonel Mercer, qui allait faire face à cette attaque. A 10 heures, le colonel Littlehales, sur l’avis du Conseil de guerre, fait arborer le drapeau blanc et, à 11 heures, il signe l’acte de capitulation. L’affaire avait à peine duré dix jours, depuis le départ de Montcalm de Frontenac.
Le butin était immense : environ 1.700 priÂsonniers, y compris les hommes, les ouvriers, les domestiques, cinq drapeaux, trois caisses du trésor contenant 18.000 francs, 122 caÂnons, 23 milliers de poudre, 8 milliers de balles, 450 bombes, 1.476 grenades, 1.800 fusils, 12 paires de roues de fer, 2.950 boulets, 250 boucauts de biscuits, 1.386 quarts de lard ou de boeuf salé, 752 quarts et 200 sacs de farine, 11 quarts de riz, 90 sacs de pois, 7 quarts de sel, 32 boeufs : plus un grenier plein de pois et un autre de farine. Dans le fort se remisaient six embarcations armées : un senau percé de 20 pièces de canon, un brigantin de 14 pièces, une goélette de 8, une barque de 10, une autre de 4 et un esquif de 12 pierriers. L’ennemi comptait 150 tués et 30 blessés; l’assaillant, 6 morts et 24 blessés: Les Canadiens et les Sauvages pillèrent surtout les fusils; ces derniers, repus de rhum, tuèrent une trentaine de fuyards ou de malades. Du 15 au 21 eut lieu la démolition des trois forts. On y érigea une grande croix avec l’inscription de M. de Bougainville : In hoc signo vincunt! ainsi qu’un poteau aux armes de France avec ces mots : Manibus date Iilia plenis : « à pleines mains, semez les lis ». Le jour même, les troupes quittaient le lieu de leur triomphe.
M. de Montcalm, suivi de M. de Lévis, avait visité le fort de Carillon, avant la campagne de Chouaguen; il y retourna s’aboucher avec son lieutenant-général à l’automne. Puis il hiverna à Montréal et à Québec.
La ligne de fortifications, établie par les Français, comprenait, en amont du Richelieu: Chambly, Saint-Jean, Saint-Frédéric (1727) à la Pointe-à -la-Chevelure (Crown Point) du lac Champlain, Carillon (1755) à l’entrée de la rivière du lac Saint-Sacrement (George). Celle des Anglais, en amont du fleuve Hudson, se composait des forts : Albany, Shenectady, Edouard ou Lydius, William-Henry ou George, à l’entrée méridionale du lac de ce nom; ce dernier était une menace constante pour la colonie : Dieskau échoua dans sa tentative de s’en emparer, Montcalm réussit à l’enlever.
2. Campagne de William-Henry (juillet-août 1757).
Le 12 juillet, le marquis de Montcalm part de Montréal, est à Saint-Jean le 15, et le 18 à Carillon. Là il organise son armée, qui est composée de 7.819 hommes : les comÂpagnies de la marine en bataillons de 535 hommes chacun; les milices en brigades, comÂmandées par les officiers canadiens, le cheÂvalier de La Corne, M. de Saint-Ours, M. de Repentigny, M. de Courtemanche et M. de Gaspé; un détachement de 300 volontaires sous les ordres de M. Coulon de Villiers; les réguliers de France en trois brigades; les Sauvages en corps d’avant-garde sous M. de Rigaud.
Le 1er août, on transporta les guerriers et l’artillerie sur le lac. Les jours suivants, énerÂgiques travaux d’approche. Le 7 et le 8, a lieu l’attaque violente et incessante du fort. Le 9, capitulation des officiers d’état-major : Webb, Munro, Young et Fesch. Les assiéÂgeants ont seulement 17 tués et 40 blessés.
Les 2.241 prisonniers ont les honneurs de la guerre et l’escorte jusqu’au fort Lydius; ils ne pourront servir contre la France avant dix-huit mois, clause qui fut violée dans la suite. Confiscation de tout le matériel, vivres et munitions; par malheur, le 10 août, les Sauvages massacrent une cinquantaine de priÂsonniers en route vers Lydius, afin de piller leur bagage. Le 15 août, le fort n’est plus qu’un amas de décombres. — Fenimore Cooper, dans le Dernier des Mohicans, n’a pas manqué de calomnier la mémoire de Montcalm, à propos de ce douloureux épisode.
