Par JP Tellier
165 visites,
À chaque jour suffit sa nouvelle. Où vont les nouvelles qui ont occupé tout l’espace hier? Personne ne le sait vraiment. Probablement à la poubelle, car notre consommation de l’information se fait au même rythme que tout le reste dans nos vies. Pas de temps à perdre et que ça bouge! Vous apprenez par exemple [...]
À chaque jour suffit sa nouvelle. Où vont les nouvelles qui ont occupé tout l’espace hier? Personne ne le sait vraiment. Probablement à la poubelle, car notre consommation de l’information se fait au même rythme que tout le reste dans nos vies. Pas de temps à perdre et que ça bouge!
Vous apprenez par exemple un jour que l’église de Saint-Eustache est à vendre parce qu’elle fait face à des coûts de réparation qu’elle ne peut pas absorber. Vous vous dites que la ministre de la Culture va intervenir, qu’elle va suggérer une solution, qu’il va se passer quelque chose. Et puis non. Il ne se passe rien. La nouvelle prend le bord des limbes et personne n’en parle plus.
Les journalistes ont fini par se faire à l’idée qu’ils seraient devenus des courroies de transmission qui doivent servir les intérêts de leurs patrons et des propriétaires des journaux, des radios ou des télévisions. L’information n’a plus le «glamour» qu’on lui attribuait autrefois. Les journalistes sont devenus des «pépères» de l’information tranquille qui remplissent des pages et des pages ou des heures et des heures, selon le cas, sans trop déranger personne.
À la fin de la journée, la nouvelle du jour s’en va à la poubelle et les journalistes rentrent chez eux avec le sentiment du devoir accompli. Et puis, comme la roue tourne, le lendemain apportera son lot de nouvelles fraîches qu’on livrera avec le même enthousiasme en attendant qu’elles se retrouvent dans l’immense poubelle qui sert d’entrepôt à l’information qui a vécu, l’espace d’un moment.
Devant les multiples manipulations dont ils sont victimes, les journalistes ont fini par abandonner la lutte. Qu’importe que la vérité soit camouflée, travestie ou dissimulée, ce qui compte, c’est d’arriver à faire son métier sans trop déranger et en évitant de trop se faire remarquer.
De temps en temps, il y a un sursaut. Une nouvelle peut avoir droit à deux ou même trois jours dans la lumière. Si on tient un véritable scandale, le suspense pourrait même durer une longue semaine. Évidemment, si les gens impliqués dans le scandale s’empressent de s’excuser, s’ils reconnaissent qu’ils ont mal agi et qu’ils se repentent, le journaliste pourra partir en vacances. Ça ne dérangera plus personne.
Les lecteurs qui désirent être informés n’ont pas d’autre option que de multiplier leurs propres sources, de recouper l’information venue de partout et surtout, de ne jamais acheter la première version de la nouvelle qu’on vous annonce. Le doute sera votre meilleur conseiller face à l’orgie de nouvelles insignifiantes que déversent les canaux spécialisés à longueur de journée.
Vous ne pourrez pas échapper aux détails sordides du fait divers qui vous sera servi tous les matins, mais vous n’arriverez jamais à savoir ce qu’il y a dans le contrat de travail de Michael Sabia à la Caisse de dépôt et placement du Québec, même s’il est votre employé et que c’est votre argent qui va payer son salaire et autres petits parachutes dorés.
L’information, telle que servie de nos jours, est très superficielle. Les retours en arrière, pour faire mieux comprendre un événement qui survient aujourd’hui, sont très rares, sinon inexistants. La lecture d’un journal qui prend la peine de vous situer dans le charivari que nous vivons, l’écoute d’une émission de télé qui ouvre vos horizons et vous incite à mieux réfléchir sont de plus en plus rares. À la télévision d’État, on vous propose souvent des entrevues entre des animateurs de la maison et des journalistes de La Presse, comme s’ils étaient des spécialistes dans un domaine donné alors que leur principale qualification, c’est d’être des fédéralistes reconnus, donc parfaitement adéquats.
