Le Jeudi 2 novembre 2006

Économie

La nationalisation du pétrole canadien, un débat silencieux!

Canada ]

Ameriquebec
Par Martin

Sommes-nous réellement conscient de la puissance énergétique du Canada? La pauvreté du débat actuel me laisse perplexe et me pousse à dire non. Par exemple: saviez-vous que le Canada, derrière l’Arabie saoudite, possédait, avec les sables bitumineux albertains, la deuxième réserve prouvée de pétrole au monde?

Les débats politiques et socio-économiques au Québec comme au Canada ne manquent pas ces temps-ci, nul ne peut dire le contraire. Le rejet du protocole de Kyoto par le gouvernement conservateur, le débat constitutionnel, la mission en Afghanistan et le déséquilibre fiscal sont tous des enjeux d’envergures qui ne manquent pas de capter l’opinion publique.

Et je ne parle même pas des prochaines élections provinciales et fédérales où les partis politiques s’approprieront ces enjeux afin de les intégrer à leur plate-forme électorale. Parallèlement, un autre débat existe au Canada, peut-être silencieux me direz-vous, mais plein de potentiel vous répondrais-je : la nationalisation de l’industrie pétrolière.

Sommes-nous réellement conscient de la puissance énergétique du Canada? La pauvreté du débat actuel me laisse perplexe et me pousse à dire non. Par exemple: saviez-vous que le Canada, derrière l’Arabie saoudite, possédait, avec les sables bitumineux albertains, la deuxième réserve prouvée de pétrole au monde? Pour ceux qui dénoncent le caractère éphémère des réserves albertaines, celles-ci seraient évaluées à 174 milliards de barils. Avec la production actuelle du Canada (3,1 millions de barils par jour), et compte tenu des multiples projets de recherches présentement en développement, on peut en déduire que la capacité pétrolière du Canada n’est pas si limitée qu’il n’y parait.

Certains, comme le professeur Léo-Paul Lauzon, du département des sciences comptables de l’Université du Québec à Montréal, ne clament rien de moins que la nationalisation de cette ressource naturelle. Ce dernier explique que les autorités publiques et les partis politiques font erreur lorsqu’ils suggèrent de diminuer la taxe sur l’essence afin de contrer les hausses de prix phénoménales. Ce sont les pétrolières qui sont responsables de ces hausses de prix et il faut s’attaquer à la source même du problème.

Présentement, nous ne faisons que constater les faits et tenter d’amoindrir les effets. Cette avenue s’avère cependant inutile à long terme et d’autant plus dommageable pour les finances publiques. D’autre part, les profits exorbitants réalisés par l’Impériale-Esso et Shell Canada, sur les 19.9 milliards réalisés en 15 ans, 16.8 milliards sont allés aux actionnaires et dividendes et rachats d’actions. Ce que déplore M. Lauzon et qui est très paradoxal, c’est qu’alors que les profits réalisés bondissent, l’investissement en sol canadien lui, stagne et régresse dans le cas d’Impériale Esso.

Le titulaire de la Chaire d’études socio-économique de l’UQAM a aussi noté une chute graduelle au cours des 15 dernières années de la proportion des profits consacrés à l’exploration, passé de 311 millions à 185 millions de dollars entre 1992 et 2001, ce qui le pousse à croire que les géants pétroliers réduisent artificiellement l’offre afin de faire augmenter les prix. Ce constat n’est pas très surprenant : le marché de l’or noir est loin d’être concurrentiel. Au Québec, avec 75% du marché contrôlé par les quatre plus grandes pétrolières, nous sommes plus en situation d’oligopole que de libre marché.

Le constat est donc accablant: le Canada, pays exportateur net de pétrole et autosuffisant souffre de la rareté mondiale d’une ressource qu’il a pourtant en abondance au lieu de profiter de sa mise en valeur. Je ne suis pas habituellement un fervent adepte de la nationalisation d’entreprises privées, mais dans un marché oligopolistique comme le pétrole, cette option devrait au moins mériter qu’on s’y arrête.

N’oubliez pas que le Canada est l’un des rares pays à avoir totalement privatisé cette ressource naturelle. Quant à eux, la Russie, l’Arabie saoudite, la Norvège, le Mexique, le Venezuela, l’Irak et depuis peu la Bolivie ont jugé bon de nationaliser l’industrie pétrolière. Reste à savoir si, comme d’habitude, nous attendrons l’inévitable, c’est-à-dire une prochaine crise pétrolière avant d’agir.

Autrement, l’opinion publique doit se saisir de cet enjeu et confronter le gouvernement à saisir l’opportunité qui lui est lancée. Ainsi, au lieu de pleurnicher lorsque nous allons à la pompe, tirerons plutôt profit du pétrole et cessons d’en être les pauvres victimes.