M. de Vaudreuil s’empressa de jeter le blâme sur le vainqueur qui aurait dû, à son sentiment, poursuivre sa victoire par la prise du fort Lydius, situé à la distance de six lieues. « Montcalm, écrivait-il, n’avait qu’à se présenter et il avait tout à souhait. » Le gouÂverneur n’avait guère combattu, ni au CaÂnada, ni en Louisiane. Le général français hiverna à Québec, où il fut témoin des folles réceptions de l’intendant, de ses jeux effrénés, du carnaval, des réjouissances mondaines deÂvant la misère publique; son Journal est une vivante peinture de la décadence des moeurs et du pressentiment de la catastrophe. Au printemps de 1758, il retournait à Montréal pour organiser les préparatifs de la prochaine expédition. A cette occasion, il eut avec M. de Vaudreuil une terrible passe d’armes.
3. Campagne de Carillon (Ticonderoga) (juillet 1758).
— Le fort de Carillon était en bois, ceint d’une palissade, assis sur le versant sud-est d’une péninsule, bordé de terrains bas qui côtoient le lac Champlain à gauche, à droite la rivière La Chute longue de 4 milles, dont 2 navigables; puis une cascade en aval d’une série de rapides; enfin le Portage, qui aboutit au lac Saint-Sacrement (George), long de 36 milles et terminé par les ruines de William-Henry.
L’armée anglaise comptait 6.367 réguliers de la métropole, 9.034 provinciaux des Colonies, commandés par James Abercromby géÂnéral, George-Auguste comte et lord Howe, brigadier-général, William Johnson, vainÂqueur de Dieskau, Robert Rogers, l’idole des Indiens, John Bradstreet. Les Français ne comptaient que 3.906 guerriers, parmi lesquels environ 300 Canadiens et 16 Sauvages seulement. La partie s’engageait à cinq contre un.
Le vainqueur demeura à Carillon, qu’il traÂvailla à rendre imprenable, jusqu’au 4 noÂvembre. De nouveau, M. de Vaudreuil lui écriÂvit de Montréal, lui reprochant de n’avoir pas poursuivi 14.000 hommes avec 3.000 combattants épuisés de leur lutte héroïque. Ce duel épistolaire fut suivi de la réconciliaÂtion des deux chefs, par voie d’ambassade. Ils convinrent d’envoyer M. de Bougainville auprès du roi et de la Cour. Carillon conserva une garnison de 400 hommes, dont 300 de terre et 100 de la marine, sous le commandement de M. d’Hébécourt.
Le marquis de Montcalm acheva l’année à Montréal et se rendit ensuite à Québec, où il fut témoin des divertissements de la haute société au sein de la misère publique.
Il écrivait à M. de Lévis, le 12 janvier 1759: « Les plaisirs, malgré la misère et la perte prochaine de la colonie, ont été des plus vifs à Québec. Il n’y a jamais eu autant de bals, ni de jeux de hasard aussi considéÂrables, malgré la défense de l’année dernière. Le gouverneur et l’intendant l’ont autorisé. » II ajoutait : « Ah! que je vois noir! Je prévois avec douleur les difficultés de la campagne prochaine. Si la guerre dure, la coloÂnie périra d’elle-même, ne succombât-elle pas par la supériorité des forces de l’ennemi!… Qui diable sait où tout en sera au 1er novemÂbre 1759?… »
A la détresse publique s’ajoutaient les fâÂcheuses nouvelles : perte de Louisbourg le 26 juillet 1758, du fort Frontenac le 25 août, du fort Du Quesne le 24 novembre; insuccès de la mission de M. de Bougainville : «beaucoup d’honneurs et peu de secours a (10 mai 1759). Le marquis de Montcalm était promu lieutenant-général: ce qui lui assurait un traitement de 36.000 livres.