Pendant ce temps, les faiseurs d’images s’en donnent à coeur joie. Ils offrent aux journalistes le produit de leur fabrication: des politiciens formatés pour des entrevues bidon ou des clips percutants dont on fera ses beaux dimanches. Et personne ne semble voir le danger que représentent ces mauvaises fréquentations.
Bien sûr, il reste encore beaucoup de bons journalistes, mais ils sont pratiquement silencieux au fond des salles de rédaction des journaux, des radios ou des télévisions. Ils attendent en silence et dans la crainte de se faire dire que le journal va fermer ou que les bulletins de nouvelles vont disparaître. Ils l’ont vu arriver ici et ailleurs et ils en sont fragilisés. Ils savent aussi qu’ils ne peuvent compter sur un véritable soutien de la part de la population qui trouve souvent qu’elle a déjà assez des mauvaises nouvelles comme ça… ce qui est, hélas, le résultat de ce qu’on a semé.
Qui a dit: «Être informé, c’est être libre»? Ce sont des mots que répétait souvent René Lévesque, qui y croyait vraiment. Il serait temps de se demander pourquoi certains de nos politiciens aujourd’hui n’ont aucun respect pour l’information ou, pire encore, aucun respect pour la vérité. Et pourquoi ceux qui nous dirigent nous préfèrent mal informés plutôt que libres.
Source ; Lise Payette,le Devoir,27 mars 2009

nothing yet
Pour recevoir quotidiennement les nouvelles d'AmériQuébec, abonnez-vous au flux RSS
ou inscrivez votre courriel ci-dessous!
Il vous est maintenant possible de suivre AmériQuébec sur Twitter!
Si vous souhaitez être au courant
des dernières mises à jour sur AmériQuébec et communiquer directement avec nous, il suffit de s'abonner à notre compte Twitter!
Provenance: Montréal pays Québec
Articles rédigés: 78 articles
Profil: Jean-Paul Tellier est né à Montréal au pays Québec le jour de la Fête nationale,le 24 juin 1944. J'ai fait carrière comme conseiller à la Maison du Québec à Paris…
Cet article a été rédigé par Jean Paul Tellier il y a 1 an et 5 mois, le Samedi 11 avril 2009.
L'article n'a aucun commentaire. Soyez le premier à vous prononcer sur ce sujet. Vous pouvez aussi suivre le fil des commentaires.
Cet article est catégorisé sous Société, Québec, Politique.
Les mots clés associés à celui-ci sont désinformation, journalisme, média, télévision.
Cet article de 812 mots a été affiché fois depuis sa publication.
Voici la liste des articles qui ont été publiés à pareille date lors des années précédentes.
2010: Vers une deuxième bataille de la Restigouche? — En 1760, il y a 250 ans cette année, les hommes de Chenard de la Giraudais se frottèrent aux Anglais [...]
2010: Le CNJPQ appuie la Coalition pour l’histoire — Pour Alexandre Thériault-Marois, président du CNJPQ, « l’éducation est au cœur-même du développement du peuple québécois et c’est pourquoi nous [...]
2010: Travailler plus longtemps — Malgré l’augmentation récente de son taux de fécondité, le Québec est engagé dans un déclin démographique qui se traduira par [...]
2010: Offre de jeu en ligne de Loto-Québec — La députée de Matapédia et porte-parole de l’opposition officielle en matière de services sociaux, Danielle Doyer, se demande si la [...]
2010: Non-respect du certificat d’autorisation du site d’enfouissement de Lachute — Le député de L’Assomption et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement, Scott McKay, et la députée de Mirabel, Denise [...]
Amériquébec - Tous droits réservés Les productions @Botch, © 2006-2010 - 1,331 sec.
Ajoutez un commentaire