5 commentaires à cet articleFlux RSS des commentaires

  1. 1 Julien Gaudreau Le 2 novembre 2006 à 2h41

    Essayons donc, juste pour voir, de toucher aux ressources albertaines…

  2. 2 ClaudeB Le 2 novembre 2006 à 18h44

    Si ces ressources naturelles étaient au Québec j’aurais probablement une opinion différente, mais laissons donc aux Canadiens le privilège de faire les choix qu’ils voudront bien faire. En échange, nous ne demandons seulement qu’une chose: qu’ils nous laissent donc tranquilles!

  3. 3 Jean Guernon Le 4 mars 2008 à 18h28

    Je me demande si les conservateurs en considèrent même la possibilité avec leur popularité qui deviendrait précaire dans l’ouest, mais de toute évidence, si on consacrait cette ressource naturelle à la baisse du prix du pétrole pour la population avant toute chose, en la nationalisant de sorte d’en contrôler les prix, ce qui ne se fait pas avec les gestionnaires privés des puits de pétrole. À savoir si on nationalise aussi les raffineries, il faut avant tout voir si l’impact politique d’une action unilatérale telle que la nationalisation est précisément ce qui empêche sa mise en œuvre, vu ses bénéfices évidents.

  4. 4 Sylvain Guillemette Le 29 mai 2008 à 8h55

    D’abord monsieur Langois, très bon texte.

    Vous soulignez un fait qui, non seulement devrait nous convaincre, mais qui donne également l’exemple pour plusieurs autres domaines. En fait, je ne vous cacherai pas que je suis communiste, alors vous devinerez que je nationaliserais la totalité du travail jusqu’alors, considéré comme salariat, mais que je considère moi, comme parasitisme du labeur d’autrui.

    Mais ce cas précis qu’est l’industrie pétrolière, ou plutôt, ce pétrole qui dans les faits, n’est que bien commun. Qui sont les bourgeois titulaires des actions des pétrolières, si ce n’est qu’ils sont surtout et avant tout, minoritaires et parasitaires sur Terre et qu’ils exploitent le travail des prolétaires, du prolétariat?

    Il y a un trou, il appartient à la Terre, ou plutôt à l’espèce dominante, ici l’humanité, et dans ce trou il y a du pétrole. Qui sont donc les bourgeois, pour venir et chanter qu’ils possèdent ces trous de pétrole acheté très souvent avec de l’argent amassé; par cupidité, par égoïsme indéniable, par loterie, de blanchiment d’argent, trafic de drogue? Ou même, par une antécédente exploitation de masse d’un pays quelconque du tiers monde.

    Bref, nationaliser le pétrole serait tout ce qui serait de plus normal, mais encore faut-il ne pas oublier qu’il y a réchauffement climatique et que de semaine en semaine, le constat s’aggrave. Ne serait-il pas plutôt temps, plutôt que de pousser l’opportunisme crasse à son maximum et à en faire subir les torts à toute vie sur Terre, larguer les intérêts pétroliers et pousser les alternatives moins polluantes, sensiblement, viables?

    Toutefois, il sera difficile de trouver l’alternative viable, puisque si nous globalisions notre mode de vie nord-américain si chéri par les capitalistes et les centristes hypocrites, tous aussi opportunistes que les premiers, nous devrions essentiellement trouver entre 5 à 7 planètes Terre de ressources!?!

    C’est que le capitalisme ne tient compte de la science que lorsque celle-ci profite aux bourgeois minoritaires et parasitaires, et aux vampires qui les entourent, alors inutile de demander qu’ils adoptent un système qui ne serait pas comme le capitalisme, un simple suicide collectif.

    Nous sommes près de 7 milliards d’êtres humains sur Terre, alors même sans réchauffement climatique, le constat d’échec s’impose quant aux ressources disponibles sur Terre et au modèle adopté par les occidentaux, envié par d’autres opportunistes et individualistes dans le monde. Il n’est pas viable, alors cessons s’il vous plaît de nier l’évidence, nous pataugerions alors, dans le totalitarisme le plus profond et ne respecterions pas la communauté scientifique, laquelle n’y gagne rien à nous prophétiser des malheurs et des crises humanitaires, car n’oublions pas qu’elle est prise sur Terre avec nous…

    Sinon, excellente idée, celle de nationaliser cette ressource naturelle, ce bien commun nous appartenant à nous tous dans les faits. Encore une fois, bon texte monsieur Langlois.

    Sylvain Guillemette
    Membre du Parti communiste du Québec qui est forme également un collectif dans Québec-solidaire.

    http://www.pcq.qc.ca
    http://reactionismwatch.wordpress.com

  5. 5 Patrick Beaulieu Le 30 juillet 2008 à 0h15

    Ce qui est le plus risible dans cette situation, c’est que non seulement le pétrole a été privatisée, mais il l’est entièrement et à des intérêts étrangés…

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