4. Campagne de Québec (mai-septembre 1759).
Les Anglo-Américains ont armé : 1° Contre Québec, 125 vaisseaux et 152 transports, montés de 27.000 soldats et marins, sous Ies ordres de James Wolfe, major généÂral des troupes de terre, qui a pour officiers les trois brigadiers-généraux George TownÂshend, Robert Monckton et James Murray; Charles Saunders est chef de l’escadre et des troupes de mer, ayant sous ses ordres Philipp Durell et Charles Holmes; 2° Contre Carillon et Saint-Frédéric, une armée de 12.000 homÂmes sous le commandement de Jeffrey AmÂherst, tandis que M. de Bourlamaque n’a qu’un effectif de 2.500 combattants à lui opposer; 3° Contre Niagara, où commande le capitaine Pouchot à la tête de 1.100 hommes, un corps de 5.000 combattants et de 900 Iroquois, sous les ordres du général John Prideaux et de William Johnson.
Les Canadiens ne disposent que de 15.000 hommes environ, répartis sur les lacs Champlain et Frontenac et dans le moyen Saint-Laurent.
La colonie a déjà subi des échecs douloureux : le 6 juillet, le capitaine de La Corne tente de déloger Haldimand d’une redoute qu’il avait élevée à Chouaguen : il se retira, ayant 30 morts ou blessés; le 25, le capitaine Pouchot capitule à Niagara; M. de Bourlamaque, devant les 12.000 hommes d’Amherst, fait sauter le fort de Carillon (22 juillet), celui de Saint-Frédéric (le 31), et se replie sur l’île-aux-Noix pour arrêter la marche de l’ennemi.
Dès le 26 mai, la flotte britannique mouille au sud de l’île d’Orléans qui la couvre; le lendemain, quelques frégates doublent la Pointe-Lévy, qui n’est pas munie d’artillerie : des pilotes français, capturés par Durell, dans le bas du fleuve, qui avait arboré en fraude le drapeau fleurdelisé, conduisaient les naviÂres anglais en sûreté. Le 27 juin, des débarÂquements s’opèrent à Saint-Laurent de l’Île d’Orléans et, de là , au bout de l’île : le lenÂdemain, insuccès des brûlots de M. de VauÂdreuil en aval. Les deux jours suivants, trois régiments descendent à Beaumont : où affiÂchage d’une insultante proclamation de Wolfe contre les agissements possibles des habitants. Puis, escarmouches meurtrières de M. de Lévis et d’Etienne Charest. Le 2 juillet, camp retranché de Monckton à la Pointe-Lévy, du 6 au 12, à Lévis. Le 9, débarquement de Townshend et de Murray vers l’Ange-Gardien : ils établissent leur camp sur la rive gauche du Saut-de-Montmorency. Le 12, échec d’une tentative du capitaine Dumas, à l’ouest de Lévis.
Depuis deux ans, M. de Montcalm avait recommandé de faire des retranchements dans la région de Beauport : le gouverneur ne fit rien. Le 29 mai, il les entreprend et y fait travailler, nuit et jour, jusqu’au 4 juillet : redoutes et redans s’alignent de la rivière Saint-Charles au Saut.
Le soir du 13 juillet, les batteries anglaises de marine, installées à Lévis, lancent les obus et les projectiles incandescents sur la capiÂtale; le 15, des bombes incendiaires; les deux jours suivants, sans répit, nouveaux ravages du feu. Le 18, la nuit et à la marée montante, un vaisseau de 50 canons, une frégate de 20, trois transports et deux corvettes, doublent le Cap-Diamant et mouillent à l’Anse-des-Mères : les batteries du fort Saint-Louis aperÂçoivent trop tard leur passage ! C’était un quatrième ennemi à surveiller sans répit, qui menace d’intercepter vivres et munitions, veÂnant des Trois-Rivières. En même temps, l’arÂtillerie de Wolfe et de Saunders frappe et décime l’aile gauche de M. de Lévis, sur la rive droite du Saut-de-Montmorency.
