Le Vendredi 28 avril 2006

Société

Retour sur la réforme de l’histoire

Réforme scolaire ]

Par Dave
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Amériquébec a mis la main sur le document qui explique la réforme qui sera apportée aux cours d’histoire du Québec dès l’automne 2008.

Hier, je vous parlais de la réforme du ministère de l’éducation, dirigé par le merveilleux gouvernement Charest, par rapport aux changements des cours d’histoire du Québec. Aujourd’hui, les oppositions font surface.

Par ailleurs, j’ai réussi à trouver le document en question qui fait part des changements que la réforme proposerait.

La réforme du cours d’histoire au secondaire.pdf

Bon, déjà les graphiques parlant de “compétences transversales”, des 50 000 autres compétences que le jeune doit acquérir et alouette semblent peu inspirant. Maintenant, ce document d’environ 90 pages est supposé contenir tous les éléments de cette réforme.

Mais franchement, quand on apprend que le ministre de l’éducation n’a même pas encore consulté le document, et qu’il l’approuvera probablement après une lecture rapide, il y a de quoi avoir peur. Sérieusement, y’a quelqu’un qui croit ici qu’il osera mettre à terre des mois de travail pédagogique parce que monsieur n’avait pas pris le temps de prendre conscience du document avant qu’il soit finalisé à 99%?

D’ailleurs, si cette espèce de “réforme” a été approuvée par un historien de l’université Laval, parions que les historiens en général sont en désaccord avec cette manière d’enseigner l’histoire.

Selon Radio-Canada:

« Désinformation », « propagande fédéraliste », « parti pris nettement tendancieux et obscurcissant »: les mots employés par M. Lamontagne et l’historien Félix Bouvier, dans une lettre ouverte aux médias, sont tranchants.

[...]

« À notre avis, l’actuelle proposition a été conçue par des historiens fédéralistes et vise à former une jeunesse qui penserait comme eux [...] en taisant des côtés historiques de notre histoire qui amènent logiquement un développement de l’identité québécoise », écrivent les historiens.

[...]

Les auteurs de la lettre disent constater que le programme à « l’esprit résolument ultrafédéraliste » cherche à « évacuer le plus systématiquement possible les différents phénomènes d’oppression nationale subis par les ancêtres des Québécois actuels ».

Le cours écarterait carrément toute référence à l’Acte d’Union, à la conscription de 1917, à la déportation des Acadiens et aux tentatives d’assimilation des Canadiens français, notamment.

Le silence est plus assourdissant encore, pour les auteurs, pour la période couvrant les 25 dernières années, marquées par les tensions constitutionnelles. « À partir de 1980, ce qui s’apparente à du “biaisage” fédéraliste et à de la désinformation historique sur la question nationale devient criant. » Aucune mention, relèvent-ils, des référendums de 1980, 1992 et 1995, ni de l’échec de l’accord du lac Meech.

Extraits de la lettre ouverte de l’historien Félix Bouvier:

Il y est dit que « les descendants de Français deviennent, au fil du temps, des Canadiens ». La confusion voulue, et que nous dénonçons, vient ici du fait que les descendants de Français en question deviennent plutôt, au fil des générations, la société québécoise actuelle, histoire et réalité que s’approprieront peu à peu les Britanniques et leurs descendants après la Conquête de 1760.

Cet événement fondamental — la Conquête — est à peine nommé dans le préambule de la réalité sociale suivante. Il est aussi complètement évacué de l’angle d’entrée de cette réalité sociale qu’on veut imposer aux élèves et aux enseignants québécois. Il s’agit pourtant de l’événement le plus important de notre histoire ! Il détermine toute la suite de l’histoire politique du Québec.

Les Canadiens (devenus, après 1840, des Canadiens français, puis des Québécois, puisque le conquérant en viendra à s’approprier jusqu’à leur nom) seront pour la suite des choses dominés politiquement, ce que confirme l’acte d’Union de 1840. Ce n’est évidemment dit nulle part dans le document de travail en voie de devenir le programme officiel de notre histoire nationale.

La Conquête est plutôt présentée comme l’étape charnière de «l’accession à la démocratie dans la colonie britannique». Pas un mot n’est évidemment dit sur la déportation des Acadiens en 1755 et le vol de leur terres par les Anglais. Les nombreuses tentatives d’assimilation de la majorité canadienne (les Québécois francophones d’aujourd’hui) par le conquérant britannique — particulièrement caractérisées par la Proclamation royale et le serment du test de 1763 — sont aussi rigoureusement tues.

L’acte du Québec de 1774 est lui aussi complètement occulté, lui qui explique pourtant pourquoi les Québécois sont, entre autres, juridiquement différents aujourd’hui des autres Canadiens avec un Code civil particulier. Non, la période 1760-1848 est présentée comme un beau périple vers l’accession à la démocratie dans la colonie britannique grâce aux idées libérales britanniques…

[...]

Ni Confédération, ni conscription, ni référendums !

[...]

Croiriez-vous que les événements incontestablement majeurs que sont les référendums de 1980, 1992 et 1995 ne sont pas même mentionnés ? Seul est mentionné «l’enchâssement de la Charte canadienne des droits et libertés dans la Loi constitutionnelle» de 1982, en taisant évidemment le fait que le Québec n’a jamais entériné cette Constitution et qu’il fut alors rejeté par le reste du Canada. Vous aurez deviné qu’il y a un silence complet sur l’épisode du Lac-Meech.

[...]

Dans son état actuel, il s’agit de rien de moins qu’un pur exercice de propagande fédéraliste qu’on veut imposer à l’enseignement secondaire québécois en histoire nationale. En soi, c’est un scandale d’interprétation en regard de notre présent et, surtout, de notre histoire.

Même la bibliographie du programme projeté est vague, imprécise et incomplète, ne mentionnant pas d’où viennent ses sources et ses références historiques. Il s’agit pourtant là d’un simple exercice de base lorsqu’on est un historien consciencieux.

Et ici, il s’agit d’un document rédigé à même nos fonds publics! Dire que c’était un scandale lorsque le guide du conseil de la souveraineté est paru le mois dernier, et pourtant il ne s’agissait pas de notre argent!

Carricatutre sur la réforme du ministère de l'éducation

Et pourquoi on ne parle pratiquement pas de cela à la télévision? Il s’agit tout de même d’un changement important!

Comment finira tout ça? L’histoire nous le dira… à moins qu’on décide là aussi de volontairement ne pas en parler…

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Cet article a été rédigé par Dave il y a 2 ans et 6 mois, le Vendredi 28 avril 2006. La dernière modification a été effectuée le Lundi 17 mars 2008.

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