Dans la seconde phase du siège, le colonel Guy Carleton, commandant un détachement, fait prisonnières, le 21 juillet, à Neuville, un groupe de dames de Québec, qu’il renvoie le lendemain : le corps de voltigeurs, sous les ordres du capitaine Dumas, arriva trop tard pour attaquer les embarcations du colonel. Le 22, le bombardement, qui ne cesse que par intervalles, est effroyable : la cathédrale, des rues entières prennent feu. Les Religieuses se réfugient à l’Hôpital-Général. Le tir du fort Saint-Louis arrête au passage trois navires de guerre. Mécontent, impatient, aigri, Wolfe lance une nouvelle proclamation; le 25 juillet, ses troupes pillent tout à Saint-Henri, emmenant 250 personnes, ainsi que le curé,, M. Dufrost de La Jemmerais. Le lendeÂmain, une escarmouche se produit aux gués, situés en haut de la rivière Montmorency; un parti de Sauvages les a franchis avec des officiers de la marine : nous eûmes 18 tués ou blessés, l’ennemi en perdit environ 50. La nuit du 27, nouvelle tentative des brûlots, sous l’habile manoeuvre des sieurs de Courval et de Bougainville. Le 31, Wolfe fait attaÂquer le camp de Beauport par les feux des transports embossés dans le chenal avec le Centurion de 60 canons, par les batteries de la rive gauche du Saut, par une colonne de 2.000 fusils à la hauteur des gués, plus tard par les troupes passées au pied de la chute. Partout les réguliers de France, les miliciens incorporés, les Sauvages, tiennent ferme et fauchent les rangs ennemis; au milieu du carnage, une pluie d’orage vient détremper le sol et, à sept heures du soir, l’Anglais bat en retraite, laissant derrière lui environ 500 cadavres : c’est la victoire de Montmorency.
La troisième phase s’ouvre avec le mois d’août. Irrité de ses pertes, exaspéré de l’insuccès, impuissant à accéder aux hauteurs de la ville par l’est et l’ouest, Wolfe se venge par un redoublement d’énergie dans le bomÂbardement : chaque jour du mois amène un sinistre, surtout la nuit du 8, où sont consuÂmées 167 maisons. Dans l’intervalle, M. de Bougainville, à la tête de son camp volant, intercepte deux essais d’atterrissement à Neuville. Le 9 août seulement, l’on apprend la capitulation de Niagara. Pour enrayer la marche de Johnson sur Montréal, le général charge le chevalier de Lévis de garder les rapides du Saint-Laurent avec un détachement d’environ 1.000 combattants : ce qui afÂfaiblit d’autant « la petite armée ». Mais, le lendemain, M. de Repentigny, avec 700 CanaÂdiens et Sauvages, met hors de combat une centaine d’Anglais aux gués de Montmorency. Malade de la fièvre, aggravée des pertes et des lenteurs d’un triomphe escompté d’avance et des combinaisons de son adversaire, le géÂnéral Wolfe exécute son plan de dévastation systématique : la soldatesque de Rogers, chef des Rangers ou Métis, incendie tout dans l’île d’Orléans, les paroisses qui s’échelonnent de l’Ange-Gardien à la haie Saint-Paul, massaÂcrant le curé de Saint-Joachim et neuf priÂsonniers; les paroisses de l’Islet à la Rivière-Ouelle; au-dessus de Québec, les paroisses de Tilly, de Deschambault, de Saint-François avec sa mission abénaquaise. L’officier Richard Montgomery se distingue par sa fureur sanguinaire : « H faudra un demi-siècle, avoue l’un des incendiaires, pour réparer tout le dommage » (V. A. Gosselin, Mgr de PontÂbriand).
La quatrième phase commence par le plan de l’état-major des deux antagonistes. De la part Anglais, [sic] l’esprit pressuré par deux mois d’insuccès, le général en chef songe à renouÂveler l’assaut du côté de Montmorency : ses trois aviseurs lui conseillent l’attaque de surprise au-dessus du Cap-Diamant; aussi bien, du 26 au 31 août, environ 14 vaisseaux franÂchissent impunément la passe de Lévis, faute de défense préalable sur les deux rives et, par terre, les troupes s’acheminent vers la Chaudière; puis, le 3 septembre, on lève le camp inutile de Montmorency. M. de Montcalm combine aussi ses plans: le 5 septembre, il déplace son aile droite de Beauport; il offre à M. de Bougainville d’établir le batailÂlon de Guyenne sur les hauteurs d’Abraham; mais, le 6, M. de Vaudreuil contremande l’ordre et « fait rentrer le bataillon » : faute inexplicable, commise sans doute de bonne foi ou par totale ignorance de la stratégie. Nuit et jour, M. de Bougainville épie les mouÂvements des vaisseaux anglais, passés en amont du fleuve. Le 10, résolu à tout hasarÂder, Wolfe fait choix de l’Anse-au-Foulon pour la nuit du 12. Il sait par espion que, la même nuit, un convoi de farine doit descendre de Sorel et des Trois-Rivières alimenÂter Québec. Ici se place l’épisode de l’AtaÂlante (V. Vauquelin). Cependant il y eut un contre-ordre, lequel ne fut pas peut-être comÂmuniqué aux sentinelles françaises.
On sait que Monckton opéra la première descente sur la rive nord, répondant France ! au cri de Qui vive ! et qu’il surprit en haut le poste endormi et réduit de Vergor Du Chambon. A cinq heures du matin, 1.800 Anglais ont déjà gagné les hauteurs du plateau. Le 13 septembre, 4.800 combattants, tous réguliers de profession, se rangent en ordre de bataille sur les plaines d’Abraham. Le marquis de Montcalm a tout entendu de Beauport par des estafettes; il accourt organiser la défense avec environ 4.000 homÂmes. Il lui manque les 2.000 de M. de Sénezergues, qui ne répond pas à l’appel, les troupes de M. de Bougainville, les 25 canons de Québec, que refuse M. de Ramezay, major de la ville.
5. Bataille et défaite des Plaines.
Vers 10 heures du matin l’ordre de bataille combiné, sur le commandement du général, nos troupes s’élancent, avec une grande impétuosité, contre l’ennemi. Par malheur, au bout de cent pas, les miliciens font feu, sans aucun ordre manifesté, et se couchent pour recharÂger.
Les Anglais, sans tirer, avancent avec deux balles au fusil : à 40 pas, les 4.000 balles frapÂpent nos soldats, qui tombent ou se relèvent dans la confusion. Puis, l’ennemi, étant si proche, charge vigoureusement à la baïonÂnette : la déroute est aussitôt complète.
Blessé au poignet et dans l’aine, Wolfe reÂçoit une balle dans les poumons et meurt d’une hémorragie. En essayant d’enrayer la déroute, le marquis de Montcalm est atteint à la cuisse et aux entrailles. Ainsi tombaient les deux chefs dans l’action.
Toutefois, le marquis est ramené à Québec sur son cheval noir et soutenu par trois offiÂciers. « Ce n’est rien, dit-il, aux femmes qui pleuraient sur le passage, ne vous affligez pas pour moi! » On le conduisit à la maison de M. André Arnoux, chirurgien, absent au lac Champlain avec l’armée de Bourlamaque. Arnoux le jeune, son frère, examina et pansa les blessures : il avoua que la mort était cerÂtaine et prochaine. — « Combien d’heures ai-je à vivre? demanda le blessé » « Pas beaucoup au delà de trois heures du matin.» Immédiatement, le général mit ordre à ses affaires et se prépara à bien mourir. Il dit à son secrétaire Marcel que tous ses papiers fussent remis aux mains de M. de Lévis, ainsi qu’un écrit contenant ses intentions confié à M. de La Rochette, trésorier de la marine. Il reçut le viatique et l’extrême-onction avec une ardente piété. A cinq heures du matin, le 14 septembre, il expirait, réalisant dans sa personne la devise du blason familial : « La guerre est le tombeau des Montcalm. »
Commandeur de l’Ordre de Saint-Louis et lieutenant-général, il eut le cercueil et les funérailles des pauvres. Un vieux contremaître des Ursulines, surnommé « le bonhomme Michel », qui « ramassa à la hâte quelques planches, parvint à confecÂtionner, en versant des larmes abondantes, une boite informe, peu en rapport avec la précieuse dépouille qu’elle devait renÂfermer ». Les funérailles, eurent lieu, le même jour, à neuf heures du soir, le cercueil étant escorté par M. de Ramezay, les officiers de la garnison, quelques mornes citoyens, des femmes et des enfants en pleurs, dont une petite fille de 9 ans, qui, devenue Ursuline, racontait encore la cérémonie en 1831. L’inhuÂmation se fit aux Ursulines et l’on y voit encore le crâne du héros au monastère.
Outre sa mère et son épouse, le marquis décédé laissait deux fils et trois filles. L’une de celles-ci avait épousé M. d’Espinousse de Coriolis; la seconde, un Doria de la célèbre famille génoise de ce nom; la troisième, le vicomte de Damas.
Louis-Jean-Pierre-Marie épousa Jeanne-MaÂrie de Lévis, nièce du chevalier. Il devint maÂréchal de camp et fut député de la noblesse de Carcassonne aux Etats-Généraux en 1789. En 1790, au moment où l’Assemblée nationale mettait en question la suppression des penÂsions accordées par le roi, M. de Noailles réclama une exception en faveur de la famille de Montcalm, dont « les services ont fait connaître le nom dans les deux mondes, dont la valeur et les talents ont honoré les armes françaises ». Sa demande fut écoutée. Les enfants de Montcalm, alors au nombre de quatre, reçurent une pension de 1.000 liv. chacun. Le fils aîné de Louis-Jean-Pierre, nommé Louis-Hippolyte, fut aussi maréchal de camp; il épousa Armandine de Richelieu, soeur du duc et premier ministre de Louis XVIII, et il mourut sans postérité. Le cadet, Louis-Dieudonné, fut aide de camp du duc d’Angoulême; il épousa une demoiselle de Sainte-Maure Montausier, qui lui donna André-Victor, lequel s’unit à sa cousine, GaÂbrielle de Montcalm; comme il n’eut aucun enfant, il adopta son neveu, le comte de Saint-Maurice; celui-ci, à la mort de son oncle, a pris le nom du marquis de Montcalm et a continué la lignée; son jeune fils est venu à Québec, en 1908, avec le marquis Gaston de Lévis.
Gilbert-François-Déodat, étant entré dans l’ordre de Malte, ne se maria point.
Source : Louis LE JEUNE, «Louis-Joseph, Marquis de Montcalm», dans Dictionnaire général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, mœurs, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Vol. II, Ottawa, Université d’Ottawa, 1931, 829p., pp. 291-297.
© 2006 Claude Bélanger, Marianopolis College
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
Vive le Roy!
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Statue de Lévis
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Oeuvre de Philippe Hébert, datant de 1896, cette statue orne la facade de l’Assemblée nationale à Québec. A ses pieds, on voit son épée brisée et les drapeaux. La scène rappelle que lors de la Capitulation de Montréal, en septembre 1760, Lévis refusa de livrer les drapeaux français et proposa de se retirer sur l’Ile Sainte-Hélène, face à Montréal, pour continuer la lutte. Seule l’insistance de Vaudreuil vint à bout de la résistance du militaire. En avril 1760, Lévis avait donné espoir aux Canadiens en remportant la victoire à la Bataille de Sainte-Foy et en assiégeant la ville de Québec occupée par les troupes anglaises dirigées par James Murray. L’arrivée de navires anglais mit fin à cet espoir de rétablir la domination française sur la vieille capitale.
Dans cette sculpture, Hébert a bien su rendre la figure d’un personnage déterminé, d’un irréductible qui ne pliera jamais devant l’ennemi.
© 2006 Claude Bélanger, Marianopolis College
Soldat Sanspareil
2ème bataillon du régiment de la Sarre
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Montcalm, Wolfe et les autres… Vaugeois raconte
Durée : 7 émissions – 30 min
Établissement : Bureaux régionaux de Télé-Québec
Type d’émission : Documents éducatifs
Une série consacrée à une période trouble de l’histoire du Québec : la guerre de Sept Ans (1756-1763). À l’aide d’illustrations, de peintures et de manuscrits de l’époque, Denis Vaugeois et ses invités, des historiens de renom, échangent leurs points de vue sur la Conquête de la Nouvelle-France. Ils revisitent de grands thèmes : la capitulation de la Ville de Québec, l’affrontement entre les troupes françaises et anglaises, l’alliance avec les Amérindiens et plus encore. Ils questionnent l’histoire, remettent en question certaines thèses et rappellent des événements oubliés ou méconnus.
Pour plus de détails consulter le lien suivant:
http://www.canal.qc.ca/emission.php?id=59
Soldat Sanspareil
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